Algérie 1

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L’affirmation de la maîtrise de l’inflation et de l’appréciation du dinar par le Ministre des finances, est déconnectée des réalités nationales

15-03-2021 17:06  Pr Abderrahmane Mebtoul

Lors du  lancement officiel des services de certification et de signature électronique au Centre international des conférences (CIC), le ministre des finances, a  affirmé le 13 mars 2021  je le cite «  «l’inflation est très maîtrisée en Algérie  et  la monnaie nationale n’est pas en cours d’effondrement   et s’appréciera  fin 2021 ». Afin de ne pas  induire comme par  le passé,  les plus hautes autorités du pays et l’opinion publique qui d’ailleurs n’est pas dupe vivent la  dure réalité quotidienne, je propose cette présente analyse.

1.-Il  existe  une contradiction dans cette récente  déclaration, le  gouvernement projetant  dans le PLF2021, initié par le Ministère des finances  non pas une amélioration de la cotation du dinar, mais une amplification de sa dévaluation, entre 2021-2023 ce qui  suppose pas d'amélioration de la situation socio-économique. Pour 2023 le PLF 2021 prévoit environ 185 dinars un euro et 156 dinars pour un dollar. En prenant un écart de 50% par rapport au marché parallèle nous aurons environ 300 dinars un euro, alors que les frontières sont toujours fermées et sous réserve de la maîtrise de l'inflation, sinon l'écart serait plus important. Rappelons que pour la période de 2001 à mars 2021, nous avons la cotation  suivante : -2001 : 77,26 dinars un dollar 69,20 dinars un euro -2005, 73,36 dinars un dollar, 91,32 dinars  un euro  2010, 74,31 dinars un dollar et 103,49 dinars un euro -2015, 100,46 dinars un dollar et 111,44 dinars un euro 2018 : 116,62 dinars un  dollar et  137,69 dinars un euro :-2019 :119,36 dinars un dollar et 133,71 dinars un euro -2020 :128,31 dinars un dollar  et 161,85 dinars un euro et  la   cotation du dinar  officiel le 14 mars 2021 est de 159,58 dinars  un euro et 133, 57 dinars un dollar.

C’est que le même ministre avait prévu plus de 44,2  milliards de dollars de réserves de change  fin 2021  alors qu’elles sont passées de 194 milliards de dollars  fin 2013, à 97,33 en 2017, 62 en 2019 et selon le président de la république lors de sa dernière conférence  de presse à 42 milliards de dollars. A  fin 2021, ( baisse des réserves de change de 20 milliards de dollars entre 2019/2020)  les réserves de change  seraient de 20 milliards de dollars. Qu’en sera t –il en 2022 si le cours du pétrole stagne entre 55/65 dollars et s’il n’y pas de relance économique, la loi de finances 2021 pour son équilibre selon le FMI et la banque mondiale , nécessitant  plus de 110 dollars le baril et le PLF2021 prévoyant  un déficit budgétaire record de plus de 21,75 milliards de dollars contre à la clôture 2020 de 18,60 milliards de dollars avec un déficit global du trésor de 28,26 milliards de dollars, soit 17,6% du PIB  En cas de baisse drastique des réserves de change à 10/12 milliards de dollars, qui tiennent la cotation du dinar algérien à plus de 70%, la banque d'Algérie sera contrainte de dévaluer le dinar officiel à environ 200/220 dinars un euro avec une envolée du cours sur le marché parallèle qui fluctue en fonction du taux d'inflation  d’environ 300 dinars un euro minimum, surtout en cas d’ouverture des frontières

2.- Le ministre des finances toujours en ce mois de mars 2021,  annonce sans précisions la relance économique  en 2021, comme facteur d’appréciation du dinar ce qui est juste en soi, en théorie mais comment  peut -on relancer l’économie actuellement en berne pour des raisons internes et externes , le dernier rapport de janvier 2021 de la CNUED , conséquence de la crise mondiale, montrant une baisse substantielle des IDE    notamment vers le Maghreb et l’Afrique . Or,  on ne peut déclarer une appréciation du dinar, vision administrative bureaucratique  du passé, qui sera fonction  des seuls les indicateurs macro financiers et économiques, mais  surtout de la stabilité juridique, institutionnelle  et politique, les élections législatives étant prévues en juin 2021, les investisseurs potentiels attendant la politique du nouveau gouvernement qui en sera pas mis en place pas avant aout/septembre 2021. Comment dès lors prétendre relancer la machine économique en 2021 où   reste une seule solution, si on enlève l’endettement extérieur,  la dépense publique via la rente des hydrocarbures devant distinguer la partie dinars avec une dette publique qui risque d’exploser et la partie devise influant sur le niveau des réserves de change. Et en cas  de la faiblesse de  la production interne nous assisterons à  l’amplification du processus inflationniste,  les lois économiques étant insensibles aux slogans politiques n’étant pas propre à l’Algérie,   comme en témoigne les expériences récentes du Venezuela et du Liban Certes, la  valeur d’une monnaie est fonction  de la production et de la productivité interne  et de la capacité de pénétrer les marchés extérieurs  supposant des entreprises publiques   privées compétitives en termes de cout/qualité .

Mais en 2020/ 2021, comme pour les années passées,  98% des recettes en devises avec les dérivées dépendent des hydrocarbures, encore pour longtemps,  dont la production en volume physique est en baisse où  selon  l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), publiés dans son rapport mensuel le 12 mars 2021, la production algérienne de pétrole a atteint 878.000 barils en février 2021 contre 874.000 barils par jours en janvier , contre plus de 1,5 /1,2millions de barils entre 2007/2010, donc ne profitant que peu de la hausse récente des prix,  mais un  bémol les cours du Sahara Blend, le brut de référence algérien,  62,38 dollars le baril en février 2021, contre 55,08 dollars en janvier 2021 en hausse de 7,30 dollars (+13,3%). Mais ne jamais oublier  que 33%%  des recettes de Sonatrach proviennent du gaz naturel dont le cours est passé  de plus de 10 dollars le MBTU en 2009/2013 à moins de 2,70 dinars le MBT  entre 2020  et mars 2021. Même si le rapport de la BAD  de mars 2021 prévoit pour l’Algérie un taux de croissance de 3,5% et 2,2% en 2022, un taux de croissance se calcule par rapport à la période précédente où en 2020 le taux de croissance  a été négatif de 6,5% selon le FMI. 2021, rapport à 2020, donne toujours un taux de croissance faible, en termes réel  entre 0 et 1% largement inferieur à al croissance démographique, supposant un taux de croissance  de 8/9% sur plusieurs années afin d ‘absorber  350.000/400.3000 emplois par an qui s ‘ajoute au taux de chômage actuel qui a été de 15% en 2020. Avec l’épidémie du coronavirus et les restrictions d’importation sans ciblage, selon les organisations patronales, plus de 70% d’entreprises   courent à  la faillite,  fonctionnant  à moins de 50% de leurs capacités .Des projets comme le fer de Gara Djebilet   et du phosphate  de Tebessa  hautement capitalistique ( montant de l’investissement dépassant 15 milliards de dollars pour uniquement ces deux projets selon l’ex ministre de l’industrie (source APS décembre 2020), le seuil de rentabilité, sous réserve de trouver un partenaire  de renom, ces deux filières étant contrôlées au niveau du marché mondial par  quelques firmes    demandent du temps et si les projets sont lancés en 2021  au moins 5/7 ans, soit  2026/2028, et pour  les projets PMI/PME   leur seuil de rentabilité se fera dans deux à trois ans. 

3.-Concernant la maitrise de l’inflation annoncée par le ministre,  je laisse le soin aux ménages algériens, aux journalistes de terrain   et aux opérateurs économiques le soin de juger cette déclaration qui ignore fondamentalement le fonctionnement  de la société montrant que  certains responsables vivent dans une autre planète eje leur demande  d’aller   faire le marché pour constater l'explosion des prix de la majorité des produits . En économie la production est production des marchandises par  des marchandises,  existant en  dynamique,  un lien dialectique entre toutes les sphères de l’activité économique.. Nous avons depuis décembre 2020, avec une  amplification entre janvier et mars 2021, une  envoilée de la majorité des prix  tant des matières premières, biens d’équipements et  des biens de consommation comme par  exemple les produits des pauvres  les pates, lentilles , haricots  entre 30/50%, et beaucoup plus pour les produits informatiques, les fruits malgré leur disponibilité fluctuant entre  150/300 dinars le kg   la sardine dont le prix dépasse les 1000 dinars le kg pour ne pas   de la viande ou d’autres poissons inaccessibles aux bourses moyennes. Alors que doit être un revenu pour une famille avec trois enfants payant les factures de loyer, d’électricité » et gaz  et sans voitures ?. Justement le blocage des importations de voitures, qui ne sont pas un  produit de luxe,( la voiture d’occasion ayant augmenté entre 40/50%)  du fait  de la faiblesse des moyens de transport public,  pour la majorité des couches moyennes  l’utilisant comme moyen de locomotion pour aller travailler, la majorité  des pièces détachées.

Car, s’agissant d’un problème aussi complexe que celui de l’inflation, il me semble utile de rappeler qu’il faut tenir compte de la structure et des particularités de l’économie à laquelle il s’applique, des aspects structurels de l’économie internationale, de l’économie interne résultant de l’option de la stratégie de développement économique, ainsi que des schémas de consommation générés en son sein pour des raisons historiques, des influences socioculturelles ainsi que des différentes forces sociales pour s’approprier une fraction du revenu national.  Concernant l’indice global de l’inflation, il doit être régulièrement réactualisé, celui de l’Algérie n’étant as réactualisé depuis  datant de 2011, car le besoin est historiquement daté, les besoins évoluant. Le taux d’inflation officiel est biaisé, étant comprimé artificiellement par les subventions non ciblées source d’injustice sociale et de gaspillage. Un  agrégat global comme le revenu national par tête d’habitant peut voiler d’importantes disparités entre les différentes couches sociales, une analyse pertinente devant  lier le processus d’accumulation, la répartition du revenu et le modèle de consommation par couches sociales.

 Le niveau d’’inflation, autant que le chômage, maladies apparentes  du corps social, est fonction de plusieurs facteurs interdépendants : premièrement,  de facteurs externes dont le  prix international des produits importés où contrairement à ce qu’affirme le ministre  la majorité de pays connaissent non pas  une inflation mais une déflation  avec des taux d’intérêts presque nuls ;  deuxièmement, ,  de la faiblesse de la production et de la productivité internes, de la non-proportionnalité entre les dépenses monétaires et leur impact renvoyant à la corruption via les surfacturations ;  troisièmement,  de la dé-thésaurisation des ménages qui mettent face à la détérioration de leur pouvoir d’achat des montants importants sur le marché, alimentant l’inflation , plaçant leur capital-argent dans l’immobilier, l’achat d’or ou de devises fortes pour se prémunir contre l’inflation ;  quatrièmement, de la dévaluation rampante du dinar comme mis en relief précédemment où  la Banque d'Algérie procède au dérapage du dinar par rapport au dollar et à l'euro ce qui permet d'augmenter artificiellement la fiscalité des hydrocarbures (reconversion des exportations hydrocarbures en dinars) et la fiscalité ordinaire (via les importations tant en dollars qu'en euros convertis en dinar dévalué), cette dernière accentuant l'inflation des produits importés, montant accentué par la taxe à la douane s'appliquant à la valeur dinar, étant supportée en fin de parcours, par le consommateur comme un impôt indirect, l'entreprise ne pouvant supporter ces mesures que si elle améliore sa productivité ;  cinquièmement, par la  dominance de la sphère qui aligne le prix sur la cotation de la devise sur le  marché parallèle, pour les produits importés,  et qui contrôle  les segments   des fruits /légumes, poissons/viandes, textile/cuir  et  bon nombre d’autres produits importés qui connaissent un déséquilibre offre/demande , sphère  produit des dysfonctionnements des appareils de l’Etat,  où existent des liens dialectiques entre cette sphère et la logique rentière, avec des situations monopolistiques et oligopolistiques de rente.  Tout gouvernement ne peut faire une bonne politique  et mobiliser la population algérienne, une population merveilleuse consciente des enjeux internes et géostratégiques, avec l’ère d’internet et des réseaux sociaux,  en énonçant des contre-vérités.   

En résumé, après l’annonce du ministre des finances de la maitrise de l’inflation et d’une appréciation du dinar fin 2021,sans nuancer ses propos, a mis en colère ma femme qui  se plaint depuis  quelques mois  , que notre budget est insuffisantJe lui ai dit  d’attendre car selon le Ministre du commerce et celui du ministre des finances il y aura une maîtrise des prix. C’est de l’affirmative. J’ai donc décidé d’aller  faire le marché  et j’invite Mesdames et Messieurs les Membres du gouvernement de me suivre et j’ai pu constater que ma  femme avait raison.  Pour plus d’assurance, j’ai décidé  de réaliser  plusieurs enquêtes au niveau de plusieurs franges de la population,   de mes étudiants et collègues de l’Université,  et  ayant  contacté plusieurs amis de l’Est, du Centre, du Sud et de l’Ouest, la même réponse : ces responsables   vivent-ils en Algérie, ont  t –il fait un jour le marché et connaissent-ils le fonctionnement du marché parallèle de la devise qui suit le cours du marché officiel. 

C’est que nous nous assistons à un dialogue de sourd qui ne date pas  d’aujourd’hui montrant que certaines responsables actuels sont toujours formatés par l’ancienne  culture rentière-étatiste  et ce n’est pas  une  question d’âges, mais de mentalités. A ce titre  et comment ne pas se rappeler cette image de la télévision algérienne,  vers la fin des années 1980 et après la grande pénurie que connaissait le pays après la crise de 1986, à l’ENTV où un Ministre algérien avançait avec assurance que le marché était saturé selon les données en sa possession, la présentatrice lui rétorquant s’il a fait un jour le marché et que la population algérienne ne mangeait pas les chiffres. Et un autre ministre vers les années 2002,  où à une question sur le taux de chômage affirmera que les enquêtes donnent  9% et qu’un journaliste lui répliqua : êtes vous sur de vos données. Oui répond le Ministre. C’est à quoi le journaliste répliqua sous l’œil amusé de la présentatrice non convaincue d’ailleurs, qu’il irait faire un tour dans les quartiers Algérie et qu’il dirait aux chômeurs que dorénavant leur appellation n’est plus chômeur mais travailleur. Et le débat sue j’ai eu personnellement avec un ex ministre des finances vers les  années 1993 à l’Aurassi –Alger , où venant  d’une tournée aux USA ayant rencontré  le secrétaire d’Etat au trésor US,  m’annonçant le rééchelonnement de l’Algérie, où je lui disais  qu’il fallait prendre dès maintenant  des décisions, me rétorqua que l’Algérie était en bonne  financière,  et que l’Algérie, n’irait  jamais  au FMI. 

 Pourtant .l'Algérie, pays à très fortes potentialités, acteur stratégique  de la stabilité de  la région méditerranéenne et africaine peut surmonter la crise actuelle  sous réserve d’une nouvelle gouvernance,  de mettre fin à certains  discours qui jouent comme facteur de démobilisation et discrédite  l’Algérie au niveau international  et des stratégies d’adaptation politique, militaire, sociale et économique , tenant compte de l’innovation destructrice, en ce monde turbulent et instable pour reprendre l’expression du grand économiste Joseph Schumpeter ( voir interview in American Herald Tribune USA 28/12/2016 » Pr A.Mebtoul- Any Destabilization of Algeria would Geo-strategic Repercussions on all Mediteterranean and African Space ».et Pr Abderrahmane Mebtoul, Algeria Still Faces Significant Challenges ,11 aout 2018 » -15/03/2021   

 ademmebtoul@gmail.com



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