Massacres du 17 octobre 1961: la punchline d’ Olivier Le Cour Grandmaison; "Un crime contre l'Humanité"

 Massacres du 17 octobre 1961: la punchline d’ Olivier Le Cour Grandmaison; "Un crime contre l'Humanité"
Par Moumène Belakram | 17 Octobre 2020 | 12:47

Dans le blanc des yeux, le politologue et universitaire français,  Olivier Le Cour Grandmaison, a qualifié samedi de «crime contre l'humanité» les massacres commis par la police française contre des Algériens sortis manifester pacifiquement le 17 octobre 1961 à Paris contre un couvre-feu discriminatoire des autorités françaises.

Grandmaison a affirmé que ceux qui ont été ainsi, assassinés «l’ont été pour des motifs politiques et raciaux en exécution d’un plan concerté», a-t-il asséné, dans un entretien donne, samedi, à l’Aps.

Passant pour être l'un des spécialistes reconnus des questions liées à l’histoire coloniale française en Algérie, il rappellera qu' «à l’origine de ces rassemblements pacifiques appelés et organisés par le Front de Libération nationale (FLN) à Paris et dans la région parisienne, se trouve un couvre-feu discriminatoire et raciste imposé par le préfet de Police Maurice Papon avec l’aval de son supérieur, le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, et le soutien du gouvernement».

Un couvre- feu qu’il qualifie de «sinistre exemple de racisme d’Etat, qui interdisait à ceux qu’on appelait alors les ‘’Français musulmans d’Algérie’ de se déplacer entre 20h30 et 5h30, de circuler en voiture et de marcher en groupe sous peine d’être arrêtés».

C’est donc pour protester contre ce couvre-feu que le FLN décide d’appeler à des rassemblements en différents lieux de la capitale, a-t-il rappelé, citant les travaux majeurs du regretté Jean-Luc Einaudi, qui avait le premier estimé à des centaines le nombre de victimes algériennes assassinées alors par la police française.

Il ne manquera pas  de noter que certains manifestants «furent exécutés sommairement, y compris jusque dans la cour de la Préfecture de Police, d’autres précipités dans la Seine ou battus à mort après leur arrestation et leur transfert au parc des Expositions et au stade Coubertin, transformés à cette occasion en centres de détention», dénonce-t-il.

Et de poursuivre que «Peu de temps auparavant, M. Papon avait tenu ces propos: ‘’Pour un coup reçu, nous en porterons dix’’. Ainsi fut fait le 17 octobre 1961, dans un contexte où la torture, les disparitions forcées et les exécutions sommaires étaient monnaie courante en métropole», a-t-il déploré, relevant encore qu’à cela s’ajoutait «plus de 14000 arrestations, soit près d’une personne sur deux », souligne l’historien,  qui estime que ces rafles étaient sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Sur un autre registre, Olivier Le Cour Grandmaison, note  la «pusillanimité» des gouvernements et présidents français successifs de reconnaître les massacres du 17 octobre 1961 à Paris.

«Depuis 1991 et plus encore en 2001, date de la mise en place d’un collectif unitaire réunissant de nombreuses associations, organisations syndicales et partis politiques à l’occasion de la quarantième commémoration de ces massacres, ce collectif demande aux plus hautes autorités françaises de reconnaître qu’un crime d’Etat particulièrement terrible a été commis alors », a- t- il tenu à rappeler, faisant observer que, «jusqu’à présent, il n'y a que l'ex-président François Hollande qui s’est contenté de qualifier ce qu’il s’est passé de ‘’sanglante répression’’» ce qui est, selon aux yeux du politilogue, «très en-deçà de la réalité et des revendications du collectif», dira- t- il.

L’universitaire français a, néanmoins, relevé qu’au niveau local, de nombreuses initiatives ont été prises, citant comme exemples l’érection de stèles à la mémoire des victimes, plaque commémorative au Pont Saint-Michel à Paris, boulevard du 17 octobre 1961 à Nanterre, square du 17 octobre 1961 à Givors, au moment où  des rassemblements se sont désormais étendus à de très nombreuses villes françaises.

Pour lui, «cela ne  fait que souligner plus encore la pusillanimité des gouvernements et présidents de la République, qu’ils soient de droite ou de gauche. Tous refusant de s’engager plus avant», a-t-il regretté.

Et de conclure qu’ «En ces matières, le président actuel Emmanuel Macron "se comporte comme ses prédécesseurs, sans doute pour ne pas heurter un électorat de droite qu’il courtise de façon régulière désormais en vue des élections présidentielles qui approchent».

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