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La pérennité des caisses de retraites, liée à une nouvelle gouvernance et à une croissance économique durable

15-05-2021 14:25  Pr Abderrahmane Mebtoul

« L’idéologie est une chose et l’efficacité de la politique économique en est une autre » (John Maynard Keynes)

Il faut distinguer le temps politique de temps économique tant pour l’élaboration de la  loi sur les retraites, et  avec le pression démographique souvent oubliée, il faudra entre 2021-2025 créer plus de 350 000-400 000 emplois par an, qui s’ajoutent au taux de chômage, impliquant pendant plus de 5 à 7 ans un taux de croissance en termes réel entre 8/9%. La  création d’emplois depuis des  décennies provient essentiellement de le rente les hydrocarbures qui procure directement et indirectement, avec les dérivés comptabilisés dans le rubrique hors hydrocarbures, plus de 98% les recettes en devises via la  dépense publique principale source de taux de croissance.

1.-Rappelons, en fonction les expériences historiques dans le monde, qu’il y a le système de répartition auquel son associés les assurances et le système de participation, souvent combinés. en Algérie existent deux caisses de retraites, l’une pour les personnes nommées par décret pendant 10 ans bénéficiant d’une retraite  à 100% et l’autre majoritaire plus de 80% bénéficiant d’une retraite à 80%. Exemple : un simple sous-directeur de ministère ayant 10 ans de décret bénéfice d’une retraite à 100% alors qu’un professeur d’université de plus de 32 ans, seulement à 80 %. Dans le système en vigueur, toute personne ayant cumulé 32 années d’activité peut, si elle en fait le demande, partir à le retraite sans attendre l’âge de départ légal de 60 ans, encore que le Ministère du travail vient d’annoncer qu’il   n’est plus question d’autoriser les retraites anticipées. Pour l’Algérie, le population active est de 12,5 millions sur une population totale résidente  , 44,7 millions d’habitants au 1er janvier 2021 avec une sphère informelle non soumise aux cotisations, n’étant pas affiliée à le caisse de sécurité sociale et par ricochet ne payant pas d’impôts, servant de soupapes sociales , représentant hors hydrocarbures plus de 50% de le superficie économique, idem pour l’emplois, et contrôlant  une masse monétaire hors banques, selon les informations données par le président de la république lors de sa conférence de presse, du fait de l’effritement du système d’information, entre 6000 et 10.000 milliards de dinars 35-40% soit au cours de 130 dinars un doll entre 46,15  et 76,90 milliards de dollars pour un PIB en nette diminution en 2020 de 160 milliards de dollars  et selon le FMI de 153 milliards de dollars pour 2021.

C’est que  le marché de travail alimenté par le dépense publique via le rente les hydrocarbures, montre clairement une économie rentière avec les emplois dominants dans les services/ commerce 60% de total, le BTPH  17%, qui selon les organisations patronales aurait perdu plus de 150.000 emplois en 2020 du fait de la crise,  l’ industrie moins de 13% avec plus de 2 millions de fonctionnaires et une les productivités les plus faibles au niveau de le région mena, selon l’OCDE , deux fois plus de dépenses monétaires pour avoir deux fois moins d’impacts économiques et sociaux.  Rappelons  que les dépenses de la caisse nationale ont atteint les 1.293 milliards de dinars en 2019, face à  des recettes estimées à 709 milliards de dinars avec un  déficit financier  estimé à 584 milliards de dinars algériens. Pour 2020,  les perceptions  ont atteint les 762 milliards de dinars et  les dépenses dépassent les 1.400 milliards DA avec un  déficit observé de l’ordre  de 640 milliards DA. Pour 2020, la caisse est principalement financée  à hauteur de 18,25% du total des cotisations des chefs d’entreprises et des employés, représentant seulement 34,5% du salaire cotisable. 

Rappelons que pour 2020, selon le  ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale qu’il ya eu  augmentations  des pensions entre 2 et 7%) de 6% pour les pensions égales ou inférieures à 20 000 dinars et de 1,5% pour les pensions supérieures à 80 000 dinars au profit de 3.266.000 personnes retraitées, versements effectués rétroactivement pendant les jours du 20, 22, 24 et 26 juin 2020, ces augmentations variant en fonction du montant total des pensions et des allocations aux retraités pour un montant de 7, 40 milliards de dinars. Toujours selon le même ministère , en date du 08 avril 2021, le  déficit financier de la Caisse nationale des retraites (CNR) pourrait atteindre 690 milliards de dinars en 2021, le nombre de retraités dépassant les 3,3 millions ,  le CNR enregistrant  un taux de cotisation de sécurité sociale, estimé à 2,2 travailleurs pour chaque retraité et pour  un équilibre , le taux de cotisation devrait  atteindre cinq travailleurs pour un retraité. La nécessaire  réforme les retraites renvoient à la dynamisation du tissu productif, la lutte contre l’évasion fiscale, l’unification des caisses de retraite pour un sacrifice partagé,   et une nouvelle   politique les subventions qui doivent être ciblées, constituant un revenu indirect. Or ,  toutes les lois de finances depuis de longues décennies ,  continuent  une politique de subventions généralisées  source d’injustice sociale ,  celui qui perçoit 30 000 dinars mois bénéficiant les mêmes subventions que celui dont  le revenu dépasse  200.000 dinars par mois , devant aller, comme je le préconise depuis 2008, vers les subventions ciblées devant  budgétisées par le parlement, permettant  aux entreprises publiques des comptes transparents selon les  règles du marché . 

C’est  que la situation économique actuelle est préoccupante  et influe tant sue le pouvoir d’achat que  sur les caisses de retraites. Selon les données officielles, l’inflation cumulée a dépassé les 82% entre 2000/2020 et en redressant les taux de 20%, nous avons une détérioration du pouvoir d’achat durant cette période de 100% avec une  concentration excessive du revenu national au profit d’une minorité rentière où un fait nouveau, une partie de la classe moyenne commence à disparaître graduellement et à rejoindre la classe pauvre, l’inflation et c’est  une loi universelle jouant comme facteur de concentration au profit des revenus variables et au détriment des revenus fixes. L’action louable au profit des zones d’ombre serait un épiphénomène face à la détérioration du pouvoir d’achat de la majorité de la société civile informelle silencieuse, la plus nombreuse, atomisée, non encadrée qui risque de basculer dans l’extrémisme, face à des discours de responsables déconnectés de la réalité, des partis politiques traditionnels et une société civile officielle souvent vivant de la rente, inefficience comme intermédiation sociale et politique.  Les tensions sociales, tant qu’il y a la rente, sont atténuées artificiellement grâce aux recettes des hydrocarbures qui permettent des subventions et transferts sociaux représentant 23,7% du budget général de l’Etat et 9,4% du PIB pour l’exercice 2021, mais mal gérés et mal ciblés, qui ne profitent pas toujours aux plus démunis. Ces tensions sociales sont également atténuées par la crise du logement qui renforce la solidarité familiale (même marmite, mêmes charges), assurant une paix sociale transitoire. L’effet d’anticipation d’une dévaluation rampante du dinar, via la baisse de la rente des hydrocarbures, risque d’avoir un effet négatif  sur toutes les sphères économiques et sociales dont  le taux d’intérêt des banques qui devraient le relever de plusieurs points, l’ajustant aux taux d’inflation réel, freinant à terme l’investissement.

2.-Pour comprendre la pérennité des caisses de retraites, il faut accorder une attention particulière aux équilibres macro-économiques et macro-sociaux entre 201/2022. En attendant son adoption définitive en conseil des ministres, il est prévu dans l'avant projet de loi de finances complémentaire 2021, que les  recettes budgétaires prévues  sont de 5331,8 milliards de DA, contre 5 328,2 milliards de DA dans la loi de finances initiale, soit au cours actuel moyen de 130 dinars un dollar, respectivement 41,01  et 41,40 milliards de dollars. La   fiscalité pétrolière budgétisée dans l’avant-projet est  de 14,82 milliards de dollars ( 1 927,05 milliards de DA), contre 14,76 milliards de dollars (1919,2 milliards de DA) dans la loi de finances initiale et les  ressources ordinaires sont prévues à 26,19 milliards de dollars ( 3 404,8 milliards de DA)  contre 26,22 milliards de dollars ( environ  3409 milliards de DA dans la loi initiale  2021. Les dépenses budgétaires sont prévues 66,48 milliards de dollars (8642,7 milliards de DA) contre 62,53 milliards de dollars (8113 milliards de DA) dans la loi initiale. Les exportations d’hydrocarbures qui devraient atteindre 23,63 milliards de dollars à la fin de l’année 2021, contre 23,21 milliards de dollars prévus dans la loi de finances initiale  et les importations  de biens sont prévues  à 30,42 milliards de dollars, contre 30,05 milliards de dollars prévus dans la loi de finances 2021 initiale non inclus  les services (appel à l’assistance étrangère)  ont fluctué pour  2010/2019 entre 10/11 milliards de dollars par an, avec une  coupe de 50% donnerait une sortie  de devises  d’environ  de plus de 35 milliards de dollars accroissant les tensions budgétaires . Il  s’ensuit que les prévisions donnent  un déficit budgétaire  record de 25,46 milliards de dollars  ( 3310,8 milliards de DA), contre  21,42 milliards de dollars dans la loi initiale (2784,8 milliards de DA) dans la loi de finances initiale, représentant respectivement 16,0% et 13,6% du PIB. Quant au déficit du Trésor qui s’aggrave , il est prévu 31,85 milliards de dollars ( 4 140,4 milliards de DA)   contre 27,80 milliards de dollars (3 614,4 milliards de DA) dans  la loi de finances initiale, soit respectivement 20% et 17,6% du PIB. 

C’est pourquoi il faut interpréter  ave précaution, en évitant la manipulation des chiffres, induisant en erreur l’opinion publique.  Un exemple récent  du 12 mai 2021, lorsque le ministère du commerce annonce  sans analyses,   qu’au premier  trimestre 2021, les exportations hors hydrocarbures de l’Algérie ont augmenté de 58,85%, cet accroissement devant être relativisé.  Au sein du montant global de  870  millions de dollars si l’on se réfère aux données du ministère de l’énergie en date du 25 avril 2021, 6,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires de Sonatrach ( pas le profit net car il faut déduire les  charges et la part des associés )  de 6,8 milliards de dollars , nous aurons un total de 7,37 milliards de dollars. Sonatrach représente 86,4%. Or au sein de la structure hors hydrocarbures, et avec  les engrais minéraux et azotés qui représentent  227 millions de dollars,  les huiles et autres substances dérivées de la distillation du charbon minéral sont de 124 millions de dollars  soit au total 351 millions de dollars au total 64,14% , d’autres rubriques marginales des dérivées  hydrocarbures  n’étant pas  pris en compte dans l’annonce du ministère du commerce ,la part  de Sonatrach et des dérivées d’hydrocarbures  dans les exportations totales représentent  au minimum   97%. Restent les  exportations de ciment , 37,85 millions de dollars, du sucre s 102 millions de dollars,  des dattes  37,11 millions de dollars,  et un montant relativement faible   des produits alimentaires pour  169 millions de dollars. 

Pour le rapport publié par  le FMI intitulé  «Perspectives économiques régionales au Moyen-Orient et en Asie centrale 2021 », a prévu pour l’Algérie un taux de croissance, pour 2021 , de 2,9% et un PIB brut de 153,5 milliards de dollars, contre 200 en 2018 et 160 en 2019 et l’Algérie pour équilibrer son budget pour 2021 a besoin d’un baril, entre 130/160 dollars, le niveau  contenu dans la loi de fiances étant un artifice comptable.  La crise du Covid-19, a  exposé les banques locales à dépasser 45% du total de leurs actifs bancaires avec  une dette publique totale par rapport au PIB de 63,3%, contre 53,1% en 2020, et que la dette publique nette totale représentera 60,5%, contre 50,4% en 2020.  Les dégâts causés par la crise sanitaire induite par la propagation de l’épidémie du coronavirus et par la chute des prix de pétrole ,ainsi qu’une gouvernance mitigée  le taux de chômage incluant la sphère informelle et les emplois rente, devrait atteindre 14,5 en 2021, et 14,9% en 2022, contre 14,2% en 2020, ce taux dépassant les 30% pour les catégories  20/30 ans et paradoxalement les diplômés . Cette dépendance aux hydrocarbures  a eu  des incidences sur le niveau  des réserves de change, qui  ont  été en  2013  de 194,0 milliards de dollars,  en   2018 :de 79,88,  en 2019 : 62 et fin  2020,  entre 42/43 milliards de dollars.  Comme conséquence nous avons assisté à une baisse du taux de   croissance du PIB à prix courant,   qui a été en 2019 de 0,8%, en 2020 moins 6%  paradoxe, avec une sortie de devises 2020 de 20 milliards de dollars  et  une prévision différente avec celle du gouvernement, le FMI prévoyant  2,9% en 2021. 

Or, le   taux de croissance se calcule par rapport à la période précédente, négatif positif en 2021, rapporté à 2020, moins de 6% donne toujours un taux de croissance faible, en termes réel entre 0 et 1% largement inférieur à la croissance démographique, supposant un taux de croissance de 8/9%  afin d’absorber 350 000/400 000 emplois par an.  Cette faible performance économique a  un impact sur l’évolution  de la cotation du dinar, corrélé aux réserves de change via les recettes d’hydrocarbures où  selon la BA,  le dinar s’est déprécié de plus de 80%  depuis 2000 et plus de 30% depuis  la fin 2020,  étant coté officiellement  entre le 11/13 mai  2021, étant coté à   133,4526 dinars un dollar et 161, 9714 dinars un euro, la loi de finances initiale 2021 projetant   une amplification de sa dévaluation ,en  2022, 149,32 DA pour 1 USD et pour 2023  156,72 dinars un dollar.  Quant aux taux officiel de l’inflation, selon les données officielles, cumulé, il  a dépassé les 82% entre 2000/2020 et en redressant les taux de 20%, nous avons une détérioration du pouvoir d’achat durant cette période de 100% avec une  concentration excessive du revenu national au profit d’une minorité rentière où  fait nouveau, une partie de la classe moyenne commence à disparaître graduellement et à rejoindre la classe pauvre, l’inflation et c’est  une loi universelle jouant comme facteur de concentration au profit des revenus variables et au détriment des revenus fixes.  Les tensions sociales, sont atténuées artificiellement grâce aux recettes des hydrocarbures qui permettent des subventions et transferts sociaux représentant 23,7% du budget général  et 9,4% du PIB pour l’exercice 2021 mais mal ciblées et mal gérées.

En conclusion, le dossier très sensible des caisses de retraite ,  renvoie à la sécurité nationale renvoyant à la levée des contraintes de la  mise en œuvre les affaires : système financier et socio-éducatif non adapté, bureaucratie, corruption où dans le rapport annuel, doing business 2020, le groupe de le banque mondiale classe l’Algérie à le 157ème place avec un score de 48,6 points, sur 190 pays, loin de ses potentialités. Face aux tensions  budgétaires et sociales entre 2021/2022 s’impose la nécessaire cohésion sociale et les différents candidats aux élections législatives et surtout ceux qui n’ont aucunes ou peu d’expériences dans la  gestion, sont-ils conscients de la gravité de la situation et ont-ils des solutions opérationnelles pour y remédier  loin de tout populisme, les lois économiques étant insensibles aux slogans politiques? En tout cas, selon  la majorité des experts tant algériens qu’internationaux crédibles, aimant l’Algérie,  l’on ne peut continuer avec l’actuelle  gouvernance  quitte à mettre en péril la sécurité nationale, impliquant une nouvelle politique socio-économique, loin des slogans, séminaires et louanges en contrepartie d’une rente, mais  des actions concrètes sur le terrain. Les recettes en devises pour 2021 et certainement pour 2022 dépendront   toujours des recettes des hydrocarbures dont on assiste à à un dépérissement du tissu productif, une baisse de la production en volume physique tant  du pétrole que du   gaz  (environ un tiers des recettes) et la forte concurrence internationale. 

Cependant l’Algérie selon le FMI dans son rapport d’avril 2021,  continue de bénéficier d’une marge de mouvement positive, la dette extérieure, restant  modeste qui , devrait atteindre 3,6% et 5,2% du PIB  en 2021 et 2022, contre 2,3% en 2020. Par ailleurs l’endettement extérieur bien ciblé rentrant dans le cadre d’une création de valeur ajoutée interne et d’une balance devises positive pour l’Algérie ne s’oppose pas à l’intérêt national. Cependant, la réussite de la relance économique dépend avant tous des algériennes et algériens ,  impliquant  une mobilisation générale, reposant sur un sacrifice partagé, une lutte contre la corruption et   la mauvaise gestion. Or, surmonter l’actuelle crise politique et économique  est   un défi à la portée de l’Algérie afin d’éviter  les tensions sociales. Ou l’Algérie, comme je l’avais noté lors d’une conférence devant les membres du gouvernement en novembre 2014, (n’ayant pas été écouté par les tenants de la rente,   épaulé par certains  des experts organiques aux ordres qui par opportunisme disent aujourd’hui tout le contraire  et nous en payons en 2021  un  lourd tribu), étant un acteur déterminant de la stabilité de la région méditerranéenne et africaine, sous réserve d’un renouveau de la gouvernance, sans laquelle aucun développement n’est possible, réalise cette transition nécessaire entre 2021/2030, ou elle ratera cette chance historique, ce qu'aucun patriote ne souhaite.  

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