Missions de la commission indépendante de contrôle : l'exécutif ne doit être ni juge ni partie

Missions de la commission indépendante de contrôle : l'exécutif ne doit être ni juge ni partie
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 27 Septembre 2017 | 15:46

1.-L’avant projet de la loi  modifiant l’article 45 de la loi sur la monnaie et le  crédit a prévu une commission de contrôle composé d’experts indépendants  pour éviter que l’autorisation de la banque d’ Algérie à financier le trésor entraine une dérive inflationniste à la vénézuélienne.

 2.-L’on doit comme dans tous les  pays  du monde même dans les pays auxquels fait référence l’avant projet, structure socio-économique totalement différente de celle de l’Algérie caractérisés par une bonne gouvernance  et un appareil productif performant, distinguer la politique monétaire qui relève  de la banque d’Algérie  qui est sous l’autorité  du Président de la république, de la politique budgétaire qui relève  du gouvernement , l’objectif stratégique étant de synchroniser leur action.

3.- La majorité tant des experts que l’opinion internationale que nationale  avait accueilli, certes avec prudence, mais satisfaction l’installation de cette commission, comme garde fou.

4.- Voilà que le ministre des finances  devant  les députés de l’APN le 26 septembre 2017 annonce  que ce  comité sera sous l’autorité du   ministre des finances  ( Racham Hmida-Laâb Hmida)  alors que le premier ministre lors de l’adoption du programme devant  le parlement  n’avait pas  délimité le périmètre de contrôle. Selon nos informations cette décision  a accru la méfiance que le gouvernement ne veut pas être soumis au contrôle pour le montant de l'émission monétaire.

 5.- L’exécutif ne devant pas être juge et partie. Si cette décision du ministre des finances devait être adoptée,  elle accroîtra la méfiance nationale et internationale  sur  les possibilités de la dérive inflationniste. Cette commission  alors aura un impact  limité pour ne pas  dire nul.

6.- Cette commission devrait  être pour la crédibilité de l’ image de l’Algérie, en cette conjoncture difficile, et de l’action du gouvernement,  être composée d’experts de hauts niveaux et non de fonctionnaires aux ordres, de travailler en étroite collaboration avec le conseil  de la monnaie et du crédit  et être soit sous l’égide de la présidence de la république  ou du parlement qui définira un plafond  contenu dans la loi de ces avances de la banque d’Algérie au trésor année par année , quantifiée, avec  les impacts sur  la trajectoire budgétaire.

7.-L’on doit éviter toute illusion monétaire, devant dans toute politique économique fiable synchroniser la sphère réelle et la sphère financière, la dynamique économique et la dynamique sociale. Tenant compte  de cette hypothèse, il  existe des liens dialectiques entre la cotation du dinar, le taux de change  et le processus inflationniste qui a un impact tant sur les taux d’intérêts bancaires, donc sur le secteur productif (taux de croissance, taux d’emploi) que sur le niveau du pouvoir d’achat. Dire la vérité ne saurait signifier entretenir un climat de psychose. Le grand danger pour l’Algérie est que  les  agents économiques (entreprises et ménages) dominées par  des discours de sinistrose  et l’incertitude du lendemain, anticipent l’inflation, qui risque de  bloquer l'investissement productif qui a besoin de visibilité  et  qui ne peut se faire qu'à  moyen et long terme  et conduire  le pays dans une spirale inflationniste sans  limite.

8.- La vérité est que toute Nation ne peut distribuer que ce qu’elle a préalablement produite quitte à aller vers la dérive politique, sociale et économique. L’inflation joue comme vecteur de redistribution et de concentration du revenu national au profit des revenus variables et pénalise les revenus fixes.  La  vision bureaucratique rentière est de croire résoudre les problèmes en pondant des lois. Or ce n’est pas une question de Lois  (combien de Lois depuis l’indépendance), mais d’agir sur le fonctionnement de la société en approfondissant  les réformes institutionnelles et micro-économiques supposant un minimum de consensus politique et social. 

9.-Il s’agit non d’avoir une vision de court terme par la réduction des importations de biens et services, 60 milliards de dollars de sorties  de devises en 2016-bien –services souvent oubliés dans els déclarations officielles  entre 9/11 milliards de dollars/an entre 2010/2016 et transferts légaux de capitaux  entre 55/60 milliards de dollars fin 2017,  (une grande fraction étant incompressible).  Ces mesures conjoncturelles  stabiliseront artificiellement à court terme le cadre macro-financier, sans résoudre les problèmes fondamentaux. L’accélération de la  réforme globale est la  condition sine qua non d’une économie productive dans le cadre des valeurs internationales. L’Algérie ne peut continuer à verser des salaires sans contreparties productives, et consacrer le montant faramineux de subventions et transferts sociaux, non ciblés qui ne s’adressent pas essentiellement aux plus démunis, quitte à conduire le pays au suicide collectif.

10- Il est vrai que la situation économique  est différente de la crise de 1986 avec le niveau  des réserves officielles de change, bien qu’en baisse et le niveau historiquement bas de la dette extérieure pouvant, à court terme  surmonter les "chocs" externes, sous réserve d’une réorientation urgente de toute la politique socio-économique actuelle. Avec des objectifs stratégiques précis, un langage de la vérité, le retour à la confiance et la moralité de ceux qui gouvernent la Cité, une autre gouvernance locale et centrale, reposant sur l’économie de la connaissance, des institutions centrales et locales débureaucratisés réalisant la symbiose Etat-citoyens, des réformes certes difficiles, car déplaçant d’importants segments de pouvoir assis sur la rente, l’Algérie qui recèle d’énormes potentialités    peut relever les nombreux défis.  L’on devra  éviter de vendre tant l’illusion monétaire que mécanique des années 1970, étant à l’aube de la quatrième révolution industrielle. Aller au FMI horizon 2019/2020, serait un drame à la fois économique et politique pour le pays ayant des incidences  géostratégiques. Un sursaut national s’impose car il s'agit d'une question de sécurité nationale.

 ademmebtoul@gmail.com   

Références  - Site - Mena /Forum diffusion internationale Londres/ Bruxelles  « Amendment to the Law on Currency and Credit in Algeria »- by Dr A. Mebtoul | Sep 14, 2017    -Interview   du professeur Abderrahmane MEBTOUL Expert International au quotidien financier international  français La Tribune/Afrique.fr (Paris)  « sur la situation économique et financière de l’Algérie et ses perspectives 2020 » 19 septembre 2017  -interview sur le financement non conventionnel télévision internationale Paris France 19/09/2017 – Africa24  -débat 12/13h  radio publique en arabe chaîne  1 20/09/2017 sur le programme du gouvernement  -Voir étude du professeur Abderrahmane Mebtoul «Ten Truths on the Algerian Economy- Mena Forum –diffusion internationale-Bruxelles/Londres by Dr A. Mebtoul | Sep 23, 2017.

Voir tous les articles de l'éclairage éco