L’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika : qu’est-ce donc ? (9ème partie)

L’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika : qu’est-ce donc ?  (9ème partie)
Contribution | 10 Septembre 2018 | 19:30

Par Mohamed Ould El Bachir

Présentement, pour répondre aux observations spontanées et amicales, quant aux choix conceptuels véhiculés par notre  texte, j’ai décidé  de revenir encore une fois par souci pédagogique sur la terminologie ‘’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika’’.

Cette contribution n’a aucune ambition de vouloir classifier les principales écoles de relations diplomatiques en fonction des paradigmes largement admis en la matière. Cette classification repose sur des caractéristiques traditionnellement reconnues d’une manière objective, ce qui la distingue de la littérature existante. De ce point de vue, nous nous ne situons pas dans la perspective de la satisfaction du critère de  validité et de généralisabilité. 

 ‘’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika’’ ne veut donc aucunement soulever des questions épistémologiques et historiques, qui sont souvent en sciences sociales une source de confusion, alors même qu’ils devraient être un point d’ancrage et un guide pour la recherche scientifique.

Le but de ce texte est modeste. Il consiste à clarifier le plus possible la place et la valeur d’Abdelaziz Bouteflika dans l’histoire de la diplomatie algérienne, en mettant l’accent sur ce qui permet de le différencier des autres acteurs. Ce texte se veut aussi un outil de compréhension et de réflexion.

Quand j’emploie ici « école diplomatique », c’est dans le sens quasi institutionnel d’une vocation. De ce point de vue, l’analyse a montré que nous n’avons pas de diplomate dans l’histoire de l’institution diplomatique, dont  l’ «œuvre» puisse être comparée à celle d’Abdelaziz Bouteflika, dont le surnom de « Si Abdelkader el Mali » avait en outre une forte connotation révolutionnaire faite de fierté et d’identification à ses symboles.

Tous les grands diplomates, du moins ceux que j’ai connu personnellement, à l’instar de Boualem Bessaih et Abdelatif Rahal,  ne manquaient aucune occasion, de mentionner, que tous ceux qui ont eu à servir la diplomatie algérienne font partie de «l’académie diplomatique du président Bouteflika ».

Dans toutes ses sorties, le chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel,  évacue toute ambigüité et fait appel à la pédagogie pour  souligner, en effet, avec clarté cette appartenance  et affiche une fierté quant à cette référence, voire à cette source féconde d’inspiration, qu’est  l’œuvre du Président Abdelaziz Bouteflika.

Il est vrai que tout au long de son itinéraire,  Bouteflika exprimera, avec éclat, les talents et le style d’un « surdoué»,  en faisant siennes les valeurs  puisées des mêmes règles depuis la naissance dans les maquis de l’Etat révolutionnaire algérien, référenciés sur le respect du droit international et le soutien aux causes justes à travers le monde. A la fois subtil et déterminé, il attire rapidement l’intérêt des acteurs majeurs et des grandes puissances dans le monde.

Dans une Algérie/Post indépendance où les valeurs de Novembre avaient beaucoup d’impact et d’influence, le militantisme de Si Abdelkader El Mali, au cours des dix premières années de sa vie politique et diplomatique, lui valait, en effet, une histoire nourrie de moments de gloire.

À 19 ans, Abdelaziz Bouteflika se joint à d’autres jeunes ‘’apôtres’’ de cette « Algérie belle et rebelle », en intégrant les premières unités de l’ALN, de la wilaya 5, où il côtoie Cherif Belkacem, Ahmed Medeghri, Kaïd Ahmed et Houari Boumediène.

Très tôt, ses grandes aptitudes au commandement et à l’organisation pèseront sur lui et sur ses choix et vont se révéler durables.

Après plusieurs missions qui le mènent jusqu’à Gao, ville malienne, située sur le fleuve Niger, celui qu’on nomme désormais Si Abdelkader el-Mali, se voit propulsé aux devants de la scène, eu égard aux missions de plus en plus délicates  qu’on lui confie, d’’’homme de confiance’’, en  ‘’homme d’influence’’.

Dans les années 1960, son destin bascule grâce à une mission diplomatique dite des grands dossiers de négociations d’abord algéro-algériennes et ensuite  franco-algériennes destinées notamment à clarifier les aspects administratifs, financiers et commerciaux de certaines clauses des accords d’Evian et à régler un peu plus tard les questions de la dette et de la nationalisation des hydrocarbures.

Son analyse des clauses du  chapitre de règlement des questions militaires, qui concède un «  bail à la France pour l’utilisation de la base de Mers El-Kébir pour une période de quinze ans, renouvelable par accord entre les deux pays », montrait déjà des attitudes d’un homme d’Etat : « A Evian, nous représentions un mouvement de libération. Aujourd’hui, vous avez devant vous, les délégués d’un Etat indépendant, membre des Nations unies. Je ne négocierai pas avec vous, ou avec d’autres, notre souveraineté nationale. », disait - il  lors de l’un de ses meetings de campagne électorale pour la présidentielle en 1999.

Je ne parle pas aussi de celui qui vit sa consécration venir de la 29e Assemblée générale des Nations unies en 1974, à la présidence de laquelle il a été élu à l’unanimité, sans oublier ses exploits sur les dossiers sud-africain, palestinien et arabe.

Sur le plan diplomatique, évidemment, son investissement est total. Il cultive ses relations avec les acteurs majeurs  et les grandes puissances. 

Ainsi , le président sénégalais Léopold Sédar Senghor avoua un jour qu’il aimait beaucoup discuter avec Bouteflika, « car c’est un plaisir de l’intelligence ».

Avec le roi du Maroc Hassan II, les relations sont empreintes d’une profonde considération. Parmi les clés de la réussite de son modus - operandi, la faculté de maintenir des relations avec l’adversaire. Une attitude puisée de la culture révolutionnaire.  Ainsi, il faisait parvenir des présents au souverain marocain Hassan II chaque année pour son anniversaire, y compris en pleine crise du Sahara. Aujourd’hui, ils sont nombreux à penser que si le défunt roi était encore vivant, les relations avec le voisin de l’ouest seraient considérablement apaisées.  Il a beaucoup travaillé. Il  connaît tous les faiseurs d’opinion à l’échelle mondiale, depuis longtemps, certains avant qu’ils deviennent présidents.  Grace à lui, l’Algérie joue les premiers rôles un peu partout.

Encore une fois, il ne cesse de plaider pour un ordre mondial plus équitable, comme il l’a fait, à maintes occasions, par le passé. C’est là un des fondamentaux qui permettent de mieux comprendre les choix et les prises de position, difficiles, mais responsables et constantes, de la diplomatie algérienne (renforcement et unification des rangs arabes ; relations de bon voisinage et de fraternité avec les pays limitrophes ; soutien  du  processus de décolonisation dans le monde ; missions de bon office)

Diplomate chevronné, connu et reconnu, Abdelaziz Bouteflika impulsera la politique étrangère qui mène aux grands succès.Au final, on peut dire qu’il a été un  redoutable  diplomate, certainement le meilleur que l’Algérie ait connu. Son bilan  et son parcours montrent très clairement une grande rectitude  de celui qui va toujours à la rencontre de l’autre.

Père conscrit du département ministériel des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika a marqué dans la durée la diplomatie algérienne et continue d’en être la principale source d’inspiration.

Les connaisseurs des choses diplomatiques savent qu’un chef d’Etat d’une grande nation disait à un moment de son histoire que pour lui, Bouteflika était un père. Un témoignage qui montre, très largement, le respect qu’on voue au fondateur de cette école algérienne de diplomatie.

Mohamed Ould El Bachir  (Universitaire)

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