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Quelle est la rentabilité de l’exploitation des gisements de fer de Gara Djebilet et de phosphate de Tébessa

12-03-2021 15:18  Pr Abderrahmane Mebtoul

Le ministre de l’Énergie et des Mines, en ce mois de mars 2021 a affirmé  qu’un accord est prévu avec le partenaire chinois, avant la fin du mois de mars courant, afin de lancer l’exploitation du gisement de fer de Gara-Djebilet, comme auparavant il avait annoncé l’exploitation imminente du phosphate de Tébessa. L’ex ministre de l’industrie fin décembre 2020 avait annoncé que pour ces deux projets le montant  de l’investissement devrait dépasser les 15 milliards de dollars, sans préciser l’apport du partenaire étranger( source APS) L’objet de cette brève contribution est d’éclairer, objectivement, loin des utopies néfastes,  l’opinion publique sur la rentabilité de ces deux projets où d’une manière générale concernant les mines, l’exploitation et les  exportations  demandent du temps pour leur réalisation et de leur teneur physique dont   une   grande partie  de la matière est rejetée dans l’atmosphère et donc des investissements additionnels de recyclage pour éviter la pollution, surtout pour le cas de Tébessa, proche  des cités urbaines.

1.- Le prix mondial du phosphate brut est resté stabilisé entre janvier mars 2021 entre 75/85 dollars la tonne métrique. Pour le phosphate de Tébessa , les réserves sont estimées entre  2,2 et 2,6 milliards de tonnes dont seulement  24 % de pentoxyde de phosphate Ainsi si l’on exporte trois millions de tonnes de phosphate brut annuellement à un cours moyen optimiste  de 100 dollars  nous aurons un chiffre d'affaires de 300 millions de dollars et trente millions de tonnes  3 milliards de dollars.. Comme dans cette filière les charges sont très élevées (amortissement et charges salariales notamment) minimum de 40%, le profit net serait pour trente missions de tonnes environ 1,8 milliard de dollars. En cas d’association avec un partenaire étranger selon la règle des 49/51%, le profit net restant à l’Algérie serait légèrement supérieur à 900 millions de dollars. On est loin des profits dans le domaine des hydrocarbures.

Pour accroître le profit net, il faut donc se lancer dans des unités de transformation hautement capitalistiques  Le prix de l’ammoniac sur le marché mondial étant  très volatil  fluctuant  entre janvier et mars 2021  entre 350 dollars et 400 dollars.. Mais pour une grande quantité exportable cela nécessite des investissements très lourds et à rentabilité à moyen terme pas avant 2025/2027 si le projet est en fonctionnement  en 2021. Et pour une importante quantité exportable, cela passe par un partenariat du fait du contrôle de cette filière par quelques firmes au niveau mondial. Par ailleurs, pour l’Algérie il faudra résoudre le problème du prix de cession du gaz qui doit  être aligné sur celui du marché pour  éviter les nombreux litiges concernant la dualité des prix contraires aux règles du commerce international.

3.-  Pour le fer de la mine de Gar Djebilet, ses réserves sont estimées à 3,5 milliards de tonnes, dont 1,7 milliard de tonnes sont exploitables et devant distinguer pour les importations actuelles le fer brut de ses dérivées.   Entre janvier et début mars 2021, le cours  fluctue  entre 100/115 dollars la tonne. Pour un  cours de 100 dollars la tonne , pour une exportation brute de 3 millions de tonnes /an, nous aurons un chiffre d’affaire de 300 millions de dollars et pour 30 millions de tonnes  3 milliards de dollars auquel il faudra retirer 50% de charges ( le coût d'exploitations est très élevé) restant entre pour 3 millions de tonnes 150 millions de dollars  et  pour 30 millions de tonnes 1,5 milliard de dollars. Ce montant est  à se partager selon la règle des 49/51%, avec le partenaire étranger restant à l’Algérie  en cas de 30 millions de tonnes environ 750 millions de dollars. Il faut donc descendre à l’aval de la filière où  , le prix de l’acier février/ mars 2021, sur le marché mondial est de  quatre à cinq fois le prix du fer brut,(500/550 dollars la tonne),  avec des investissements lourds et à rentabilité à moyen terme. 

C’est que l’exploitation du fer de Gara Djebilet dont les études datent depuis 1970/1974 au moment où j’étais jeune conseiller du Ministre de l’industrie et de l’Energie de 1973/1979, nécessitera de grands investissements dans les centrales électriques, des réseaux de transport, une utilisation rationnelle de l’eau, des réseaux de distribution  qui fait défaut du fait  l’éloignement des sources d’approvisionnement, tout en évitant  la détérioration de l’environnement, les unités comme pour le phosphate étant très polluantes ainsi qu’ une formation pointue. Et là on revient à la ressource humaine et à un bon management stratégique , pilier de tout processus de développement. Donc comme pour le phosphate, seul la transformation en produits nobles peut procurer une valeur ajoutée plus importante à l’exportation. 

En résumé, du fait des tensions budgétaires ( baisse drastique des réserves de change ayant clôturé à 42/43 milliards de dollars fin 2020 contre 194 en janvier 2014, et de  la structure oligopolistique des   filières  fer et phosphate  au niveau mondial, la seule solution est un partenariat gagnant/ gagnant avec les firmes de renom qui contrôlent les segments du marché international qui n’accepteront pas la règle restrictive des 49/51% avec les lourdeurs bureaucratiques, la souplesse et les décisions au temps réel régissant le commerce international. Aussi,  afin d’éviter les erreurs du passé qui se sont chiffrées en dizaines de milliards de dollars de perte, faute  de bien connaitre l’évolution des filières industrielles mondialisées qui connaissent ces dernières années de profondes mutations. En ces moments de grands bouleversements géostratégiques,  c’est par  une nouvelle gouvernance  et  un discours de vérité collant avec la réalité sociale, loin des bureaux climatisés de nos bureaucrates, que l’on trouvera les solutions à la crise actuelle qui touche pas seulement l’Algérie mais tous les  pays, avec l’impact de l’épidémie du coronavirus qui devrait modifier considérablement tant les politiques économiques que les relations internationales.

ademmebtoul@gmail.com

Professeur des universités, expert international -Abderrahmane MEBTOUL Docteur  d’Etat 1974- expert-comptable de l’institut supérieur de gestion de Lille- directeur d’études – expert indépendant- Ministère Energie /Sonatrach 1974/1979-1990/1995- 200/2007-2013-2015- président du conseil national des privatisations 1996/1999-  haut magistrat premier conseiller  et directeur général des études économiques  à la cour des comptes 1980/1983 - auteur de nombreuses contributions internationales sur l’économie algérienne et  les enjeux  économiques mondiaux dont les mutations des filières industrielles.



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