La régionalisation économique renforce le rôle de l'Etat régulateur, l'efficience économique et contribue à l’unité nationale par la cohésion sociale

La régionalisation économique renforce le rôle de l'Etat régulateur, l'efficience économique et contribue à l’unité nationale par la cohésion sociale
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 11 Juillet 2020 | 19:26

Au moment où les plus hautes autorités du pays s'orientent vers la révision de la Constitution  et parle de « refonte de l'Etat » pour un développement plus équilibré et solidaire, comme  j’ai eu à le rappeler dans différentes contributions nationales et internationales, largement diffusées entre 2007/2019 afin, de rapprocher l’Etat du citoyen, il y a urgence  pour nos gouvernants de comprendre le fonctionnement de la société loin des bureaux climatisés et donc sans tabou, d’aller vers la régionalisation économique à ne pas confondre avec l’avatar dangereux du régionalisme. L’objet de cette contribution, en m’en tenant au segment socio-économique, devant être élargie à l’anthropologie culturelle, est de poser cette problématique stratégique inséparable de la bonne gouvernance et de l’efficacité des institutions. Contrairement aux idées de certains bureaucrates rentiers, qui ont peur de perdre une parcelle de leur pouvoir,  la  régionalisation économique renforce le rôle de l’Etat régulateur, améliore l’efficience économique et contribue à l’unité nationale par la cohésion sociale régionale.

1.- La notion de région est elle-même extrêmement variable, la régionalisation pouvant se réaliser au sein du pays ou bien par le regroupement d’un ensemble d’Etats dans une zone géographique particulière ou sur la base d’intérêts ressentis comme communs ce que les économistes qualifient d’intégration régionale. Aussi, la régionalisation peut prendre des formes très différentes selon les pays, allant de la décentralisation au quasi fédéralisme. Je définirai la régionalisation économique comme un mode d'organisation de l'Etat qui confère à la région un rôle et un statut économique propre, caractérisé par une autonomie relative mais non indépendant de l'Etat régulateur central pour les grandes orientations stratégiques tant politiques qu’économiques, cette autonomie étant donc encadrée par l'autorité nationale. Toute régionalisation appelle les questions fondamentales suivantes : compétences des régions ; règles de composition et de fonctionnement des assemblées et exécutifs régionaux ; ressources des régions ; relations avec le pouvoir central ; modalités de transfert aux pouvoirs régionaux et enfin concertation entre régions. D'une manière plus générale, la mise en place de la régionalisation doit avoir pour conséquence un meilleur gouvernement réel ressenti comme tel par la population, l’argument de base résidant dans la proximité géographique. Cela signifie qu’il existe une solution locale aux problèmes locaux et que celle-ci est nécessairement meilleure qu’une solution nationale. Selon les théories régionalistes, la diversité des situations locales impose une diversité de solution pour s’adapter aux conditions locales spécifiques. La régionalisation économique couplée avec une réelle décentralisation supposant une clarté dans l’orientation de la politique socio-économique évitant des tensions et conflits entre le pouvoir local et central et des concurrences entre le centre et la périphérie permettrait un nouveau cadre de pouvoir avec des nouveaux acteurs, de nouvelles règles et de nouveaux enjeux avec des nouvelles stratégies élaborées. Elle devrait favoriser un nouveau contrat social national afin d’optimaliser l'effet de la dépense publique et rendre moins coûteux et plus flexible le service public. La création d'un nouvel espace public génèrerait une nouvelle opinion publique, voire une nouvelle société civile. Le débat permet l'émergence de thématiques communes, des modes de propositions communs et donc déterminerait des choix collectifs optimaux. Une centralisation à outrance, favorise un mode opératoire de gestion autoritaire des affaires publiques, une gouvernance par décrets, c’est-à-dire une gouvernance qui s’impose par la force et l'autorité loin des besoins réels des populations et produit le blocage de la société. Les expériences historiques montrent clairement que si la centralisation a été nécessaire dans une première phase, elle a atteint vite ses limites et que ce sont les pays qui ont développé des décentralisations réelles et non des déconcentrations, synchronisant gouvernance centrale et locale, qui ont le mieux réussi leur développement. Le pays le plus décentralisé au monde ce sont les Etats Unis d'Amérique, mais n'oublions pas les Landers allemands, les cantons suisses, les organisations des Etats de la Russie et de la Chine , le pouvoir le plus centralisé  actuellement étant pour les pays développés étant  France ( voir le rapport de Jacques Attali remis au président français Sarkozy sur la réforme de l'Etat insistant sur la décentralisation). Une réorganisation du pouvoir local dont la base est la commune, pour une société plus participative et citoyenne s’impose, réorganisation fonction de la revalorisation de la ressource humaine renvoyant à l'urgence de la révision du statut de la fonction publique. Après la «commune providence » du tout Etat, l’heure est au partenariat entre les différents acteurs de la vie économique et sociale, à la solidarité, à la recherche de toutes formes de synergie et à l'ingénierie territoriale. C'est dans ce contexte, que la commune doit apparaître comme un élément fédérateur de toutes les initiatives qui participent à l'amélioration du cadre de vie du citoyen, à la valorisation et au marketing d'un espace. C'est à la commune que reviendra ainsi la charge de promouvoir son espace pour l'accueil des entreprises et de l'investissement devant se constituer en centre d'apprentissage de la démocratie de proximité qui la tiendra comptable de l'accomplissement de ses missions. Actuellement les présidents d’APC ont peu de prérogatives de gestion tout étant centralisé au niveau des Walis alors qu’il y a lieu de penser un autre mode de gestion, de passer du stade de collectivités locales providences à celui de collectivités locales entreprises et citoyennes responsables de l'aménagement du développement et du marketing de son territoire.

2.-L'Algérie s'étend sur 2 380 000 km2 dont 2100 000 km2 d'espace saharien. La densité paraît faible, mais les 9/10e de la population sont concentrés sur les terres du Nord. Sa situation géographique est stratégique : en face de l'Europe, côtoyant la Tunisie, l'Atlantique Maroc/Mauritanie, la Libye, le Mali et le Niger comme point d'appui de l'Afrique sub-saharienne. Nous assistons, hélas, à des constructions anarchiques avec le manque d'homogénéisation dans le mode architectural, un taux accéléré d'urbanisation avec des bidonvilles autour des grandes villes, avec le risque de l'extension de nouvelles formes de violence à travers le banditisme et de maux sociaux comme la drogue et la prostitution. Il suffit de visiter toutes les wilayas, sans exception, pour constater des routes, des infrastructures et des ouvrages d'art qui ont coûté à la collectivité nationale plusieurs dizaines de milliards de centimes inutilisables en cas d’intempéries, des routes éventrées à l'intérieur des villes où la plupart des autorités se complaisent uniquement aux axes principaux visités par les officiels, des ordures qui s'amoncellent depuis des années à travers la majorité des quartiers périphériques, des logements que les citoyens refont, surtout les secondes œuvres avec des VRD non finies, des espaces verts qui font place à du béton, la construction d’unités dangereuses et polluantes près des villes, des sites touristiques, près des côtes, contenant plusieurs centaines de lits et qui déversent à la mer leurs déchets sans compter le manque d’eau pour l’hygiène. Cela témoigne d’actions urgentes dont la responsabilité ne concerne pas seulement un département ministériel, mais à la fois plusieurs ainsi que les collectivités locales. Cette situation peut avoir des conséquences très graves,  avec la "bidonvilisation" sur le plan sécuritaire qui a un coût.  ce fait, l'aménagement du territoire plaçant l'homme pensant et créateur au cœur du développent doit réaliser un double objectif, d’une part, une société plus équilibrée, plus participative et solidaire, d’autre part, la croissance au service de l’emploi. L’aménagement du territoire devra répondre aux besoins des populations en quelque lieu qu'elles se trouvent et assurer la mise en valeur de chaque portion de l'espace où elles sont installées. Il ne s'agira pas d'opposer le rural à l'urbain, les métropoles aux provinces, les grandes villes aux petites mais d'organiser leurs solidarités à travers des réseaux rénovés qui tiennent compte des mutations, tant internes que de l'économie mondialisée en favorisant une armature urbaine souple à travers les réseaux par la fluidité des échanges, la circulation des hommes, des biens, les infrastructures et les réseaux de communication. Cela implique une nouvelle architecture des villes, des sous-systèmes de réseaux mieux articulés, plus interdépendants bien que autonomes dans leurs décisions, évitant le gigantisme. Elle devra forcément se situer dans le cadre d'une stratégie plus globale dépassant l'espace Algérie. Cela doit inclure la protection de l'environnement, impliquant un nouveau modèle énergétique pour un développement durable qui protège les générations futures, pour éviter la destruction dans un avenir proche de notre planète, et qui avec l'eau (cet or bleu) seront l’enjeu du XXIe siècle. Cette action devra s'inscrire dans le cadre de l'espace africain, maghrébin, et euro-méditerranéen qui est l'espace naturel de l'Algérie. Aussi, si la politique méditerranéenne est une évidence, il s'agit pour les riverains sud-sahariens, ainsi qu’à nos frontières,  d'imaginer ensemble des zones tampons de prospérité et non voir ces zones sous des angles négatifs, ce qui accroît les tensions comme en témoigne cet exode massif  vers l'Europe.

3.- L’efficacité de ces mesures d'aménagement du territoire pour favoriser les activités productives, impliquent la refonte des finances locales et des taxes parafiscales sans laquelle la politique d'aménagement du territoire aurait une portée limitée devant s'appuyer sur le système de péréquation entre les régions pauvres et riches et sur une véritable décentralisation qui doit être prise en compte par les pouvoirs publics évitant l’esprit centralisateur jacobin largement dépassé. La structure qui me semble la plus appropriée pour créer ce dynamisme, ce sont les chambres de commerce régionales qui regrouperait l'Etat, les entreprises publiques/privées, les banques, les centres de formation professionnelle, et les universités/centres de recherche. L'action des chambres de commerce, lieu de concertation mais surtout d'impulsion pour la concrétisation de projets serait quadruple : a- premièrement, dynamiser les infrastructures de base et préparer des sites confiés à des agences de promotions immobilières publiques et privées ; - deuxièmement, mettre à la disposition des sociétés une main-d’œuvre qualifiée grâce à un système de formation performant et évolutif allant des ingénieurs, aux gestionnaires, aux techniciens spécialisés et ce, grâce aux pôles universitaires et des centres de recherche, évitant ce mythe d'une université par wilayas. Exemple la chambre de commerce offrira un poste pour 10 candidats en formation, les 90 % non retenus ne constituant pas une perte pour la région. L'apprentissage en dynamique est un capital humain pour de futures sociétés qui s'installèrent dans la région, une société installée payant des impôts qui couvriront largement les avances en capital de la formation avancée. Cette formation devra être adaptée pour tenir compte de la norme qualité standard, le label qualité étant exigé pour tout exportateur (y compris le Maghreb) en direction de la CEE, des USA ou de l’Asie. Ainsi, nous assisterons à une symbiose entre l'université et les entreprises. Car les sociétés ont besoin de l'accès aux chercheurs, aux laboratoires pour les tests d'expérimentation et l’université a besoin des sociétés comme support financier et surtout d'améliorer la recherche. Les étudiants vivent ainsi la dialectique entre la théorie et la pratique ; - la troisième action est de favoriser des entreprises souples reposant sur la mobilité et les initiatives individuelles. Des tests ont montré que l'initiative personnelle, pour certains produits, permet d'économiser certains équipements (donc d'avoir un amortissement moindre dans la structure des coûts) et de faire passer le processus de sept (7) minutes (420 secondes) à 45 secondes soit une économie de temps de plus de 90 % améliorant la productivité du travail de l'équipe . Ce qu'on qualifie d’équipes auto- dirigées ; d- La quatrième action, la chambre de commerce intensifient les courants d'échange à travers différentes expériences entre les régions du pays et l'extérieur et l'élaboration de tableaux de prospectifs régionaux, horizon 2020/2030. La mise à la disposition des futurs investisseurs de toutes les commodités nécessaires ainsi que des prestations de services divers (réseau commercial, loisirs) est fondamentale Cette symbiose entre ces différentes structures et certains segments de la société civile doit aboutir à des analyses prospectives fondamentales, à un tableau de bord d’orientation des futures activités de la région, afin de faciliter la venue des investisseurs. C'est que  les recherches actuelles à portées opérationnelles montrent que les institutions ont un rôle dans la société, notamment des prix Nobel de sciences économiques montrent que les institutions ont un rôle dans la société, déterminant la structure fondamentale des échanges humains, qu'elles soient politiques, sociales ou économiques, constituent un des facteurs déterminants du développement économique de long terme. Sur le plan opératoire, la version actualisée des indicateurs de gouvernance dans le monde, montre que certains pays progressent rapidement dans le domaine de la gouvernance tout en reconnaissant que les données font aussi apparaître des différences sensibles entre les pays. Les progrès sont en rapport avec les réformes dans les pays où les dirigeants politiques considèrent la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption comme des facteurs indispensables à une croissance durable et partagée. Cette politique devra s'inscrire dans le cadre de l'espace euro-méditerranéen et africain, qui est l'espace naturel de l’Algérie et pour  les riverains  d'imaginer des zones tampons de prospérité, de ne pas voir ces zones sous des angles négatifs d’assistance financière (assistanat) mais en privilégiant le co- développement. La pleine réussite de ce processus complexe éminemment politique implique de poser le rôle de l’Etat et son articulation avec le marché dans la future stratégie socio- économique ce qui renvoie au mode de gouvernance tant local qu’international où  la régionalisation économique favorisera une société plus participative et citoyenne Pour l’Algérie, il s’agit de procéder à une autre organisation institutionnelle, qui ne sera efficace que sous réserve d‘objectifs précis, loin   du juridisme étroit , ayant eu depuis l’indépendance les  meilleures lois du monde mais rarement appliquées

3.- Car le risque horion 2025/2030 avec la pression démographique galopante souvent oubliée ,  plus de 50 millions d’habitants horizon 2030 avec une demande   sociale croissante,  devant créer entre 2000/2025 plus de 350.000 emplois par an qui s ‘ajoute au taux de chômage actuel nécessitant sur plusieurs années un taux de croissance de 7/8% et avec la nouvelle reconfiguration mondiale  sur la transition  numérique et énergétique,  est que plus de 80% de la population algérienne vivent  dans des grandes villes et villes moyennes.  Avec l'impact de la crise mondiale actuelle, il faudra être réaliste et pragmatique  et dans  le cadre d’une visions stratégique , d’analyser l’impact de la baisse du taux de croissance dans  le monde avec un impact sur l’Algérie tributaire  avec les dérivées à 98% de ses recettes en devises  des hydrocarbures,  sur le taux de chômage  qui s'ajoute aux taux officiel au 31/12/2019 , en distinguant les emplois   dans les segments productifs, et les emplois rente improductifs. Cette situation n'est pas propre à l’Algérie la crise touchant tous les pays sans exception.  L'Organisation Internationale du Travail- dans son rapport de mai 2020,   prévoit  un accroissement important des inégalités tant mondiale qu'à l'intérieur des Etats, et du taux de chômage,  avec la dominance de l'informel ,  ne bénéficiant pas de protection sociale)  en Asie, Amérique latine, 80% dans certains pays d'Afrique, environ 50 % au Maghreb  Le rapport de  l'OCDE de juin 2020 qui met en relief que pour la baisse d'un point de taux de croissance, en moyenne annuelle, le taux de chômage s'accroît d’environ de 350.000 personnes, les femmes étant les plus vulnérables.  .L'OCDE distingue  les  personnes non formées qui sont touchées de plein fouet, des personnes moyennement formées et hautement qualifiées  qui peuvent selon les segments trouver du travail mais souvent en temps partiel  et pas toujours en adéquation  avec le profil de la formation et avec des rémunérations inférieures à leurs prédécesseurs.   Si  l'on prend les données pour 2019, le taux de croissance moyen étant de  2% en Algérie  et celles la banque mondiale du 08 juin 2020 –moins 6,4%  ( recul 8,4%) et celles de la banque africaine de développement  du début juillet 2020 – scénario pessimiste moins de -5,4% et modéré -4,4%, en prenant une moyenne de 5% ( recul de 7%), nous aurons un stock additionnel de chômeurs pour 2020, selon la banque mondiale de 2.940.000  et pour la BAD de 2.450.000.  Des actions qui doivent être prises en compte dans le plan de relance  en étant conscient  que l’Algérie terminera avec moins de 40 milliards de dollars de réserves de change et que le taux d'intégration entreprises publiques et privées ne dépasse pas 15% en 2020, peuvent être menées pour réduire de moitié au moins ce flux de chômeurs en Algérie   impliquant des actions urgentes de mise en place de nouveaux mécanismes de régulation économique et sociale , avec le ciblage  des catégories socio professionnelles défavorisées ,  ainsi que le soutien aux entreprises   qui s'adapteront aux nouvelles mutations donc  concurrentielles  avec la nouvelle trajectoire mondiale,fondée sur la transition numérique et énergétique.  Mais   non les entreprises structurellement déficitaires qui seront appelées forcément à disparaître dont les aides s’assimileraient à des subventions déguisées reportant les véritables solutions dans le temps.

En résumé, une Nation ne peut distribuer plus que celle qu'elle produit quitte à accélérer la dérive économique et sociale.  Il s'agit, d'opérer un nécessaire changement qui passe par une vision stratégique horizon 2020/2030, les tactiques pour paraphraser les militaires devant se mouler au sein d ‘une fonction stratégique datée (moyens/objectifs) , une approche basée sur une identification claire des missions et responsabilités et une restructuration des fonctions et des services chargés de la conduite toutes les activités politiques, administratives, financières, techniques et économiques. Cette organisation institutionnelle implique d'avoir une autre organisation tant des Ministères que des wilayas par des regroupements évitant les micros institutions, l’éparpillement des ministères et également des wilayas étant budgétivores devant être regroupées en adéquation avec ceux des ministères, ne devant jamais assimiler décentralisation et déconcentration néfaste, cette dernière,  en cas de tensions budgétaires,  rejetant les problèmes que ne peuvent pas résolu au niveau central   sur le local,  souvent sans moyens et autonomie de décisions.

ademmebtoul@gmail.com

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