L’Europe ne considère pas l’islam politique comme une menace

L’Europe ne considère pas l’islam politique comme une menace
Par Abbès Zineb | 11 Février 2013 | 07:26

"Mais que venez-vous faire à Bruxelles avec vos questions sur le Moyen-Orient et le printemps arabe ? » Telle fut la réaction de quelques journalistes européens après un point de presse organisé au Conseil de l’Europe avant le sommet des chefs d’État et de gouvernement qui a eu lieu les 8 et 9 février.

Ce sommet, dont le principal sujet était l’adoption du budget de l’UE, a été l’occasion d’inviter une vingtaine de journalistes des pays du printemps arabe, afin de découvrir, d’une part le fonctionnement des institutions européennes et, d’autre part, l’appui des 27 aux pays qui ont vécu ces changements depuis 2011.

Le Conseil de l’Europe est ainsi en pleine effervescence. Les systèmes de sécurité se mettent en place. Les barrages de police encerclent désormais les bâtiments européens à Bruxelles. Les journalistes ont installé leurs matériels sur le chevet de l’immeuble principal. On a besoin d’un badge spécial pour y avoir accès.

Mais tout est bien organisé, les policiers étant d’une politesse et d’une amabilité exceptionnelles. À l’intérieur, les fonctionnaires et diplomates européens sont à bout de souffle : tout doit être bien préparé avant la venue des dirigeants européens.

Et les enjeux des dossiers du jour sont capitaux : il s’agit rien moins que la finalisation du budget européen, objet de toutes les tensions depuis quelque temps au sein de l’UE. Toutefois, au menu des discussions figure aussi un chapitre sur la politique européenne face aux pays du printemps arabe, deux ans après le début de la révolte qui a entraîné des changements considérables dans la région et dont les répercussions se font toujours sentir.

En effet, le document final du sommet comprend un volet de plusieurs pages consacré à ce sujet ainsi qu’à la réponse apportée par l’UE aux conséquences et aux enjeux de ces révoltes, sur les pays eux-mêmes mais aussi sur l’Europe.

« Des progrès significatifs ont eu lieu pour la promotion des réformes démocratiques, alors que plusieurs obstacles doivent être dépassés en vue de transitions réussies », affirme ainsi le rapport européen distribué à la presse à la fin du sommet de Bruxelles.

Selon le document, « des défis majeurs restent à relever, d’abord sur le plan sécuritaire », notamment en Libye et en Syrie où la guerre en cours a mis des milliers de réfugiés sur la route de l’exil dans les pays voisins.

Ensuite sur « le plan politique avec la polarisation politique des sociétés en question, surtout entre les laïcs et les islamistes, mais aussi concernant les groupes vulnérables comme les minorités religieuses, ethniques et les femmes ». Enfin et surtout sur le plan économique, où un échec mettrait en danger les transitions politiques et la stabilité dans ces pays.

Soutien européen

Le rapport approuvé par les dirigeants européens met donc l’accent sur le soutien et l’appui qu’a réservés l’UE depuis deux ans et jusqu’à présent aux soulèvements populaires dans le monde arabe, à travers les visites de dirigeants européens, à l’instar de ceux de Catherine Ashton.

L’UE a également fourni une assistance technique pour aider les autorités locales à organiser des élections démocratiques en Tunisie, Libye, Égypte et Maroc.

Le rôle de la société civile est par ailleurs considéré comme crucial dans la transition démocratique, d’où l’accroissement de l’aide à travers la Fondation Anna Lindh, affirme le rapport européen qui envoie un signal d’alarme sur la menace sérieuse liée à la détérioration de la situation économique dans les pays touchés par les révoltes.

L’aide européenne de 3,5 milliards d’euros programmée pour les années 2011-2013, ainsi que des donations supplémentaires de 700 millions d’euros pour les voisins du sud de l’Europe devraient soutenir efficacement la transition à condition que les États du Sud créent pour leur part les conditions nécessaires pour le développement et la stabilité économique dans leurs pays.

L’intérêt européen aux pays de la rive sud de la Méditerranée ne date pas d’hier. Depuis des décennies, l’UE, à travers sa"politique européenne de voisinage" (PEV), tente de soutenir et d’encourager le partenariat entre les deux rives de la Mare Nostrum, qu’il s’agisse de rapport bilatéraux avec ces pays, ou à travers les institutions régionales.

Dans ce contexte, la Commission européenne et le secrétariat de l’Union pour la Méditerranée (UPM) ont organisé la semaine dernière un séminaire avec les chefs de la coopération des délégations des pays du sud de la Méditerranée.

Ce séminaire de travail avait pour objectif de renforcer l’échange d’informations et la coopération opérationnelle en vue d’un partenariat toujours plus étroit.

Tous les participants se sont accordés pour affirmer que des solutions élaborées à l’échelon régional sont essentielles pour faire face aux défis régionaux et que l’actuel contexte de transition sociale et politique ainsi que la situation économique imposent encore davantage à l’UE et au secrétariat de l’UPM d’œuvrer au renforcement de leur partenariat.

Récemment, une réunion a eu lieu au Caire entre les ministres européens des Affaires étrangères d’une part et ceux de la Ligue arabe de l’autre. Elle a abouti à un programme de travail commun pour une coopération concrète dans divers sujets, dont les droits de l’homme, ceux de la femme, ainsi que le programme dont est issue la visite des journalistes des pays du printemps arabe à Bruxelles.

Pour montrer l’intérêt que l’UE porte aux journalistes et aux professionnels des médias, notamment concernant l’importance de la liberté de pensée et de parole, plusieurs tables rondes et entretiens avec de hauts diplomates et responsables ont eu lieu à Bruxelles la semaine dernière.

Le but de cette initiative est d’expliquer l’objectif du partenariat et du soutien européen aux pays touchés par les révoltes. Malgré le caractère parfois sensible de telles informations, les responsables européens ont insisté à partager leur point de vue, leur expérience, leurs craintes et leurs espoirs, même sous le couvert de l’anonymat.

Rencontres et débats

« L’intérêt de l’UE réside dans la prospérité et la stabilité de leurs voisins du Sud, tant au niveau politique qu’économique », affirme ainsi un haut responsable européen qui estime qu’il est toujours difficile de faire un bilan, deux ans après le début des révoltes populaires arabes contre les dictatures.

On voit des changements évidents, de nouvelles Constitutions, de nouveaux gouvernements, etc. Mais il est encore trop tôt pour juger le processus démocratique dans ces pays. « L’UE ne veut ni intervenir ni s’opposer à ces révoltes.

L’UE ne veut en outre pas imposer un modèle démocratique déterminé », ajoute-t-il, affirmant que la politique européenne vise à soutenir tout mouvement démocratique selon son propre cheminement, sachant qu’il y a des valeurs principales comme la liberté de la presse qui est un pilier important concernant les conséquences des révoltes arabes et qu’il faut défendre.

Un autre haut responsable affirme d’ailleurs que l’aide européenne est conditionnée par les réformes accomplies dans les pays concernés, mais qu’elle n’est en aucun cas imposée. À savoir en outre que « malgré la crise économique, l’UE va honorer ses engagements ».

En tout état de cause, plusieurs diplomates ont affiché leur optimisme, estimant que le « processus démocratique prend du temps. Il faut juste de la patience ».

Le message que ces différentes personnalités ont ainsi voulu faire passer est celui du partenariat : « Aucun pays ne peut résoudre ses problèmes seul, alors que chaque crise peut avoir des répercussions sur la région arabe et européenne".

D’où l’importance du partenariat entre les deux rives de la Méditerranée, disent-ils, défendant ainsi les relations entre les pays européens et les nouveaux gouvernements arabes dont certains sont issus de courants islamistes et élus démocratiquement. « Il ne revient pas à l’UE de dire ce qui est bien ou mauvais.

Il faut différencier entre l’islam politique et l’islamisme radical », déclare ainsi un diplomate européen, qui estime que l’Europe ne considère pas l’islam politique comme une menace.

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