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Les défis de l’Algérie 2021/2025 : asseoir des institutions crédibles et relancer l’économie nationale

07-03-2021 15:16  Pr Abderrahmane Mebtoul

Le but de tout parti politique crédible, loin des slogans populistes,   est d’améliorer la situation sociale des citoyens passant par la relance économique. Vouloir remplacer Mohamed par  Abdelkader  pour jouir d’une rente ,après le scandale des dernières révélations des députés du CNT et d’autres catégories sociales, une minorité  alors que 70/80% de la population algérienne vit difficilement de son salaire ,  pratiques du passé, qui  ne peut que conduire le pays à la récession économique et sociale où   la crise provoquée par le coronavirus aura projeté une lumière crue sur un écosystème devenu fortement obsolète où les réserves de change sont passées de 194 milliards de dollars  fin décembre 2013 à 42/43 milliards de dollars fin 2020 contre 62 fin 2019 où à cette tendance   elles clôtureront  à environ 20 milliards de dollars fin 2021.   La nécessité de réformes systémiques s’impose avec urgence nécessitant une   nouvelle politique et la moralisation de la société du fait que la bureaucratie et la corruption accentuent le divorce entre l’État et les citoyens et constituent un frein à l’investissement national ou international productif.

1.-Une  économie nationale en berne

Le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) à prix courants, a été en 2015, de 3,7 %, en 2018 de 1,4 %, en 2019 de 0,8 % et en 2020 de – 6,5 %, donc une croissance inférieure à la pression démographique s’élevant, selon les projections du rapport du 21 janvier de la Banque mondiale, à + 3,8 % en 2021 et + 2,1 % en 2022. Il s’ensuit de cette décroissance que le taux de chômage tend à augmenter, étant de plus de 15 % de la population active en 2020, incluant les emplois temporaires, certains travaux improductifs – faire et refaire les trottoirs – et la sphère informelle, qui représente plus de 50 % du total hors hydrocarbures. Ce constat renvoie au couple taux de croissance faible et pression démographique galopante, la population de l’Algérie ayant évolué de 30,87 millions d’habitants en 2000 à 44,7 millions d’habitants en 2020, avec une projection à 51,309 millions en 2030. Cela implique la nécessité de créer plus de 350 000 emplois par an, en plus de ceux nécessaires à contenir le taux de chômage actuel. Le travail au noir (sphère informelle) de certaines catégories de la sphère réelle (après les heures de travail formel), parfois la petite corruption de ceux qui détiennent certains segments du pouvoir économique au niveau local, la cellule familiale, paradoxalement, la crise du logement (même marmite, même charges) et les subventions et transferts sociaux mal ciblés et mal gérés, jouent temporairement et imparfaitement comme tampon social.  L’annonce du directeur général de l’Agence nationale d’appui et de développement de l’entrepreneuriat, en ce mois de janvier 2021, d’environ 220 000 micro-entreprises recensées en difficulté financière, et l’adoption de nouvelles procédures visant à échelonner les dettes de ces entreprises et à effacer les pénalités de retard, est–elle une solution pérenne comme l’assainissement des grandes entreprises publiques, qui selon le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la Prospective, le 3 janvier 2021, l’équivalant de près de 250 milliards de dollars ayant été alloué par l’État au secteur public marchand sur les vingt-cinq dernières années. Dans le cadre de la cohésion sociale et face à la détérioration sociale amplifiée par l’épidémie du coronavirus, il est prévu que le maintien des transferts sociaux budgétisés inchangés par rapport à 2019, s’établissant à 14,04 milliards de dollars au cours de 128 dinars un dollar au moment de l’établissement de la loi de finances, soit 8,4 % du PIB..  Ainsi, malgré les subventions de certains produits, la majorité des produits connaissent une hausse vertigineuse ayant un fort impact sur le pouvoir d’achat des Algériens, devant analyser objectivement l’indice d’inflation de l’ONS et dont la composition du panier n’a pas été actualisée depuis 2011, ce qui est donc un facteur de sous-estimation du taux d’inflation. Or, le besoin est historiquement daté, évoluant avec le nouveau comportement de consommation des ménages, devant l’éclater par produits selon le modèle de consommation par couches sociales, fonction de la stratification du revenu national. La perception de l’inflation est différente d’une personne qui perçoit 200 euros par mois de celle qui perçoit 5000 euros ou plus, n’ayant pas le même modèle de consommation. La raison est le dépérissement du tissu productif où   plus de 85 % des entrants des entreprises privées et publiques proviennent de l’extérieur, ainsi qu’une grande partie de la consommation des ménages, la dévaluation du dinar induit un processus inflationniste qui se répercute également sur le pouvoir d’achat.Ainsi, la cotation du dinar est passée de 4,94 dinars un dollar en en 1970 à plus de 132 dinars un dollar en mars 2021 et à plus de 160 dinars un euro. La banque d’Algérie procède au dérapage du dinar par rapport au dollar et à l’euro, ce qui permet d’augmenter artificiellement la fiscalité hydrocarbures (reconversion des exportations hydrocarbures en dinars) et la fiscalité ordinaire (via les importations tant en dollars qu’en euros convertis en dinar dévalué), cette dernière accentuant l’inflation des produits importés, montant accentué par la taxe à la douane s’appliquant à la valeur dinar, étant supportée en fin de parcours par le consommateur comme un impôt indirect, l’entreprise ne pouvant supporter de telles mesures que si elle améliore sa productivité.

2.-De profondes réformes doivent être menées pour relancer l’économie

L’Algérie ne peut revenir à elle-même que si les faux privilèges sont bannis et les critères de compétences, de loyauté et d’innovation sont réinstaurés comme passerelles de la réussite et de la promotion sociale. Les réformes à venir doivent tenir devra tenir compte d’une révision de l’actuelle politique socio-économique, au niveau international notamment de la demande de révision par l’Algérie de certaines clauses de l’accord d’Association avec l’Europe, notre principal partenaire, dans le cadre d’un partenariat gagnant–gagnant – d‘autres zones de libre-échange, notamment avec l’Afrique dont les échanges sont dérisoires à moins de 2 milliards de dollars, ne devant pas nous faire miroiter des utopies, supposant des entreprises compétitives (coût/qualité). Tout projet de société étant porté forcément par des forces politiques, sociales et économiques, les réformes étant fonction des rapports de force au niveau de la société et non au sein de laboratoires de bureaucrates déconnectés de la société. C’est pourquoi, il faut insister sur l’effort d’une information de vérité, accessible à toute la population, pour montrer l’opérationnalité de l’action gouvernementale au profit des générations présentes et futur  Le défi 2021-2030 pour l’Algérie est la refondation de l’État, passant à un nouveau mode de gouvernance dont le fondement est la liberté au sens large pour une société participative et citoyenne, impliquant une réelle décentralisation autour de grands pôles régionauxLes responsables algériens s’adapteront–ils à ce nouveau monde dynamique en perpétuel mouvement, dont il n’existe pas de modèle statique, ou vivront-ils toujours sur des schémas dépassés des années 1970-2000, conduisant le pays à l’impasse ? L’action gouvernementale doit définir clairement les objectifs stratégiques :comment se pose le problème ; quelles sont les contraintes externes (engagements internationaux de l’Algérie) ; quels sont les contraintes socio-économiques, financières et techniques internes ; quels sont les choix techniquement possibles et les ensembles de choix cohérents, et quelles sont les conséquences probables de ces choix ; quelles méthodes de travail choisir qui permettent de déterminer les paramètres (moyen et long terme) et les variables (court terme) dont dépend un système complexe… Après avoir décomposé la difficulté en éléments simples, il convient de se poser des questions et apporter des réponses opérationnelles, loin des théories abstraites, réalisations physiques et plan de financement sur chacun des éléments : Quoi ? Qui ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Pourquoi ? Comment faire ? L’on devra distinguer dans la hiérarchisation les projets capitalistiques dont le seuil de rentabilité, si le projet est lancé en 2021, ne sera réalisable qu’à horizon 2028-2030, des projets moyennement capitalistiques, avec un seuil de rentabilité au bout de cinq années et des projets faiblement capitalistiques (PMI/PME) au bout de 2/3 années, mais devant tenir compte des nouvelles mutations mondiales qui seront dominées par ce que d Jacques Attali s nomme les « industries de la vie »  : la santé, l’alimentation, l’écologie, l’hygiène, l’éducation, la recherche, l’innovation, la sécurité, le commerce, l’information, la culture ; et bien d’autres, ces segments étant capables d’augmenter leur productivité, et donc d’améliorer sans cesse leur capacité de satisfaire la demande sociale nouvelle, fonction de nouveaux comportements. Pour cet auteur, c’est donc en mettant tous les efforts sur les travailleurs et les industries de la vie qu’on sauvera les nations, les civilisations, et l’économie. Dans ce cadre, la structure de l’action en faveur des réformes est globalement formée de cinq segments qui fondent le processus opérationnel de mise en œuvre : l’administration qui constitue la cheville ouvrière par son importance stratégique ; la société civile/syndicats ; les citoyens dans leur diversité ; les partis politiques et les opérateurs publics et privés. C’est une entreprise d’envergure consistant principalement à réorganiser : premièrement, le champ des partis politiques qui ont de moins en moins d’audience auprès de la société ainsi que la réforme des institutions centrales et locales impliquant la débureaucratisation, la numérisation étant une des solutions, et une réelle décentralisation autour de grands pôles économiques régionaux ;   deuxièmement, le système d’information avec la numérisation qui en ce XXIe siècle n’est plus le quatrième pouvoir mais le cœur du pouvoir même ; troisièmement, réorganiser le mouvement syndical et associatif ainsi que la promotion de la femme, signe de la vitalité de toute société ;  quatrièmement, réformer la justice par l’application et l’adaptation du Droit, tant par rapport aux mutations internes que du droit international ;  cinquièmement, adapter le système éducatif, centre d’élaboration et de diffusion de la culture et de l’idéologie de la résistance au changement et à la modernisation du pays où la déperdition du primaire au secondaire et la baisse du niveau devient alarmant ;sixièmement, réformer le foncier agricole et industriel, du secteur de l’énergie avec le primat à l’efficacité énergétique et un nouveau modèle de consommation, dont un nouveau management stratégique de Sonatrach, lieu de production de la rente, pour plus transparence dans sa gestion ;septièmement, réformer le système financier, préalable essentiel à la relance de l’investissement public, privé national et étranger, les banques publiques et privées étant au cœur d’importants enjeux de pouvoir entre les partisans de l’ouverture et ceux de préservation des intérêts de la rente.

En conclusion, pour réussir les réformes, l’Algérie a besoin de nouvelles intermédiations politiques, sociales, culturelles et économiques, loin des aléas de la rente. Afin d’éviter un affrontement direct entre forces de sécurité et citoyens en cas de malaise social, un regard critique et juste doit être posé sur sa situation, sur ce qui a déjà été accompli de 1963 à 2020, et de ce qu’il s’agit d’accomplir entre 2021-2030 au profit exclusif d’une patrie qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d’une même ambition et d’une même espérance, la sécurité nationale et le développement économique et social du pays.

Références

Sous la direction du Pr Abderrahmane Mebtoul : bilan du processus d’industrialisation 1965-1978 Ministère Industrie- Énergie assisté de 15 experts – Alger - 6 volumes  Audit sous la direction du Pr Abderrahmane Mebtoul, « Réformes et place du secteur privé au sein de l’économie nationale », 1979,8 vol., MEM Alger - Ouvrage collectif sous la direction du Pr Abderrahmane Mebtoul « Les enjeux de l’Algérie : réformes et démocratie ». 2 volumes Casbah Édition Alger- 2005 (520 pages) - Interview du Pr Abderrahmane Mebtoul à Afrik Économie, Paris, décembre 2018 : « Réformes en Algérie, pour un large front social anti -crise ».  -American Herald Tribune : « Prof. Abderrahmane Mebtoul : Any Destabilization of Algeria would have Geo-strategic Repercussions on all the Mediterranean and African Space », 28 décembre 2016.  - Dr. Abderrahmane Mebtoul : « Algeria Still Faces Significant Challenges »,11 aout 2016 » -  « Prof. Abderrahmane Mebtoul : “The Widespread Financial Scandals Affecting most Sectors of National Activity Threaten the Foundations of the Algerian Stat »-19 octobre 2019 ; -  AfricaPresse.Paris : Professeur Abderrahmane MEBTOUL : Comment  conjurer la crise en Algérie » 23 juillet 2019  -  interviews –« Impact de la crise politique sur l’économie », entre 4 et 21 novembre 2019 : Télévision France24 Paris- TV Beur-FM Paris - Radio France Internationale- RFI - Paris, Radio Algérie internationale, Radio algérienne chaine 3.  - « Le poids de la sphère informelle produit de la bureaucratie, et les enjeux géostratégiques », Institut Français des Relations Internationales (IFRI), décembre 2013 réactualisé dans la revue stratégie IMDEP, Ministère de la défense nationale, octobre 2019.



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