Algérie 1

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L’inflation avec comme impact la détérioration du pouvoir d’achat, et le malaise social, impose de revoir la gouvernance économique

20-03-2021 16:06  Pr Abderrahmane Mebtoul

Comment  ne pas  rappeler ma contribution, au niveau national et international,  sous le titre   « Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, allons faire le marché ensemble»  (www.google.com le 08/09  septembre 2009) toujours d’une brûlante actualité, montrant que les  mécanises de régulation et de gouvernance n’ont pas fondamentalement changé. S'agissant d'un problème aussi complexe que celui de l'inflation, une analyse objective doit tenir compte de la structure et des particularités de l'économie à laquelle ils sont appliqués, les aspects de structures de l'économie internationale, de l'économie interne résultant de l'option de la stratégie de développement économique, aux schémas de consommation générés en son sein pour des raisons historiques, d'influences socioculturelles et aux composantes des différentes forces sociales pour s'approprier une fraction du revenu national. Il y a lieu d'éviter à la fois autosatisfaction et sinistrose par un discours de vérité, des réalisations entre 1963/2020 mais également des insuffisances qu'ils s‘agit de corriger.

1.-Concernant la maitrise de l’inflation annoncée par certains responsables,  je laisse le soin aux ménages algériens, aux journalistes de terrain, aux experts universitaires et aux opérateurs économiques le soin de juger. En économie la production est production des marchandises par  des marchandises, des segments de circuits ouverts  circuit, existant en  dynamique, un lien dialectique entre toutes les sphères de l’activité économique. Nous avons depuis quelques mois, avec une  amplification entre janvier et mars 2021, une  envoilée de la majorité des prix  tant des matières premières, biens d’équipements et  des biens de consommation comme par  exemple les produits des pauvres les pâtes, lentilles, haricots entre 30/50%,la sardine  plus de 1000 dinars le Kg, le poulet 500 dinars  le kg et beaucoup plus pour les produits informatiques, les fruits malgré leur disponibilité fluctuant entre  150/300 dinars le kg    pour ne pas   de la viande ou d’autres poissons et de al viande  1500 dinars/1800 le kg  selon la qualité, le foi plus de  3000 dinars le kg,   la crevette royale et le rouget plus de 2500/3000 dinars le kg , donc inaccessibles aux bourses moyennes. Alors que doit être un revenu pour une famille av/ec trois enfants payant les factures de loyer, d'électricité et gaz  et sans voitures ?. Concernant  le blocage des importations de voitures, qui ne sont pas un  produit de luxe,( la voiture d’occasion ayant augmenté entre 40/50%)  du fait  de la faiblesse des moyens de transport public,  pour la majorité des couches moyennes  l’utilisant comme moyen de locomotion pour aller travailler, la majorité  des pièces détachées. Certes on peut économiser la valeur des importations, sans bonne gouvernance,  mais c’est comme un ménage mal nourri, il fait des économies mais avec des répercussions sur le corps social à travers différentes maladies, mais cette fois qui se répercute à travers les importations  de médicaments en devises. On ne peut invoquer, pour expliquer l'inflation et par là la détérioration du pouvoir d'achat de la majorité des Algériens, uniquement les effets des augmentations des salaires qui représente moins de 20% du PIB.  Encore, il faut être réaliste  il serait suicidaire de vouloir doubler les salaires pour des raisons populistes ce qui entraînerait une hyperinflation non maîtrisable du fait de la mauvaise gouvernance encore qu’existe uneprofonde injustice sociale de la gestion de la caisses de retraite  qui certes accuse un déficit d’environ 700 milliards de dinars  en 2020 ,existant deux collèges, l’un étant réévalué régulièrement  percevant 100%, et l’autre la majorité plus de 90% percevant 80% de leur  salaire d’origine. Comme il est faux d'imputer cette hausse des prix à l'extérieur, excepté certains produits qui connaissent depuis l’épidémie du coronavirus une tension sur le marché mondial,  où nous assistons à la déflation. Se pose la question face à la déflation (baisse des prix au niveau mondial) qui a eu des répercussions sur la baisse du niveau des importations algériennes mais pas sur les prix des consommateurs. Pourquoi le consommateur algérien n'en bénéfice pas ? La raison essentielle de la non répercussion de cette baisse des prix au niveau mondial est que la banque centrale d'Algérie a dévalué simultanément (et c'est un paradoxe puisque la cotation de ces monnaies n'évolue pas dans le même sens) le dinar par rapport à la fois au dollar et à l'euro. En fait, la raison fondamentale du processus inflationniste en Algérie trouve son fondement dans le mode d'accumulation biaisé, où n'existe pas de proportionnalité entre la dépense publique et les impacts économiques et sociaux et si l'on continue dans cette voie hasardeuse de l'assainissement répété des entreprises publiques, couplé avec l'inefficacité des dépenses publiques C'est la conséquence d'un manque de cohérence et de visibilité dans la politique économique et sociale, avec la corruption socialisée qui engendre une démobilisation générale.

2.- Quelles sont les raisons principales de ce processus inflationniste ?  Premièrement, l'inflation provient de la faiblesse de la production et de la productivité interne (plus de 1000 milliards de dollars de recettes en devises entre 2000/2019 avec une importation de biens et services  d’environ 935 milliards de dollars,  le taux d’intégration entreprises publiques et privées ne dépasse pas  15%. L’efficacité  de la  récente dynamisation de la  diplomatique économique  suppose  des entreprises compétitives en termes de couts/qualité alors que 97/98% des exportations sont le résultat des hydrocarbures à l'état brut et semi-brut tenant compte des dérivées d'hydrocarbures comptabilisés dans la rubrique exportation hors hydrocarbures. Les réserves de change ont terminé fin 2020 à 42 milliards de dollars contre 194 en, janvier 2014, 62 fin 2019  et  à cette tendance entre 2019/2020  fin 2021 environ 20 milliards  et   qu’en sera t –il en 2022 si le cours du pétrole stagne entre 55/65 dollars et s’il n’y pas de relance économique?  La loi de finances 2021 pour son équilibre selon le FMI, nécessite  plus de 110 dollars le baril, 135 dollars selon la banque mondiale dans son rapport de janvier 2021,  le PLF2021 prévoyant  un déficit budgétaire record de plus de 21,75 milliards de dollars contre à la clôture 2020 de 18,60 milliards de dollars avec un déficit global du trésor de 28,26 milliards de dollars, soit 17,6% du PIB.  C'est que plus de 95% du tissu économique sont constitués de PMI/PME organisées sur des structures familiales, ne possédant pas de management stratégique, ne pouvant pas faire face à la concurrence internationale. La deuxième raison du processus inflationniste, est  la dévaluation rampante du dinar, sans réformes structurelles. On peut établir un coefficient de corrélation entre la cotation du dinar, le niveau des réserves de change provenant des hydrocarbures et l'évolution des recettes des hydrocarbures pour un taux d'environ 70%, 30% étant dues aux phénomènes spéculatifs et aux sections hors hydrocarbures bien que limitées. Avec une diminution des réserves de change inférieur à moins de 15/20 milliards de dollars, pouvant tendre vers zéro horizon 2022,  la cotation du dinar s'établirait à entre 200/250 dinars un euro au cours officiel et plus de 300 dinars un euro sur le marché parallèle.  La troisième raison du processus inflationniste est la dominance de la sphère informelle produit des dysfonctionnements des appareils de l'Etat et le manque de vision stratégique qui bloquent l'émergence d'entreprises productives. Il s'agira d'éclairer l'opinion publique afin d ‘éviter la cacophonie sur le montant exact de la sphère informelle en ne faisant pas de confusion en distinguant la part dans le PIB qui serait d'environ 40/50% selon l'ONS, en référence à la superficie économique dominée par  les services , du volume  des emplois, incluant les emplois temporaires, et  le montant de  la masse monétaire en circulation qui serait d'environ 33% selon la banque d’Algérie ayant augmenté  entre 2019/2020.. Car existent  plusieurs  méthodes d'évaluation  chacune un montant différent ( voir étude pour l'Institut Français des Relations Internationales sur la sphère informelle au Maghreb du Pr A.Mebtoul -Paris décembre 2013). Au niveau de cette sphère, tout se traite en cash, alors que la base de l'économie moderne se fonde sur le crédit, et qu'au-delà de 100 dollars, la carte de crédit est souvent exigée, cette sphère contrôlant  quatre segments-clefs : fruits et légumes, viande, poisson pour les marchandises locales et pour l'importation, le textile - chaussures. Aussi, il y a lieu d’éclater le revenu national par couches sociales pour comprendre les impacts du processus inflationnistes  alors qu’aucune enquête sérieuse n’a vu le jour  , pour des raisons politiques,  se contentant de donner un agrégat global d'amélioration du revenu global de peu de signification voilant les disparités, l’indice de l’ONS  n’ayant pas  été actualisé depuis 2011. Se pose la question sur la validité d'une ancienne enquête internationale, montrant une concentration excessive du revenu national au profit d’une minorité rentière,  où, selon les estimations des programmes des Nations unies pour le développement , le taux des personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté en Algérie, qui gagnent moins de deux dollars par jour, serait estimé à plus de 20 % de l'ensemble des habitants, les employés touchant des salaires variant entre 20 et 40 mille dinars constituerait plus de 60 % alors que 20 % des catégories les plus riches bénéficient de 42,6 % des revenu. Fait nouveau, une partie de la classe moyenne commence à disparaître graduellement et à rejoindre la classe pauvre où je connais personnellement des enseignants et d'autres catégories sociales qui font soit après les heures de travail s'ils sont en activité, ou après leur retraite chauffeur de taxi.  L’action  louable  au profit des zones d’ombre serait un épiphénomène face à la détérioration du pouvoir d’achat de la majorité de la société civile informelle silencieuse, la plus nombreuse, atomisée, non encadrée  qui risque de basculer dans l’extrémisme,  face à des discours de responsables déconnectés de la réalité, des   partis politiques  traditionnels  et une  société civile officielle souvent vivant de la rente, inefficience comme intermédiation sociale et politique,  ce qui pose un problème de sécurité nationale : attention avec cette dévaluation accélérée au dinar  au scénario vénézuélien et libanais où le signe précurseur  est la mise en circulation d’un billet de 2000 dinars.  Les tensions sociales, à court terme tant qu’il y a la rente,  sont atténuées artificiellement grâce aux recettes des hydrocarbures qui permettent des subventions pour la farine, la semoule et le lait et une somme colossale des transferts sociaux mais mal gérés et mal ciblés qui ne profitent pas toujours aux plus démunis. Ces tensions sociales sont également atténuées par la crise du logement qui renforce la solidarité familiale (même marmite, mêmes charges), assurant une paix sociale transitoire. Même si le rapport de la BAD  de mars 2021 prévoit pour l’Algérie un taux de croissance de 3,5% et 2,2% en 2022, un taux de croissance se calcule par rapport à la période précédente où en 2020 le taux de croissance  a été négatif de 6,5% selon le FMI. Le taux de croissance  2021, rapporté à 2020, donne toujours un taux de croissance faible, en termes réel,  entre 0 et 1%,  largement inferieur à la croissance démographique,(50 millions horizon 2030), supposant un taux de croissance  de 8/9% sur plusieurs années afin d‘absorber  350.000/400.3000 emplois par an qui s ‘ajoute au taux de chômage actuel qui a été de 15% en 2020.

3.- L'effet d'anticipation, d’une dévaluation rampante du dinar, via la baisse  de la rente des hydrocarbures ,  risque d'avoir un effet désastreux sur toutes les sphères économiques et sociales, avec comme  incidences  le taux d'intérêt des banques qui devraient le relever au moins de deux à trois points par rapport aux taux d'inflation réel, si elles veulent éviter la faillite.  Cela freinerait à terme le taux d'investissement utile, la plupart des opérateurs économiques préférant se réfugier soit dans les activités spéculatives à court terme actuellement dominantes. Ce processus inflationniste aura pour conséquence l'accélération du divorce Etat/citoyens accentué par l'effritement du système de la communication officielle,   devant  mettre fin à certains  discours qui jouent comme facteur de démobilisation, tenant compte de l’innovation destructrice, en ce monde turbulent et instable pour reprendre l’expression du grand économiste Joseph Schumpeter. Comment ne pas se rappeler cette image de la télévision algérienne où, à une question sur le taux de chômage, un ministre affirmera que les enquêtes donnent moins de 10% et qu'un journaliste lui répliqua : êtes-vous sûr de vos données ? Oui, répond le ministre. Ce à quoi le journaliste répliqua sous l'œil amusé de la présentatrice, non convaincue d'ailleurs, qu'il irait faire un tour dans les quartiers Algérie et qu'il dirait aux chômeurs que dorénavant leur appellation n'est plus chômeur mais travaille  et la déclaration d’un ministre en 2011  à  l’ENTV , en Algérie, il n'y a pas de pauvres mais des nécessiteux»,  quelle différence ?. Et à  la fin des années 1987 et après la grande pénurie, à  l'ENTV, où un ministre algérien avançait avec assurance que le marché était saturé selon les données en sa possession, la présentatrice lui rétorquant s'il a fait un jour le marché et que la population algérienne ne mangeait pas les chiffres Et récemment en mars 2021, que  l’inflation est maitrisée, que la relance économique améliorera la cotation du dinar en 2021,  alors que plus de 70% des entreprises publiques et privées dues à la fois à l’épidémie du coronavirus et dune gestion mitigée.  Il  existe  une contradiction dans cette récente  déclaration,  le PLF2021 prévoyant   142,20 Da/USD  en 2022 et passera jusqu’a 156,78 Da pour 1 USD en 2023, ce qui  suppose pas d'amélioration de la situation socio-économique.  En prenant un écart de 50% par rapport au marché parallèle nous aurons environ 300 dinars un euro,  et sous réserve de la maîtrise de l'inflation, sinon l'écart serait plus important. Car,  avec un taux de croissance avoisinant 2/3 % entre 2000/2019, avec un taux négatif d’au moins 6% en 2020, l’on ne  peut avoir un accroissement de l'emploi  où le Ministre du travail avoue  que la  destruction d’emplois a été supérieure à la création.

En conclusion,    le véritable patriotisme  des Algériens, quelque soit le niveau de responsabilité, se mesurera par leur contribution à la valeur ajoutée interne. Sans retour à la confiance, la moralisation , facteur de la  mobilisation de la population, et notamment des compétences nationales, autour d'un large front national tenant compte des différentes sensibilités, et d’un changement   de la gouvernance notamment  économique, aucun développement de sortie de crise n'est possible.  On ne décrète pas  la création d'entreprises facteur de  création d'emplois,  ne devant  pas confondre le tout Etat  (solution de facilité des bureaucrates en panne d'imagination) avec l'importance de l'Etat régulateur stratégique en économie de marché. Pourtant .l'Algérie, pays à très fortes potentialités, acteur stratégique  de la stabilité de  la région méditerranéenne et africaine a  les potentialités pour  peut surmonter la crise actuelle  ( voir interview in American Herald Tribune USA 28/12/2016 » Pr A.Mebtoul- Any Destabilization of Algeria would Geo-strategic Repercussions on all Mediteterranean and African Space ».et Pr A. Mebtoul, Algeria Still Faces Significant Challenges ,11 aout 2018 ». 

Professeur des universités, docteur d’Etat 1974- expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL  19/03/2021

ademmebtoul@gmail.com

 fax 041101281- mobile 0661552928

Nb- A l’invitation de la fondation  allemande Friedrich Ebert, en collaboration avec l’Union européenne, le Professeur des Universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL interviendra, en vidéoconférence,  sur le thème  « l’impact de la dépréciation du dinar Algérien, et la chute des réserves de change sur les indicateurs macro-économiques et sur la dynamique économique générale de l’Algérie ».  le  mercredi 31 mars à 17h30.



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