"Témérité" et "courage" du coordonnateur du Panel

"Témérité" et "courage" du coordonnateur du Panel
Contribution | 24 Aout 2019 | 16:52

Monsieur le coordonnateur du Panel. Quelle témérité ! Quelle bravoure ! Quel sacrifice !  Quel don de soi ! Quel courage !

Dans une vidéo filmée par la chaine de télévision El-Bilad, il a déclaré, le 22 aout 2019, que le Panel a eu « le courage d’aller chez le gouvernement, dans sa maison, pour lui dire que – tu dois partir- », et d’ajouter : « Qui a le courage ? De derrière Facebook, tout le monde peut le dire, sous pseudonyme. Nous, on est allé sur place pour le dire au Chef de l’Etat».

Applaudissez, Mesdames, Messieurs, algériennes, algériens, les membres du Panel sont des héros. Ils agissent à visage découvert, sans se cacher, sans recours à une cagoule. Bravo, vous avez osé. Vous avez sollicité de vive voix, le départ du gouvernement Bedoui.

Le peuple va vous ériger une statue. Le peuple vous exprime sa profonde gratitude et ses plus vifs remerciements. La date de votre acte de  témérité sera célébrée chaque année, avec toute la solennité et le respect qui conviennent, et sera inscrite en lettres d’or dans l’Histoire de l’Algérie post 02 avril 2019.

Au fait et à bien réfléchir, avec une lecture à contrario, de la déclaration de M. le coordonnateur du Panel, le fait de demander le départ du gouvernement serait un acte répréhensible, un acte qui pourrait conduire à l’ouverture d’une information judiciaire, un acte infractionnel.

C’est pour cela que les autres agissent, via Facebook et par le biais de pseudonyme, selon M. le coordonnateur du Panel. Donc, les autres ont peur de quelque chose, il faut chuchoter, il faut murmurer et surtout le dire d’une voix basse, inaudible. Seuls, le Panel peut le dire à voix haute et intelligible, une voix de stentor.

Quel gâchis. Le silence est d’or et la parole est d’argent. Il est bon de parler, et meilleur de se taire. Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Il ne faut jamais parler sous l’emprise de la colère.  Apprenez cela, M. le coordonnateur du Panel.

Détrompez-vous, M. le coordonnateur du Panel, le départ du gouvernement a été demandé, voire exigé, par les manifestants, par le peuple, depuis le 02 avril 2019. Des citoyennes, des citoyens, des dirigeants de partis politiques, des acteurs de la société civile, des journalistes, des étudiants, ont demandé, sans cagoule, ni « floutage » de leur visage, le départ du gouvernement Bedoui. Des articles de presse et des contributions ont été publiés et dument signés, sans utilisation d’aucun subterfuge pour cacher l’identité de leur auteur.



La demande de départ des 3B, qui est devenue, après la démission en date  16 avril 2019 de M. Belaiz Tayeb de ses fonctions de Président du Conseil Constitutionnel ; celle des 2B, en l’occurrence et pour plus de précision, M. le coordonnateur du Panel, Messieurs Bensalah Abdelkader, Chef de l’Etat et Bedoui Noureddine, Premier ministre. Cette demande est scandée chaque Vendredi. Et, les citoyens le demandent dans les interviews des chaines de télévision publiques et privées.

Sur les plateaux des chaines de télévision, comme dans des émissions  radiophoniques, des hommes et des femmes politiques, des professeurs d’université, des acteurs du mouvement associatif, des journalistes, des étudiants, demandent le départ du gouvernement Bedoui.

La perte de confiance dans ce gouvernement du Président de la République déchu est irrémédiable et criarde. C’est un gouvernement estampillé du cachet indélébile de l’ex Conseiller et frère de l’ex-Président de la République, le sieur Said Bouteflika.

En outre, la demande de départ d’un gouvernement est un acte citoyen. Dans une démocratie, dans une République, dans un Etat de droit, il appartient au peuple qui a élu le  Chef de l’exécutif et les membres du Parlement, de demander le départ du gouvernement en place, le départ du Premier ministre, le départ d’un ou de certains ministres.

C’est le droit du peuple. Il l’exerce par des manifestations pacifiques depuis le 22 février 2019. Et, ca se passe en Algérie, dans votre pays, dans notre pays, M. le coordonnateur du Panel.

Lisez, M. le coordonnateur du Panel,  la loi fondamentale de l’Algérie, la Constitution, et méditez ces passages :

«  Ayant toujours milité pour la liberté et la démocratie, et attaché à sa souveraineté et à son indépendance nationales, le peuple entend par cette Constitution, se doter d’institutions fondées sur la participation des citoyens à la gestion des affaires publiques et qui réalisent la justice sociale, l’égalité et la liberté de chacun et de tous, dans le cadre d’un Etat démocratique et républicain -in le Préambule de la Constitution qui en fait partie intégrante -»,

Article 8/2ème  alinéa : « Le peuple exerce sa souveraineté par l’intermédiaire des institutions qu’il  se donne».

Article 12/1er et 3ème alinéas : « L’Etat puise sa légitimité et sa raison d’être dans la volonté du peuple. Il est au service exclusif du peuple ».

Article 23/1er alinéa : « Les fonctions et les mandats au service des institutions de l’Etat ne peuvent constituer une source d’enrichissement, ni un moyen de servir des intérêts privés ».

Article 49 : « La liberté de manifestation pacifique est garantie au citoyen dans le cadre de la loi qui fixe les modalités de son exercice ».

Par ailleurs, M. le coordonnateur du Panel semble loin de l’ère numérique, l’ère des réseaux sociaux. Il n’y a aucun anonymat sur Facebook, chacun est libre de s’y inscrire sous son véritable nom ou de choisir un pseudonyme ou toute autre appellation. Il a une adresse IP qui l’identifie, en cas de transgression de la charte d’utilisation ou de suspicion de commission d’un fait infractionnel. 

Monsieur le coordonnateur du Panel, soyez proche du peuple, écoutez le peuple. Point de mépris. Oubliez à jamais votre culture de la pensée et du parti uniques.

L’Algérie d’aujourd’hui, son véritable trésor, c’est sa jeunesse et les idées et idéaux véhiculés par ces jeunes qui ne demandent qu’à être associés, et non exclus et marginalisés, dans le développement de leur chère Algérie, «  terre de liberté  et de dignité », aux plans politique, économique, social et culturel.

Le gouvernement Bedoui a perdu toute crédibilité au sein de la population. Le gouvernement Bedoui, c’est la faillite absolue, s’agissant de la  confiance du peuple. Le gouvernement Bedoui doit partir. C’est la seule et unique issue pour le déroulement de la prochaine élection présidentielle.

Sans le départ de ce gouvernement décrié, les élections présidentielles ne seront ni transparentes, ni crédibles. L’ombre de la fraude y sera omniprésente. Et, le futur président qui sera élu dans de telles circonstances, n’aura pas la légitimité voulue pour qu’il puisse exercer effectivement l’ensemble de ses pouvoirs et prérogatives prévus par la Constitution. Un pareil Président sera obligé, voire forcé à composer avec d’autres personnes. Et, l’Algérie stagnera encore pour de longues années dans la médiocrité.

D’ailleurs, le Premier ministre était partant, dans sa fonction antérieure de ministre en charge de l’intérieur, pour le cinquième mandat et défendait cette démarche insensée, cette folie furieuse, jusqu’à la fin mars 2019

Même le Panel peut partir, il applique une feuille de route qui lui a été tracée, il ne veut point voir une autre voie, une autre issue qui serait accueillie avec une grande satisfaction par le peuple, par les algériennes et les algériens.

La solution est simple. En effet, après la démission du gouvernement Bedoui, il appartiendra au Chef de l’Etat de designer un Premier ministre, parmi les membres de la société civile, connus pour leur probité, droiture et expertise, qui aura toute l’attitude à choisir, seul et en toute indépendance, les membres de son gouvernement.

Il va de soi que le Général de Corps d’Armée Ahmed Gaid Salah, Vice- ministre de la défense nationale, Chef d’Etat- Major de l’Armée Nationale Populaire continuera dans ce nouveau gouvernement à assumer ses responsabilités de Vice- ministre de la défense nationale, Chef d’Etat- Major de l’Armée Nationale Populaire. De même que M. Zegmati Belkacem, le  ministre de la justice, garde des sceaux.



C’est ce gouvernement légitime, car voulu par la majorité des algériennes et des algériens qui va s’impliquer dans le dialogue et réussir à mettre en place une véritable autorité indépendante devant organiser, superviser et surveiller les élections ainsi que proclamer les résultats provisoires.

C’est ce gouvernement qui va prendre les mesures énergiques et pragmatiques nécessaires pour empêcher quiconque d’interférer par tous moyens, y compris techniques, dans les élections et d’altérer, voire d’annihiler la volonté populaire.

C’est ce gouvernement en phase avec les manifestants, avec le peuple, qui va concrétiser les aspirations et les attentes des algériennes et des algériens pour un déroulement serein, franc, régulier et surtout dénué de toute entrave ou acte malveillant dans le déroulement des futurs élections présidentielles. Ce sera la mission essentielle de ce gouvernement.

M. le coordonnateur du Panel, vous avez été sorti de la scène politique par le pouvoir. Et, ce même pouvoir vous réintègre, de nouveau, dans le jeu politique et vous assigne une mission.

Où est votre indépendance ? Où est votre volonté ? Votre sollicitation relative aux mesures d’accompagnement et d’apaisement et pour lesquelles le Chef de l’Etat a fait état de sa disponibilité à œuvrer pour leur réalisation ont été catégoriquement rejetés par M. le Vice-ministre de la défense  nationale, Chef d’Etat- Major de l’Armée Nationale Populaire. Le Chef de l’Etat est resté sans voix devant ce recadrage par l’homme fort du pays, le puissant du moment.

Et, vous, M. le coordonnateur du Panel qu’avez-vous fait. Les hommes libres du Panel ont démissionné. Ceux  ayant une attache directe ou indirecte avec le pouvoir sont restés.

De grâce, M. le coordonnateur du Panel, ne dénigrez pas les autres. Demander le départ du gouvernement Bedoui n’est pas en soi, un haut fait d’arme, ni une preuve de quoi que ce soit.

Les algériennes, les algériens, le peuple, l’ont déjà demandé et exigé, et continue de le faire, à visage découvert et en toute responsabilité et lucidité.

L’humilité et la prise ne compte de son passé, de son vécu, sont le meilleur rempart contre les déclarations tonitruantes et à l’emporte pièce, faites sous l’emprise de la colère, – selon le Larousse, la colère est un « état affectif violent et passager, résultant du sentiment d’une agression, d’un désagrément, traduisant un vif mécontentement et accompagné de réactions brutales -,  et de l’émotion.


Reprenez vos esprits, M. le coordonnateur du Panel, ne soyez pas pris dans l’ivresse, dans le tourbillon du pouvoir. Agissez en fonction de votre seule conscience, en homme libre, en homme de bonne volonté, en homme en phase avec son temps, on est en l’an 2019,  en citoyen en phase avec les aspirations du peuple, des algériennes et des algériens.

Enfin, je fais le distinguo entre M. Karim Younes, personne respectable, et le coordonnateur du Panel, personnalité publique, dont les actes et les paroles peuvent être librement discutés et critiqués.

Colonel à la retraite ZERROUK Ahmed

ex-cadre/MDN.

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