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Les 8 leçons, à tirer des expériences internationales, pour relancer le secteur économique algérien

09-12-2016 13:37  Pr Abderrahmane Mebtoul

Je suis  con vaincu que la bataille de la relance économique future de l’Algérie et   sa place dans la compétition mondiale se remportera  grâce à   la bonne gouvernance  et  sa  capacité à innover.

 

-Première leçon : la politique socio-économique depuis l’indépendance politique rentrant dans le cadre du programme de Tripoli  a été menée exclusivement par l’Etat avec plusieurs variantes.  De 1965 à 1979 avec une orientation exclusive vers l’investissement productif. Celle-ci s’est effectuée autour de l’Etat omniprésent sur l’ensemble du cycle: planification, financement, réalisation de l’investissement et productionDe 1980 à 1990 orientée essentiellement vers les infrastructures BTPH et les activités commerciales. De1991 à 2000 du fait de la situation particulière  qu’a connu l’Algérie avec l’avènement du terrorisme  et la cessation de paiement on ne peut à proprement parler  de  politique de développement mais avec  la cessation de paiement des ajustements macro-économiques et macro sociaux extrêmement douloureux du fait des exigences du FMI. De 2000 à 2016,  du fait que la demande sociale a été compressée  et des destructions massives entre 1990-2000, une politique orientée essentiellement vers les infrastructures. Ainsi, l’Algérie  tente difficilement sa transition d’une économie publique vers une économie plus libérale à vocation sociale.  Le pays ayant  opté dès le départ  pour une économie étatisée et une gestion administrée,  s’étant  ouverte à l’économie de marché à partir de la  crise de 1986, effet de la chute du cours des hydrocarbures. Toutefois, l’économie algérienne reste encore une économie essentiellement publique, toute l’économie étant tirée par la dépense publique via la rente des hydrocarbures.  L’héritage socialiste est fortement présent dans la philosophie et les pratiques de la vie économique et sociale et dans celui de la pérennité de l’entreprise publique. L’industrie publique  est largement obsolète et concentre comme démontré précédemment des pertes totales malgré des assainissements répétés nécessitant  sa restructuration et sa modernisation. Ainsi, les ressources du pays sont significatives mais basées sur des  rentes qui contribuent à anesthésier les volontés de changement. En dépit de certaines réformes timides –paradoxe plus le cours des hydrocarbures  est faible plus on ressent le besoin de réformes, et ralentit lorsque le cours est élevé.


Deuxième leçon, paradoxalement, les paramètres macro-économiques de l’Algérie  apparaissent comme positifs mais éphémère sans réformes structurelles. Les tendances relatives aux grands agrégats révèlent une macro-économie sous contrôle relatif fonction  des aléas de la  rente des hydrocarbures qui représente avec les dérivées  97/98% des exportations totales. La dette est relativement  maîtrisée grâce au remboursement par  anticipation, moins de 4 milliards de dollars US, mais grâce toujours aux hydrocarbures. Le budget depuis  la fin du premier semestre 2014  qui était  équilibré  grâce à l’appoint de la fiscalité pétrolière, connait depuis  des tensions budgétaires du fait de la  chute du cours  des hydrocarbures. Aussi, le retour à l’endettement  guette  le pays horizon 2020 en cas d’un cours inférieur à 90 dollars  et du  maintien du rythme actuel de la dépense publique  qui s’est  fondée  sur un cours de 115/125 dollars entre 2011/2014 et 86/87 dollars en 2016.  En effet, si la balance commerciale a fortement bénéficié de la remontée des cours des hydrocarbures entre 2007/2012, cependant depuis 2010, les importations suivent une tendance haussière, l’Algérie important 70% des besoins des ménages et des entreprises qu’elles soient publiques ou privées  dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15% avec un dépérissement du tissu industriel moins de 5% du produit intérieur brut. L’inflation qui a connu un niveau record en 2012( 8,9% selon les statistiques officielles)  relativement maîtrisée entre 2013/2015 connait un rebond  depuis 2016.Ce taux officiel est   compressée artificiellement par les  subventions généralisées et les transferts sociaux , non ciblées  encore qu’il faille éclater l’indice  de l’ONS, et  analyser les  liens entre la répartition du revenu et le modèle de consommation par couches sociales, celui percevant 20.000 dinars par  mois net n’ayant pas la même perception de l’inflation que celui qui perçoit 200.000 dinars. Les banques notamment publiques qui concentrent plus de 85% des crédits octroyés se cantonnent en guichets administratif accompagnant peu  les investisseurs, ce qui  ce qui reflète en partie la faible efficacité du système bancaire qui souvent  n’arrivent pas à transformer les liquidités en richesses réelles. Les banques publiques sont malades de leurs clients notamment les entreprises publiques (assainissement de plus de 60 milliards de dollars entre 1971/2015) 70% étant revenues à la casse de départ montrant que le blocage est d’ordre systémique et que ce n’est pas seulement une question de capital argent. 


Troisième leçon, les résultats de l’actuelle politique sont désormais nettement perceptibles sur plusieurs aspects  stratégiques de l’économie algérienne. Il ne faut pas avoir une vision de sinistrose. Beaucoup de réalisations mais  des insuffisances qu’il s’agit impérativement de corriger. Le comportement actuel est de type « semi-rentier » et ne recherche pas la réforme en profondeur de l’économie. La rente pétrolière génère plusieurs effets pervers de l’économie à son seul profit, ce qui renforce encore davantage la monoculture énergétique du pays. La surévaluation de la monnaie (de facto indexée sur le dollar) ou existe un écart depuis 2014  d’environ  60% entre le cours sur le marché officiel et sur le marché parallèle. La facilité d’importation des biens alimentaires et des produits manufacturés rendus artificiellement moins coûteux. La diffusion du ‘’syndrome hollandais’’ dans l’industrie nationale draine ses ressources au profit des hydrocarbures. Ce système par croissance externe demande des capacités fortes de management que l’Algérie ne possède pas encore et donc ne lui permet pas de maîtriser seule son propre modèle de développement. La pression démographique rend l’Algérie  de plus en plus dépendante des importations qui n’a pas jeté les bases d’un appareil productif capable d’affronter la concurrence internationale. Les différents revenus des rentes ne proviennent pas d’un véritable effort productif des intéressés et conduisent quasi inéluctablement à une mauvaise gestion macro-économique. L’absence de mise en place d’un appareil productif augmente chaque jour davantage les difficultés que rencontrera le pays lorsque la rente tendra vers l’épuisement. Des considérations politiques à court terme l’emportent souvent  sur les perspectives à long terme. Tant que la majorité de l’électorat tirera ses revenus des emplois dans la fonction publique, qu’elle pourra bénéficier de services sociaux peu coûteux, les réformes fondamentales n’auront guère de chances de progresser de par l’opposition tant du grand public que de la technostructure censée mettre en œuvre ces changements.

 


-Quatrième  leçon : la  politique menée depuis des décennies  a  finalement débouché sur une plus grande dépendance notamment technologique. L’orientation quasi exclusive de cette industrie sur la substitution des produits importés a généré des  déperditions et les surcoûts classiques liés à une non optimisation des capitaux investis. Par ce phénomène, l’Algérie s’est insérée (malgré elle) dans la division internationale du travail comme fournisseur exclusif d’énergie, accroissant  sa dépendance à l’égard des cours et des revenus pétroliers, seule source de flux financiers externes. Le lancement  de capacités industrielles a nécessité la mise en œuvre de  contrats « clés - ou produits en main », avec recours aux techniques étrangères d’où  la dépendance technologique (pièces de rechange, maintenance et formation). Le nombre de micro unités  de voitures, sans vision stratégique du marché mondial,  dont la rentabilité est incertaines risque  d’accroitre l’importation  des inputs sans une intégration minimale de 40%, et sachant que la rentabilité doit tourner autour  de 100.000/150.000 unités minimum. Aussi, le secteur productif  souffre d’une faible rentabilité et d’importants surcoûts propres aux économies dirigées du fait que  les  systèmes de prix sont souvent déconnectés de la conjoncture économique , les  systèmes d’approvisionnement ou de négociations contractuelles nées du code des marchés publics sont lents   et coûteux et   les systèmes de cooptation des personnels entraînent des sureffectifs et une gestion laxiste. Le salaire au sein des branches est  déconnecté de la productivité du travail avec la dominance des emplois rentes et des fonctionnaires. Les branches qui exportent le plus ne sont pas forcément les plus ouverte  et l’industrie manufacturière même embryonnaire est très tournée vers son marché intérieur. Les investissements directs étrangers hors hydrocarbures  et dans les secteurs productifs sont très faibles, les étrangers étant attirés par les marchés  publics du BTPH. Les  entreprises privées  sont  présentes  surtout  dans le secteur des services avec prédominance  du commerce de détail, dans les petites entreprises de BTPH  et du secteur manufacturier traditionnel. Excepté les hydrocarbures, de certains segments des télécommunications,  de quelques sociétés mixtes, le secteur étranger productif est marginal. Paradoxalement, l’Algérie fait alors massivement appel à l’assistance technique et aux firmes étrangères en même temps qu’elle les encadrées dans le cadre de la  règle des 49/51% instauré par la loi de finances 2009, généralisée aux banques en 2010, qui a favorisé des intérêts de rente d’où récemment fin 2016, son assouplissement. Enfin,  l’interprétation unilatérale de la réglementation a également généré des abus avec des contentieux internationaux comme en  témoigne els nombreux litiges    dont ceux de Sonatrach  à l’international  accentué avec  l’importance de la sphère informelle par la violation  de la  propriété intellectuelle. 


-Cinquième  leçon : la gestion du  commerce extérieur, héritée du système passé   entrave  le fonctionnement des activités productives  y compris à l’exportation. Le poids historique de la lourdeur bureaucratique caractérise l’ensemble des organismes qui interviennent  dans le cycle de la  vie de l’entreprise est une entrave constante au fonctionnement efficient de celle-ci. Leur disparition ne sera que progressive. Ceci est probablement aggravé par un système judiciaire lent, peu transparent et non adapté à une économie moderne. L’objectif de protection de l’industrie naissante a généré une gestion bureaucratique des  procédures du commerce extérieur  qui est devenu un terreau pour de nombreuses pratiques non conformes. L’adhésion de l’Algérie à l’OMC serait  un signal fort pour simplifier ce système obsolète mais les habitudes prises ont généré des monopoles lucratifs et puissants qui seront lents à disparaître ou à contourner. Les formalités de contrôle des changes restent encore largement interprétées par le personnel des banques qui garde la nostalgie de la puissance de son rôle de contrôleur. Concernant l’investissement étranger, les multinationales recherchent classiquement des avantages comparatifs pour produire de façon compétitive pour un marché local solvable mais aussi vers un marché régional et/ou mondial, en intégrant leurs capacités commerciales et productives, d’où l’importance de sous intégrations régionales l’intégration où l’Algérie pourrait trouver des avantages comparatifs. Le modèle à dominance étatique  à taux d’intégration verticale élevé va à l’opposé des nouvelles mutations mondiales.   Les lourdeurs bureaucratiques (délais de négociation et de mise en place) et l’incertitude juridique (taux douaniers, fiscalité, réglementations) ont encore renforcé l’image d’un marché difficile et fermé, isolant l’Algérie des nouvelles mutations mondiales. Le problème essentiel à résoudre est la mise en place de subventions ciblées budgétarisées par le  parlement  afin d’éviter  des transferts artificiel des bénéfices par  les prix de cession visant l’optimisation fiscale vers les lieux fiables et peu imposés,  la  distorsion de la concurrence, le monopole,  source de surcouts et enfin l’amélioration du  système d’information (limitation de l’accès aux données nationales )  et la distorsion dans l’accès aux données technologiques devient une urgence de l’heure. 

Sixième  leçon : le  fait marquant en ce XXIème siècle, est l’internationalisation des économies qui rend obsolètes les systèmes autarciques. La CEE est le premier partenaire et surtout son principal débouché à l’exportation tandis que les  USA (révolution du gaz/ pétrole  de schiste)  seront de rudes concurrents notamment sur le  marché européen entre  2017/2020.  Dans le cadre de son adhésion à la CEE et éventuellement de son adhésion  à l’OMC,  l’Algérie est tenu  d’ouvrir son champ de coopération multilatérale ce qui devrait renforcer encore les échanges croisés notamment en prenant  des engagements sur le démantèlement de ses protections douanières  (reportés à horizon 2020 au lieu de 2017) et l’ouverture graduelle de son marché avec notamment, la réduction des quotas à l’importation pour les produits agricoles ;  la mise en place d’un taux douanier maximal pour les produits industriels ; un accord sur les technologies de l’information ; la libéralisation du commerce des services et de l’accès au marché des services d’ouvrir  un champ large de partenariats multilatéraux tant régionaux qu’européens de renforcer ses réformes structurelles dont la privatisation et la démonopolisation, dépassant le  cadre  d’un secteur public hypertrophié par rapport au secteur privé de revoir  ses normes de gestion , l’Etat algérien  dépensant  2 fois plus que la moyenne des pays émergents pour avoir deux fois moins de résultats économiques et sociaux d’Asie.


Septième leçon s’adapter à la spécialisation internationale en libérant les énergies créatrices  et donnant un rôle stratégique à  par l’Etat régulateur comme facteur de cohésion sociale. Cela n’est pas propre à l’Algérie. La   politique des Etats est souvent un dosage voire une oscillation entre libéralisme et interventionnisme excessifs. Dans la plupart des pays, l’Etat a largement réorienté son action. La coordination (management stratégique)  domine désormais les politiques directives dans le processus de production. De maître d’œuvre, l’Etat  évolue vers un rôle d’organe de régulation par un certain nombre de leviers dont il reste maître (taux du crédit, taux de change, déficit budgétaire, poids de l’impôt et des services publics…) et de réglementation (commerce, taxes, télécommunications, transports, droit du travail…).La globalisation économique a été impulsée par les multinationales puis par les États. Désormais elle devient un phénomène politique et économique copié par les États eux-mêmes pour les grands secteurs stratégiques. Ce sont les Etats souverains qui signent les accords créant un cadre propice aux échanges (CEE, ASEAN, MERCOSUR). Les organismes supranationaux  assurant souvent l’application  des règles entre les  partenaires. Ainsi,  l’OMC, à laquelle veut adhérer l’Algérie  est une institution chargée  d’appliquer une législation et d’arbitrer  les conflits entre les  Etats membres par l’intermédiaire  de l’ORG (organe  de Règlement des Différents). Cela ne saurait signifier la fin du rôle   de l’Etat  mais un rôle stratégique dans la régulation.  Mais la problématique de la mondialisation implique une politique d’ouverture de l’Algérie qui doit aborder les questions sous un autre angle  où  l’organisation internationale de l’industrie et des services, implique une adaptation pour  l’Algérie. L’important  en ce XXIème siècle  est   la spécialisation non pas dans les branches  (vision dépassée) mais  dans la  dynamique des produits car la  spécialisation d’un pays dans le commerce international révèle sa compétitivité au moyen-long terme au niveau sectoriel


Huitième leçon,  l’Algérie doit investir dans l’économie de la connaissance,  débureaucratiser et réformer son système financier  pour avoir des  avantages comparatifs. Il s’agira  d’accroitre les dépenses en recherche /développement. L’Algérie  doit  renforcer les   entreprises pilotes, améliorer les capacités des  PME , la gestion de bases, les  incitations en matière d’implantation, la promotion des réseaux d’entreprises ; améliorer les infrastructures contribuant à la chaîne logistique ;  supprimer  les systèmes bureaucratiques de contrôle au profit de suivis à posteriori et informatisés tendant vers la simplification des formulaires ; de prévoir des modes de financement appropriés ; les opérations d’encouragement des investissements  grâce à la promotion des réseaux, associations professionnelles, les normes et qualifications demandant compétences techniques  et  encourager la  mise en place de systèmes d’assurance-garantie contre le risque économique.  Les choix de développement des filières doivent coller avec  la structure socio-économique et culturelle du pays.  La forte démographie a généré un fort  accroissement de  la population algérienne, allant vers 50 millions d’habitants horizon 2030 (40 millions d’habitants au 01 janvier 2016). Les emplois créés dans le secteur lourd à forte intensité de capital coûtent entre 4 et 10 fois plus que dans une PMI. Ceci résulte en une industrie peu créatrice d’emplois dans un pays à forte croissance démographique. La dépendance technologique propre à l’outil  économique  existant ne peut plus s’accorder de l’absence d’ouverture du capital vers les groupes internationaux et du contrôle rigide du commerce extérieur. Pour les entreprises privées, les performances sont encore freinées par le savoir-faire entrepreneurial limité mais aussi par la difficulté d'accès aux technologies modernes et par des normes de qualité obsolètes.  En plus de la mobilisation   de l’épargne  domestique ( faible bancarisation ) où une grande partie des activités  se  se traitent  en cash avec l’importance de la sphère informelle contrôlant 40/50% de la masse monétaire en circulation , l’on doit mettre en place  des réseaux pour  une meilleure attractivité du pays aux IDE ainsi qu’ un  fonds concernant la communauté émigré possédant à la fois un savoir faire  et du capital-argent. Ceci devrait être géré par le système bancaire qui reste à moderniser par la création  d’outils permettant de favoriser l'équipement, donc le développement de l'entreprise (par exemple : crédit-bail, escompte des traites, nantissement des marchés publics, etc…).

En résumé, le  retour de la croissance passe par l’Etat de Droit, une gouvernance renouvelée se fondant sur une plus grande moralité de ceux qui dirigent la Cité. Du fait de tensions budgétaires à venir, la chute des cours des hydrocarbures étant  durable dans le temps,  cela implique  une plus grande efficacité des dépenses publiques. Le cadrage pluriannuel des finances publiques constitue un instrument essentiel pour la mise en œuvre d’une politique de  maîtrise des dépenses publiques et de procéder  à une évaluation approfondie de l’efficacité des dépenses fiscales et sociales dont le montant dépasse un certain seuil. Le développement de l’Algérie,  devra reposer sur l’initiative locale  pour initier des activités productives, car toute action centralisatrice est vouée à l’échec sans implication des acteurs locaux. Dans le cadre de ces réformes locales, l’on devrait privilégier l’autonomie budgétaire plutôt que l’autonomie fiscale pour inciter les citoyens  à mieux contrôler les dépenses des collectivités locales.

  ademmebtoul@gmail.com



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