La politique du gouvernement : encourager le secteur public/privé productif et non les prédateurs

La politique du gouvernement : encourager le secteur public/privé productif et non les prédateurs
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 26 Juillet 2017 | 11:30

Selon nos informations,  contrairement  aux rumeurs que veulent  colporter certains rentiers,   pour le gouvernement TEBBOUNE, dont l’action ’inscrit dans le cadre des orientations de son Excellence de Mr le Président  la république. Il   n’est pas question de revenir au socialisme de la mamelle, ni de  s’attaquer au secteur privé  productif, ni de personnaliser les problèmes   mais de s'attaquer aux prédateurs qui  portent  atteinte  à la  sécurité nationale en siphonnant la rente des hydrocarbures, propriété   de la population algérienne , via  un système financier, qui nécessite une profonde réforme,  tant privé que public  ce dernier contrôlant plus de 85% des crédits octroyés. Or, nous assistons à une véritable cacophonie. Le groupe SAP ETPHB HADDAD  vient le 26 juillet 2017, par un large tapage médiatique,  de remettre en cause  sept (7) mises en demeure dont  le total des créances  plus production  stockée  et préjudice au groupe  se chiffreraient à 11 milliards de dinars, contredisant les mises en demeure. Face aux tensions budgétaires inévitables entre 2017/2020, il y va de la crédibilité du pouvoir  d’éclairer  l’opinion nationale et internationale désemparée face à deux versions contradictoires. Car  sans moralisation, qui doit toucher tous les segments de la société , et toutes les institutions de la république, évitant les  règlements de comptes inutiles, pouvant dépenser des dizaines de milliards de dollars mais sans impacts et  devant privilégier les  intérêts de l’Algérie avant tout,  il ne peut y avoir d’avenir pour une Algérie forte et prospère avec le risque de faire fuir les investisseurs potentiels.

1.-Il y a lieu impérativement d’améliorer le climat des affaires se fondant sur une vision cohérente  de la politique socio-économique  et la transparence des décisions  se fondant sur un large dialogue économique et social. Or force est de reconnaitre que le milieu des affaires  est peu propice   aux initiatives créatrices  de valeur ajouté à l’instar  de la politique salariale qui favorise des  emplois rentes au lieu du savoir et du travail. Cela explique selon  plusieurs de nos  enquêtes  que bon nombre d’entrepreneurs  face à une concurrence déloyale ,   à laquelle ils n’étaient pas préparée,  ont des filières d’importation afin d’équilibrer  leur comptes globaux. Que l’on visite bon nombre d’anciennes zones industrielles (Est- Centre – Ouest ou la zone de Ghardaïa)   et l’on constatera  que bon nombre d’anciennes usines  se sont transformées en aire de stockage expliquant d’ailleurs le dépérissement du tissu productif où l’industrie représente à peine 5% du produit intérieur brut. La raison essentielle sont les contraintes d’environnement : bureaucratie pour  plus  de 50%, un système financier administré,, un système socio-éducatif  inadapté  et enfin l’épineux problème du foncier. A cela s’ajoute du fait  de l’ancienne  culturelle,  une méfiance  vis-à-vis du privé tant local qu’international  du fait que les  tenants de la rente ont peur de perdre des parcelles de pouvoir. Cela explique d’ailleurs  ces alliances entre la sphère bureaucratique  et certaines sphères privées spéculatives mues par des gains de court terme via la rente. Or le véritable dynamisme  de l’entreprise, qu’elle  soit publique ou privée  suppose une autonomie de décisions face aux contraintes tant internes qu’internationales évoluant au sein de la mondialisation caractérisée l’incertitude,  la turbulence  et l’urgence de prendre des décisions au temps réel. Selon les données de l'Office national des statistiques (ONS) le  nombre d'entreprises recensées sur le territoire national montre    la «prédominance» du secteur commercial et le caractère «tertiaire de l'économie nationale plus de 83% du tissu économique global.   Le tissu économique national est fortement dominé par les personnes physiques à 95% alors que les personnes morales (entreprises) représentent seulement 5%, ce résultat étant  révélateur d'une économie basée essentiellement sur des micro- entités peu initiées au management stratégique.  Les quelques cas d’entrepreneurs dynamiques sont d’ailleurs confrontés  à de nombreuses contraintes, ne peuvent  permettre à eux seuls  une dynamisation globale de la production hors hydrocarbures, nécessitant  une autre gouvernance et d’autres alliances politiques  avec les  véritables créateurs de richesses.  Car si  le secteur privé réalise 80% de la valeur ajoutée hors hydrocarbures du pays, qui ne représente d’ailleurs que 2/3% du total des exportations  contre 97/98% pour Sonatrach,  sa part dans l’investissement global est négligeable, certaines sources donnant 2/3% du total de l’investissement productif. D’une manière générale que représente le secteur privé algérien  face au chiffre d’affaires de Sonatrach qui contribue directement et indirectement via la dépense publique/via les hydrocarbures à plus de 80% du produit intérieur brut ? A cela s’ajoute le manque d’unification des organisations patronales  privées  où sans être exhaustif nous  avons la  Confédération générale des entreprises algériennes (CGEA)  la Confédération générale du patronat (CGP-BTPH), la Confédération des industriels et producteurs algériens (CIPA), la Confédération nationale du patronat algérien (CNPA, la Confédération algérienne du patronat (CAP) , le Conseil supérieur du patronat algérien (CSPA),  l'Association des femmes chefs d'entreprises (Savoir et vouloir entreprendre-SEVE), le Club des entrepreneurs et des industriels de la Mitidja (CEIMI). Quant au Forum des chefs d’entreprises (FCE), il  est   considéré comme un Think tank (laboratoire d’idées) et non comme une organisation syndicale. 

2.- Il y a lieu de souligner que les  plus grosses fortunes en Algérie ne sont pas forcément   dans la  sphère réelle mais  au niveau de la sphère informelle notamment marchande avec une intermédiation informelle à des taux d’usure. Selon Deborah Harold, enseignante américaine de sciences politiques à l’université de Philadelphie et spécialiste de l’Algérie se basant sur des données  de la banque d’Algérie,  l’économie informelle brasserait  50 % de la masse monétaire en circulation plus de quatre fois le chiffre d’affaires de  toutes les grandes entreprises du FCE  réunies.  Cette sphère contrôle au niveau de la sphère réelle 65% des segments des produits de première nécessité : fruit/légumes, marché du poisson, marché de la viande blanche/rouge et à travers des importations informels le textile/cuir,  avec une concentration du capital  au profit de quelques monopoleurs informels. Cette sphère liée à la logique rentière tisse des liens dialectiques avec des segments du pouvoir expliquant  qu’il est plus facile d’importer que de produire localement. Mais il ne faut pas se tromper de stratégie. Nous avons de nombreux entrepreneurs dynamiques  informels acquis à la logique de l’économie de marché qu’il s‘agit d’introduire dans la sphère réelle non par mesures administratives autoritaires mais par de nouveaux mécanismes économiques de régulation. D’une manière générale,  le secteur privé algérien autonome vis-à-vis des sphères du pouvoir a une  vision du développement et est pour de profondes réformes tenant  compte des mutations mondiales. Le secteur privé  dépendant, (pour l’octroi de marchés),    a une attitude contradictoire tant vis-à-vis des réformes comme celles  de grands dossiers. Comme la privatisation ( totale ou partielle des entreprises publiques existantes)  qu’il s’agit de ne pas  confondre avec la démonopolisation ( unités nouvelles  crées par le   secteur privé) avec  des  alliances contre nature avec des syndicats corporatistes, (intérêts communs  de rente) , les dossiers de   l’adhésion à l’organisation mondiale du commerce,  des Accords de libre échange avec l’Europe et  de la règle  des  49 /51% %( l’Etat algérien supportant tous les  surcouts via la  rente).  D’ailleurs on peut se poser cette question : pourquoi la majorité des projets  dans le  cadre de la  règle des 49/51%  et ne permet-elle pas  sous un faux discours nationaliste  chauviniste auquel plus personne ne croit,  de siphonner l’argent public. Le cas de certains opérateurs privés qui prennent 51% avec des partenaires étrangers avec  le risque d’encourager la corruption et le transfert illicites de devises sans apporter de valeur ajoutée. Cette règle dont aucun bilan à ce jour, peut  s’appliquer aux segments stratégiques à définir avec précision. Pour les  autres segments j’ai suggéré depuis 2010 , n’ ayant  peu les effets escomptés puisque nous avons assisté depuis 2009 au doublement de la valeur des importations.  une minorité de blocage  de 30% pour éviter les  délocalisations sauvages, Par ailleurs  le pourquoi de cet assainissement des entreprises publiques  de plus de 70 milliards de dollars  entre 1971/2016 du secteur public alors que 70% sont revenues à la  case de départ au lieu  d’une nouvelle affectation plus rationnelle au profit de nouvelles filières?  Pour sa relative autonomie (n’existant pas une autonomie totale dans l’absolu), le   rôle du secteur privé producteur de richesses a besoin d ‘être encouragé et démystifié souvent assimilé faussement à voleurs.  Ce sont des discours des tenants de la rente qui s’opposent aux réformes structurelles, seules condition pour éviter un retour au FMI 2019/2020. :Que l’on fasse une enquête et l’on verra que la presque totalité des responsables tant civiles que militaires et  de simples citoyens   ont des enfants  qui travaillent honnêtement au niveau du  secteur privé : l’essentiel étant de se conformer à la Loi et de payer ses impôts. Aussi,  Le secteur privé national productif  a besoin de plus  d’autonomie  et d’espaces de liberté, ne signifiant pas  capitalisme sauvage. L’Etat régulateur a  un rôle stratégique à jouer afin de concilier les  coûts sociaux et les coûts privés. N’oublions pas  les milliers d’entrepreneurs algériens qui réussirent à l’étranger  qui peuvent être un pont au sein des espaces euro-méditerranéens et africains,    comme centre de transfert managérial et technologique grâce à des co-partenariats et des co-localisations avec des investisseurs étrangers.

 

3.- Les tensions budgétaires seront vivaces entre 2017/2020. Je rappelle que les importations de biens, auxquels il faut ajouter les sorties de devises des services (10/11 milliards dollars/an) et de transferts légaux de capitaux (entre 4/5 milliards de dollars/an)  se sont chiffrés à quelque 60 milliards de dollars en 2016, alors que les recettes n’ont  pas  dépassé les 29 milliards de dollars, bien qu’un important effort a été fait car durant l’année 2013, les sorties de devises ayant  été supérieures à 75 milliards de dollars. Pour 2017, au vu du bilan des six premiers mois 2017, les importations de biens s’orientent vers 45/46 milliards de dollars et avec les  services et les transferts légaux  de capitaux  presque le même montant de sorties de devises qu’en 2016,   avec des recettes en devises variant entre 32/35 milliards de dollars si le cours en moyenne annuelle varie entre 50/55 dollars.  L’optimisme béat par le passé de certains responsables inconscients de la gravité de la situation socio-économique, qui risque de déstabiliser le pays à terme, n’inaugurent rien de bon,   nous faisant penser aux faux pronostics des anciens dirigeants des années 1986, pensant que des solutions monétaires et des  schémas périmés du passé , peuvent résoudre les problèmes du fonctionnement de la société.   Il faut recadrer le débat, et par un langage de vérité, s’attaquer  à l’essence et non aux apparences. Sous réserve d’une vision claire,  supposant un large débat sur le rôle de l’Etat dans le développement économique et social face à la mondialisation irréversible,  le secteur privé algérien  à coté d’un secteur public performant, loin de intérêts rentiers, face à cette conjoncture difficile, peut et doit contribuer au développement économique et social de l’Algérie. 

 

En résumé, nous assistons à une véritable cacophonie. Le groupe SAP ETPHB HADDAD  vient le 26 juillet 2017, par un large tapage médiatique,  de remettre en cause  sept (7) mises en demeure dont  le total des créances  plus production  stockée  et préjudice au groupe  se chiffreraient à 11 milliards de dinars, contredisant les mises en demeure. Or, selon nos informations, il n’est nullement question   pour le gouvernement TEBBOUNE  de  s’attaquer au secteur privé  productif  mais aux prédateurs rentiers. Ayant toujours défendu depuis des décennies  LES LIBERTES, une libéralisation  à vocation  sociale,  je considère que l’économie de marché concurrentielle, loin  de tout monopole public ou privé, à vocation sociale,  instaurée par  la nouvelle constitution, ne saurait signifier anarchie comme le montre les pays les plus libéraux comme les  USA,  mais encadrée par un Etat régulateur fort mais fort  de sa moralité.  ademmebtoul@gmail.com 

 

NB-.  Fondateur de l’Association Nationale de l’Economie de Marché ADEM ( agrément national 63/1992)  et président de cette organisation de  1992/2012, le professeur Abderrahmane MEBTOUL est docteur d'Etat en sciences économiques depuis 1974 et expert comptable de l’Institut supérieur de gestion de Lille ( France )-ancien haut fonctionnaire de l’Etat -membre de conseils scientifiques de plusieurs institutions internationales - auteur de 20 ouvrages, et de plus de 500 contributions nationales et internationales

 

 

Toute reproduction sans citer l’auteur est interdite 

Voir tous les articles de l'éclairage éco