Quel «Hirak» veut-on faire resurgir et pour quels objectifs ?

Quel «Hirak» veut-on faire resurgir et pour quels objectifs ?
Contribution | 20 Juin 2020 | 13:53

Par Amar Djerrad

Mr Hakim Addad avait dit sur «Mediapart» que ce sont eux qui avaient arrêté le Hirak suite à la pandémie covid19 et non le Président de la république qui avait décrété l’interdiction sur tout le territoire national de tous les rassemblements y compris les marches et dans les mosquées. Cette idée que ce sont « eux qui avaient décidé » est intervenue au lendemain de la décision du Président ! Admettons !

Me Bouchachi sur la question de la «reprise du Hirak», avait jugé que les conditions n’étaient pas encore favorables pour les manifestations de rues, de nouveau, expliquant que « se précipiter pour déterminer la date du retour des marches pourrait diviser nos rangs et nuire à notre mouvement pacifiste …. qu’il serait sage de reporter le retour du Hirak jusqu’à ce que les conditions sanitaires soient favorables ». Admettons également !

Raisonnablement, s’ils ont (avec d’autres) ce pouvoir c’est que ce sont eux qui décident pour le hirak !

Ces deux déclarations présentent toutefois des incompréhensions !

Elles prouvent bien qu’ils se considèrent, ainsi, les « meneurs du Hirak ». D’ailleurs, une certaine presse ne cessait de les présenter, avec d’autres, comme «figures de proue» du Hirak, qualification qu’ils n’avaient pas contestée tant qu’elle les mettait, positivement, au-devant de la scène.

La surprise est venue à l’apparition du livre-enquête du Dr Bensaada « Qui sont ces ténors autoproclamées du Hirak » qui les cite ainsi que leurs relations avec la NED, filiale de la CIA. Le livre affirme qu’ils étaient ensemble au Brésil à la conférence des gens d’Otpor !

On ne comprend pas qu’ils aient ensuite annoncé qu’ils ne sont pas les «ténors» du Hirak. 

Comprenne qui voudra ou pourra !

On parle de la reprise ou non des marches dans le cadre du «Hirak» dont-on espère la résurgence.

Deux camps apparaissent selon leurs déclarations:

Les favorables disent : «Nous devons marcher vendredi 19 juin, … la prolongation de la trêve des manifestations casse la mobilisation populaire ». « Voir les algériens se démobiliser si les manifestations ne reprennent pas assez rapidement ». « le pouvoir en place veut profiter du confinement imposé pour des raisons sanitaires pour casser définitivement le mouvement populaire et imposer son agenda politique à la société algérienne ». « On doit continuer la ‘’Révolution du sourire’’ ».

Le « Pacte de l’Alternative Démocratique » regroupant certains partis, ONG et personnalités, avaient appelé « à demeurer vigilants pour s’engager avec force dans la reprise effective des manifestations politiques dès que les conditions sanitaires, de l’endiguement de la COVID-19, le permettent ». 

«Rachad» et «Al Karama» (sises en Suisse), que dirigent entre autre Mourad Dhina, appellent vigoureusement, par leur porte-parole Larbi Zitout (depuis Londres), à la reprise du Hirak, ce vendredi 19, sans autres considérations «pour faire tomber la 3issaba au pouvoir». Zitout suggère même que l’initiative de la reprise, et même avant, viendrait d’eux puisque cela se déroule chaque vendredi après la prière et que c’est leur nombre qui donne de la puissance au hirak !  

A l’opposé, les adversaires des marches, disent : «C’est de la pure folie d’appeler aujourd’hui les algériens à descendre dans la rue, en pleine période de confinement sanitaire, cela est de nature à favoriser une propagation à grande échelle de la pandémie, au moment où le pays est pleinement mobilisé pour lutter contre la pandémie » (propos d’un spécialiste). « Ceux qui appellent actuellement à la reprise de marches, sont des criminels, ils cherchent à placer leur petit jeu politicien malsain au-dessus des priorités sanitaires du pays et de la santé du citoyen, en particulier »

Les autorités, il est vrai, restent réservées.

De quel « Hirak » parle-t-on donc et pour quels objectifs ?

Sans entrer dans les détails et l’analyse, nous constatons :

-  Il y a le véritable hirak des débuts, jusqu’au 11/ 12ème qui est une contestation populaire progressiste refusant l’humiliation d’un 5ème mandat pour un Président paralysé par la maladie, ne pouvant donc plus gouverner, a poussé le peuple à mettre un terme à cette mascarade, en organisant, les après-midi de chaque vendredi, d’imposantes manifestations pacifistes à travers les principales villes d’Algérie ! Elles ont rassemblé des centaines de milliers de citoyens lançant deux slogans principaux « non au 5ème mandat », « déchéance des pontes du système » avec la fameuse formule « Yetnehew  ga3 » (on enlève tout le monde).

Les choses étaient claires nettes et précises ! L’Armée ayant saisie la portée, la sincérité et la légitimité des contestations, a vite pris fait et cause en s’alliant avec le peuple en promettant d’aider à réaliser ce souhait populaire ! Le 5ème mandat est avorté, le Président est écarté, la Constitution a pris le relais, le gouvernement est remplacé temporairement jusqu’à l’organisation de nouvelles élections promises « honnêtes et crédibles » !

Des revendications suspectes

Une fois que la chasse aux corrompus et aux personnalités impliquées battait son plein, les véritables "hirakistes" se sont aperçus que des groupes surgissent avec d’autres revendications, suspectes, antinomiques avec les revendications initiales, s'attaquant à l'Armée qui s'était pourtant jurée d'aider à assainir le pays des hauts responsables corrompus ! C'est là où les véritables «hirakistes » ont décelé les infiltrations et les manipulations en décidant d'arrêter les manifestations pour éviter la confusion voire l’affrontement, que souhaitaient les corrompus et surtout que l’on se serve d’eux ! Les manifestations continuaient en s’amenuisant, dans toutes les villes, de façon inquiétante pour certains meneurs, puisque l’on observait le nombre de manifestants chuter brusquement, ne se concentrant que dans 5/6 villes sur la quinzaine concernée. 

-  Il y a le « hirak » qui a suivi. Après le 15/16ème vendredi, il ne restait plus que 2 /3 villes pour ne finir qu’à Alger, au point où des journaux parlaient de « Hirak algérois » ! Malgré leurs appels à rejoindre la capitale, ils n'arrivent pas à mobiliser 3000 citoyens qu'un certaine presse jugeait «impressionnante», «raz de marée», «déferlement» en illustrant par d'anciennes images du 1er "hirak"! Durant ce processus de décadence, les manipulateurs avaient usé d’une multitude de slogans visant à faire tomber «tout le monde», jusqu’aux walis ainsi que les institutions en particulier l’Armée, en évitant d’expliquer «qui remplacera qui» s’il n’y a plus personne qui décide ! Voyant les choses leur échapper, il se constitue une coalition  de partis et d’associations autour de ce qu’ils ont baptisé «l'Alternance démocratique» avec des personnalités déclarées «figures de proue du Hirak»  qui avaient pris le relai en organisant des « pseudo-hirak », les vendredis et même aléatoirement.

Ces nouvelles forces portent chacune une série de slogans totalement opposés, de tendance islamistes, berbéristes, pseudo-démocrates, anarchistes, «printanistes», chacune s’employant à imposer, par le chantage, sa vision de la gouvernance immédiate de l’Algérie sans s’inquiéter de son avenir ! La violence était donc immanente avec son chaos ! Le plus curieux est qu’elles s’attaquent conjointement aux institutions en particulier à l’Armée au travers de ses cadres officiers et ce, tout en s’évertuant à faire confondre leur action au «véritable hirak» pour en faire des «revendications du peuple» !

Cette coalition des «démocrates» exigeait une phase de transition (anticonstitutionnelle) qu’elle veut diriger, sans vote du peuple, par la désignation d’une Présidence collégiale cooptée par l’Armée. Les élections maintenues, la coalition appelle alors à leur boycott sans résultat probant. Elle passe à la propagande qui consiste à considérer le Président élu comme « illégitime » parce, pour nos « démocrates », c’est la volonté des citoyens qui n’ont pas voté (dont la plupart suite à des pressions ou violences des boycotteurs) qui prime sur celle qui ont voté. 

C’est, en résumé, ce que l’on a observé, lu et entendu !

Lequel donc des deux «hirak» voudrait-on réactiver ? Car il y a confusion, voire tromperie !

Amar Djerrad

*Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et n'engagent pas le journal

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