La loi de finances complémentaire 2020, confrontée aux incertitudes de l’économie mondiale

 La loi de finances complémentaire 2020, confrontée aux incertitudes de l’économie mondiale
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 18 Mai 2020 | 13:12

L'épidémie du coronavirus a un impact sur l'économie mondiale qui connaîtra en 2020, trois chocs, un choc de l'offre avec la récession de l'économie mondiale, un choc de la demande du fait de la psychose des ménages, et un choc de liquidité avec de sondes de chocs pour 2021..  Cette crise, aura à l'avenir un impact sur toute l'architecture des relations internationales dans toutes leurs dimensions, militaire, économique, sociale et culturelle.  Dans ce cadre la loi de finances complémentaire 2020 se fonde sur un cours du marché à 35 dollars et le fiscal à 30 dollars le baril, comme référence est réaliste, mais montrant la dépendance accrue vis-à-vis de la rente des hydrocarbures dont le prix échappe à toute décision interne. Le cours du pétrole a été coté le 16 mai 2020 à 32,84 dollars (30,35 euros) le Brent et à 29,71 dollars (27,45 euros) le Wit du fait à la fois d’une légère reprise de l’économie chinoise et surtout d’une baisse des stocks américains. Il devrait  fluctuer  en moyenne annuelle,  pour 2020, selon la majorité des institutions internationales  entre 30/35 dollars , sous réserve  de la maitrise de l’épidémie du coronavirus et d’une légère reprise  en septembre 2020,  et ce après la réduction de 9,7 milliards de barils des pays OPEP/non OPEP , les prix du pétrole et du gaz étant   toujours relativement faibles , pénalisés par les incertitudes du redémarrage de l’économie mondiale notamment  américaine, européenne  et  chinoise.

1.-  Le cadrage macro-économique de la loi de finances 2020 adoptée en décembre 2019, loi a été établi sur la base d’un  baril de pétrole à 50 dollars et un prix de marché à 60 dollars, un  taux de change de 123 DA/dollar, un taux de croissance de 1,8%.   Les recettes prévues dans la loi de finances 2020  étaient de 6 289,7 milliards de dinars, dont 2200,3 milliards de dinars de fiscalité pétrolière  et  le niveau des dépenses  à raison de 4 893,4 milliards de dinars pour le budget de fonctionnement, 2 929,8 milliards de dinars de crédits de paiements et 1 619,9 milliard de dinars d’autorisations de programme destinées à de nouveaux projets ou à des réévaluations. Cette ancienne l loi de Finances 2020,  avait  réduit de 8,6% les dépenses publiques, avec un recul de 1,2% des dépenses de fonctionnement et de 18,7% des dépenses d’équipement. Ainsi,  l’ancienne loi de finances 2020 avait prévu un déficit budgétaire de 1 533,4 Mds de DA, alors que le déficit du Trésor devrait se situer à 2 435,6 Mds de dinars   et que  les réserves de change devraient clôturer à 51,6 milliards de dollars fin 2020.  Or pour  la loi de finances complémentaire 2020, étant  un projet de budget rectificatif, étant donné le retournement de situation que connaît actuellement le marché pétrolier avec une  réduction des dépenses  de 30 à 50% qui s’ajoute à celle de l’ancienne loi, comme conséquence de ces tensions budgétaires et financières  contrairement aux prévisions du FMI et de la banque mondiale, il est prévu que la   croissance économique serait négative et s’établirait à -2,63% contre 1,80% prévue dans la loi de finances initiale  avec le  prix fiscal de 50 à 30 dollars et le  prix du marché à 35 dollars.  Dans la nouvelle monture, les recettes prévisionnelles   reculent à 5.395,5 milliards DA contre 6.289,7 milliards de dinars dans la LF initiale dont 1.394,7 milliards DA de fiscalité pétrolière et 4.001,1 milliards dinars  de fiscalité ordinaire. Les dépenses du budget ont été revues à la baisse de près de 6% passant ainsi à 7.372,7 milliards dinars  contre 7.823,1 milliards dinars dans la LF initiale dont 4.752,4 milliards dinars  pour les dépenses de fonctionnement et 2.620,3 milliards dinars  pour les dépenses d'équipement.  Les dépenses de fonctionnement baissent (en dehors des salaires et transferts sociaux) de 141 milliards de dinars (près de -3%) par rapport à la loi de finances préliminaire de 2020, en raison de la baisse de 150 milliards de dinars des dépenses courantes, contre une hausse de 9 milliards de dinars destinés à couvrir la hausse du Salaire national minimum garanti (SNMG).  Les dépenses d’équipement ont été réduites de 309 milliards de dinars (-10,5 %) pour passer à 2.620,3 milliards de dinars, contre 2.929,7 milliards de dinars dans la loi préliminaire.  Toujours  dans le cadre des restrictions, il est prévu une  baisse de la valeur courante des importations de marchandises de 4,7 milliards de dollars, pour atteindre 33,5 milliards de dollars, plus  la baisse de la valeur courante des services de 2,3 milliards de dollars qui ont fluctué entre 2010/2019 entre 9/11 milliards de dollars par an ( appel aux compétences étrangères. Mais le fait le plus important est la baisse des exportations d’hydrocarbures à 17,7 milliards de dollars, contre 35, 2 milliards de dollars prévus dans l’ancienne loi de finances. Le déficit budgétaire devrait atteindre -1.976,9 milliards de dinars, soit -10,4% du Produit intérieur brut (PIB)(contre -1.533,4 milliards de dinars, soit -7, 2% du PIB dans la loi préliminaire). la  balance des paiements enregistrant  un solde négatif de -18,8 milliards de dollars, contre 8,5 milliards de dollars dans la loi de finances préliminaire, alors que   niveau des réserves de change devrait reculer plus fortement que prévu d’ici à la fin 2020 pour atteindre 44,2 milliards  de dollars contre une prévision initiale de 51,6 milliards  de dollars.   En ce qui concerne la relance économique,  il est prévu  l’exonération des taxes douanières et de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour une durée de deux ans renouvelables pour les composants acquis localement par les sous-traitants dans le secteur des industries mécanique, électrique et électronique et les pièces de rechange,  la création d’un régime préférentiel pour les activités de montage et l’annulation du régime préférentiel pour l’importation des lots SKD/CKD pour le montage de véhicules et autorisation   d’importer de véhicules touristiques neufs par les concessionnaires automobile, l’encouragement de la création et du développement des start-up, par la modification de l’article 69 de la loi de finances pour 2020,  une exonération temporaire de trois années en matière d’IFU, d’IRG, d’IBS, de TAP et de TVA sur les équipements acquis au titre de la réalisation des projets d’investissement..  Concernant l’investissement étranger, il est prévu la révision à la hausse du taux de prélèvement à la source pour les sociétés étrangères exerçant dans le cadre de contrats de prestation de services en Algérie, de 24% à 30% pour les encourager à ouvrir des bureaux en Algérie., la suppression de la règle de répartition du capital social 49-51%, l’exclusion des activités d’achat revente de produits et celles revêtant un caractère stratégique, et l’abrogation des articles 46 de la LFC 2010 et 30 et 31 de la loi n° 16-09 relatifs à la promotion de l’investissement, prévoyant le droit de préemption de l’Etat sur toutes les cessions d’actions ou de parts sociales réalisées par ou au profit d’étrangers, l’abrogation de l’article 16 de la loi de finances pour 2016 portant obligation de financement des investissements étrangers par recours aux financements locaux,. Parmi les mesures sociales,   le projet de loi de finances complémentaire prévoit  la reconduction jusqu’en 2025 de l’abattement de 50% en matière d’IRG et d’IBS au profit des revenus réalisés dans les régions du Sud, l’exonération totale de l’IRG pour les revenus n’excédant pas 30.000 DA par mois applicable à compter du 1er juin 2020, la révision du seuil du SNMG qui passe de 18.000 à 20.000 DA au bénéfice des bas revenus  prenant  effet à compter du 1er juin 2020.   Mais une Loi  n’est qu’une Loi , n’étant pas une question juridique mais de pratiques sur  le terrain , l'attrait de l 'investissement  qu'il soit étranger ou national repose principalement sur 6 facteurs :

-sur une visibilité dans la démarché socio-économique à moyen et long terme, supposant une planification stratégique, évitant  des décisions au gré de la conjoncture, 

-  sur la bonne gouvernance , de profondes réformes structurelles,  la corruption détournant les  investisseurs créateur de valeur ajoutée,

-  sur la levée des obstacles bureaucratiques  centraux et locaux qui constituent le facteur essentiel du blocage, trop de procédures  alors que l’investisseur agit en temps réel existant des opportunités à travers  le monde et pas  seulement en Algérie

- ,  sur la réforme du système financier lieu de distribution de la rente qui n'a pas fait sa mu   depuis l'indépendance politique car enjeu énorme du pouvoir se limitant à des aspects organisationnels techniques,

-  -sur la reforme dus système socio éducatif fondé sur les nouvelles  technologies , avoir une main d 'œuvre  non qualifiée à bon marché n'étant plus d'actualité avec l'avènement de la quatrième révolution économique mondiale fondée sur l'économie de la connaissance

-l’efficacité  des start-up, malgré des compétences  sera limitée sans une base économique et des institutions efficientes adaptées au digital et à l’intelligence économique, risquant de renouveler les résultats mitigés, malgré de nombreux avantages,  de tous ces organismes de l’emploi des jeunes, 

-sur l'épineux problème du foncier  car  actuellement le mètre carré est trop cher et souvent les  autorités attribuent souvent  du terrain sans viabilisation  et utilités : routes,  téléphone , gaz, électricité et enfin , éviter des changements périodes de cadres juridiques.

Il est reconnu après les scandales financiers que la  règle des 49/51% , a eu  un impact néfaste permettant à certaines  oligarchies proches du pouvoir d'avoir une rente sans  apporter une valeur ajoutée, mais devant définir clairement  ce qui est stratégique et ce qui ne l'est pas  idem, pour le droit  de préemption qui peut décourager tout investisseur sans compter les nombreux cas de litiges au niveau des tribunaux internationaux qui ne donnent pas  une  bonne  image pour l'Algérie.  Cependant, j’attire l’attention du gouvernement que les recettes néo-keynésiennes de relance de la demande globale ne s’appliquent pas à l’Algérie qui ne souffre pas de rigidités conjoncturelles ,devant comparer le comparable comme l’économie vénézuélienne  et non  les USA et l’Europe reposant sur une économie productive, alors que  l’ économie algérienne a pour fondement  la rente des hydrocarbures avec un déclin de l’appareil productif hors rente, excepté certains segments de  l’agriculture.   Une Nation ne pouvant  distribuer plus que ce qu’elle produit,  donc  attention à la dérive salariale que certains experts proposent qui ne peut que conduire à la dérive inflationniste qui pénalisera les couches les plus défavorisées. La cohésion sociale passe par des subventions ciblées au profit des couches les plus démunies et non  distribuer des revenus sans contreparties productives qui constitue un suicide collectif 

2..-  Pour l'Algérie fortement connectée à l'économie mondiale à travers sa rente d'hydrocarbures qui lui procure directement et indirectement 98% de ses ressources en devises, est fortement impactée par cette crise où le cours du pétrole  fonction du retour de la croissance de l’économie mondiale , loin  de certains discours euphoriques, fluctuera en moyenne annuelle entre 30/35 dollars, en n’oubliant pas la perte des parts de marché pour le gaz  où la  baisse des prix en référence à 2010 est de plus de 60%, procurant  33% des recettes à Sonatrach, ce qui donnerait des réserves de change certainement moins  de 40 milliards de dollars fin 2020, sauf miracle d’un cours supérieur à 45/50 dollars,  avec une importation de biens et services  d’environ 35 milliards de dollars  qui est le montant  incompressible , se répercutant sur l’appareil productif dont 85% des entreprises privées et  publiques fonctionnent avec des matières premières importées.  En plus il s’agira de quantifier le manque à gagner de la réduction de production de l’Algérie variant entre 240.000 et 145.000  barils/j sur une production totale ne dépassant pas 1 million de baril jour en forte baisse depuis 2010.   Comment ne pas rappeler  que  l’Algérie a engrangé plus de 1000 milliards de dollars en devises dont 98% avec les  dérivées  proviennent de Sonatrach et a importé en biens et services plus de 935 milliards de dollars entre 2000/02019 avec un taux de croissance dérisoire ( entre 2/3%, mauvaise gestion et corruption) mais cette  manne pétrolière a permis à l’Algérie d’effacer une énorme dette  extérieure  qui représente actuellement moins de 5% du PIB. Mais ce modèle a atteint ses limites comme par le passé, devant imaginer un nouveau modèle de développement , éviter de reproduire les schémas du passé  comme  le schéma directeur "des industries industrialisantes" des années 70 qui est mort, étant bien placé puisque ayant été directeur d’Etudes au Ministère de l’Industrie et de l’Energie entre 1974/1979. Il en est également du  schéma directeur de la production en substitution aux importations qui est frappé de désuétude, s’orientant vers un nouveau modèle de croissance mondial avec la quatrième révolution économique est irréversible entre 2020/2030 La crise mondiale actuelle n'est pas la seule explication de la léthargie de l’appareil productif algérien, 07% de croissance du PB en 2019, selon le FMI, 0,8% selon le gouvernement , avec une prévision négative moins de 5% pour 2020,selon le FMI donc loin des prévisions du gouvernement, le secteur industriel représentant moins de 6% du PIB avec la dominance du commerce-services –administration peu performants. Les prévisions de la banque mondiale  tablent sur une contraction de 3% du PIB en 2020 suite à la chute des investissements publics, qui représentent 44% de la totalité des investissements, les efforts visant à stimuler l’investissement privé, comme l’abrogation de la règle 51/49 pour les secteurs non stratégiques, étant entravés par des incertitudes nationales et mondiales De ce fait le taux de chômage devrait s’accroitre en raison de la cessation d’activité de plusieurs entreprises, notamment dans le secteur du BTPH et la rupture des approvisionnements en provenance de Chine et d’Europe en raison de l’épidémie de Covid-19, qui représentent plus de 80 % des importations algériennes, pourrait entraîner une hausse les prix des importations, notamment dans le domaine céréalier dont l’Algérie est un grand importateur au niveau mondial. Les recettes devant être au  divisé par plus de   deux par rapport à 2019 qui ont été de 34 milliards de dollars , montant auquel il faudra soustraire les couts d'exploitation et la réduction de son  quota  entre 240.000 et  145.000 barils/jour, le gaz n’étant pas touché par cette réduction mais assistant à une nette baisse de ses exportations en raison de la crise (- baisse  des prix sur le marché international de plus de 60% avec un stockage excédentaire)  et de la forte concurrence, USA, Qatar, Russie ,  MEDGAZ et TRANSMED fonctionnant à peine à 50% de leurs capacités.  De toute manière , la situation est complexe  nécessitant des arbitrages douloureux  et cela  a un impact négatif sur le taux de chômage, ,en raison du ralentissement du taux de croissance, dominée par l'impact de la dépense publique via la rente Sonatrach, avant la crise, prévoyait  12% de taux de chômage  en 2020  , et l'estimant dans son dernier rapport  d'avril   à 15, 5% pour 2020 , les prévisions pour 2021 étant inchangées  à 13,5% et ce sous réserve, autant pour le PIB  de profondes réformes  , ce taux ne tenant pas compte des emplois rente, faire et refaire les trottoirs et des sureffectifs dans l'administration . La sphère informelle  contrôle  selon la banque d'Algérie plus de 33% de la masse monétaire en circulation,  plus de 40/45% de l'emploi concentré dans le commerce, les services ,  les saisonniers dans l'agriculture, et plus de 50% de la valeur ajoutée hoirs hydrocarbures. A cela s'ajoute, selon certaines organisations patronales qui évoquent entre  1,5 /1,7 millions de pertes d'emplois dans la sphère réelle Et  sur environ 12,5 millions de la population active sur plus de 43,9 millions d'habitants au 01 janvier 2020,  environ 40/45% de la population active,  environ  5/6 millions dans la sphère informelle,  sont  sans protection sociale rendant difficile leurs prises en charge  Ils  sont  sans revenus pour bon nombre qui ont cessé leurs activités, sans   compter que bon nombres de  ménages vivent dans deux trois pièces plus de 5/8 personnes avec des impacts psychologiques avec le confinement. Et l'on devra prendre en compte, à l'avenir  la réforme du  système des retraites qui sera le grand défi des années à venir ;  le vieillissement de la population, où la  moyenne d'âge des deux sexes selon le rapport de l'ONU, 2018, est à  environ 78 ans de durée de vie.  La pression démographique souvent oublié est une véritable bombe à retardement.  Comment dès lors,   avec un taux  de croissance réel  inférieur au taux de croissance démographique  créer entre 350.000/400.000 empois par an entre 2020/2025, ( encore que le taux de chômage officiel  sous-estime la demande d'emplois féminins )  qui s'ajoutent au taux de chômage actuel nécessitant un taux de croissance de 8/9% par an  pour éviter de vives tensions sociales.   L'Algérie doit donc se préparer à de nombreux défis, avec les tensions internes inévitables sur les réserves de change (moins de 40 milliards de dollars fin 2020)  et budgétaires entre 2020/2022.

3.-Tout pouvoir ne doit pas regarder seulement vers le passé, devant certes faire un bilan sans complaisance pour éviter les erreurs du passé,   et  préparer l’avenir des générations futures  . Il faut dorénavant miser sur l’investissement immatériel qui manque cruellement au pays. Et sans cet investissement, l’Algérie peut investir autant de milliards de dollars sans connaître de développement voire régresser.  Il s’agit de réunir les conditions pour attirer les meilleurs cadres de la nation pour transformer notre diplomatie, notre administration et notre économie en moteur du développement, la bureaucratisation de ces structures, étant le premier obstacle à l’épanouissement des énergies créatrices. La formation continue doit être généralisée à tous les niveaux et l’ordre de mérite devenir le levier de la promotion sociale. Les expériences historiques montrent clairement que les richesses naturelles n’ont pas d’effet direct sur le niveau de développement et que l’on construit une société développée d’abord sur les valeurs morales. L’Algérie doit impérativement recomposer ses valeurs et ses principes pour reconstruire une société moderne et ouverte à la culture et au développement économique, technique et social autour d’un projet de société qui donne espoir à une jeunesse désabusée. D’où l’importance d’une gouvernance centrale et locale rénovée fondé sur un système participatif et qui appelle aux compétences algériennes locales et celles établies à l’étranger. C’est ainsi que l’on donnera aux Algériens l’envie de construire ensemble leur pays et d’y vivre dignement et harmonieusement, de rétablir la confiance entre les citoyens et les institutions de la république, de préserver les libertés individuelles et consolider la cohésion sociale à laquelle je suis profondément attachée.   J’ose imaginer une Algérie où les nouvelles générations vivront confiantes et heureuses dans leur pays et où nous assisterons non pas un retour de la majorité  des  cadres expatriés, il ne faut pas  être utopique,   mais les associer au redressement national et ils sont disponibles. Pour cela, l’Algérie doit impérativement élaborer une stratégie d’adaptation avec réalisme qui sera l’œuvre des acteurs économiques, politiques et sociaux, tenant compte de la nouvelle transformation du monde, loin de l’ancienne vision bureaucratique, évitant de croire que des lois et des nouvelles organisations déconnectés des réalités locales et internationales sont la solution miracle alors qu’il s’agit de s’attaquer au fonctionnement de la société.  Le grand problème pour l’Algérie est de s’adapter au grand défi  qui attendent le monde, où après l’épidémie du coronavirus le monde ne sera plus jamais comme avant avec de profondes mutations géostratégiques, sociales, culturelles et économiques. L’Algérie doit construire  si elle veut éviter  sa  marginalisation   une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales dont son escape naturel est l’espace méditerranéen et africain. . Depuis des décennies tous les pouvoirs ont eu pour objectif l’après hydrocarbures. Or avec la forte consommation intérieure l’épuisement pour l’Algérie est dans moins de 10/15 ans, devant éviter de vivre éternellement sur l’illusion de la rente éternelle. D’où l’importance d’un nouveau modèle de consommation énergétique devant éviter l’erreur de fonder la stratégie sur un modèle de consommation énergétique linéaire Mais après  58 ans  d’indépendance politique , l’économie algérienne repose sur la rente des hydrocarbures, faute de vision stratégique d’adaptation au nouveau monde, du fait de rigidités culturelles et politiques des tenants de la rente. Ces derniers qui propagent un discours soit disant nationaliste, voient l’ennemi extérieur partout, discours populistes d’une autre époque, auquel aucun Algérien ne croit. Il s’agit de mobiliser toutes les forces de la Nation pour débattre des questions d’actualité qui sont souvent éludées dans les débats et les programmes politiques et je ne puis cacher ma grande inquiétude pour notre pays si nous n’entreprenons pas immédiatement des réformes structurelles permettant un ré-Engineering profond de l’Algérie durant les 10-15 prochaines années. Je suis convaincu que la bonne gouvernance devra accompagner les changements sans précipitation, en associant des Algériens de diverses sensibilités et compétences, y compris les non-résidents. L’Algérie sera sauvée par le génie des Algériens et tant qu’on n’adhérera pas à ce principe de base nous vivrons une errance économique et politique avec le risque d’un statu- quo qui risque de conduire droit le pays au FMI fin 2021 début 2022 avec l’épuisement inéluctable des réserves de change. Evitons tant la sinistrose que l’autosatisfaction. Tout pouvoir devra accepter les critiques productives, personne n’ayant le monopole du nationalisme, et donc être attentif aux propositions de toutes les composantes de la société.

En résumé, il faut être réaliste, avec moins de 40 milliards de dollars de réserves de change fin 2020, le risque est l’épuisement des réserves de change fin 2021 ,le premier semestre 2022 supposant une mobilisation générale, plus de rigueur budgétaire  et  une profonde refonte politique reposant sur la moralisation tant des dirigeants que de la société. Car,  l’Algérie dispose de compétences suffisantes localement et à l’étranger pour s’en sortir à condition d’un retour à la confiance  Etat-citoyens, évitant les discours démagogiques,   de développer une stratégie économique basée sur nos capacités propres, d’opérer les choix judicieux avec nos partenaires étrangers et enfin d’utiliser nos richesses pour un développement durable. Se mentir les uns les autres ou se cacher la réalité nous entraînera irrésistiblement vers d’autres épreuves tragiques qu’aucun algérien patriote ne souhaite. En économie le temps ne se rattrape jamais. Toute Nation qui n’avance pas, en ce monde turbulent et instable en perpétuel mouvement recule et le temps presse pour redresser le bateau Algérie et l’éloigner de la zone de tempête que certains experts occidentaux lui prédisent. Pour cela, nous devons procéder sans complaisance à un examen très lucide de la situation pour mieux réagir dans plusieurs segments de la vie économique et sociale tels: éducation-formation, santé, stratégie industrielle , modernisation de l’agriculture, culture financière des acteurs économiques, efficacité de l’administration, relance et croissance des entreprises, réduction des déséquilibres régionaux et inégalités sociales, formation civique et politique de la jeunesse et tant d’autres domaines. Je crois fermement que le peuple algérien a d’énormes ressources en lui-même et sera capable de réagir à l’instar d’autres peuples qui ont su conjuguer la modernité, l’émancipation par le travail et ce grâce à un changement radical de la gouvernance. 

ademmebtoul@gmail.com

Références sur la crise mondiale

Toutes nos contributions  2014/2020 disponibles sur le site www.algerie1.com

Au niveau international

AfricaPresse paris 09 mai  2020

-Pr Abderrahmane Mebtoul «  les solutions pour l’Algérie face à la crise mondiale »

American  Herald Tribune  - 28 décembre 2016- (Prof. Abderrahmane Mebtoul:  « Any Destabilization of Algeria would have Geo-strategic Repercussions on all the Mediterranean and African Space »

–« Dr. Abderrahmane Mebtoul: “Algeria Still Faces Significant Challengesé- 11 aout 2018 

- « Prof. Abderrahmane Mebtoul: We Have Witnessed a Veritable Planetary Hecatomb and the World Will Never be the Same Again »23 avril 2020  et AfricaPresse-Paris le 05 mai 2020 ; site Arabi21 14 mai 2020) .

Dossier élaboré par American Herald Tribune : impact de l’épidémie coronavirus sur le sanitaire, le social  et l’économique   entre le 05 -15 mai 2020 : y ont contribué 

Pr   ABDERRAHMANE  MEBTOUL    « The World's Deep Geostrategic Changes After the Coronavirus » Pr Mebtoul  is a State Doctor in Economics and a member of several interna-tional organizations. He's a Professor at the Universities. He is the author of 20 books on interna-tional relations and the Algerian economy and more than 700 national and international - DR BINOY KAMPMARK « The Mouse Roars: Australia, China and a Coronavirus Independent Inquiry » Dr. Binoy Kampmark was a Commonwealth Scholar at Selwyn College, Cambridge.  He lectures at RMIT University, Melbourne  -DR DAVID WILLIAM PEAR « COVID-19 Lockdown Is Liberalism Last Hurrah » David is a progressive columnist writing on economic, political and social issues. His articles have been published by The Greanville Post, The Real News Network, Truth Out, Consortium News, OpEdNews, Pravda, Russia Insider and many other publications    -PROF. ANTHONY HALL « A Breakdown of Academic Integrity at Universities, 9/11 to COVID-19 »  Professor Anthony James Hall has been Editor In Chief of the American Herald Tribune since its inception. Between 1990 and 2018 Dr. Hall was Professor of Globalization Studies and Liberal Education at the University of Lethbridge where he is now Professor Emeritus.

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