Face aux nouvelles mutations géostratégiques mondiales et d’une jeunesse aspirant à plus de libertés, l’Algérie, face à son destin

Face aux nouvelles mutations géostratégiques mondiales et d’une jeunesse aspirant à plus de libertés, l’Algérie, face à son destin
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 23 Mai 2019 | 22:15

Le dépôt des candidatures pour l’élection présidentielle expire le 24 mai à 13h59 minutes, la radio nationale l’avait annoncé pour le 20 mai. Il devient impérieux de mettre en place rapidement un dialogue serein avec  des pistes de solution à la crise afin d’éviter une nouvelle crise institutionnelle, isolant l’Algérie de l’arène internationale et accentuant au niveau interne  le divorce Etat-citoyens. Car après la dernière sortie de la population en masse  du 22 février au  17 mai  et certainement le 24 mai 2019, il ne fait plus aucun doute qu’il sera difficile, sinon impossible, de tenir l’élection présidentielle le 04 juillet 2019,  sauf à discréditer l’Algérie au niveau internationalCe d’autant plus que les images diffusées lors de la journée du 16 mai 2019 ont provoqué un véritable choc de  rejet par l’opinion publique  de l’ancienne classe politique  devant l’opinion face à l’ampleur des faits de corruption et de délits d’initiés  reprochés aux hauts responsables  auditionnées qui demandaient  à la population dans un passé récent de serrer la ceinture,  méfiance encore plus accentuée après les soutiens de certaines personnes, responsables de partis,  auditionnées par la justice qui ont permis toute crédibilité, soutien qui nuit à la crédibilité de l’ANP . 

1.-En Algérie, une transition qui se traîne en longueur : pour un nouveau contrat politique et social  entre la Nation et l’État 

Pour l’Algérie, la gestion volontariste depuis l’indépendance, les enjeux de pouvoir internes, la crise économique, sociale et culturelle, et enfin les contraintes externes de plus en plus pesantes ont abouti à des changements, menés parfois à la hussarde, qui ont révélé une réalité bien amère : l’absence dramatique d’une véritable stratégie nationale d’adaptation à ce phénomène total et inexorable qu’est la mondialisation. La conjonction de facteurs endogènes et exogènes et l’intervention massive –parfois directe et par moment insidieuse – d’acteurs internes et externes a abouti à une transition qui se traîne en longueur depuis des décennies et non pas seulement pour la période actuelle. L’économie est fondamentalement politique, comme nous l’ont enseigné ses fondateurs, notamment Adam Smith, David Ricardo, Karl Marx, Joseph Schumpeter et plus près de nous les prix Nobel en sciences économiques attribués aux institutionnalistes entre 2000 et 2017. Les réformes, fondement de la transition socio-économique, renvoient à la refondation de l’État qui implique de saisir les tendances réelles de la société algérienne face aux mutations, tant internes que mondiales. Les exigences d’un État fort de sa droiture et de son droit, si elles constituent un outil vital pour la cohésion nationale et le destin de la nation, ne doivent pas occulter les besoins d’autonomie de pouvoirs locaux qui doivent être restructurés en fonction de leur histoire anthropologique et non en fonction des nécessités électoralistes ou clientélistes. La cohésion de ces espaces et leur implication dans la gestion de leurs intérêts et de leurs territorialités respectives enclencherait alors une dynamique de complétions positives et rendrait la maîtrise des groupes plus facile pour la centralité politique nationale. L’autonomie des pouvoirs locaux ne signifie pas autonomie de gouvernement, mais un renforcement de la bonne gouvernance en fortifiant le rôle de la société civile, que seules des actions d’intérêt commun doivent légitimer, et non le soutien de l’État. D’où l’urgence d’un nouveau contrat politique et social  entre la Nation et l’État afin d’en  finir avec les privilèges. La refondation de l’État, pour ne pas dire sa fondation comme entité civile, passe nécessairement par une mutation profonde de la fonction sociale de la politique. La fin de l’État de la mamelle, puis de la légitimité révolutionnaire, signifie surtout que le pouvoir bienfaisant – ou de bienfaisances inaugurées comme contrat politique implicite par les tenants du socialisme de la mamelle afin de légitimer l’échange d’une partie de la rente contre la dépendance et la soumission politiques, et qui efface tout esprit de citoyenneté active – doit céder la place à un pouvoir juste. C’est la norme du droit qui reprend sa place pour légitimer le véritable statut de la citoyenneté nationale.  Le passage de l’État de « soutien » à l’État de justice est de mon point de vue un pari politique majeur, car il implique tout simplement un nouveau contrat social et politique entre la Nation et l’État. L’Algérie ne peut revenir à elle même que si les faux privilèges sont bannis et les critères de compétence, de loyauté et d’innovation sont réinstaurés comme passerelles de la réussite et de promotion sociale. La compétence n’est nullement synonyme de postes dans la hiérarchie informelle, ni un positionnement dans la perception d’une rente ; elle se suffit à elle-même et son efficacité et sa légitimité se vérifient surtout dans la pertinence des idées et la symbolique positive qu’elle ancre dans les corps et les acteurs sociaux.  La compétence n’est pas uniquement fondée sur un diplôme, elle est aussi une conscience et une substance qui nourrissent les institutions et construisent les bases du savoir afin d’avoir un impact réel sur la dynamique sociale globale, et cela afin de réaliser les aspirations d’une Algérie arrimée à la modernité tout en préservant son authenticité.  La refondation de l’État ne saurait se limiter à une réorganisation technique de l’autorité et des pouvoirs. La gouvernance est une question d’intelligence et de légitimité réelle et non fictive. Cela implique des réaménagements dans l’organisation du pouvoir devant poser la problématique stratégique du futur rôle de l’État largement influencé par les effets de la mondialisation dans le développement économique et social, notamment à travers une réelle décentralisation. Cellule de base par excellence, la commune algérienne a été régie par des textes qui ne sont plus d’actualité, autrement dit obsolètes. « L’objectif central de la démarche est de transformer la commune « providence » en commune « entreprise ». Cela suppose que toutes les composantes de la société et les acteurs de la vie économique, sociale et culturelle, soient impliqués, sans exclusive, dans le processus décisionnel qui engage la configuration de l’image de l’Algérie de demain qui devra progressivement s’éloigner du spectre de l’exclusion, de la marginalisation et de toutes les attitudes négatives qui hypothèquent la cohésion sociale. L’implication du citoyen dans le processus décisionnel qui engage l’avenir des générations futures, est une manière pour l’État, de marquer sa volonté de justice et de réhabiliter sa crédibilité en donnant un sens positif à son rôle de régulateur et d’arbitre de la demande sociale. L’image de la commune-manager repose sur la nécessité de faire plus et mieux avec des ressources restreintes. Il n’y aurait donc plus de place pour le gaspillage et le droit à l’erreur, ce qui exclut obligatoirement le pilotage à vue au profit d’actions fiabilisées par des perspectives de long terme d’une part, et d’autre part les arbitrages cohérents qu’implique la rigueur de l’acte de gestion. Cela nous conduit à aborder les fondements politico-institutionnels démocratiques, et la refonte du système partisan et la société civile.

2.-Réformer le système politique, associatif  et  revoir l’actuelle politique socio-économique

La  situation d’urgence en ce mois de mai 2019 , exige  une action vigoureuse de réorganisation et de redynamisation  tant du monde partisan pouvoir/opposition que du mon de associatif dont la jeunesse, qu’il faut encourager et mobiliser pour le redressement de l’Algérie, en lui proposant « un cadre adéquat d’expression collective Pour le monde partisan secoué , périodiquement par des crises internes, frappées de discrédit pour la majorité d’entre elles, objet de la défiance nourrie à leur égard et à l’endroit du militantisme partisan, les formations politiques ne sont aujourd’hui plus aptes à faire un travail de mobilisation et d’encadrement efficients. Si l’on tient compte, tant pour les élections de 2012 que de 2017, des personnes en âge de voter qui ne se sont pas inscrites, il faudrait encore pondérer à la baisse le taux de participation de 5 % à 10 %. Ce qui, pour 2017 et en se fondant sur les statistiques officielles, donnerait au final entre 75 % à 80 % d’Algériens ne faisant pas confiance aux partis politiques, tant du pouvoir que de l’opposition. La question se pose est  leur incapacité à éviter un affrontement direct entre citoyens et forces de sécurité, et donc de contribuer significativement à la socialisation politique et à l’œuvre de redressement national.  Dans ce contexte, il est intéressant de comparer les résultats des élections législatives définitives de mai 2012 et celles de mai 2017 pour se faire une idée sur la cartographie sociale, dont les rapports État-citoyens, et de prendre des mesures appropriées par une réorientation urgente de la politique socio-économique.  Rappelons que lors des élections législatives du 10 mai 2012, nous avions 21 645 841 électeurs inscrits et 9 339 026 votants. Le taux de participation selon le Ministère de l’intérieur a été de 43,14 % avec 7 634 979 suffrages exprimés 1 704 047 dont bulletins nuls. En tenant compte de ces bulletins nuls, nous avions donc en mai 2012 environ 35,30 % des électeurs qui s’étaient exprimés en faveur des partis, soit 64,70% qui n’avaient pas confiance en ces partis. Pour les élections législatives du 4 mai 2017, le Conseil constitutionnel a relevé dans un communiqué, que le taux de participation s’était établi à 35,37 %, avec 8 225 223 votants sur 23 251 503 électeurs inscrits, tandis que les suffrages exprimés s’élèvent à 6 468 180, et que les bulletins nuls sont de 1 757 043. Cela donne plus de 70% des inscrits qui ne font pas confiance à la classe politique. Face à ce  déni de confiance aux partis politiques  et à la société civile appendices du pouvoir, s’impose l’impératif d’une réflexion collective. Tout en rappelant que le discrédit qui frappe le système partisan n’est pas spécifique à l’Algérie, car la révolution mondiale des systèmes de communications produit partout à l’émergence de nouveaux comportements – il y a urgence à adapter nos partis politiques algériens, souvent déconnectés de la société et présentant pour la majorité d’entre eux la spécificité d’être liés à des intérêts de rente.  Il s’agit donc d’introduire d’avantage de rigueur dans la procédure relative à la création des partis, sans pour cela verser dans l’excès qu’induit inévitablement toute approche bureaucratique de la chose politique.  Il est sans doute utile, voire nécessaire, de s’intéresser à la représentativité des partis avant de décider de leur avenir. En tout état de cause, il nous semble plus équitable, et plus juste politiquement, de raisonner en termes de marché électoral et de laisser, dès lors, les règles du jeu politique et le nombre d’acteurs qui s’y adonnent, se fixer de manière concurrentielle.  Le rôle des pouvoirs publics consistera alors à mettre en place les garde-fous indispensables et à veiller au respect strict des lois et des règles qui régissent le fonctionnement de ce marché. Quant à la société civile, force est de constater qu’elle est impotente. La confusion qui prévaut actuellement dans le mouvement associatif national rend malaisée l’élaboration d’une stratégie visant à sa prise en charge et à sa mobilisation. L’implication de la société civile dans les affaires de la cité est un acte éminemment civilisationnel, qui intègre les changements d’une société en pleine mutation, et une manière d’aboutir à un projet de progrès. Sa diversité, les courants politico-idéologiques qui la traversent et sa relation complexe à la société et à l’État ajoutent à cette confusion, rendent impérative une réflexion collective. Il s’agit  d’encourager et mobiliser la jeunesse  pour l’œuvre de redressement national  En raison de la très grande jeunesse de la société civile, des conditions historiques qui ont présidé à sa naissance et des événements tragiques qu’a connus notre pays et auxquels elle a été directement ou indirectement associée, la question qui touche à sa mobilisation doit être traitée avec une attention et une vigilance soutenues. Constituée dans la foulée des luttes politiques qui ont dominé les premières années de l’ouverture démocratique, elle reflètera les grandes fractures survenues dans le système politique national. Sollicitée à maintes reprises, et à l’occasion d’échéances parfois cruciales, cette dernière manifestera souvent sa présence d’une manière formelle et ostentatoire, impuissante presque toujours à peser sur le cours des choses et à formuler clairement les préoccupations et les aspirations de la société réelle. Il est ainsi urgent d’engager une action vigoureuse de réorganisation et de redynamisation qui ne pourra être que salutaire pour elle. Cette action permettra, entre autres d’offrir un cadre adéquat d’expression collective à des centaines de milliers de jeunes et de moins jeunes qui ne sont pas structurés et qui ne demandent qu’à être utiles et à mettre au service de la communauté leur bonne volonté et leur générosité. Dans cet ordre d’idées, l’État doit encourager la création d’associations dans des secteurs qui sont porteurs mais qui restent vierges et complètement ignorés du mouvement associatif ; de faire de ce cadre un instrument efficace d’encadrement de forces vives qui agissent dans la société de manière dispersée et un levier puissant de leur mobilisation en vue de leur implication active dans l’œuvre de redressement national. Mais cette politique n’a de chance de réussir que si le mouvement associatif est assaini et si les associations qui le composent ne sont pas au service d’ambitions personnelles inavouables, et parfois douteuse. Reste que le soutien multiforme qu’accorde l’État au mouvement associatif peut s’avérer un puissant levier de promotion, pour peu que son utilisation se fasse sur la base de critères objectifs. Concernant le volet socio-économique, il ne peut y avoir  de développement pour l’Algérie sans vision stratégique d’une économie hors hydrocarbures  car  en ce mois de mai  2019, après plusieurs décennies d’indépendance, l’Algérie c’est Sonatrach, et Sonatrach c’est l’Algérie, procurant  toujours plus de 98 % des recettes en devises du pays. Son empreinte est telle qu’elle influe sur le taux de croissance via la dépense publique, et donc sur le niveau de l’emploi, le taux d’inflation, les réserves de change. Et comme en ce XXIe siècle le véritable pouvoir mondial est économique, la Sonatrach donne la mesure de l’impact de l’Algérie sur la scène internationale. Il n’est donc plus permis aujourd’hui de faire l’impasse sur le rôle que des acteurs résidents, puissamment mûs par des intérêts organiquement liés à la distribution de la rente, et qui ont pu, à un moment où à un autre, peser dans un sens franchement défavorable aux réformes politiques et économiques. De même qu’il n’est plus possible, également du point de vue de l’analyse, d’occulter le rôle que d’autres acteurs, externes ceux-là, ont pu jouer dans un sens tout aussi défavorable, motivés qu’ils étaient eux aussi par la défense d’intérêts de groupes ou de personnes que la poursuite d’un commerce hautement lucratif rendait allergiques à toute velléité de changement et de réformes.  En revanche, d’autres acteurs, internes aussi bien qu’externes, ont agi clairement dans le sens contraire, encourageant et défendant, par des moyens divers, la mise en œuvre de réformes dont la nécessité n’échappe à personne. Comme il n’est plus permis d’ignorer la nécessaire adaptation de l’Algérie aux nouvelles mutations mondiales, et parmi elles son devenir dans l’espace euro-méditerranéen.  Ce point explique d’ailleurs mon initiative, avec le professeur Camille Sari, de coordonner un ouvrage collectif (1) avec la participation de 36 experts – algériens, marocains, tunisiens, libyens et européens – de différentes spécialités, paru en 2015 aux Editions de L’Harmattan, à Paris (2 tomes,1050 pages). Il s’agit d’analyseravec lucidité la dialectique paradoxale du couple contradictoire  des forces sociales, préserver les  intérêts de la rente d’une minorité avec réformes profitable à l’immense majorité de la population. En d’autres termes en profondeur le fonctionnement de la société algérienne – et non se contenter de simples replâtrages organisationnels – implique d’analyser avec lucidité les relations dialectiques de la production de la rente (Sonatrach) et de sa redistribution (système financier). De quoi bouleverser fortement les intérêts, les gagnants d’aujourd’hui n’étant pas forcément ceux de demain. Paradoxalement, lorsque la valeur de la rente des hydrocarbures s’accroît, les réformes sont freinées et l’on assiste à une redistribution passive de la rente pour s’assurer une paix sociale éphémère, avec l’extension de la corruption et une concentration excessive du revenu national au profit d’une minorité rentière.  Ce couple antagonique des forces politiques, économiques et sociales, l’un défendant la rente et l’autre les réformes, explique fondamentalement l’instabilité juridique et le manque de cohérence et de visibilité dans la réforme globale.   Nous n’avons donc pas attendu les évènements récents et  les différents rapports de la banque mondiale, du FMI ou de la COFACE pour proposer des solutions concrètes de sorite de crise pour l’Algérie, comme l’atteste notre conférence (2) devant le Premier ministre et les différents membres du gouvernement au Palais des Nations, le 26 novembre 2014, alertant le pouvoir politique sur différents scénarios à l’échéance 2015-2020, et qui se sont malheureusement concrétisés.  Dommage que nous n’ayons pas été écoutés. Mais devant privilégier uniquement les intérêts supérieurs de l’Algérie, il n’est jamais trop tard pour bien faire, en évitant tant le tout sinistrose que l’autosatisfaction démagogique et destructrice. Car l’Algérie possède toutes les potentialités de sortie de crise, sous réserve d’une réelle volonté politique de profondes réformes structurelles tant politiques qu’économiques. 

3.-Dix solutions  concrètes de sortie de la   crise actuelle

L’Algérie a besoin qu’un regard critique et juste soit posé sur sa situation, sur ce qui a déjà été accompli de 1963 à 2019, et de ce qu’il s’agit d’accomplir encore au profit exclusif d’une patrie qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d’un même projet, d’une même ambition et d’une même espérance.  Il devient impérieux de mettre en place rapidement un dialogue serein avec  des pistes de solution à la crise pour qu’on puisse éviter une nouvelle crise institutionnelle, isolant l’Algérie de l’arène internationale et accentuant au niveau interne  le divorce Etat-citoyens.. Car après la dernière sortie de la population en masse le 17 mai 2019, il ne fait plus aucun doute qu’il sera difficile, sinon impossible, de tenir l’élection présidentielle le 04 juillet 2019. Ce d’autant plus que les images diffusées  la journée du 16 mai 2019 ont provoqué un véritable choc de  rejet par l’opinion publique  de l’ancienne classe politique  devant l’opinion face à l’ampleur des faits de corruption et de délits d’initiés  reprochés aux hauts responsables  auditionnées qui demandaient  à la population dans un passé récent de serrer la ceinture. La situation politique et économique actuelle en ce mois de la mi- mai 2019 est complexe avec une population qui dépasse 42 millions d’habitants et qu’il faille créer 300.000/350.000 emplois par an qui s ‘ajoutent au taux de chômage actuel afin d’éviter de vives tensions sociales. De grands défis attendent l’Algérie, une entreprise d’envergure devrait tourner autour de dix  (10) axes directeurs. Premièrement,  il y a urgence  de trouver  des solutions rapides à la crise politique, évitant de s’enfermer dans un juridisme étroit. Du 22 février au 18 mai  2019, les manifestations au lieu de diminuer s’amplifient, devant tirer les leçons rapidement, la rencontre initiée par l’actuel chef d’Etat du 22 avril 2019 invitant partis politiques, personnalités et sociétés civiles ayant eu un résultat très mitigé, du fait de la non représentativité des personnes et des partis à cette rencontre. La majorité de la population des 48 wilayas, rejette l’actuel chef d’Etat, l’actuel premier ministre et les composantes de l’actuel gouvernement où des ministres ont été hués lors de récents déplacements, montrant la confiance brisée avec les actuelles institutions, étant dans une impasse politique, nuisible à l’image de l’Algérie tant au niveau national qu’international. Deuxièmement, il est illusoire, voire utopique de prévoir l’élection présidentielle pour le 04 juillet 2019 où on assiste déjà à une désobéissance civile tant des présidents d’APC que des magistrats dans bon nombre de wilayas, avec le risque d’un boycott massif ne résolvant en aucune manière la crise qui est avant tout politique, au contraire avec le risque de l’amplifier. L’élection présidentielle doit se tenir rapidement, impérativement avant la fin de l’année, le 04 juillet 2019 étant une impossibilité politique et technique avec les mêmes institutions du passé qui ont favorisé la fraude massive, quitte à accroitre encore plus les tensions avec un taux d’abstention record et isoler l’Algérie de l’arène. Internationale. Troisièmement, il est irraisonnable, le temps ne se rattrapant jamais en économie, de demander une transition qui traine en longueur de plus d’une année, avec le risque d’une paralysie économique et sociale avec le risque d’aller au FMI avec la perte de l’indépendance politique et économique et le risque de tensions sociales aigues.  Deux solutions se présentent pour une période ne devant pas dépasser six mois : soit activer  le conseil de sécurité qui nommerait une présidentielle collégiale autour de personnalités consensuelles,  ne devant pas dépasser trois personnes, soit que l’actuel président  par intérim nomme une personnalité consensuelle comme président du conseil constitutionnel qui le remplacerait après sa démission, et dans la foulée un gouvernement neutre « de compétences nationales». Quatrièmement, il est utopique de demander à plus de 20 millions d’algériens des représentants traversés par des courants idéologiques contradictoires :comment concilier les ultra gauchistes, les ultra droitistes, les islamistes modérés ou radicaux , les laïques, les libéraux et les sociaux démocrates ect… devant satisfaire uniquement les socles communs minimums, dont les personnalités rejetés et reconnus immorales appartenant à une justice indépendante de reconnaître ou pas leur culpabilité. Certaines personnes s’autoproclament les sauveurs, alors que par le passé ils ont eu à gérer la société, ayant conduit le pays par le passé au rééchelonnement des années 1992/1995 et récemment 2000/2018 d’autres dans l’impasse actuelle, n’étant nullement mandatés par cet immense élan populaire.  Pourtant, attention à ces slogans des courants extrémistes populistes, qui risquent de conduire Al HJirak dans l’impasse : « dégagez tous », la majorité des fonctionnaires, des cadres tant au niveau de la société civile que de l’ANP/forces de sécurité sont honnêtes, devant à tour prix éviter le vide des institutions ce qui conduirait à l’anarchie profitable aux conservateurs. Devant la gravité de la situation, le commandement de l’ANP  a affirmé récemment que toutes les solutions sont ouvertes grâce au dialogue productif, pour trouver rapidement une issue à la crise, l’ANP, seule force organisée, qui devrait accompagner transitoirement cette période afin de revenir  rapidement à ses missions constitutionnelles. Car seule  l’ANP, la seule institution organisée a l’adhésion populaire, appartenant à la société de s’organiser en fonction d’affinités politiques et économiques, avec des propositions opérationnelles réalistes, pour être des interlocuteurs crédibles. Cinquièmement, comme recommandé dans nos différentes contributions entre 1992/2019, s’insérant au sein d’un tableau de bord datés et d’une vison stratégique à moyen et long terme , par une refondation de l’Etat (démocratisation) , s’impose une nouvelle réorganisation institutionnelle des fonctions des ministères par des regroupements homogènes et des collectivités locales les mutant en collectivités locales manager créateur de richesses  par une réelle décentralisation , regroupement homogènes au sein de cinq à sept éco- pôles régionaux, tenant compte des hauts plateaux, pilotés par des chambre de commerce régionales, un espace équilibré et solidaire afin de rapprocher l’Etat du citoyen. Dans ce cadre s’impose une  nouvelle politique de l’habitat reposant sur l’efficacité énergétique (de nouvelles méthodes de construction économisant l’énergie) et une urbanisation maitrisée dans le cadre d’une nouvelle politique de l’aménagement du territoire rentrant dans le cadre des éco-pôles régionaux que j’ai suggérée depuis 2000. Sixièmement, afin de réaliser la symbiose brisée entre les partis pouvoir et opposition –citoyens s’impose la  production d’une culture politique participative, la réorganisation du système partisan, syndical et associatif qui ont de moins en moins d’impacts pour la mobilisation de la société et la promotion de la femme signe de la vitalité de toute société. Parallèlement, réorganiser le  champ de l’information et de la communication pour plus de concurrence car l’information en ce XXIème siècle n’est plus le quatrième pouvoir mais le cœur du pouvoir passant par  une communication institutionnelle efficiente, afin d’éviter les rumeurs dévastatrices. Septièmement, la réforme de la justice par son indépendance, par l’application et l’adaptation du Droit tant par rapport aux mutations internes que du droit international. Une lutte, dans le cadre d’un Etat de Droit et de la totale transparence, contre le cancer de la bureaucratie et son appendice la corruption, à ne pas confondre avec acte de gestion, passant par la nécessaire intégration de la sphère informelle loin des mesures autoritaires bureaucratiques, représentant plus de 50% de la superficie économique et une profonde moralisation de la société. Pilier du développement du XXIème siècle, adapter le système éducatif, centre d’élaboration et de diffusion de la culture et de l’idéologie de la résistance au changement et à la modernisation du pays. Une nouvelle politique  des nouvelles technologies l’avenir appartenant à l’intelligence artificielle et au digital qui modèleront à la fois la gestion des institutions étatiques centrales et locales, des entreprises et nos comportements. Huitièmement, il s’agit de revoir la politique de la gestion des capitaux marchands de l’Etat évitant ces projets de prestige, ces assainissements répétés d’entreprises supportés par le trésor public, renforcer l’autonomie des entreprises publiques dans un cadre concurrentiel, la dynamisation du secteur privé et du partenariat public privé national et international créateur de richesses supposant de revoir impérativement la règle des 49/51% qui devrait s’appliquer qu’aux segments hautement stratégiques à définir, une minorité de blocage de 30% pour certains segments,  laisser la libre entreprise pour d’autres et   favoriser l’apport par des mesures incitatives de nos émigrés à l’étranger qui doivent impérativement contribuer au développement national. Et ce parallèlement à une   politique clairement définie dans le temps de la transition énergétique (efficacité énergétique, hydrocarbures traditionnelles- énergies renouvelables, pétrole/gaz de schiste sous réserve de la protection de l’environnement) et du nouveau modèle de consommation énergétique, impliquant un nouveau management stratégique de Sonatrach et la nécessaire révision de la loi des hydrocarbures de 2013 inadaptée à la conjoncture actuelle ainsi  qu’une nouvelle politique de protection de l’environnement qui constitue un coût supporté par le budget comme les maladies, la détérioration du cadre de vie , l’avenir  appartenant aux activités économiques écologiques. Dans le cadre du sillage des priorités sectorielles, pays à fortes potentialités touristiques , avoir une politique attractive dans ce segments , redynamiser l’agriculture, tenant compte que l’Algérie est un pays semi-aride,   par la  révision du foncier agricole et une nouvelle politique de gestion de l’eau, cet or bleu qui risque de faire l’objet de guerres fratricides durant le XXIème siècle et concernant tous les continents, dont l’Afrique (le cas des eaux du Nil qui traverse plusieurs territoires pour l’Afrique est à méditer). Neuvièmement, la réforme du système financier est un préalable essentiel à la relance de l’investissement public, privé national et étranger, les banques publiques et privées étant au cœur d’importants enjeux de pouvoir entre les partisans de l’ouverture et ceux de préservation des intérêts de la rente, ainsi qu’une gestion active de nos réserves de change.  La réforme du système financier est considérée, à juste titre, comme l’indice le plus probant de la volonté politique de l’Algérie d’ouvrir ou non l’économie nationale à la libre entreprise. Il s’agit d’avoir une   nouvelle politique des subventions ciblées pour les plus défavorisés, tant inter-socio-professionnelle qu’inter- régionale pour garantir la cohésion sociale. Ainsi qu’une  nouvelle politique salariale et du marché de l’emploi conciliant flexibilité et sécurité, une nouvelle politique par la réunification des caisses de retraite afin d’éviter leur implosion, la solution  étant le développement des segments productifs  devant faire le bilan de tous ces organismes de l’emploi des jeunes qui doivent être unifiés, dont l’impact reste limité. Dixièmement, la politique étrangère devra reposer sur des réseaux décentralisés de la société civile (ONG) et une redéfinition des missions des ambassades (résultat en fonction de l’allocation devises), la place de l’Algérie étant au sein de l’espace méditerranéen et africain.  Tenant compte des nouvelles mutations géostratégiques mondiales, une révision de la politique de la défense/ sécurité intérieure /extérieure, s’adaptant aux nouvelles technologies, l’armement classique tenant à être déclassé, d’où l’importance de la formation adaptée (réseaux d’espionnage par satellites- attaque par drones, cybercriminalité, renseignement pour obtenir des marchés face à des concurrents agressifs, réseaux subversifs facteur de déstabilisation).  Mais la garantie la plus sure de la sécurité d’un pays passe par la mobilisation de la population et la symbiose Etat-citoyens donc par la démocratisation tenant compte de notre anthropologie culturelle. 

En résumé, il existe une dialectique entre le Politique et l’Économique résulte que tout projet est forcément porté par des forces sociales, souvent avec des intérêts différents. En démocratie, les urnes tranchent sur les projets de société et a minorité politique se soumet à la volonté de la majorité tout en demeurant une force de propositions. Comment ne pas rappeler ici que par le passé entre 1983/2002, j’avais donné plusieurs conférences aux universités de Annaba, Constantine, Bejaia, Tizi Ouzou, Oran, Tlemcen,  Sid Bel Abbès , à l’École nationale d’administration d’Alger (ENA) et ensuite d’autres conférences entre 2007 et 2018, cela afin d’expliquer notre démarche fondée sur l’alternance démocratique tenant compte de notre authenticité, et une économie diversifiée hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales avec l’avènement de la quatrième révolution économique mondiale 2020-2030. Parallèlement,  j’ai eu l’honneur de coordonner plusieurs ouvrages pluridisciplinaires, entre 2000/2010,  ayant abordé les réformes politiques, sociales et économiques, fruit d’un travail collectif à la rédaction desquels ont contribué des collègues spécialistes en anthropologie, en économie et en sciences politiques des universités d’Oran et d’Alger. Ces travaux sont aujourd’hui d’une brulante actualité et objet de cette présente contribution réactualisée, qui s’inscrit en partie dans la tradition déjà bien établie des travaux de transitologie traitant des expériences des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc socialiste, analysant les différentes politiques élaborées et exécutées en guise de réponses aux grands défis internes et mondiaux.Comprendre la résistance aux réformes  implique de saisir les tendances réelles de la société algérienne face tant aux mutations internes que mondiales, d’analyser avec lucidité les relations dialectiques réformes/démocratie/justice sociale/économie de marché concurrentielle dans le cadre des valeurs internationales, loin de tout monopole public ou privé et les segments de la production de la rente ( Sonatrach) et celui de sa redistribution ( (système financier), bouleversant des intérêts, les gagnants de demain n’étant pas forcément ceux d’aujourd’hui. Or, le  dialogue est l‘outil par excellence de la bonne gouvernance afin de réaliser les transformations politiques et économiques. Une longue période de transition que certains proposent, le temps ne se rattrapant jamais en économie, conduira à la régression économique et sociale avec des réserves de change tendant vers zéro et le retour au FMI dans deux ans. La stabilité et le développement sont  conditionnés par de profondes réformes permettant un développement durable Le défi  futur de l’Algérie peut se résumer ainsi : soit une véritable stratégie d’adaptation à ce monde turbulent et instable, de profondes réformes afin de favoriser le développement durable ou une régression de l’Algérie tant dans le domaine économique, social, politique et militaire. Ce qu’aucun patriote ne souhaite. 

 ademmebtoul@gmail.com

NB- Voir les différentes contributions parues  entre 2015/2019  sur le site www.algerie1.com concernant plusieurs aspects développés dans cette présente contribution.  Voir le 23 mai 2019 au quotidien gouvernemental arabophone Ech Chaab


منوها بسلمية الاحتجاجات ودور الجيش

الخبير مبتول : الحوار البناء ضروري لتجاوز الوضع المعقد

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