La Chine se lance un nouveau défi: construire son propre avion long-courrier

 La Chine se lance un nouveau défi: construire son propre avion long-courrier
Par Abbès Zineb | 08 Novembre 2014 | 10:25

La Chine, dont le premier avion moyen-courrier doit, en principe, décoller fin 2015, s'est déjà lancé un nouveau défi technologique ambitieux: concevoir au cours de la prochaine décennie un long-courrier capable de rivaliser avec ceux de Boeing et d'Airbus. Le C929 sera le plus imposant des appareils de la Comac (Commercial aircraft corporation of China), avionneur chinois contrôlé par l'Etat, ont affirmé à l'AFP plusieurs sources industrielles.

Ce serait une étape significative après le C919, monocouloir de 158 à 174 sièges actuellement en développement, et l'ARJ-21, avion régional en cours de certification. Objectif visé: que le C929 puisse prendre son envol au début des années 2020, éventuellement en 2023, ont précisé ces sources. Selon l'une des options retenues, ce bi-couloir devrait être en mesure de transporter des centaines de passagers pour des trajets durant jusqu'à cinq heures à travers l'Asie, mais pas pour des vols transcontinentaux de 12 ou 14 heures, a-t-on appris auprès des mêmes sources.

Priorité nationale

La Comac ne cache pas ses ambitions de bousculer le duopole mondial de l'européen Airbus et de l'américain Boeing. Au salon aéronautique international qui s'ouvre mardi à Zhuhai, dans le sud du pays, le groupe chinois présentera un grand stand dédié au C919, tandis qu'un prototype de l'ARJ-21 effectuera un vol de démonstration devant le public. Les moyens de la Comac sont jugés colossaux, et Pékin souligne volontiers que les ambitions de son industrie aérospatiale constituent une priorité nationale.

Question de prestige aussi: un Chinois rejoindrait alors le club très fermé des grands avionneurs mondiaux. Partenaire d'Airbus dans une usine qui assemble à Tianjin (est de la Chine) des moyen-courriers A320, la Comac s'est cherchée d'autres alliés. En l'occurence, pour le projet du C929, c'est le russe United Aircraft Corp. qui a été choisi, un groupe né en 2006 du rapprochement par Moscou des deux plus gros avionneurs publics du pays. "Russie et Chine ont travaillé ensemble, réfléchi à des solutions, et désormais, ils sont prêts à recueillir l'avis des équipementiers", commente Briand Greer, président chargé de l'aérospatiale pour l'Asie-Pacifique du groupe américain Honeywell. Celui-ci fournit des composants et systèmes intégrés pour le C919 et l'ARJ-21.

Rival de l'A330 ?

Selon les sources industrielles interrogées par l'AFP, la Comac a fait circuler des ébauches du projet C929, phase préalable à des appels d'offre. "Nous discutons du nouveau projet, le 929. Ils travaillent déjà sur la forme de l'appareil, et prévoient (un lancement) après 2020", a confirmé à l'AFP, sous couvert de l'anonymat, un employé lié à un autre équipementier pour le C919. Les caractéristiques évoquées pour le C929 en ferait un concurrent de la version régionale de l'A330 d'Airbus, un long-courrier qui doit entrer en service l'an prochain. Les avions de la famille des A330 transportent habituellement de 200 à 400 passagers.

La Comac n'a pas souhaité répondre aux sollicitations de l'AFP. L'aviation commerciale chinoise a été soviétique jusqu'à ce que Pékin fasse le choix de Boeing dans les années 1970 avant de partager ses commandes avec Airbus à partir de 1985. Le marché chinois a connu ces dernières années un essor spectaculaire, et selon Boeing, le pays aura besoin de 6.020 avions de ligne sur les vingt années à venir, soit un triplement de sa flotte actuelle.

Capable de parcourir une distance de 5.500 km, le C919 doit quant à lui effectuer son premier vol fin 2015, avec des premières livraisons prévues en 2018 --selon les médias officiels-- un calendrier qui laisse sceptique nombre d'experts. La Comac dit avoir reçu plus de 400 commandes pour le C919, venant quasi-exclusivement de compagnies chinoises. L'appareil sera équipé d'un moteur utilisant les dernières technologies du français Safran, partenaire de l'américain GE.

L'ARJ-21, pour sa part, fait l'objet de 253 commandes, mais les livraisons --initialement prévues en 2009-- ont fait l'objet de retards répétés, et l'appareil doit encore obtenir une certification du régulateur américain. La Comac, elle, se projette déjà dans le futur: à côté des immenses hangars, près de l'aéroport de Pudong à Shanghai, où commence à être assemblé le fuselage du C919, un vaste espace a été réservé par le groupe pour une nouvelle usine --encore à construire--, censée donner le jour au C929. (Afp)

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