Pour éviter la déstabilisation de l’Algérie, urgence d’un Etat de Droit, moralisation de la société et revoir l’actuelle politique économique

Pour éviter la déstabilisation de l’Algérie, urgence d’un Etat de Droit, moralisation de la société et revoir l’actuelle politique économique
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 15 Avril 2019 | 15:09

Selon plusieurs rapports tant des experts nationaux qu’internationaux, les résultats mitigés sont révélateurs de l’aggravation de la situation qui prévaut en Algérie en matière de gouvernance, où les différents pouvoirs algériens de l’indépendance à ce jour ont été  pouvoir mus par l’unique dépense monétaire grâce aux recettes élevées du pétrole – et non du travail  et selon un rapport de l’OCDE aurait  dépensé durant ces deux dernières décennies  deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats en référence à des pays similaires. Depuis des décennies et pas seulement durant la période actuelle,  les différents  gouvernements algériens ont  été incapable de trouver une stratégie à long terme pour l’emploi des jeunes et ce  malgré la création des dispositifs, Ansej, Angem et ANEM, les emplois créés, étant  éphémères et sous-payés, le chômage touchant  particulièrement les jeunes et si l’Algérie n’a pas été touchée par de violentes révoltes populaires, elle n’est pas pour autant immunisée contre un risque d’instabilité sociale persistant. 

1.-La crise politique actuelle doit trouver une solution rapide  avant la fin de l’année 2019, si l’on veut éviter à la fois la  déstabilisation de l’Algérie et son retrait de la scène internationale comme ce message où on a tourné l’Algérie au ridicule  lu à l’ENTV  qui a fait le tour  du monde : « l’Algérie souhaite une solution politique rapide au Soudan », les réseaux sociaux à l’unisson affirmant  qu’il faille d’abord résoudre notre propre crise avant de donner des leçons aux autres. Comme également ces images de ministres chassés des wilayas et  de tout un gouvernement décrié,  qui donnent une piètre image de nos institutions alors que l’Algérie est un grand pays et un acteur majeur  de la stabilité de la région méditerranéenne et africaine. Pour éviter tout malentendu, certains soi disant experts affirment sans données précises  que les mouvements  d’Al Hirak  se répercutent négativement  sur l’économie nationale , mais oublient  que si l’on  continuait avec l’actuelle gouvernance  l’Algérie allait directement à la cessation de paiement horizon 2022 et avec le financement non conventionnel à la dérive vénézuélienne ( voir nos différentes contributions  wwwgoogle.com 2012/2019) . Donc l’objectif stratégique est à la fois ne nouvelle réorientation de la politique socio-économique et la lutte contre la mauvaise gestion et la corruption qui menace la sécurité nationale, devant être conscient que  tout projet social étant forcément porté par des forces sociales et politiques et   économiques . Mais l’on devra éviter tout règlement de comptes qui provoquerait une psychose généralisée,  tout citoyen étant  présumé innocent   jusqu’à preuve par la justice

2.-Au moment  où l’on parle  d’ouverture de dossiers, l’on devra  différencier la mauvaise gestion de la corruption, touchant  la majorité des ministères et les autorités locales,  ne datant  pas d’aujourd’hui, dont certaines premiers ministres et ministres de 1980/2018 qui aujourd'hui veulent  se faire une virginité sont fortement interpellés.  Depuis l’indépendance politique, cela  interpelle plusieurs responsables  et pour toute objectivité, pour évaluer les préjudices financiers avec des impacts sur l’Economique et le Social,  devant tenir compte de la valeur du dinar par rapport aux devises durant ces 50 dernières années. Le cours est passé  (cours achat)  de 4,94 dinars un dollar en 1970, 5,03 dinars un dollar en 1980, 12,02 dinars un dollar en 1990, 77,26 dinars un dollar  en 2000, 74,31 dinars  un dollar en 2010, 99,50 dinars un dollar en 2015  et 119,11 dinars un dollar le 14 avril 2019, le cours sur le marché parallèle évoluant depuis les années 2000 avec un écart en moyenne de 50% par rapport au cours officiel.  Cela a été constaté durant  les années 1970/1980  avec  les surcoûts de projets et des distribution de bénéfices à des unités déficitaires, le programme anti-pénurie, des années 1980/1985, des enrichissements douteux durant la période tragique qu’a connu l’Algérie entre 1990/1999, et récemment sans être exhaustif la nécessaire audit  notamment du PNDA (programme national de développement agricole),de  Khalifa,  de la CNAN, d’Air Algérie (avec leurs agences à l’étranger budgétivores) , la gestion des ports et aéroports, la gestion des télécommunications,  les différents barrages, le  projet de canalisation d’eau In Salah/ Tamanrasset, la Route Est-Ouest, Sonatrach, l’affaire de la drogue dite  du « Boucher », la mauvaise gestion des ambassades ( combien ont-ils couté en devises et  contribué à faire venir  des investisseurs), les différents programmes d’habitat et d’infrastructures  avec des malfaçons, certaines  surfacturations lors des différents programmes d'importation, surcoûts  des différentes unités de montage de voitures  récentes et même avant des concessionnaires, des montants faramineux  de crédits octroyés  non remboursés, d’impôts non recouvrés,  et les enrichissements sans efforts de certaines personnes tant au niveau national qu’à l’étranger , propriétaire d’immenses fortunes, et l’immoralité pouvant aller qu’au simple citoyen , celui qui devait travailler 8h par jour ne travaillant que trois heures. N’oublions pas la gestion de toutes les administrations centrales et locales  administrations dont les comptabilités peu transparentes reposent sur des  outils des années 1970 , oubliant la rationalisation des choix budgétaires alors que des  montants  colossaux leur ont été attribués.

3.- Les différents instruments de contrôle et de régulation de l’économie nationale sont pratiquement gelés: Cour des Comptes, Conseil National de la Concurrence, Conseil Economique et Social, Conseil National de l'Energie  parallèlement  à la faiblesse de contre- pouvoirs politiques et social où les événements récents ont montré  que tant les partis du Pouvoir que de l’Opposition avec leurs appendices officielles dites «  société civile » vivant du transfert de la rente, ont été hors circuit, incapables de servir d'intermédiation politique et social. Sur le plan politique   nous retrouvons deux fores en présence : l’ANP/forces de sécurité  et une population manifestant chaque vendredi par  dizaines de millions mais non organisée. Sur le plan économique, Sonatrach,  c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach, en ce mois d‘avril 2019, l’économie algérienne étant  une économie  totalement rentière, les hydrocarbures irriguant  tout le corps social, directement et indirectement procurant 98% des recettes en devises. C’est que la  société algérienne  traverse une très grave crise morale, tout le monde voulant  sa part de rente, quitte à conduire le pays au suicide collectif  à l’image du TITANIC, ce qui aura des répercussions sur négatives sur le développement futur du pays. N’oubliant jmais  que nous sommes à l’ère de la mondialisation du fait de l’interdépendance des économies et des sociétés, et dans une maison de verre, du fait de la révolution dans le domaine des télécommunications et que toute Nation qui ne se développe pas régresse forcément. Aucun pays ne peut y échapper si l’on ne met pas en place de nouveaux mécanismes de régulation  afin de réhabiliter la sphère réelle, la monnaie étant au service de l’économie et non un instrument pour la dominer. Et ce bien entendu, dans le cadre d’une économie concurrentielle tenant compte des avantages comparatifs mondiaux, et devant lier l’efficacité économique avec une profonde justice sociale – les économistes parleront d’équité. Aujourd’hui, nous sommes à l’aube d’une nouvelle transition de la société mondiale, avec de profonds bouleversements géostratégiques, ce qui supposera des ajustements sociaux douloureux et donc une nouvelle régulation sociale afin d‘éviter les exclusions. Le chacun pour soi serait suicidaire et nous ramènerait à des  conséquences néfastes des effets avec des conflits désastreux.. Car il existe des liens inextricables entre un développement durable et la morale – en fait la récompense de l’effort – et une lutte contre la corruption sous ses différentes formes. 

4-  Les économistes et les politiques durant cette transition inévitable de la société, devant  repenser les liens entre l’éthique et le développement,  l’Algérie ayant  souvent les meilleures lois du monde mais rarement appliquées car  supposant  des institutions crédibles et  un  véritable Etat de Droit. Dans ce cadre, je ne saurai trop insister que le contrôle efficace doit avant tout se fonder sur un Etat de Droit, avec l’implication des citoyens à travers la société civile, une véritable opposition sur le plan politique, une véritable indépendance de la justice, tout cela accompagné par une cohérence et visibilité dans la démarche de la politique socio-économique, un renouveau de la gouvernance au niveau global afin de délimiter clairement les responsabilités et pour plus de moralité des dirigeants aux plus hauts niveaux afin de faciliter la symbiose Etat/citoyens. Devant éviter à tout prix les règlements de comptes,  face aux nombreux dossiers, dont certains trainent dans les  tiroirs depuis des années il faudrait une armée de contrôleurs.  La situation  socioéconomique souvent oubliée est d’une extrême gravité avec le risque d‘un retour au FMI  horizon 2022  implique une solution politique rapide, car la crise actuelle est avant tout politique,  avec une nouvelle gouvernance et des personnes morales,  si  l’on veut  éviter la  récession économique et la déflagration sociale de l’Algérie dont les  impacts négatifs toucheront en premier lieu les couches les plus vulnérables. Et dans ce cas, quelque soit le pouvoir en place, il ne faudrait plus parler d’indépendance politique ou économique, les lois économiques étant insensibles aux slogans populistes avec le risque de tensions sociales vivaces.  Car  Toute déstabilisation de l’Algérie, comme je le soulignais dans deux interviews récentes (2016/2017), l’une aux USA, à l’American Herald Tribune et l’autre en France à la Tribune.FR, aurait des répercussions internes, mais également  géostratégiques sur toute la région. J’ose espérer un avenir meilleur pour mon pays, en ces moments de grands bouleversements géostratégiques avec    plus  de décentralisation, plus  d’espace de libertés, le renforcement du rôle de la femme dans la  gestion de la Cité, signe de la vitalité de toute société,  et le renforcement  du  dialogue productif, loin de tout extrémisme, rassemblant tous les  algériennes et algériens au sein d’institutions démocratiques tenant compte de notre anthropologie culturelle. Force est de reconnaitre que l’Algérie n’a pas encore trouvé de modèle de croissance susceptible de réduire les inégalités, le chômage et la pauvreté ayant  deux choix : faire des efforts pour réformer ses institutions et l’économie vers plus de démocratie et de transparence, ou régresser vers une attitude protectionniste dans un effort pour maintenir le statu quo politique. Et là… on en revient toujours à la morale, (la vertu du travail ), intimement liée à l’Etat de droit et à la démocratisation de la société, surtout des responsables qui doivent donner l’exemple s’ils veulent mobiliser leur population et éviter l’anémisation de la société, porteuse décadence ; Un phénomène déjà analysé avec minutie par le grand sociologue maghrébin Ibn Khladoun  dès le XIVesiècle.  Les différentes composantes de notre société, doivent concourir ensemble à  la paix,  à  la sécurité  et à  la stabilité condition de profondes réformes permettant un développement durable au profit de tous les Algériennes et Algériens. Il s'agit là de l'unique voie que doivent emprunter les Algériens afin de transcender leurs différends, à vaincre la haine et les peurs qui les habitent, à exorciser leurs démons et à trouver de nouvelles raisons de vivre harmonieusement ensemble et de construire, toujours ensemble, le destin exceptionnel que de glorieux aînés de la génération du 1er Novembre 1954 ont voulu désespérément pour eux. . ademmebtoul@gmail.com 

Professeur des universités, expert international  Dr Abderrahmane MEBTOUL haut magistrat (premier conseiller) et directeur général à la Cour des Comptes (1980/1983) – directeur d’Etudes Ministère Industrie-Energie/Sonatrach 1974/1979-1990/1995-2000/2007

Références -Sous la direction du Pr Abderrahmane Mebtoul audit pour le compte du gouvernement :  audit sur Sonatrach 1974/1976- et audit 2006/2007- Bilan sectoriel  de l’industrialisation 1965-1978- MIE Alger 1979 - Sous notre direction dossier audit sur les couts de l’ habitat et les  surestaries –cour des comptes Alger 1983 - Sous notre direction bilan et axes de redressement  national  de l’économie algérienne Premier Ministère Alger 2014, devant reconnaitre que  la majorité des recommandations de 1974 à ce jour pour lutter contre ce cancer de la rente, la mauvaise gestion/corruption  n’ont pas été prises en compte --Africa Presse Paris 28/29 mars 2019  « Pr Abderrahmane MEBTOUL : « La grave situation socio-économique de l’Algérie exige des solutions politiques rapides et une élection présidentielle transparente » -Pr Abderrahmane Mebtoul « l'Algérie a un répit de seulement trois ans pour changer de cap » quotidien international financier français latribune.fr 19 /09 2017 - American Herald Tribune 28/12 2016- « dossier de 45 pages) « sous le titre toute déstabilisation de l'Algérie aurait des répercussions géostratégiques sur tout l'espace méditerranéen et africain » et American Herald Tribune  USA 11 aout 2018 – Bilan et perspectives de l’économie algérienne » - Africa-Presse Paris France  -Pr A. Mebtoul (1/3) : -« Le développement de Algérie implique la réforme du système politique »  8 août 2018 Pr A. Mebtoul (2/3) :« Il est urgent d’adapter nos partis politiques algériens, pour la majorité liés à des intérêts de rente » 9 août 2018 - Pr A. Mebtoul  (3/3) : « Pas de développement pour l’Algérie sans vision stratégique d’une économie hors hydrocarbures » 10 août 2018 -  Pr A. MEBTOUL : « Les cris de la jeunesse d’Algérie pour un profond changement doivent être entendus »  5 mars 2019.  --Interview dans le quotidien gouvernemental arabophone Ech Chaab du 14/04/2019 sur la nécessaire bonne gouvernance  et la lutte anti corruption.

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