Les Grands Hommes de l’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika : Abdelatif Rahal, un homme de culture et un diplomate hors pair (6ème partie)

Les Grands Hommes de l’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika : Abdelatif Rahal, un homme de culture et un diplomate hors pair (6ème partie)
Contribution | 08 Aout 2018 | 14:59

Par Ould El Bachir

Homme de vaste culture et intellectuel imprégné d’une immense connaissance des Arts et des Lettres, Si Abdelatif Rahal est né le 14 avril 1922 à Nedroma (Tlemcen), dans le pays profond de l’extrême ouest de l’Algérie.

Il ne s’agit pas là de retracer son histoire où celle de la politique étrangère et les multiples succès dus entre autres à sa dextérité intellectuelle et son  entregent, mais de rappeler à grands traits les moments forts de cette icône algérienne.

La naissance de  celui qui fut à la fois un homme d’État, un maître dans l’enseignement de l’art de la diplomatie, mais aussi et surtout un homme de cœur et de valeurs coïncidait sur le plan contextuel avec la domination du système colonial, qui vivait ses grands moments de gloire et s’apprêtait à fêter le centième anniversaire de l’occupation de l’Algérie.

Ceux qui l’ont connu racontent  l’enfance difficile de Si Abdellatif Rahal, qui  perdit, à l’âge de 6 ans, son père Tahar, conscrit de force et envoyé, pendant la Première Guerre mondiale, au front où il fut gazé, mais survécut, malade, jusqu’en 1928.

Il est vrai que cette conscription avait été imposée par la France coloniale comme punition infligée à son grand-père, El Hadj Lahcène Ben Rahal, qui avait joué un rôle majeur dans l’émeute du 23 Mai 1912 provoquée à Nédroma par la décision des autorités coloniales d’imposer le service militaire obligatoire aux Algériens.

Cette épisode triste de la vie de cette figure emblématique de la diplomatie algérienne lui a donné de la hargne au labeur et, surtout, de la force de convictions.

Pour  d'innombrables hauts cadres à la Présidence de la République et au ministère des affaires étrangères, qui ont largement bénéficié de son savoir et de sa sagesse à New York , Si Abdelatif était un bon exemple d’inspiration, d’abnégation et de loyauté à la patrie.

Après l’école de Nédroma, Abdellatif est admis à l’école normale de Bouzéréah. A la fin de ses études, il fut affecté d’abord à Mostaganem, puis à Maghnia où il fut en activité pendant quelques années.

Avant la révolution,  il rejoint l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) et dirige la section de Maghnia de l'association des Oulémas algériens.

Avec le déclenchement de la guerre de libération nationale, la situation de Abdellatif devenait dangereuse, surtout après l’exécution sommaire du Docteur Benzerdjeb le 17 janvier 1956.

Exilé au Maroc, sous la pression des autorités coloniales qui ne voyaient pas d’un bon œil ses activités politiques, il enseigne pendant quelques temps à l’école des cadres de la Wilaya 5.

 Si Abdellatif, qui avait poursuivi ses études de mathématiques tout en exerçant son métier d’instituteur, obtenait finalement une licence dans ce domaine à l’Université de Bordeaux.

Ses qualités pédagogiques furent rapidement reconnues et à juste titre appréciées au lycée d’Azrou, dans le Moyen Atlas marocain, à proximité de Meknès, où il fut promu censeur du lycée, puis proviseur.

Voici ce qu’écrit de lui un auteur marocain qui a consacré un livre au lycée d’Azrou :

«Les résultats engrangés dans les matières scientifiques, particulièrement en mathématiques sont dus en partie à la forte personnalité de Si Abdellatif Rahal, professeur qui a toujours fait preuve d’une grande «pédagogie», d’une «belle» aisance et de beaucoup de «classe» dans sa façon d’enseigner…» (Mohammed Ben Hlal : Le collège d’Azrou. La formation d’une élite berbère civile et militaire au Maroc, Editions Karthala-Iremam ; Paris 2005, p. 227)

En 1962, il fut chargé, au titre du Front de libération nationale (FLN), de faire partie des membres de la commission centrale du contrôle du referendum d’autodétermination, commission mixte algéro-française présidée par Kaddour Sator et dont les membres étaient, outre Abdellatif, El Hadi Mostefai, Amar Bentoumi, Alexandre Chaulet, Jean Guyot et Ahmed Henni. ( voir Journal officiel de l’Etat algérien daté du 6 juillet 1962).

A l’issue de la fin du mandat de l’Exécutif provisoire en septembre 1962, il fut nommé directeur de cabinet du premier président de la République, puis choisi  ambassadeur, Haut représentant de l'Algérie, auprès de la République française.

Considéré comme « l’homme tranquille» de l’Algérie indépendante, sa nomination est bien accueillie à Paris, d’autant plus qu’il déclare, avant de prendre officiellement son poste le 28 janvier 1963, qu’il « s’efforcerait d’effacer les séquelles du passé afin de nouer de nouveaux liens avec la France ». (cité dans le journal « Le Monde » du 29 décembre 1962).

De 1964 à 1970, il a été nommé secrétaire général du ministère des Affaires étrangères. A ce titre, il fut chargé de la coordination et de la supervision des commissions d'organisation du ministère et de l'élaboration des textes législatifs régissant le corps diplomatique et le fonctionnement des ambassades et consulats. Il assuma, par ailleurs, la responsabilité directe de la formation du personnel diplomatique. De cette période charnière, l’on retient qu’il était devenu la cheville ouvrière du ministère et l’architecte d’un appareil diplomatique de combat fidèle aux idéaux et aux immenses sacrifices du peuple algérien.

De 1971 à 1977, il fut nommé dans les fonctions d'ambassadeur, Représentant permanent de l'Algérie auprès de l'Organisation des nations unies.

De 1977 à 1979, il fut nommé ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. A ce titre, il présida la commission nationale chargée de l'évaluation de la réforme de l'Enseignement supérieur appliquée en 1971.

De 1979 à 1982, il occupa le poste de délégué permanent de l'Algérie auprès de l'UNESCO. Il participa aux activités des groupes régionaux, arabe, africain, des Non-alignés et Groupe des 77.

Il prit ainsi part aux activités au sein des organes du conseil et devient membre du comité temporaire crée par le conseil en 1984, en vue d'examiner les mesures à prendre pour améliorer les méthodes de travail de l'UNESCO et lui permettre de surmonter la crise qu'elle a traversée.

Il participa à la conférence générale de l'UNESCO, tenue à Sofia en 1985 et assuma la responsabilité de porte-parole du Groupe des 77 au cours des négociations qui ont précédé l'adoption des résolutions les plus importantes de cette session.

De 1985 à 1991, il participa à divers comités de la conférence générale de l'UNESCO. En 1991, il fut nommé ministre de l'Intérieur et des collectivité locales.

De 1991 à 1995, il est de nouveau représentant de l'Algérie au conseil exécutif de l'UNESCO.

Il participa, jusqu'en 1999, à divers comités relevant de la conférence générale de l'UNESCO. En 1999, il fut élevé à la dignité de Athir de l'ordre du mérite national et nommé conseiller diplomatique auprès du Président de la République et, en 2006, celle de Représentant de l'Algérie au conseil exécutif de l'UNESCO, jusqu'au 29 décembre 2014.

À ce propos, les témoins à Paris de l’immense prestige dont Si Abdelatif jouissait au sein du Conseil Exécutif de l’Unesco soulignent  son action et la justesse de ses positions fermes sur les principes que défendait l’Algérie et sur lesquels il ne transigeait jamais. 

Sa longue et distinguée carrière diplomatique n’est nullement le fruit du hasard, nous confiait un proche des milieux diplomatiques, mais la conséquence logique de valeurs humaines et culturelles connues et reconnues de tous ceux avec lesquels il a travaillé, notamment au Ministère des Affaires étrangères.

Si Abdellatif fut de toutes les conférences, de toutes les actions de négociation qui alors tentaient de façonner un nouvel ordre politique, économique et d’information plus conforme aux règles d’éthique et d’équité pouvant garantir la paix mondiale dans un contexte dominé par les conflits et les crises. Il  fut ainsi sous la direction éclairée de son ami Si Abdelkader el Mali, un des acteurs et des façonneurs des valeurs algériennes. C’est tellement vrai qu’il est l’un des rares à qui Abdelaziz Bouteflika a accordé  tous les égards, en guise de reconnaissance  à sa loyauté devenue légendaire.

M. Ould El Bachir (universitaire)

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