Face à la crise mondiale, repenser la politique économique et les mécanismes de régulation sociale

Face à la crise mondiale, repenser la politique économique et les mécanismes de régulation sociale
Par Rédaction | 31 Mai 2020 | 19:01

1.-L’Algérie fait partie de ce monde turbulent et instable, largement connectée à l’économie mondiale via la rente des hydrocarbures, principale ressource en devises, comme je viens de le démontrer dans plusieurs interviews internationaux aux USA et en  Europe. Le monde de demain après l’épidémie du coronavirus  (American  Herald Tribune –USA- 07 mai 2020« Pr Abderrahmane Mebtoul -  The World’s Deep Geostretegic Change After the Coronavirus 2020/2030/2040 »)  devrait s’orienter vers un nouveau modèle  géostratégique, culturel social  et  économique 2020/2030, pour ce dernier,  fondé sur ce que Jacques Attali appelle « les industries de l’avenir », avec de nouveaux comportements , plus de solidarité sociale, de nouveaux  segments créateurs de valeur ajoutée comme l’intelligence artificielle, le digital, les économies d’énergie et le développement des industries écologiques afin d ‘éviter une catastrophe planétaire pire que celle du coronavirus. Dans le domaine  de l’emploi, avec l’arrêt de la machine  économique, le taux de chômage explose à travers le monde devant imaginer d’autres mécanismes  de régulation et de solidarités sociales pour éviter  des  implosions sociales : regardez le nombre  de chômeurs aux Etat Unis, en Asie, en Amérique Latine , en Afrique (voir rapport de l’OIT mars  2020 qui parle de plusieurs centaines de millions d’emplois menacés). Pour la France, avec comme exemple un grand constructeur Renault qui prévoit des licenciements de milliers de ses employés. Cette situation aura des répercussions politiques où les politiques doivent avoir un  comportement moral, imaginer un autre mode de gouvernance  et surtout mieux communiquer avec le développement des réseaux sociaux où le monde  est devenu une maison en verre. Nous assistons à travers le monde à une méfiance vis-à-vis des pouvoirs en place notamment des partis politiques traditionnels qui n’ont pas su s’adapter à ce nouveau monde et donc un divorce Etat-citoyens :

2.-. Aussi cette situation n’est pas propre à l’Algérie, un petit pays avec 180 milliards de dollars de PIB avec une population d’environ 43 millions d’habitants contre 21300 milliards de dollars pour les USA- 328 millions d’habitants-,  2762 milliards de dollars pour la France avec 67 millions d’habitants, sans compter d’autres pays développés qui avec une population similaire ont plus de 6 à 7 fois son PIB, montrant le long chemin qui reste à parcourir, qui essaie avec ses faibles moyens de trouver des solutions à une situation complexe et inédite. C’est que la situation financière de l’Algérie aujourd’hui est de loin moins dramatique que lors de la cessation de paiement de 1994, avec des réserves de change en ce mois de mai 2020 avoisinant 50 milliards de dollars et une dette extérieure inférieure à 5% du PIB. Encore qu’il faille reconnaitre une baisse vertigineuse des réserves de change qui étaient de 194 milliards de dollars au 01 janvier 2014. Cependant, évitons le tout sinistrose, que certains propagent sans analyse objective, car pour 2020 et les six premiers mois de 2021, il y cinq raisons qu’il n’y aura pas d’implosion sociale donc à très court et moyen terme tout pouvant arriver si on ne change pas de gouvernance .

Premièrement, les revenus de l’Etat peuvent encore servir de « tampon social de façon temporaire, tout dépendant de l’évolution du cours des hydrocarbures pétrole et gaz ( ce dernier 33% des recettes en devises en 2019). Cela  rend urgent des réformes économiques structurelles (économiques et politiques) impératives afin d’éviter début 2022 d’importantes tensions sociales   et  la cessation de paiement impliquant une lutte contre la corruption, plus de rigueur budgétaire et un changement de trajectoire de la politique socioéconomique, faute de quoi tout peut arriver fin 2021.

Deuxièmement, vu la crise du logement, le regroupement de la cellule familiale concerne une grande fraction de la population et les charges sont payées grâce au revenu familial global. Mais il faut faire attention : résoudre la crise du logement sans relancer la machine économique prépare à terme l’explosion sociale.

Troisièmement,  grâce à leur travail mais également aux subventions étatiques, les familles algériennes ont accumulé une épargne sous différentes formes. Cependant, il suffit de visiter les endroits officiels de vente de bijoux pour voir qu’il y a « déthésaurisation » et que cette épargne est  en train d’être dépensée face à la détérioration de leur pouvoir d’achat.

Quatrièmement, l’Etat, dans toutes les lois de finances y compris celle de 2020, continue de généraliser les subventions via la rente des hydrocarbures,  mais intenables dans le temps supposant un cours  supérieur à 80 dollars le baril  qui permettent  de maintenir   la cohésion sociale.  Sans entre exhaustif, nous avons les subventions du prix du pain, de la semoule et du lait, les subventions des carburants et  de l’électricité , l ’Algérie  étant classée parmi les pays où le prix du carburant est le moins cher au monde, les subventions  de l’eau, les  subventions de la santé avec la médecine gratuite et la  distribution de la carte Chiffa à la majorité de la population pour le remboursement des médicaments ,  les  subventions dans le  transport, les  subventions pour le soutien au logement social et à l’emploi, des subventions  à certaines  entreprises publiques  déficitaires par l’assainissement, l’octroi  d’avantages financiers et fiscaux pour les nouvelles créations  et nous avons   l’éducation gratuite avec la prise en charge    financière du transport des étudiants, de la restauration et de l'hébergement y compris certains  CEM et lycées ..tant qu’il y a la rente. Cette politique est   injuste car ,celui qui perçoit 30.000 dinars mois bénéficiant des mêmes subventions que celui dont le revenu dépasse 300.000 dinars, devant aller, comme je le préconise depuis 2008, vers des subventions ciblées budgétisées par le parlement.

Cinquièmement, l’importance de la sphère informelle qui joue comme soupape de sécurité à court terme et frein au développement à moyen et long terme. Cependant avec le confinement total ou partiel cela pose un grand problème qui n’est pas propre à l’Algérie. Selon les rapports du FMI et de l’OIT, les taux d’informalité varient considérablement d’un pays à l’autre, allant de 30 % dans divers pays d’Amérique latine à plus de 80 % dans certains pays d’Afrique subsaharienne ou d’Asie du Sud-Est. Avec l’épidémie du coronavirus , est posée toute la problématique de la sphère informelle   de la population occupée dans cette sphère   sans protection sociale, vivant au jour le jour ,  notamment en Asie, Amérique latine et en Afrique où nous assistons à des images révoltantes lors du confinement. Si la crise économique venait à durer, nous assisterons à des révoltes sociales avec des incidences politiques sur les régimes en place sans légitimité populaire. Pour l’Algérie   du fait qu’en dehors des hydrocarbures sur une population active dépassant 12 millions, nous avons près de 45/50% de l’activité est concentrée dans la sphère informelle, plus de 5 millions de personnes actives,  sans protection sociale, principalement dans les  services/,les petits boulots, plombiers, électriciens maçons ect…  et l’agriculture pour les saisonniers. Depuis le confinement, ils sont sans revenus bien que l’Etat ai décidé d’attribuer récemment un montant symbolique de 10.000 dinars aux nécessiteux.

3. Ainsi s’impose  le langage de la vérité  devant  être réaliste.  Se mentir les uns les autres ou se cacher la réalité nous entraînera irrésistiblement vers d’autres épreuves tragiques qu’aucun algérien patriote ne souhaite. En économie le temps ne se rattrape jamais. Toute Nation qui n’avance pas, en ce monde turbulent et instable en perpétuel mouvement recule et le temps presse pour redresser le bateau Algérie et l’éloigner de la zone de tempête que certains experts occidentaux lui prédisent.  En cas de tendance à l’épuisement des réserves de change qui tiennent la cotation du dinar à plus de 70%,  il y a risque de n’attirer aucun investisseur sérieux qui a besoin de garanties  et une d’augmentation du prix de certains produits (matières premières et produits finis),  qui se répercutera en chaîne sur l’ensemble des segments concernés, comme il ne sera plus possible  de continuer l’actuelle politique  de subventions, avec  un processus inflationniste qui  joue  toujours comme facteur de redistribution des revenus au profit des revenus variables. Il appartient à l’Etat régulateur et non gestionnaire de concilier l’efficacité économique et une profonde justice sociale, laquelle n’est pas antinomique avec l’efficacité, tous les appareils de l’Etat devant donner l’exemple. Il faut être aussi conscient que sans réformes structurelles, évitant les replâtrages et les discours populistes, nous devrions assister à de vives tensions sociales fin 2021, 2022.  Aussi, face aux événements actuels, dont l’épidémie du coronavirus partis de l’ex pouvoir et partis de l'opposition avec leurs organisations satellitaires ont été hors circuit. Nous avons assisté par contre à un immense élan de solidarité nationale de la population spontané, qui a montré sa maturité, à une mobilisation de la présidence de la république et de l’ANP/services de sécurité face à cette catastrophe naturelle, certes avec des faiblesses comme cela a été constaté de par le monde. A l’avenir le défi est de concilier, exercice difficile, le facteur sanitaire et le facteur économique devant aller vers un dé -confinement progressif maitrisé où avec la tendance actuelle, il y a risque d'une dégradation rapide de la situation économique, horizon 2021/2022 avec des incidences dramatiques sur le plan social.

4.- Dans la  pratique des affaires et de relations internationales , surtout dans cette conjoncture difficile où chaque pays  est confronté à des difficultés internes  n’existent pas de sentiments et de fraternité , mais que des intérêts, tant géostratégiques qu’économiques ( on le constate  en Libye avec des affrontement par procuration des grandes puissances et leurs stellites).  Nos responsables doivent s’éloigner du sentimentalisme, en privilégiant à l’instar des grands pays USA - Europe, Chine, Inde et autres nos intérêts propres et que la survie de l’Algérie, sans être chauviniste, dépend des algériens eux-mêmes.  La solution à la crise estde trouver des idées innovatrices car tout pouvoir ne doit pas regarder seulement vers le passé, devant certes faire un bilan sans complaisance pour éviter les erreurs du passé, mais   préparer l’avenir des générations futures. Il faut dorénavant miser sur l’investissement immatériel qui manque cruellement au pays. Et sans cet investissement, l’Algérie peut investir autant de milliards de dollars sans connaître de développement voire régresser.  Il s’agit de réunir les conditions pour  une nouvelle  structuration  politique  et dynamiser les associations mobilisation les citoyens loin des intérêts rentiers, attirer les meilleurs cadres de la nation pour transformer notre diplomatie, notre administration et notre économie en moteur du développement, la bureaucratisation de ces structures, étant le premier obstacle à l’épanouissement des énergies créatrices. La formation continue doit être généralisée à tous les niveaux et l’ordre de mérite devenir le levier de la promotion sociale. Les expériences historiques montrent clairement que les richesses naturelles n’ont pas d’effet direct sur le niveau de développement et que l’on construit une société développée d’abord sur des institutions démocratiques et des valeurs morales. L’Algérie doit impérativement recomposer ses valeurs et ses principes pour reconstruire une société moderne et ouverte à la culture et au développement économique, technique et social autour d’un projet de société qui donne espoir à une jeunesse désabusée. D’où l’importance d’une gouvernance centrale et locale rénovée fondé sur un système participatif et qui appelle aux compétences algériennes locales et celles établies à l’étranger.

En résumé,  l’Algérie n’est pas en naufrage comme l’affirment certains esprits mal intentionnés ( voir notre interview dans le quotidien gouvernemental Ech Chaab 31/05/2020)  ayant toutes les potentialités de sortie de crise sous réserve d’éviter d’appliquer des schémas  théoriques déconnectés des réalités,  et pour des actions concrètes, d’une planification stratégique , de plus de morale et de la mobilisation de toutes les compétences nationales 

ademmebtoul@gmail.com

NB : Cette analyse est le contenu développé  de l’Interview intégrale donnée par le Professeur des universités docteur d’Etat (1974)  Abderrahmane MEBTOUL à Radio France Internationale-Paris-  le 29 mai 2020 sur  "Les conséquences sociales et économiques  en Algérie de l’épidémie du coronavirus".

Voir tous les articles de l'éclairage éco