L’Algérie peut démentir, par une nouvelle gouvernance, les sombres prévisions externes sur son avenir

L’Algérie peut démentir, par une nouvelle gouvernance, les sombres prévisions externes sur son avenir
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 16 Juillet 2018 | 15:40

La situation sécuritaire,  politique et socio-économique, notamment  suite à l’affaire récente  de la cocaïne , les services secrets étrangers notamment US, selon certains médias américains et européens , prenant au sérieux cette affaire qui a pris une dimension internationale, les tensions géostratégiques au niveau de la région ,  la chute des prix du pétrole, avec la baisse drastique des réserves de change,  suscite à l’extérieur des analyses prévoyant de sombres scénarios sur l’avenir de l’Algérie 2018/2022. Pourtant, en ce mois de juillet 2018, l’Algérie n’est pas au bord de l’effondrement contrairement aux vues de sinistrose. Mais il faut  être réaliste et ne pas verser dans la démagogie. La situation pourrait prendre une autre dimension et s’aggraver sans un changement sérieux dans le système de gouvernance s'adaptant tant aux nouvelles mutations  internes et mondiales.

1.-L’Algérie n’est pas au bord de l’effondrement, elle a un problème de gouvernance

L’Algérie n’est pas au bord de l’effondrement économique contrairement aux affirmations de certains.  Pour un économiste français largement médiatisé, dans une contribution au point.fr (début 2016), les années 2018/2020 pourraient marquer le début du délitement de l’Etat algérien à la fois politique et économique et met en garde le gouvernement français à ce que des milliers d’Algériens débarquent en France.   Privilégions les intérêts supérieurs de l’Algérie, l’efficacité couplée avec une profonde justice sociale et non la distribution de postes de ministres s’assimilant à des récompenses au moyen de la distribution de rente. Un ministre est avant tout responsable de la politique générale de son ministère, et selon la déontologie politique, il est responsable de toute action de ses collaborateurs, positive ou négative. Force est de constater une confusion des rôles, personne ne se sentant responsable, certains ignorant ou faisant semblant d’ignorer le fonctionnement de leur secteur. Et en cas de mauvaise gestion ou de scandales financiers relatés par la presse (renvoyant à une justice indépendante), ils font retomber toute la responsabilité sur leurs collaborateurs, expliquant d’ailleurs la démotivation de la majorité des cadres. Or, la responsabilité est collective. Combien d’expériences montrent qu’un gouvernement n’est pas fait pour être obligatoirement populaire. Il doit avoir une vision stratégique d’optimalisation de la fonction objective stratégique horizon 2020/2030 avec la nouvelle révolution économique qui s ‘annonce avec d’importants bouleversements géostratégiques, afin de réaliser la transition d’une économie totalement rentière à une production et exportation hors hydrocarbures de segments productifs au sein des valeurs internationales.  Certes, on doit concilier efficacité économique et une profonde justice sociale, mais sans populisme, une nation ne partageant en principe que ce qui a été préalablement produit, la rente des hydrocarbures donnant des taux de croissance, de chômage et d’inflation biaisés.

 2.- Pour un gouvernement moral de crise

 Il y a urgence de grands départements au niveau de la Présidence de la république traçant les axes stratégiques, ainsi que le regroupement de ministères avec des secrétariats d’Etat techniques, deux ministères devant impulser les réformes, supposant un grand ministère de l’éducation nationale et un grand ministère de l’économie.  Afin de rapprocher l’Etat du citoyen, il s’agit de s’orienter vers une nouvelle organisation locale autour de pôles régionaux autour de quatre ou cinq grandes wilayas avec des wilayas délégués, ces derniers devant être un manager et non un administratif. Une centralisation à outrance, favorise un mode opératoire de gestion autoritaire des affaires publiques, une gouvernance par décrets, c’est-à-dire une gouvernance qui s’impose par la force et l’autorité loin des besoins réels des populations et produit le blocage de la société.  L’aménagement du territoire devra répondre aux besoins des populations en quelque lieu qu’elles se trouvent et assurer la mise en valeur de chaque portion de l’espace où elles sont installées. Je pense que la structure la plus appropriée pour le dynamisme tant du développement national que local, ce sont les Chambres de commerce régionales qui regrouperaient l’Etat, les entreprises publiques/privées, les banques, les centres de formation professionnelle, et les universités/centres de recherche.

 3.-Pression démographique et baisse des réserves de change

La population algérienne a évoluée ainsi :  1950   8,87 millions d’habitants - 1960 11,27, - 1970 14,69, -1980 19,47,  -1990 26,24,  -2010 à 37,06  -au 1er janvier 2016 , 40,61 -au 1er janvier 2017, 41,3 -au 1er janvier 2018, 42,4 millions d’habitants  et selon les extrapolations de l’ONS environ   51,026 millions 2030 et plus de 70 millions horizon 2050..  L’on devra  créer 350.000/400.000 emplois productifs  par  an avec un  taux  de croissance réel de 9/10% sur plusieurs années pour éviter de vives tensions sociales. Or, le  blocage  de l’investissement en Algérie  ne réside pas   en des changements de lois ou  d’élaboration de stratégies utopiques,  vision bureaucratique, comme on ne combat la sphère informelle  par des  mesures administratives autoritaires, mais en s’attaquant au fonctionnement de la société, devant nous orienter  vers une société participative et citoyenne., D’où l’urgence d’un discours de vérité car les  réserves de change    ont évolué ainsi : 162,2 milliards de dollars en 2010, 182 en 2011, 190 en 2012, 194 en 2013, 180 en 2014, 144 en 2015, 114 en 2016.et  96 milliards de dollars (hors DTS) fin 2017 et hors réserves d’or, l’Algérie possédant 173 tonnes d’une valeur, au cours de l’once actuel, d’environ 7 milliards de dollars et allant vers 85/87 milliards de dollars  fin 2018 avec le risque d’épuisement 2021/2022, Selon  le Fonds monétaire international (FMI) , l’Algérie avait besoin d'un baril à 87,6 USD pour atteindre son équilibre budgétaire en 2016 contre 60 dollars en 2007 , 80 dollars en 2009, 125 dollars en 2010 140 dollars en 2012,  110 dollars/baril en 2015, Pour 2017,  dans le cadre de la Loi de finance 2017, le  niveau est proche de 75 dollars sur la base des dépenses  et du déficit clôturé. Pour 2018, le projet de la Loi de finances complémentaire de 2018, approuvé le  5 juin 2018 , par le Conseil des ministres prévoit une enveloppe de 500 milliards dinars  supplémentaire ( environ 4,4 milliards de dollars) en autorisations de programme, permettant  de relancer une série de projets, notamment sociaux, gelés ces dernières années du fait de la tension financière sur le budget de l’État qui seront financées en concours temporaires par le Fonds national d’investissement et la planche à billets avec des risques inflationnistes. Aussi, au vu de la dépense publique actuelle, des dépenses improductives, des subventions généralisées sans ciblage,  des surcouts et une mauvaise gestion pour ne pas dire corruption, il faut un baril dépassant les 100 dollars, pour ne pas puiser les réserves de change  et éventuellement les augmenter, Mais avec  grande rigueur budgétaire, une meilleure gouvernance, un changement de cap de la politique économique actuelle, avec un baril entre 60/70 dollars , l’Algérie peut sens sortir, possédant   des atouts. L’endettement est faible, 20% du PIB, la dette extérieure 2,5% du PIB

4.-Eviter le scénario dramatique de 1986 et le rééchelonnement de 1994 horizon 2021/2022

 Afin de démentir les sombres prévisions internationales, qui   prévoient un scénario inquiétant pour l’Algérie horizon 2018/2020 et d’éviter le scénario dramatique des impacts de 1986, comme je l’ai suggéré devant le premier ministre et les membres du gouvernement le 04 novembre 2014, qui alors vivaient de l’illusion de la rente éternelle, il y a urgence d’un gouvernement de crise. La pleine réussite des réformes, processus complexe éminemment politique, implique de dépasser les positons partisanes étroites et de poser le rôle de l’Etat régulateur stratégique et son articulation avec le marché ce qui renvoie au mode de gouvernance tant local que national interconnectés aux turbulences de l’économie mondiale, l’Algérie étant un mono- exportateur d’hydrocarbures.  L’Algérie doit s’adapter aux enjeux de la mondialisation, l’espace euro-méditerranéen et africain étant son espace naturel, surtout que la crise mondiale actuelle préfigure d’un bouleversement géostratégique et économique important.  Cette adaptation est inséparable d’un Etat de droit et de la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle, de l’économie de marché concurrentielle humanisée, loin de tout monopole, du respect du droit de l’homme, de la promotion de la condition féminine.  Il est admis tant par les observateurs internationaux que nationaux sérieux que le développement de l’Algérie est possible sous réserve d’une bonne gouvernance et d’une réorientation de l’actuelle politique socio-économique axée essentiellement sur les infrastructures alors que la dynamique du développement repose sur des institutions centrales et locales crédibles, débureaucratisées, l’entreprise et son fondement l’économie de la connaissanceCar que constate t- on actuellement : les Ministres,  les walis ou hauts responsables reçoivent avec éclat sur le perron  certains promoteurs privés nationaux vivant du transfert de la rente,  alors qu’un grand chercheur ou professeur d’université de renom dans les pays développés est beaucoup plus important. Lorsqu’un Ministre algérien  ou un wali ou d’importants responsables civils ou militaires  recevront  avec considération  de grands chercheurs des sciences exactes aux sciences humaines algériens  et lui déplieront  le tapis rouge , nous aurons assisté à un changement culturel de la mentalité rentière et  cela suscitera l’espoir pour l’Algérie de demain  Ignorer cette situation afin de garder son poste de ministre par des bilans déconnectés des réalités c’est faire preuve d’antinationalisme, d’un “après moi le déluge”. Le temps en économie ne se rattrape jamais.  Nous devons éviter l’activisme et des discours contradictoires entre plusieurs membres du gouvernement et mobiliser toutes les algériennes et algériens sans exclusive. La visibilité et la cohérence au sein d’une planification stratégique face tant aux nouvelles mutations locales et mondiales devient un impératif un gouvernement, qui doit être avant tout moral, sortie de crise afin de démentir les scénarios catastrophes. Contrairement à certaines discours déconnectés des réalités locales et internationales, la situation est grave et une réaction à la mesure de la gravité de la situation est urgente L’immobilisme et l’activisme ministériel sans impacts donneraient alors raison à ceux qui espèrent la désintégration de l’Algérie, ce qu’aucun patriote algérien ne souhaite.

5.- Pour un le dialogue productif  et un  sacrifice partagé afin de garantir la cohésion sociale

Sans verser dans la sinistrose, l’on ne devra pas oublier la réalité amère avec à la fois un cours du pétrole relativement bas et l’arrivée des terroristes de Syrie et d’Irak à nos frontières, sans oublier les tensions à nos fonctières Mali, Niger, Tunisie et  Libye. L’heure est au réalisme afin d‘éviter l’expérience malheureuse vénézuélienne, la plus grande réserve pétrolière mondiale, un pays à fortes potentialités que j’ai eu l’honneur de visiter, mais un pays en faillite.  D’où l’importance comme je l’ai suggéré devant le premier ministre et les membres du gouvernement le 04 novembre 2014, dont certains alors vivaient de l’illusion de la rente éternelle, à la fois d’un renouveau culturel et d’un gouvernement de crise, composé de femmes et d’hommes compétents, ayant une grande moralité pour mobiliser la population, car les années charnières seront entre 2018/2020. J’invite le pouvoir algérien et l’opposition d’oublier leurs différends afin de démentir les sombres scénarios, qu’il y a lieu de ne pas prendre à la légère, pour ne pas aller droit au FMI horizon 2021/2022. En cette nouvelle année 2018, je souhaite à notre chère patrie la sécurité et le développement et face aux tensions budgétaires à venir un sacrifice partagé. Gloire à nos valeureux martyrs qui ont montré une moralité sans faille, faisant passer les intérêts supérieurs de l’Algérie sur les intérêts partisans étroits, et qui nous ont permis de vivre dans une Algérie libre. Gloire à notre armée et forces de sécurité pour l’important travail réalisé en ces moments de tensions stratégiques à nos frontières. Il y a un lien dialectique entre sécurité et développement, un non développement accroissant l’insécurité et les tensions sociales qui ont un coût.  Je suis convaincu que l’Algérie, a toutes les potentialités pour surpasser la crise multidimensionnelle à laquelle elle est confrontée. Cela doit passer par de nouveaux modes de régulation politiques, économiques et sociales, fondés sur un Etat de Droit d’autant que notre monde connait une crise morale qui implique une profonde mutation des   relations internationales pour un univers plus solidaire, fondée sur une meilleure gouvernance locale et mondiale. Pour relever les défis futurs, se projeter sur l’avenir, loin de tout populisme dévastateur, par un langage de vérité des gouvernants.  L’Algérie  a besoin d’un retour à la CONFIANCE pour sécuriser son  avenir,  de s’éloigner  des aléas de la mentalité rentière,  de réhabiliter le travail et l’intelligence , de rassembler tous ses enfants  et   toutes  les forces  politiques, économiques et sociales, évitant la division sur des sujets secondaires,  d’apprendre à respecter  nos différentes sensibilités et donc  les opinions d’autrui, par la culture de la tolérance.    C’est ainsi que l’Algérie éternelle peut  réaliser, le serment   du 01 novembre 1954, un développement durable conciliant efficacité économique et une profonde justice sociale à laquelle je suis profondément attachée. Il y va de la sécurité nationale. ademmebtoul@gmail.com

NB Sur les mutations géostratégiques  militaires, politiques sociales et économiques au niveau de la Méditerranéee, du  Maghreb et du Sahel  

Voir l’ouvrage collectif sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul et du docteur Camille Sari auxquels ont contribué 36 experts européens et magrébins  ( algériens-tunisiens-marocains-mauritaniens- Libyens ( officiers- politologues, juristes, historiens  sociologues-économistes ) « le Maghreb face aux enjeux géostratégiques ( (2 volumes 1050 pages) Editions Harmattan Paris France et l’ouvrage collectif  plus de 60 personnalités internationales  

-Revue  IEMed 2017 -Barcelone -Espagne  , un important collectif  analysant  la sécurité, le politique, l’économique, le social et le culturel  de la région méditerranéenne  auquel a contribué  le professeur  Abderrahmane Mebtoul  sur le thème « impact de la baisse du cours des hydrocarbures sur les équilibres macro-financiers et macro-sociaux  de l’économie algérienne : urgence  d’une nouvelle politique économique » , vient  de paraitre   sous la direction du professeur Senen Florensa, ancien diplomate et  ministre espagnol,  Président de  l’ Annuaire  IEMed  (516 pages), préfacé  par Johannes Hahn Commissaire  européen  à la politique de voisinage   aux négociations  d’élargissement.    Ont contribué 51 personnalités  internationales  (ministres-  diplomates- politiques, militaires, économistes , sociologues, historiens-écrivains )    des deux rives  de la Méditerranée  en huit  chapitres. 

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