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La France en passe de perdre la bataille du blé avec l’Algérie face à la Russie

14-10-2018 08:34  Amel Benabi

C’est l’alerte au niveau ecarlate en France face à l’intérêt publiquement exprimé par les autorités algériennes de «goûter» au blé de «bonne qualité» qui plus est, moins cher en provenance de Russie.  A Paris, la nouvelle donne des sureurs froides aux politiques mais surtout aux agricultuers et exportateurs du blé qui y voient une menace sérieuse à leurs revenus à l’exportation. Et pour cause ! L’Algérie est de loin le principal marché d’accueil du blé français en dehors de la zone euro avec la moitié des épis vendus vers le reste du monde.

On comprends aisément alors cette peur panique en France où l’on craint la fonte de la cagnotte tirée annuellement des ventes vers l’Algérie. Le fait est que le sujet fait les choux gras des médias de l’Hexagone qui s’interrogent sur l’avenir à moyen terme de cette fillière qui risque de se rétrécir comme un peau de chagrin si d’aventure le blé russe trouvait grâce aux yeux des consommateurs algériens. Ceci d’autant plus que le directeur de l’Office interprofesionnel des céréales (OAIC), Mohamed Belabdi, a confirmé l’intérêt de l’Algérie pour l’achat de blé russe. Signe de cette détemination a aller voir ailleurs, une délégation officielle de l’OAIC s’est déplacée à Moscou pour constater de visu la qualité du blé russe et sa conformité avec les cahiers des charges.

Les médais français citent ainsi une étude «fondée sur les résultats de de l’examen d’un lot d’essai de blé qui sera prochainement envoyé en Algérie», pour permettre aux responsables algériens de prendre une décision. Du coup, cette perspective provoque des indigestions aux agriculteurs et plus généralement  donne des migraines aux autorités françaises qui craignent le début de la fin d’un monopole historique sur le marché algérien du blé où elle exporte bon an mal an environs 4 millions de tonnes. C’est pourquoi elle compte ne pas rester les bras croisés face à la volonté de l’Algérie de diversidier ses fournisseurs.

Indigestion

Selon l’agence Reuters, le secrétaire d’État chargé du commerce extérieur, Jean-Baptiste Lemoyne, a demandé à l’agence Business France, qui assure la promotion de groupes français sur les marchés mondiaux, de préparer une visite d’exportateurs français en Algérie au premier trimestre de l’année 2019. Objectif ? tenter de faire changer d’avis les responsables algériens. Or, ce ne serait pas une mince affaire compte tenu de la volonté des russes de se placer sur ce marché avec une meilleur offre en qualité et en prix. Plusieurs sources indiquent en effet  qu’un contrat devrait être signé une fois tous les «certificats de conformité» délivrés et que la décision algérienne serait basée sur les résultats de l’inspection du lot de blé d’essai qui sera envoyé à l’Algérie dans «un avenir proche».

En tout état de cause, l’Algérie semble décidée à faire jouer la concurrence pour en tirer partie et partant mettre fin au monopole français dans certaines fillières. Il va sans dire que cette décision d’aller chercher le bél russe, pourrait obéir à une logioque politique aussi en ce sens que la relation bilatérale traverse en ce moment une zone de turbulences avec comme point d’orgue les déclarations tapageuses de Bernard Bajolet sur le président de la république et le tour de vis sur les visas délivrés par les consulats français accordés aux Algériens.

C’est dire qu’au-delà de l’impératif économique que dicte la situation financière de l’Algérie, le probable recours au blé russe s’apparente à un carton rouge brandi face à la France de Macron qui multiplie ces derniers temps des gesticulations et autres pressions à l’insar du dossier des harkis et celui des Pieds Noirs. Les épis de blé en l’occurence cachent mal la forêt des obstacles qui obscurcissent les rapports entre Alger et Paris à la veille d’une élection présidentielle sur laquelle la France voudrait peut être peser.



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