A propos de la question de la représentation "du Hirak"

 A propos de la question de la représentation "du Hirak"
Contribution | 08 Mai 2019 | 14:11

Par Mohamed Bouchakour

La question de la représentation du « Hirak » s’est posé dès le début de ce mouvement béni. Des idées ont commencé à émerger : celle de collectifs autour de corporation ou de thématiques partagées, celle d’une proposition d’un représentant par wilaya élu à partir de la base. Ces idées ont l’avantage de procurer l’occasion d’un précieux apprentissage organisationnelle, mais leurs limites sont là. En effet, les enjeux sont énormes et il leur faut une prise en charge à la hauteur en matière de représentation. S’appuyer sur des causes qui relèvent du registre associatif ou même partisan ne suffit pas. S’efforcer de refléter une représentation directe et territorialement équilibrée du mouvement, non plus. Il s’agit de doter cette poussée révolutionnaire majestueuse de la nouvelle Algérie d’une représentation par une élite qui incarne le mieux les forces vives de la société aptes à la conduire au changement auquel elle aspire. 

Dans les conditions pressantes du moment, l’option de représentants démocratiquement élus, est non seulement techniquement difficile (qui va organiser et garantir un processus aussi atomisé) mais hautement risqué. Il peut en effet ouvrir la porte la voie à toutes sortes de dérives et de conflictualisations, voire de confiscation par les réseaux de l’ex fis qui sont se sont astreints jusque là à une grande discrétion, mais qui restent extrêmement organisés et fidèles à leurs desseins. C’est pourquoi, il ne faut pas tomber dans l’écueil du démocratisme. Aux représentants élus qui gardent toute leur place et leur rôle, il faut dans les circonstances qui prévalent privilégier avant tout des représentants authentiques, ceux qui sont légitimement représentatifs de la nouvelle Algérie que l’on veut construire. Pour cela, il faut s’appuyer sur ces critères ou conditions fermes et précis. Trois conditions semblent s’imposer :

- Condition nécessaire : ne pas avoir soutenu le 4ème mandat de Abdelaziz Bouteflika et de préférence ne pas avoir participé à son régime, au moins depuis son 3ème mandat.

- Condition suffisante 1: avoir combattu activement et ouvertement ce régime pour ses méfaits  au point d’avoir été victime de ses représailles, voire de sa répression.

- Condition suffisante 2: partager la vision de l’Algérie qui ressort des revendications "du Hirak" (valeurs républicaines, citoyenneté, algérianité, non violence, tolérance de la pluralité, etc.).

Sur la base de ces 3 critères ou conditions, il est possible de sortir un noyau dur, digne de confiance pour assurer le rôle de leader du mouvement et d’interlocuteur dans tout dialogue en haut lieu. Ce noyau dur aurait la composition suivante :

- le mouvement Barakat, précurseur du « hirak » sur tout le monde avec une avance de 5 ans ;

- le mouvement Mouwatana, qui a pris le relais de Barakat à la veille de l'annonce du 5ème mandat en sortant les premiers dans la rue ;

- le mouvement des chômeurs de Ouargla qui a mené des combats héroïques pour le droit au travail des jeunes du sud et subi pour cela la répression policière et judiciaire du régime;

- le mouvement anti gaz de schiste du Sud qui a courageusement défendu la préservation de l'environnement contre un régime addict de la rente ;

- l'association anti corruption de Djilali Hadjadj qui n’a cessé de mener à travers la presse et sur le terrain son plaidoyer contre le fléau que les algériens par millions dénoncent aujourd’hui ;

- La Confédération des syndicats algériens comme nouvelle centrale syndicale indépendante, alternative à l'UGTA.

- des personnalités irréprochables et constantes dans leurs positions telles que Benbitour, Rahabi, Bouchachi, Tabou, Bouhired, Bouregaa, Mellouk, Fekkar, auxquelles peuvent très certainement se joindre des leaders de partis propres à titre intuitu personae.

La liste n’est pas exhaustive. Elle reste ouverte, mais ce type de composante donne le ton sur le profil des personnes aptes à assurer un rôle de représentation nationale dans la conduite de la transition vers une nouvelle république.

Ce panel doit prendre l’initiative de s’auto constituer sans complexe et sans rendre compte à qui que ce soit afin d’occuper le terrain, de barrer la route aux opportunistes et se positionner comme noyau dur incontournable représentatif de la nouvelle Algérie. Libre à toute autre composante de s’organiser à l’échelle qu’elle choisira. C’est sur la puissance des idées et des argumentaires que se jouera l’adhésion populaire et le poids de chacun pour infléchir l’évolution des choses dans un sens ou dans l’autre. Mais ce peuple sait désormais ce qu’il ne veut pas, tout comme il sait que la seule garantie pour l’exercice de sa souveraineté résidera dans sa vigilance de tous les instants et dans la poursuite de la mobilisation citoyenne.

Mohamed Bouchakour

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