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Question brûlante et d'actualité : Le cours actuel du pétrole couvre-t-il les coûts réels ?

25-04-2020 16:53  Pr Abderrahmane Mebtoul

Le monde de demain ne sera plus jamais comme avant et la pandémie du coronavirus a entraîné une crise économique irréversible pour 2020, dont les répercussions risquent de durer avec des ondes de choc pour 2021, moins intensive si la maladie est  circonscrite avant septembre/octobre 2020. Cette crise, aura  un impact sur les relations internationales, économiques, sociaux culturels et du futur modèle de consommation énergétique. Cette contribution est une synthèse des interviews données le 23 avril à l’American Herald Tribune USA- et à la télévision France 24 - Paris (1) .

1.- Pour éviter de vives polémiques inutiles en cette conjoncture difficile, le Ministre de l’énergie n’ayant fait, selon nos informations, que reprendre le rapport 2020 de Sonatrach, pour qui le coût du baril d’Hassi Messaoud approche 5 dollars, et qu’en moyenne pour tous les gisements le coût est d’environ 14 dollars.

Etant un sujet très sensible qui engage la sécurité nationale, Sonatrach devrait répondre aux questions suivantes :  Quel est le coût d’extraction au puits c’est-à-dire que le coût de ce gisement se rapprochant du coût de l’Arabie Saoudite alors que selon la majorité des experts ayant travaillé sur ce champs, ce dernier nécessite de forts investissements, afin d’éviter l’épuisement, afin d’accroitre sa productivité ? Est-ce le coût arrivé au port d’Arzew ou de Skikda, tenant compte des coûts de canalisation c’est-à-dire du transport ?  Combien représente  dans la production le gisement d’Hassi Messoud par rapport au total ? Si l’on prend les données du Ministre et si l’on prend l’hypothèse que la production d’Hassi Messaoud représente 50%, en référence à 14 dollars, cela suppose que les 50% des autres gisements dont l’amortissement n’est pas encore arrivé à terme, le coût approche 24/25 dollars. Selon le site international spécialisé en Energie (IEA, Rystad energy de 2018, le  coût par baril en Algérie varie entre 20,40 et 23,50 dollars le baril selon les gisements, la Norvège 36,10 dollars le baril, les USA 36,10, l'Angola 35,40, le Nigeria 31,60, le Mexique 29,10, la Libye 23,80, la Russie 17,20, l’Iran 12,60, les Emirats 12,30, l’Arabie Saoudite 9,90, le Koweït 8,50, l’Irak 10,70, la Chine, souvent oubliée sur une consommation totale d’environ 14/15 millions de barils/j  avant la crise, qui produit environ trois à quatre millions de barils/j 29,90 dollars

2.-C’est que avec la baisse de son quota décidée lors de la dernière réunion OPEP –hors OPEP, entre 145.000 /240.000 barils jour, avec un manque à gagner en moyenne annuelle entre 3/ 4 milliards de dollars  pour 2020, dans cette conjoncture de  récession économique mondiale, les  prévisions de recettes de Sonatrach de 35 milliards de dollars pour 2020 ainsi que d’un montant des réserves de change  de 51,6 milliards de dollars fin 2020 ne seront pas atteints qui a vu le cours de pétrole et du gaz s’effondrer de plus de 50%.  Les recettes devant être au moins divisées par deux par rapport à 2019 dont les recettes ont été de 34 milliards de dollars, montant auquel il faudra soustraire les coûts d’exploitation et la réduction du quota décidée en avril 2020. L’Algérie, représente moins de 1 millions barils/j en n’oubliant pas que 33% des recettes de Sonatrach proviennent du gaz dont le cours sur le marché libre le 21/04/2020  fluctue depuis trois mois entre 1,5-1,9 dollars le MBU, une baisse de plus de 50% par rapport à 2008. A  66 dollars en moyenne annuelle pour 2019, les recettes de Sonatrach  ont été  en moyenne de 34 milliards de dollars.  Sous réserve d’une production hydrocarbures en volume physique identique à celle de 2019, ce qui n’est pas évident puisque le principal marché est l’Europe en crise,  nous aurons les résultats suivants  entre 60 et 20 dollars le baril . A 60 dollars le baril de pétrole, pour 2020 les recettes de Sonatrach seront en moyenne d’environ 31 milliards de dollars, auquel il faudrait retirer une moyenne annuelle de  la baisse du quota  ( entre la fourchette  haute  et  basse des trois phases) retenant 3 milliards de dollars  soit 28 milliards de dollars.   A 50 dollars le baril, pour 2020 , le chiffre, d’’affaires serait d’environ 25 milliards de dollars, restant après la réduction des quotas, 22 milliards de dollars  A 40 dollars le chiffre d’affaire, serait de 20 milliards de dollars, restant après la réduction des quotas  17 milliards.    A 30 dollars le chiffre d’affaire, serait  de 15  milliards de dollars, restant après l réduction du manque à gagner (baisse des quotas) 12 milliards, environ   70% des gisements ne seront plus rentables.  A 25 dollars le chiffre d’affaire, de Sonatrach serait de près de 13 milliards de dollars, restant après le manque à gagner de la réduction du quota 10 milliards  et   environ 80% des puits n’étant plus rentables. A 20 dollars le chiffre d’affaire serait de 10 milliards de dollars de recettes, restant après les réductions 7 milliards de dollars. Ne pouvant fermer les puits de pétrole en dessous d’un certain seuil, cela étant valable pour tous les pays,  Sonatrach serait contrainte de vendre à perte ( idem   pour   1,5-2 dollars le MBTU, pour  les canalisation  de gaz naturel et à ¾ dollars pour le GNL). Pour tous ces scénarios il faudrait soustraire    20/ 25% de charges et la part des associés, pour avoir  le profit net. Cela a un impact sur le niveau des réserves de change qui tiennent la cotation du dinar officiel à plus de 70%. Devant différencier la partie devises de la partie dinars, existent des solutions pour éviter l’épuisement des réserves  en nette baisse  d’épuisement (moins de 60 milliards de dollars en mars 2020  contre 194 milliards de dollars au 01 janvier 2014.

3.-L’évolution du cours du pétrole dépendra de la durée de l’épidémie et du retour à la croissance de l’économie mondiale, avant la crise seulement pour la Chine, ses importations étaient de 11 millions de barils/j.. Cependant il ne faut pas analyser cet impact sur le court terme en termes financiers mais pose une problématique de la nécessaire transition énergétique mondiale.  Face à cette crise, les grands laboratoires de prospectives mondiaux, demandent aux gouvernants  d’anticiper  une catastrophe pire que le coronavirus avec le risque de  millions de morts   notamment le réchauffement climatique avec d’importants flux migratoires dus au réchauffement climatique (sécheresse, inondation, vents violents, cyclones) avec des recompositions territoriales ( selon un rapport de l’ONU en 2025, la sécheresse frappera pendant des année l’Afrique du Nord dont l’Algérie avec des tensions sur  l’eau) .   D’où l’importance d’un changement notable du modèle énergétique mondial, une réorientation  des investissements  dans l’énergie du futur  et  donc de définir une véritable transition énergétique ( efficacité énergétique et énergies renouvelables).Cette transition  nécessaire aura des incidences , économiques, sociales , culturelles, voire politique devant assister à une nouvelle recomposition du pouvoir mondial. Ainsi, le retour à la  croissance de l’économie mondiale sera le facteur déterminant de la demande d’hydrocarbures à court terme  et à moyen terme devant tenir compte des nouvelles  les mutations énergétiques. Ainsi, en précisant que le  taux de croissance se calcule toujours par rapport à la période antérieure T1 – To. Ainsi dans le cadre d’un scénario favorable, en précisant qu’une croissance faible en 2020, To, donne globalement une croissance relativement faible en 2021 –T1, selon le rapport du FMI du 14 avril 2020, l’économie mondiale aura moins de 3,0% de taux de croissance  en 2020  et 5,0% en 2021, en moyenne, les pays avancés  moins 6,1% en 2020 et 4,5% en 2021. Pour le FMI , si la pandémie ne se  résorbe pas au  cours du second semestre de l’année 2020 par un prolongement des mesures d'endiguement, nous assisterions à  une détérioration des conditions financières et de nouvelles ruptures des chaînes d'approvisionnement mondiales et dans   ce cas, le PIB mondial chuterait encore davantage : de 3 % supplémentaires en 2020 par rapport au  scénario de référence, nous aurons   8 % supplémentaires en 2021. Cela a des incidences sociales  et selon l’OIT organisation internationale du travail  sur une population active de 3,3 millions  4 personnes sur 5 sont affectés par la  fermeture totale ou partielle  scénario optimiste 5,3 millions de chômeurs supplémentaires et le scénario pessimiste 25millions qui s’ajoutent au 190 millions actuellement . Pour l’Algérie,  le FMI dans son rapport du 14 avril 2020, le produit intérieur brut réel (PIB) de l'Algérie devrait se contracter de 5,2% durant l'année 2020 et suite à cette baisse  PIB réel  devrait se redresser en 2021 de 6,2%, taux calculé en référence à l'années 2020 ( taux de croissance négatif)  donnant globalement, à taux constant,  un taux de croissance  entre 1 et 2%  en termes réel , le FMI estimant la  croissance économique  à 0,7% en 2019, ce taux étant inférieur  au taux de pression démographique. Cela a un impact négatif sur le taux de chômage, ,en raison du ralentissement du taux de croissance, dominée par l’impact de la dépense publique via la rente Sonatrach, avant la crise, prévoyait  12% de taux de chômage  en 2020   et l’estimant dans son dernier rapport  d’avril   à 15, 5% pour 2020 , les prévisions pour 2021 étant inchangées  à 13,5% et ce sous réserve, autant pour le PIB  de profondes réformes structurelles politiques, économiques , sociales et culturelles , ce taux ne tenant pas compte des emplois rente, faire et refaire les trottoirs et des sureffectifs dans l’administration. Cela renvoie toujours à la rente des  hydrocarbures  qui détermine à la fois  le taux d’emploi et les réserves de change estimées fin  mars 2020 à environ 58/60 milliards de dollars donnant un répit de  moins de 18 mois avec une marge de manœuvre plus favorable  par rapport à bon nombre d’autres pays africains , la dette extérieure étant faible moins de 5% du PIB. Mais  reconnaissons avec objectivité, que la présidence de la république et le gouvernement algérien, ont su gérer cette épidémie, malgré les conditions difficiles, qui touche de grandes puissances économiques, comme les USA, l’Europe et la Chine. Comme je viens de le rapporter à la télévision, France24 (France)  et à American Herald Tribune ( USA)  le 23/04/2020,  le gouvernement actuel n’est pas responsable de la situation  actuelle ayant  hérité d’un lourd passif alors que l’Algérie selon les données internationales a engrangé une recette en devises de plus de 1000 milliards de dollars entre 2000 et fin 2019 avec une sortie de devises de plus de 935 milliards de dollars, la différence étant le solde des réserves de change au 31/12/2019 d’environ 62 milliards de dollars avec   en moyenne annuelle qu’un taux de croissance modique de 2,5-3% alors qu’il aurait dû être  de 8/9% par an  afin de  permettre une économie durable hors hydrocarbures ce qui rendant urgent un changement profond de  la trajectoire économique  face aux profondes mutations  géostratégiques qui s’annoncent après cette crise.

En résumé, le monde dont l’Algérie   devra  se  préparer à affronter d’autres crises plus graves, la guerre de l’eau liée à la  guerre alimentaire, la guerre biologique, la guerre numérique  et la guerre écologique , ces quatre guerres, ayant des incidences sanitaires, économiques et sécuritaires. Mais si les impacts de l’’épidémie du coronavirus sont un danger pour le présent, elles sont porteuses d’espoir pour l’avenir de l’humanité, une opportunité par notre capacité à innover par une autre gouvernance et pour un monde plus  solidaire.  ademmebtoul@gmail.com

Professeur des Universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL directeur  d‘Etudes Ministère Energie/Sonatrach 1974/1979-1990/81995-2000/2007-2013/82015-  membre de plusieurs organisations internationales, auteur de 20 ouvrages et plus de 700 contributions nationales/internationales

VOIR- American Herald Tribune 23/04/2020  « Prof. Abderrahmane Mebtoul: We Have Witnessed a Veritable Planetary Hecatomb  Pour l’original en anglais site American Herald Tribune 
https://ahtribune.com/interview/4103-abderrahmane-mebtoul-planetary-hecatomb.html
  et pour lire le texte en français  https://mohsenabdelmoumen.wordpress.com/2020/04/24/prof-abderrahmane-mebtoul-nous-avons-assiste-a-une-veritable-hecatombe-planetaire-et-le-monde-ne-sera-plus-jamais-comme-avant/

-Interview en vidéo conférence du Pr Abderrahmane Mebtoul à la télévision arabophone  France 24- Paris France  le 23 avril 2020 diffusée à 14h, 18h et le 24 avril à 3h «  crise mondiale et cours du pétrole »  que vous pouvez écouter  ci-joint YouTube   France 24  https://youtu.be/NOpHe22bQ_A Interview a été diffusée  le 23/04/2020 14h30 – 19h30  et le 24/04/2020  0h3h.   Rediffusion  le samedi 25/04/2020  0h45-17h45-20h15   et le dimanche 26/04/2020 04h45 et 16h45 –



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