Révision de la loi sur les hydrocarbures : La nécessaire transition énergétique en Algérie

Révision de la loi sur les hydrocarbures : La nécessaire transition énergétique en Algérie
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 25 Septembre 2019 | 16:46

Face à une concurrence acerbe où l’Algérie risque de perdre des parts de marché, s’impose la révision de la loi des hydrocarbures de 2013 non adaptée à la conjoncture actuelle mais devant s’insérer dans le cadre de la  transition énergétique  en Algérie qui pose un problème de sécurité nationale. Cela renvoie  à une nouvelle, vison du modèle de consommation énergétique  et également un   nouveau management stratégique de Sonatrach, de Sonelgaz et des organes de régulation du Ministère de l’Energie. Mais l’objectif  essentiel sera  d’avoir une vision stratégique 2020/2025/2030  qui concerne toute l'action gouvernementale future, toutes les institutions  de l’Etat,  l’implication des partis politiques et toute  la société civile dans sa diversité    afin que l’Algérie ait une économie diversifiée dans le cadre des valeurs internationales. Garder la règle des 49/51% n’incitera guère les investisseurs étrangers à investir dans petits gisements qui sont les plus nombreux, la préférence pour ces cas, pas lzes grands gisements, étant une minorité de blocage 30%. Par ailleurs et cela concerne tous les  secteurs, sans la dé-bureaucratisation, la bonne gouvernance, et  sans la résolution de la crise politique, aucun investisseur sérieux ne viendra. Impérativement, l’Algérie doit donc résoudre la crise politique  et  élaborer une stratégie  réaliste, nécessitant une  adaptation culturelle, s’adaptant à la nouvelle quatrième révolution économique mondiale (intelligence artificielle-digital). Elle doit  faire face à la nouvelle stratégie de la route de la soie  couvrant une centaine de pays, près de la moitié de la planète, non seulement en Asie mais également en Asie, en  Afrique et en Amérique du Sud et centrale. Ces adaptations impliquent de profondes réformes structurelles tant dans le domaine politique, économique, sécuritaire, social et  culturel.

1.-Les enjeux  de la sécurité énergétique en Méditerranée : l’Algérie un acteur majeur

D’une manière générale l’énergie apparaît donc aujourd’hui comme un puissant facteur de coopération et d’intégration entre les deux rives de la Méditerranée. L’énergie autant que l’eau  est  au cœur de la sécurité des Nations. Le monde s’oriente 2020/2030, inéluctablement vers un nouveau modèle de consommation énergétique fondé sur la  transition énergétique. Les dynamiques économiques modifient les rapports de force à l’échelle mondiale et affectent également les recompositions politiques à l’intérieur des États comme à l’échelle des espaces régionaux. L’énergie, particulièrement, est au cœur de la souveraineté des États et de leurs politiques de sécurité. Carrefour de trois continents, fragile sur le plan environnemental, les  importantes potentialités de toutes formes d’énergie  en Méditerranée celles du vent ou du soleil, ou des énergies fossiles présentes dans son sous-sol peut faire  de cette zone des contacts entre civilisations millénaires, soumise depuis toujours à des tensions politiques fortes, une nouvelle région énergétique du monde, aux portes de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-OrientLa transition pouvant être définie comme le passage d’une civilisation humaine construite sur une énergie essentiellement fossile, polluante, abondante, et peu chère, à une civilisation où l’énergie est renouvelable, rare, chère, et moins polluante ayant pour objectif le remplacement à terme des énergies de stock (pétrole, charbon, gaz, uranium) par les énergies de flux (éolien, solaire). La transition énergétique renvoie à d’autres sujets que techniques, posant la problématique sociétale. Il ne suffit pas de faire une loi car le déterminant c’est le socle social Cela pose la problématique d’un nouveau modèle de croissance : tous les secteurs économiques, tous les ménages sont concernés : transport, BTPH ; industries, agriculture. Les choix techniques d’aujourd’hui engagent la société sur le long terme. Dès lors la transition énergétique suppose un consensus social car la question fondamentale est la suivante : cette transition énergétique, combien ça coûte, combien ça rapporte et qui en seront les bénéficiaires La stratégie russe, la stabilisation politique de l’Irak, de la Syrie où devrait transiter des canalisations et de la Libye, tout en n‘oubliant pas les énormes potentialités du Qatar et de  l’Iran, les importantes découvertes en méditerranée orientale  et  le gazoduc israélien en direction de l’Europe,  financé par les Emiraties,  devrait entraîner un profond bouleversement de la carte énergétique au niveau de la méditerranée 2020/2025. Les importantes potentialités de toutes formes d’énergie  en Méditerranée celles du vent ou du soleil, ou des énergies fossiles présentes dans son sous-sol peut faire  de cette zone des contacts entre civilisations millénaires, soumise depuis toujours à des tensions politiques fortes, une nouvelle région énergétique du monde, aux portes de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient. Carrefour de trois continents, fragile sur le plan environnemental, le bassin méditerranéen est aussi une région source d’énergies. C’est dans ce cadre que l’Algérie qui a un rôle stratégique à jouer , a participé à la réunion des 5+5 au sommet de la société civile des deux rives de la Méditerranée qui s’est  tenu  à Marseille le 24 juin 2019 où j’ai été présidé, la plus importante commission  dévolue à l’Algérie, «la  transition énergétique  au sein de l’espace  des 5+5 ». Une .transition énergétique cohérente implique de renforcer les interconnexions des réseaux et l’optimisation de leur gestion (smart grids) pour contribuer à l’efficacité énergétique, au développement industriel, aller vers un nouveau modèle de croissance, afin de favoriser l’émergence d’une industrie de l’énergie, au service de l’intégration économique, les avantages octroyés par l’Etat devant être fonction de ce taux. Les décisions dans le domaine de l’énergie engagent le long terme et la sécurité de tout  pays au regard des priorités définies sur le plan politique (indépendance nationale, réduction des coûts, réduction des émissions de carbone, création d’emplois). Pour l’Algérie, toute  décision majeure devra être préalablement analysée par le conseil national de l’Energie, présidé par le président de la République, après un large débat national. La transition énergétique  est un choix  stratégique politique, militaire, et économique  pour assurer la sécurité énergétique du pays qui se fera progressivement, car il est incontestable que les gisements fossilifères du pays commencent à se tarir alors que la consommation énergétique nationale est en croissance importante et va continuer de l'être. En effet, l'Algérie à travers des subventions généralisées et mal ciblées est l'un des modèles les plus énergétivores en Afrique et en Méditerranée, avec un taux de croissance qui a atteint ou même dépassé les 14% par an pour l'électricité. Les prévisions de la CREG annoncent des besoins internes entre 42 (minimum) et 55 (maximum) milliards de m3 de gaz naturel en 2019, alors que Sonelgaz prévoit, quant à elle, 75 milliards de m3 en 2030. En Algérie, il existe un véritable paradoxe : la consommation résidentielle (riches et pauvres payent le même tarif, idem pour les carburants et l'eau) représente 60% contre 30% en Europe et la consommation du secteur industriel 10% contre 45% en Europe, montrant le dépérissement du tissu industriel, environ 6% du produit intérieur brut en 2018.  Se pose cette question centrale,   quel  sera le prix de cession du gaz de toutes ces unités mises  récemment installées notamment engrais phosphate, sidérurgie  fortes consommatrices d’énergie, le dumping aux exportations de produits raffinés étant interdits par les règles du commerce international? Cette situation impose la révision de la loi des hydrocarbures Ce qui m’amène à analyser les exportations de Sonatrach qui constituera encore pour longtemps la principale entrée de devises, contrairement à certains discours euphoriques, les exportations hors hydrocarbures en soustrayant les dérivées d’hydrocarbures n’ayant pas dépassé 700 millions de dollars en 2018.

2.-La structure des exportations d’hydrocarbures( source FMI- Ministère Energie)

En ce mois de septembre  2019 Sonatrach c’est l’Algérie  et l’Algérie c’est Sonatrach procurant directement et indirectement 98% des recettes en devises  du pays avec les dérivées  d’où l’importance de connaitre sa structure d’exportation.  Les recettes   globales  hydrocarbures en  millions de dollars ont évolué ainsi  entre 2013/2018:

2013, 63.326,2 millions de dollars    dont la  part des associés   a été  de  5.911,1  et en pourcentage du total  9,3%,

2014,  58.361,6  dont la part des associés    a été de 5.255,5 (9,0%),

2015, 33080,7 dont la part des associés  de 3.722,1 (11,2%),

2016 ,  27.917,5 dont la part des associés 2913,5 (10,4%),

2017 ; 33.2028 milliards de dollars  dont la part des associés 3.215,4 (9,7%).

2018, nous avons ainsi un total  en valeur pour  Sonatrach  de 34,995 milliards de dollars et pour les  associés 3,61 milliards de dollars  au total 38,607 milliards de dollars, les associés représentant 9,35%, une stabilisation par rapport aux années passés montant une l’Algérie n’a pas tellement attiré d’investisseurs étrangers, d’où l’importance de la révision de la loi des hydrocarburesCe n’est que le chiffre d’affaire et pour voir le profit net qui reste à Sonatrach, il faut retirer les bénéfices des associées  et les couts d’exploitation qui sont variables  assez faible pour le pétrole brut et le gaz naturel par canalisation, mais élevé pour le GNL, le condensat, le GPL et les produits raffinés pouvant tourner en moyenne autour de  30%. 

-Le pétrole représente en millions de dollars US entre en 2013/2017 :-en 2013, à un cours moyen  annuel de 109,5 dollars le baril sur le marché international , 24.328,5 millions de dollars soit 38,4%; en 2014, à cours du baril de 100,2 dollars,  18.343 , soit 31,4%; en 2015, pour un baril de 53,1 dollars, 10.037,7 soit 30,3%, en 2016, pour un baril de 45,0 dollars, 8.876,4 soit 31,8%, pour 2017 pour un baril de 54,1 dollars, 10.459,9 millions de dollars soit 31,5%

-Le condensat représente   entre en 2013/2017 : 2013 représente pour un prix unité/US/Baril (P.U.B/US)  de 99,9 dollars sur le marché international , 4.838,6 millions de dollars soit 7,6%, en 2014,  pur un PUB de 90,7 dollars, 3.886,7 (6,7%), en 2015, pour un P.U.B 49,7 dollars , 2.238,7 (6,8%) , en 2016, pour un PUB  de 42,7 dollars , 1.889,8 (7,1%) ,  en 2017 pour un PUB  de 51,9 dollars, une valeur de  1.950,5 millions de dollars (5,9%).

-Les Produits pétroliers raffinés représentent entre en 2013/2017 :  en 2013 pour un PUB   de 107,8 dollars sur le marché international  , 10.906,3 millions de dollars ( 17,2%), en 2014 pur un PUB de 100,0 dollars 13.195,2 (22,6%) ; en 2015, pour un PUB  de 52,7 dollars , 6.789,8 (20,5%), pour 2016 ,pour un P.UB de 44,2 dollars,5.563,7(19,9%),  en 2017 pour un PUB de 56,8 dollars , 6.987,4 millions de dollars ( 21,0%).

Le Gaz de pétrole liquéfié –GPL entre en 2013/2017    représente :  en 2013 pour un PUB  de 75,6 dollars sur le marché international, 4389,6 millions de dollars ( 6,9%), en 2014 pour un PUB  de 68,2 dollars, 5.203,4 (8,9%), en 2015 pour un PUB  de 32,7 dollars , 2.687,8 (8,1%) ; en 2016, pour un PUB   28,0 dollars , 2.221,0(8,0%),  en 2017, pour un PUB de 39,5 dollars 2.977,5 (9,0%).

-Le Gaz naturel  Liquéfié (GNL) entre en 2013/2017   représente pour un prix moyen sur le marché international  (US par million de BTU ( devant multiplier par le ratio moyen 600 pour avoir le milliard de mètres cubes BTU) 11,2 dollars, en 2013, 3.041,5 millions de dollars US ( 9,5%), en 2014, cours moyen ,11,1 dollars , 7.396,2 (12,7%),  en 2015, pour un cours de 7,6 dollars, 4.700,4 (14,2%), en 2016, cours , 5,3 dollars, 3.101,1 (11,1%) et en 2017 pour un cours moyen de 5,7, 3.571,3 millions de dollars (10,8%).

-Le Gaz naturel( GN)     représente  entre en 2013/2017 : en 2013 pour   cours moyen sur le marché international de 10,5 dollars, 12.823,7 millions de dollars ( 20,3%) ; en 2014, cours moyen, 10,0, 10.336,9 (17,7%), en 2015, cour s moyen , 6,5 dollars , 6.628,3 (20,0%) , en 2016, cours moyen 4,3 dollars, 6.665,1 (22,1%) et en 2017  cours moyen , 5,1 dollars , 7.278,2 millions de dollars ( 21,9%).

Les exportations hydrocarbures   de janvier à décembre 2018 de Sonatrach  SH) et de ses associés ont été :

-Pétrole :  SH – volume 16,746 en millions de tonnes  et 79,701 milliers de barils  de barils- valeur 9,393 milliards de dollars -Pétrole associés ,volume,  4,763 millions de tonnes  –et 22,08  en milliers  de barils – valeur 2,637 milliards de dollar

-Condensat : SH   volume en millions de tonnes 18,75   valeur 2,107 milliards de dollars – associés  volume en millions de tonnes, 4,09  - valeur 0,426 milliards de dollars

-Produits raffinés : volume en millions de tonnes 13,97   valeur 7,972 milliards de dollars

-GPL : SH  volume  en millions de tonnes  5,84  valeur 3,007 milliards de dollars- GPL associés volume  711- valeur 0,371 milliards de dollars

-Gaz  naturel  -volume en milliards de mètres cubes gazeux  37,721   valeur 9,123 – associés volume, 0,734 – valeur 0,177 milliards de dollars

-GNL : SH  volume en milliards de mètres cubes gazeux , 20,670,  valeur 3,58 milliards de dollars.

Nous avons ainsi un total  en valeur pour  Sonatrach  de 34,995 milliards de dollars et pour les  associés 3,61 milliards de dollars  au total 38,607 milliards de dollars, les associés représentant 9,35%, une stabilisation par rapport aux années passés montant que l’Algérie n’a pas tellement attiré d’investisseurs étrangers. 

3.- La nécessaire révision de la loi des hydrocarbures : cinq propositions 

Comme j’ai eu à  le démontrer  au cours de différentes conférences internationales, contrairement à ce qui a été rapporté, l’Algérie honorera ses engagements internationaux jusqu’à 2030 sous réserve de la révision de la loi des hydrocarbures  et de la mise en  place une véritable transition énergétique. Depuis la promulgation de la loi de 2013,  l’Algérie a peu attiré des investisseurs  pour ne pas dire que l’attrait a été nul et à l’avenir  Sonatrach ne pourra pus supporter à elle seule les lourds investissements. Aussi, la  question qui se pose est de savoir comment adapter la loi sur les hydrocarbures aux variations énergétiques mondiales.. Je propose cinq axes directeurs.

-Premièrement, il  s’agit d’écarter complètement  la question de penser à la privatisation du Sonatrach qui doit rester la propriété de l’État à 100% et que pour les grands gisements  la règle des 49/51% peut s’appliquer.

-Deuxièmement,  pour les petits gisements, en dehors de la propriété de Sonatrach (domaines non encore exploités), et pour les nouveaux projets de canalisations (pas question de toucher aux filiales actuelles propriété de l’État), dont le  taux de profit est en moyenne inférieur de 30% par rapport à l’amont, se pose la règle des 49/51%, où l’on pourrait imaginer une minorité de blocage de 30%

-Troisièmement, il s ‘agira  d’analyser la situation sans chauvinisme, mais avec réalisme de  certains articles de la  loi sur les hydrocarbures de janvier  2013 (le cours à l’époque dépassait les 100 dollars le baril) n’étant plus appropriés par rapport au nouveau contexte mondial, notamment le volet fiscal où il est prévu un taux progressif d’imposition à partir de 30 dollars. Or, avec la baisse drastique  du prix du pétrole ayant eu comme effet, en Algérie, la réduction de la dépense publique via la baisse des recettes d’hydrocarbures de plus de 40%, les sociétés étrangères, face à un cours fluctuant entre 55/65 dollars, deviennent plus exigeantes dans le choix des opportunités disponibles à travers le monde, surtout avec les nouvelles découvertes et les nouvelles technologies.

-Quatrièmement,  il y a urgence de  la mise en place d’un cadre institutionnel clair, loin des contraintes bureaucratiques étouffantes, en termes de sécurité des investissements, ce qui pose l’urgence d’une cohérence et d’une transparence de toute la politique socio-économique et dans ce cadre même pour les segments non stratégiques à définir  avec précision, l’assouplissement de la règle des 49/51% est une condition nécessaire mais non suffisante pour attirer l’investissement, le terrorisme bureaucratique étant le frein essentiel.

-Cinquièmement, le problème posé relevant  de la sécurité nationale : quelle nouvelle politique énergétique, notamment quel nouveau modèle de consommation énergétique  afin d’adapter la loi sur les hydrocarbures aux nouvelles mutations

4.-Les cinq  axes directeurs de la  transition énergétique en Algérie, 2020/2030

L’Algérie devra être attentive  à toutes ces  stratégies gazières où sa part de marché vers l’Europe étant, avec la concurrence  de la Russie, de la Norvège et du Qatar dont la part de marché est passé de 2% vers les années 2000 à plus de 7% en 2017, concurrençant le GNL algérien  proche  également de l’Asie ayant massivement  investi dans les GNL de grandes capacités étant  le premier producteur-exportateur mondial de GNL. Des actions coordonnées doivent être mises en place dans le cadre d'une vision stratégique de développement tenant compte des nouvelles mutations mondiales. D'où l'importance  dès maintenant de prévoir  un nouveau modèle de consommation énergétique.

-Premier axe, améliorer l'efficacité énergétique par une nouvelle politique des prix (prix de cession du gaz sur le marché intérieur (environ un dixième du prix) occasionnant un gaspillage des ressources qui sont gelées transitoirement pour des raisons sociales,  dossier que j’ai dirigé avec le bureau d’études américain Ernest Young et avec les cadres du Ministère de l’Energie et de Sonatrach que j’ai présenté personnellement à la commission économique de l’APN en 2008, renvoyant à une nouvelle politique des prix ( prix de cession du gaz sur le marché intérieur environ un dixième du prix international occasionnant un gaspille des ressources qui sont gelées transitoirement pour des raisons sociales. C'est la plus grande réserve pour l'Algérie, ce qui implique une révision des politiques de l'habitat, du transport et une sensibilisation de la population. L'on doit durant une période transitoire ne pas pénaliser les couches les plus défavorisées.  A cet effet, une réflexion doit être engagée pour la création d'une chambre nationale de compensation, que toute subvention devra avoir l'aval du parlement pour plus de transparence. Une chambre devant réaliser un système de péréquation, tant interrégionale que socioprofessionnelle, segmentant les activités afin d'encourager les secteurs structurants et tenant compte du revenu par couches sociales, impliquant une nouvelle politique salariale.

-Le deuxième  axe, ne devant pas être utopique , continuer à investir dans l’amont. Mais pour la rentabilité de ces gisements tout dépendra du vecteur prix au niveau international et du coût, pouvant découvrir des milliers de gisements non rentables. L’Algérie comme montré précédemment  pour voir une valeur ajoutée importante doit s’orienter vers la transformation de son pétrole  et du gaz naturel mais dans le cade d’un partenariat gagnant- gagnant, la pétrochimie à l’instar d’autres filières, les circuits de commercialisation étant contrôlées par quelques firmes multinationales. 

-Le troisième axe, développer les énergies renouvelables combinant  le thermique et le photovoltaïque avec pour objectif  d’ici  2030,  produire, 30 à 40% de ses besoins en électricité à partir des énergies renouvelables où selon   des études de l’Université des Sciences et Technologies d’Alger (USTHB), le potentiel photovoltaïque de l’Algérie est estimé à près de 2,6 millions de térawattheures (TW/h) par an, soit 107 fois la consommation mondiale d’électricité et en  énergie éolienne, l’Algérie bénéficie aussi d’un potentiel énergétique important, estimé à près de 12 000 térawatts/heure (TWh) par an. Cette même étude estime qu’avec un taux moyen de consommation de 260 m3 /MWh, le potentiel algérien en énergies renouvelables serait équivalent à une réserve annuellement renouvelable de gaz naturel de l’ordre de 700 000 Milliards de m3. Avec plus de 3 000 heures d'ensoleillement par an, l'Algérie a tout ce qu'il faut pour développer l'utilisation de l'énergie solaire, ou presque. Le soleil tout seul ne suffit pas. Il faut la technologie et les équipements pour transformer ce don du ciel en énergie électrique. Aussi le défi algérien est-il d'avoir le budget et les technologies nécessaires pour, d'abord, financer la fabrication de panneaux solaires et, ensuite, subventionner, du moins en partie, leur installation à grande échelle. Car les panneaux solaires ne sont pas disponibles sur le marché, et quand bien même ils le seraient, il est quasi impossible pour un particulier d'assumer les charges d'une installation solaire. Le retard dans l'exploitation de l'énergie solaire est indéniable Adopté en février  2011 par le Conseil des ministres, le programme national des énergies renouvelables algérien  prévoit une introduction progressive des sources alternatives, notamment le solaire avec ses deux branches (thermique et photovoltaïque), dans la production d'électricité sur les 20 prochaines années Dans cette perspective, la production d'électricité à partir des différentes sources d'énergies renouvelables dont l'Algérie compte développer  serait de 22.000 mégawatts à l'horizon 2030, soit 40% de la production globale d'électricité. Sur les 22.000 MW programmés pour les deux prochaines décennies, l'Algérie ambitionne d'exporter 10.000 MW, alors que les 12.000 MW restants seraient destinés pour couvrir la demande nationale. Une fois réalisé, ce programme permettra d'économiser près de 600 milliards de mètres cubes de gaz sur une période de 25 années. L'Algérie a réceptionné en mi-juillet 2011  la première centrale électrique hybride. D'une capacité globale de 150 MW, dont 30 MW provenant du solaire, cette centrale,  a ainsi ouvert le  chapitre des projets en cours ou en maturation pour le passage de l'Algérie à des sources d'énergies alternatives. Au moins, six centrales du même principe, mais dont la part du solaire serait de plus en plus importante, sont programmées juste pour les neuf prochaines années, ce qui permettra de lever progressivement la contribution des énergies renouvelables dans la satisfaction des besoins internes en électricité.  Outre une nouvelle politique des prix, Sonatrach ne pouvant assurer à elle seule cet important investissement, (environ 100 milliards de dollars entre 2018/2030), il y a lieu de mettre en place une industrie nationale dans le cadre d'un partenariat public-privé national/international, supposant d'importantes compétences. Celle-ci doit comprendre tous les éléments de la chaîne de valeur renouvelable, dont l'ingénierie, l'équipement et la construction afin d'accroître le rythme de mise en œuvre, des études sur la connexion de ces sites aux réseaux électriques.

-Le quatrième  axe, l’Algérie compte construire sa première centrale nucléaire en 2025 pour faire face à une demande d’électricité galopante, où selon le 19 mai 2013 du ministre de l’Energie et des Mines, l’Institut de génie nucléaire, créé récemment, devant former les ingénieurs et les techniciens en partenariat, qui seront chargés de faire fonctionner cette centrale. Les réserves prouvées de l’Algérie en uranium avoisinent les 29 000 tonnes, de quoi faire fonctionner deux centrales nucléaires d’une capacité de 1000 Mégawatts chacune pour une durée de 60 ans, selon les données du Ministère de l’Energie. La ressource humaine étant la clef à l’instar de la production de toutes les formes d’énergie et afin d’éviter cet exode de cerveaux massif que connait l’Algérie.

-Le cinquième  axe, est  l’option du pétrole/gaz de schiste horizon 2022/2025 (3ème réservoir mondial selon des études internationales) introduite dans la nouvelle loi des hydrocarbures de 2013, dossier que j’ai l’honneur de diriger pour le compte du gouvernement et remis en janvier 2015. En Algérie, devant éviter des positions tranchées pour ou contre, l’adhésion des populations locales par un  dialogue productif est nécessaire  car on ne saurait minimiser les risques de pollution des nappes phréatiques au Sud du pays. L’Algérie étant un pays semi-aride, le problème de l’eau étant un enjeu stratégique au niveau méditerranéen et africain, doit être opéré un arbitrage pour la consommation d’eau douce des populations et celle utilisée pour cette production. Selon l’étude réalisée sous ma  direction, les nouvelles techniques peu consommatrices d’eau  et évitant l’injection de produits chimiques dans les puits devraient  être mises au point opérationnelle horizon 2025 car actuellement avec la fracturation hydraulique, il faudrait  environ   un milliard de mètres cubes gazeux environ  1 million de mètres cubes d’eau douce, devant tenir compte de la durée courte   vie des puits ( cinq ans maximum) et   devant perforer des centaines pour avoir un milliard de mètres cubes gaz.

5.-Le monde connaitra entre 2020/2030 un profond bouleversement géostratégique  

Cela concerne tant dans le domaine économique, social, culturel que militaire et    tous les continents Amérique, Asie, Europe, l’Afrique dont la future reconfiguration au Moyen Orient, où la domination se fondera sur le  savoir. A titre d’exemple, outre les stratégies américaines, européennes, chinoises, nous avons les stratégies de la Russie  et de l’Inde car  n’existent pas seulement la route de la soie initiée par  la Chine. Nous avons  le  lancement du projet de corridor de transport international Nord-Sud - reliant le port de Bandar Abbas (Iran) à Saint-Pétersbourg (Russie européenne) - revêt une grande importance pour l’Inde. En plus d'accorder à l'Inde un accès facile à une vaste zone géographique - de l'Europe du Nord, du Caucase à l'Asie centrale, riche en minerais, en contournant le Pakistan - le succès du projet pourrait permettre le transit de l'Inde vers l'Afghanistan sans littoral. Le projet de 5000 km est conçu de telle sorte qu'il permet de voir des marchandises voyager vers de nombreuses anciennes républiques soviétiques d'Europe et d'Asie centrale, notamment le Kazakhstan et l'Ouzbékistan, pays riches en énergie avec lesquels l'Inde entretient désormais des relations commerciales minimales. L’ 'Inde a déjà construit un corridor routier de 240 km reliant l'Afghanistan à l'Iran et suivra la construction d'un corridor ferroviaire reliant les ports iraniens au projet sidérurgique Hajigak, d'une valeur de 11 milliards de dollars, financé par l'Inde, dans le centre de l'Afghanistan. Cela amènera des cargaisons à Bandar Abbas ou à Chabahar et libérera Kaboul de sa dépendance du Pakistan pour atteindre le monde extérieur.  Ainsi,  s’imposent des stratégies d’adaptations pour l’Algérie qui manque de prospectives et donc de vision stratégique et dont les erreurs de prévision  peuvent se chiffrer en dizaines de milliards de dollars.  Par le  co-développement, les co-localisations, qui ne sauraient se limiter à l'économique, incluant la diversité culturelle, l’Algérie peut être le champ de mise en œuvre de toutes les idées innovantes au niveau de l’espace  méditerranéen, pont entre l’Europe et l’Afrique continent qui sera l’enjeu du XXIème siècle. L’Algérie, pays à fortes potentialités énergétiques,   au niveau de l’espace méditerranéen et africain possède toutes les potentialités pour être un vecteur actif en renforçant la coopération sur la base d’un contrat gagnant/gagnant afin de faire de cet espace un lac de paix et de prospérité partagé. Mais cela suppose une autre gouvernance et une autre politique socio-économique loin des utopies du passé fondées sur la matérialité. Concernant la loi des hydrocarbures, le  dossier engage hydrocarbures engage l’avenir  du pays sur une ressource éphémère propriété de toute la population algérienne, , devant éviter toute précipitation, où  les investisseurs sérieux, dans ce segment hautement capitalistique et à maturité lente,  sont attentifs tant au cadre juridique qu’à la légitimité politique. Tant que la  crise politique ne sera pas résolue, ils seront  sceptiques vis-à-vis de l’initiative de l’actuel gouvernement transitoire. C’est  au  futur président de la république et son gouvernement , après avis du conseil national de  de l’Energie qu’il préside selon  la Loi,   l’Algérie devant respecter ses  propres  lois si elle  veut être respectée,  de traiter ce dossier  en toute transparence. Car il y va de la sécurité nationale.

 ademmebtoul@gmail.com

Dr Abderrahmane Mebtoul Professeur des universités expert international directeur d’études Ministère Energie Sonatrach 1974/1979-1990/1995-2000/2007-2013/2015  -a été le chef  de fil  de la délégation algérienne au sommet de la société civile des deux rives de la Méditerranée  le 24 juin 2019 à Marseille où il a présidé  la commission de la  transition énergétique  au sein de l’espace  des 5+5 .

Références : En plus de nombreuses contributions dans des revues internationales  sur l’énergie   entre 1975/2018 voir Pr Abderrahmane Mebtoul « Sonatrach dans un environnement concurrentiel », parue dans la revue mensuelle en anglais Arab Oil Gas Magazine vol. XXXX juin 2003(Paris Londres) et revue bi mensuelle pétrole et gaz arabes  publication simultanée en anglais et en français vol XXXV n° 817 avril 2003-   Contribution à la prestigieuse haute Ecole -HEC Montréal novembre 2012 « pour un nouveau management stratégique de Sonatrach-  -conférences du Pr Abderrahmane Mebtoul devant le parlement européen   octobre 2013 sur « le Maghreb face aux enjeux géostratégiques » où a été abordé la stratégie énergétique comme facteur d’intégration

-Séminaire international organisé par l’institution  de la coopération  allemande au développement (GIZ)  le 17 octobre 2012 à Oran « les sept axes de la transition énergétique en Algérie »   et sa conférence au Sénat français « l’Algérie face à la transition énergétique mondiale »  ( décembre 2013) - la stratégie gazière en Algérie  et le  marché européen , face la concurrence internationale »  (revue internationale gaz d’aujourd’hui Paris janvier 2015)- Forum mondial du Développement durable Paris (France) le 13 mars 2017 Intervention du professeur Abderrahmane Mebtoul,  « quelle transition énergétique pour l’Algérie ? »

 –Voir audits opérationnels sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul de 1974 à 2015 1.-Bilan de Sonatrach  -Ministère Industrie/Energie Alger - 1974/1976 assisté des cadres dirigeants de Sonatrach  et d’experts nationaux   7  volumes 680 pages. 2.-  -Pour un nouveau modèle de consommation des carburants audit  assisté du bureau d’études  Ernest Young et des cadres dirigeants de Sonatrach 2007  8 volumes 780 pages. 3- -Pétrole et gaz de schiste : opportunités et risques  assisté de 20 experts internationaux 10 volumes 980 pages Premier Ministère Alger- 2015

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