Egypte: Le candidat des Frères musulmans entre en campagne

La Rédaction | 05 Avril 2012 | 22:41

Le candidat des Frères musulmans à la prochaine élection présidentielle égyptienne a été acclamé jeudi au Caire par une foule d'environ 2.000 partisans en venant déposer officiellement sa candidature.

Khairat al Chater, un richissime homme d'affaires âgé de 61 ans, a été désigné par la confrérie pour briguer le poste laissé vacant par la démission, le 11 février 2011, du président Hosni Moubarak. Ce dernier a été victime de la «révolution du Nil» qui a balayé en quelques semaines son régime et réinstallé provisoirement l'armée au pouvoir.

Jusque-là, les Frères musulmans, qui sont devenus la première force politique dans le Parlement de l'ère post-Moubarak sans avoir joué le premier rôle lors des journées révolutionnaires, avaient décidé de ne pas présenter de candidat.

«Un jour historique pour l'Egypte»

«C'est un jour historique pour l'Egypte», a déclaré à la presse un responsable de haut rang de la confrérie. «Notre décision initiale de ne pas présenter de candidat relevait de la volonté de défendre l'Egypte. Aujourd'hui, notre décision d'être présent a aussi été prise pour le bien du pays et relève de notre sens des responsabilités.»

L'entrée en lice de Chater risque cependant de diviser l'électorat islamiste, partagé entre les Frères et les salafistes, qui prônent un retour aux sources de l'islam et ont déjà leur candidat, Hazem Salah Abou Ismaïl.

Un troisième islamiste est aussi sur les rangs, Abdel Moneim Aboul Fotouh, un réformateur exclu de la confrérie l'an dernier après avoir annoncé sa candidature.

Ces divisions pourraient faire le jeu des deux autres candidats principaux: l'ancien secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, qui a longtemps dirigé la diplomatie égyptienne sous l'ère Moubarak, et le dernier Premier ministre du «raïs» déchu, Ahmed Chafik, ancien commandant en chef de l'armée de l'air.

Selon un sondage d'intentions de vote réalisé en mars, soit avant la candidature de Chater, Amr Moussa arriverait en tête, devant le candidat salafiste et Chafik.

La charia pour programme

Hazem Abou Ismaïl va cependant devoir affronter un écueil de taille dans sa campagne - les accusations selon lesquelles sa mère, aujourd'hui décédée, était citoyenne américaine. Cela disqualifierait le candidat salafiste de la compétition électorale aux termes d'une législation stipulant que les deux parents d'un candidat ne doivent posséder que la nationalité égyptienne.

Jeudi, le quotidien gouvernemental Al Ahram affirmait sur son site internet que le président de la commission électorale était en possession d'une lettre du ministère de l'Intérieur assurant que la mère de l'intéressé avait voyagé à l'étranger munie d'un passeport américain à trois reprises dans les cinq derniers mois de son existence. Elle a disparu en 2010.

Hazem Abou Ismaïl a vigoureusement démenti ces informations de presse et assuré qu'il serait bien candidat.

La crainte de voir l'entrée en lice de Chater offrir sur un plateau la présidence à un candidat n'appartenant pas à la mouvance islamiste a amené certains à lancer un appel pour une candidature islamiste unique.

Mais pour le moment, aucun des islamistes en lice n'a fait savoir qu'il pourrait se sacrifier au profit d'un candidat unique. Chater a en revanche déjà commencé à courtiser l'électorat salafiste - plus d'un quart des voix aux récentes élections législatives - en déclarant mercredi que l'application de la charia (loi islamique) serait son objectif numéro un s'il est élu.

Cette déclaration risque d'accroître les tensions avec l'armée égyptienne, qui a annoncé qu'elle ne présenterait aucun candidat propre mais s'interroge désormais sur le nom de celui qu'elle soutiendra en sous-main.

Le dépôt des candidatures sera clos dimanche. Le premier tour du scrutin est prévu les 23 et 24 mai, le second les 16 et 17 juin.

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