France: 127 intellectuels juifs s'opposent à l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme

France: 127 intellectuels juifs s'opposent à l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme
Par Rédaction | 03 Décembre 2019 | 22:06

En février 2019, le président français Emmanuel Macron s’est engagé à élargir la notion d’antisémitisme afin qu’elle comprenne aussi l’antisionisme.

Ce mardi 3 décembre, vers 21h30, le projet de résolution destiné à le faire va être proposé au vote à l’Assemblée nationale. Cette proposition a été initiée par un député  de La République En Marche (laREM)  avec pour motif de lutter contre de «nouvelles formes» d’antisémitisme.

Elle suscite des critiques jusque dans la majorité, relate l’AFP. Seul un tiers de son groupe parlementaire l’a signé.

Le lundi, de nombreuses voix contestant cette démarche se sont fait entendre.

A leur tête un collectif de 127 intellectuels juifs français, des ONG et des députés français. Ils ont appelé l’Assemblée nationale à s’opposer ce mardi à une proposition de résolution destinée à assimiler l’antisémitisme à l’antisionisme.

«Nous, universitaires et intellectuels juifs, d’Israël et d’ailleurs, dont beaucoup de spécialistes de l’antisémitisme et de l’histoire du judaïsme et de l’Holocauste, élevons notre voix contre cette proposition de résolution», écrit ce collectif dans une tribune au Monde.

Sans valeur contraignante, la résolution soumise suggère de reprendre la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), déjà validée par plusieurs pays et appuyée par Emmanuel Macron en février devant le Crif, devant lequel il avait alors affirmé vouloir élargir la définition de l’antisémitisme à l’antisionisme.

Justement, le collectif d’intellectuels juifs estime que la résolution est «hautement problématique», car elle «assimile (…) l’antisionisme à l’antisémitisme».

«Pour les nombreux juifs se considérant antisionistes, cet amalgame est profondément injurieux», affirme le collectif, qui compte parmi ses signataires plusieurs professeurs – ou ex-professeurs – en poste à Paris, Oxford (Angleterre), Princeton (États-Unis) ou encore Jérusalem.

«De nombreuses victimes de l’Holocauste étaient antisionistes», rappelle le collectif. «Pour les Palestiniens, le sionisme représente la dépossession, le déplacement, l’occupation et les inégalités structurelles. (…) Ils s’opposent au sionisme non par haine des juifs, mais parce qu’ils vivent le sionisme comme un mouvement politique oppressif».

La deuxième raison est que la définition de l’antisémitisme de l’IHRA elle-même serait «hautement problématique», «peu claire et imprécise».
Elle est en outre «déjà utilisée pour stigmatiser et réduire au silence les critiques de l’Etat d’Israël, notamment les organisations de défense des droits humains», estime le collectif.

C’est aussi l’avis de 39 ONG pour qui cette définition « est particulièrement dangereuse, car elle introduit des “exemples” formulés de manière à faire peser le soupçon d’antisémitisme sur toute critique de l’État d’Israël et de sa politique ».

«Nous ne pouvons pas considérer cela comme indépendant de l’agenda politique principal du gouvernement israélien visant à enraciner son occupation et son annexion de la Palestine», estiment les signataires qui s’inquiètent de voir «un soutien politique, jusqu’en France».

Selon le Monde, deux «marcheurs», Gwendal Rouillard et Fadila Khattabi, ainsi que des députés PCF et MoDem, ont demandé le retrait du projet de résolution, qui «répond de manière très contestable à de vraies questions» de lutte contre l’antisémitisme.

Selon le collectif, « l’antisémitisme doit être combattu sur des bases universelles, au même titre que d’autres formes de racisme et de xénophobie, pour lutter contre la haine ».Mais le chef du bloc laREM l’a rejeté.

«Sauf à envoyer un message politique désastreux, il ne peut être question de renoncer à ce projet, approuvé de longue date par le bureau de notre groupe», a répondu lundi le chef  patron Gilles Le Gendre dans un courrier interne dont l’AFP a eu connaissance.
M. Le Gendre dit cependant «prendre en compte» les préoccupations de certains en acceptant la création d’une mission d’information «sur l’évolution des différentes formes de racisme et de discrimination».

La proposition de résolution sera examinée en début de soirée mardi au Palais Bourbon. Elle a été cosignée par une centaine de députés de divers bords. A noter que l’Assemblée nationale compte quelque 577 députés.(Agences et journaux)

Lire tous les articles de la rubrique Focus