De la nécessité de réorienter la politique économique de l'Algérie

De la nécessité de réorienter la politique économique de l'Algérie
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 24 Aout 2017 | 09:36

Un sursaut national s’impose, car malgré toutes les mesures récentes, la facture d’importation de biens n’a pas baissé substantiellement continuant à puiser dans les réserves de change, sans compter la sortie importante de devises des services. Il ne faut pas se faire d’illusion, le taux de croissance de 3,3% en 2016 a été tiré par les hydrocarbures et la réduction du déficit de la balance commerciale pour les sept premiers mois 2017  est due essentiellement  à la remontée du cours du pétrole. 

1.-Le déficit commercial de l'Algérie a reculé à 6,17 milliards de dollars sur les sept (7) premiers mois de 2017 contre un déficit de 10,61 milliards de dollars sur la même période de 2016, soit une baisse de 4,44 milliards de dollars correspondant à une chute du déficit de 42%, selon l'APS auprès des Douanes. Les exportations ont nettement augmenté, atteignant 20,71 milliards de dollars (mds usd) sur les 7 premiers mois de l'année 2017 contre 16,55 mds usd sur la même période de 2016 (+25,06%), selon les données du Centre national de l'Informatique et des Statistiques des Douanes (CNIS). Concernant les importations, elles ont connu une légère baisse en s'établissant à 26,87 mds usd contre 27,17 mds usd (-1,08%), précise la même source. Quant au taux de couverture des importations par les exportations, il est passé à 77 % contre 61 % à la même période de l’année précédente. Les hydrocarbures continuent à représenter l'essentiel des ventes algériennes à l'étranger (94,71% du volume global des exportations), en s'établissant à 19,61 mds de dollars contre 15,53 mds usd sur la même période de 2016, soit une hausse de 26,25%. Demeurant toujours marginales, les exportations hors hydrocarbures ont enregistré une hausse de 6,93% par rapport à la même période 2016 en s'établissant à 1,09 mds usd, avec un taux de 5,29% du volume global des exportations. composées des demi-produits avec 786 millions usd (contre 782 millions usd), des biens alimentaires avec 219 millions usd (contre 159 millions usd), des produits bruts avec 40 millions usd (contre 45 millions usd), des biens d'équipements industriels avec 40 millions usd (contre 29 millions usd) et les exportations des biens de consommation non-alimentaires avec 11 millions usd (contre 10 millions usd). En plus que cette baisse du déficit est du essentiellement  au relèvement du prix des hydrocarbures, il y a lieu d’‘analyser la balance des  paiements et pas seulement la balance commerciale  qui en plus de la valeur des importations de biens, prend en compte les services et les transferts légaux de  capitaux. Selon les documents du FMI (fournies par la banque d’Algérie), les sorties de devises des services ont été  10,7 milliards de dollars en 2013, 11,7 en 2014, 11,0 en 2015, 9,9 en 2016 avec une prévision de 10,6  milliards de dollars en 2017. Le rapatriement  légal  des bénéfices selon les sources du FMI, a été  de 8 milliards de dollars en 2013, 8 en 2014, 6,5 en 2015, 3,1 en 2016 et une  prévision de 3,7 milliard de dollars en 2017 , prévoyant une moyenne  entre 4,5 et 5 milliards de dollars entre 2018/2020. Dans ce cas au rythme des indicateurs financiers  des sept  (07)  premiers mois de 2017, en toute hypothèse, les sorties  de devises sans compter les transferts légaux de capitaux, clôtureraient fin 2017 à 45/46 milliards de dollars (biens)  plus 8/10 milliards de dollars  (services)  soit 53/56 milliards  de dollars et tendant vers 60 milliards de dollars   avec les sorties légaux de capitaux.  Ce montant de sorties de devises correspond pour l’équilibre à un baril variant entre 85/88 dollars pour éviter  des tensions au niveau de la balance des paiements. Ce qui fait dire au FMI dans ses derniers rapports   que le  solde global négatif  a été de 5,9 milliards de dollars en 2013, à  27,5 en 2014, 26,0 en 2015, 21,8 en 2016 avec une prévision de 15,6 milliards de dollars en 2017, pour une dette brute  extérieure de 3,4 milliards de dollars en 2013, 3,7 en 2014, 3,0 en 2015, 4,4 en 2016 et une prévision pessimistes   de 15,7 en 2020 (12,5%)  du PIB. Face cette situation qui prélude à d’importantes tensions budgétaires entre 2017/2020, ne devant plus se faire d’illusion d’un cours supérieur à 80 dollars, où  selon le FMI, le  cours du baril variera  entre 50/55 dollars à prix constants -2017/2020, sous réserve d’une discipline des accords OPEP/non OPEP. Aussi,  il y  a pour l’Algérie, urgence  de profondes réformes structurelles afin d’engager le pays vers une nouvelle  orientation de la politique socio-économique  permettant de dynamiser les sections hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales. Faute de quoi le retour au FMI est inéluctable vers 2019/2020  avec un épuisement progressif des réserves de change. Comment dès lors  financer, sans  endettement extérieur  pour les seuls  projets  productifs selon leurs programmes rendus publics entre 2017/2022,  les 50 milliards de dollars de Sonelgaz, 100 milliards de dollars sur les dix prochaines années,  ( en déficit structurel) supposant la garantie de l’Etat   et les 100 milliards de dollars  de Sonatrach,( seule société présentant des garanties)  soit 30 dollars dollar/an, sans compter les autres secteurs, alors que les recettes de Sonatrach fluctueront entre 30/32 milliards de dollars/an  (hypothèse d’un cours entre 50/55 dollars) et des réserves de change établies à 100 milliards de dollars en  juillet  2017.

2.-Aussi force est de constater que les  recettes en devises en 2017 après plus de cinquante années d‘indépendance politique,  proviennent directement et indirectement pour plus de 97%  des hydrocarbures  qui  conditionnent l’évolution des réserves de change, le rythme de la dépense publique  et par là le taux de croissance, la valeur du dinar,  le taux d’inflation et le taux de l’emploi  Le  montant de la dépense publique 2000/2016 (plus de 800 milliards de dollars)  et  le  taux de croissance relativement faible en référence à la dépense publique de 3% en moyenne 2000/2017 ( 3,3% en 2016) qui conditionne  le problème du taux de chômage évalué par l’ONS à  12,3% en avril 2017, où pour le FMI  la  croissance serait  de 1,4% du PIB algérien en 2017 et en 2018,  seulement 0,6% avec un taux de chômage dépassant les 13%  dont le taux de plus de 25% pour les jeunes entre 18/25 ans?  Le secteur industriel qui  représente moins de 5% du produit intérieur brut et 80/85% des matières premières du secteur public et privé proviennent de l’extérieur, le taux d’intégration étant faible d’où les effets pervers, sans analyse et dans la précipitation, des usines de montage de voitures dont le montant des importations des entrants si toutes les usines devaient se réaliser  aurait été de 5/6 milliards de dollars/an 2018/2019,  sans perspectives d’exportation et de la précipitations sans ciblé des licences d’importation avec d’importantes pertes pour le trésir public d’où les mesures urgentes de la présidence  de la république. Dans son rapport de  2016, sur l’économie algérienne, la Banque mondiale note que le déficit budgétaire s’est creusé de 1,4 % du PIB en 2013 à 15,7 % du PIB en 2016 et que l’Algérie est massivement dépendante des hydrocarbures pour ses exportations et ses recettes publiques, à hauteur de 95% et de 75%, La période 2017/2020 n’incite guère à l’optimisme puisque selon la banque mondiale, dans un deuxième rapport étendu à la grande région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), quant au relèvement du prix du pétrole. « la phase d’offre excédentaire s’achèvera et un rééquilibrage s’opèrera sur le marché mondial du pétrole au début de l’année 2020. Il s’ensuit que selon ce rapport, les subventions sont coûteuses et régressives de l’Algérie (les subventions des carburants et autres représentent plus de 12% du PIB). Pour avoir un équilibre budgétaire toujours selon le FMI, l’Algérie aura besoin entre 2017/2020, d’un prix de pétrole entre 80/ 85 dollars. Le dinar étant corrélé à plus de 70% aux réserves de change, il s’ensuit que détérioration des termes de l’échange de l’Algérie a entraîné une dépréciation nominale importante  du dinar et que l’inflation (incluant les produits subventionnés) a été évalué en avril 2047 à 6,1% Avec la diminution des réserves de change, la banque d’Algérie sera contrainte de continuer à dévaluer le dinar pour couvrir artificiellement le déficit budgétaire, l’emprunt obligataire concernant la sphère informelle ayant un résultat mitigé comme je l’ai analysé dans plusieurs contributions tout en ayant contribué à assécher les liquidités bancaires, avec le risque du recours à l’émission monétaire de la banque d’Algérie, donc un risque inflationniste. . A moins de 20 milliards de dollars de réserve de change, sous l’hypothèse d’une non dynamisation des sections rente, d’un cours de pétrole à prix constant, 33% des recettes de Sonatrach provenant du gaz, dont le prix de cession sera encore plus bas avec la fin des contrats à moyen/long terme, le dinar officiel pourrait se  coter à plus de 150/160 dinars un euro en 2019/2020 et le parallèle s’orientant vers 200/250 dinars un euro. Précisons depuis, 1994/1995 à 2017, sa cotation fluctue entre une gestion administrative et une gestion répondant aux normes du FMI, puisque le dinar algérien n’est pas convertible. Le dinar algérien était coté en 1970 à 4,94 dinars un dollar- 1980 à 5,03 dinars un dollar- 1995 à 47,68 dinars un dollar, suite au rééchelonnement, et le 22 aout 2017 à 129,50 dinars un euro avec un cours sur le marché parallèle qui fluctue entre 189/193 dinars un euro. Dès lors réflexe naturel de tout agent économique, les ménages ou opérateurs privés se réfugieront dans l’achat d’immobiliers, de devises fortes, ou de  l’or.

3.-Dès lors que faire ?  D’une manière générale, à la lumière de toutes les expériences mondiales, il ne peut y avoir aucun développement durable sans une bonne gouvernance  et  la revalorisation du savoir. Comment ne pas rappeler que les grands économistes classiques ont montré que le fondement de la création de plus value est le travail et l’intelligence, devant tenir compte en ce XXIème siècle de la quatrième révolution économique irréversible entre 2020/2030, avec l’avènement de la société de l’information , le monde étant devenu une maison de verre avec la révolution des télécommunications – Internet et de l’économie de la connaissance qui impose à l’économie algérienne (État et entreprises) tant son adaptation qu’une surveillance active de son environnement national et international . Le défi futur est d’avoir une vision stratégique qui fait cruellement défaut donc s’inscrivant  dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux, sa place naturelle étant  dans l’espace africain et  méditerranéen. Force est de constater qu’au moment où les entreprises mondiales , grandes et PMI/PME s’organisent en réseaux, correspondant à une phase historique où l’entreprise, se concentrant  sur ses métiers de base en externalisant bon nombre d’activités secondaires, où l’industrie manufacturière connaît une crise rarement égalée au niveau mondial, l’Algérie continue de fonctionner sur des schémas du passé . On ne crée pas des emplois par des lois et décrets : c’est l’entreprise qui crée l’emploi. Or, Sonatrach ne créant pas d’emploi est déjà en sureffectifs. Pour créer trois millions d’emplois, il faudra un taux de croissance entre 2017/2020  minimum de  7/8% minimum par an,  loin des actions de distribution de salaires fictifs au nom de la solidarité ou des milliers de jeunes s’adonnent temporairement à désherber les routes ou à faire et refaire des trottoirs.  Les résultats des organismes chargés de l’emploi, ANDI l’ANSEJ autant que le CNAC,  sont mitigés malgré les nombreux avantages accordés. Avec une sortie de devises biens- services et transferts de capitaux de 60 milliards de dollars ( rentrée de devises  29,5 milliards de dollars) et entre 55/60 milliards de dollars fin 2017 avec des entrées en devises  de 32/33 milliards de dollars si le cours du baril se maintient entre 50/55 dollars malgré toutes les restrictions à l’importation. Pourtant, il  ne faut avoir une vision pessimiste. Il existe, pour l’Algérie,  des possibilités pour augmenter le taux de croissance du fait d’importantes potentialités, malgré la crise,  supposant une nouvelle gouvernance stratégique, des institutions et des entreprises S’impose une stratégie d’adaptation de la future politique du gouvernement. Les réserves de change ont été estimées à 56 milliards de dollars en 2005, 77,78 milliards en 2006, 110 milliards en 2007 à 138,35 milliards de dollars en 2008, à 147,2 milliards en 2009, à 157 milliards de dollars fin 2010 , 188,8 milliards de dollars en 2011, 190, 66 en 2012, 194 milliards de dollars en 2013, 179,9 milliards de dollars en 2014, 152 milliards de dollars fin 2015,114 milliards de dollars fin 2016 et 100 milliards de dollar fin juillet 2017 avec une dette extérieure inférieure à 5 milliards de dollars donnant  des marges de manœuvres au gouvernement pendant trois années pour engager une nouvelle politique réaliste, le monde subissant une profonde transformation,  loin des utopies du passé.

Quelle conclusion?  Je tiens à saluer le message du président de la république qui appelle à une mobilisation générale de toutes els forces sociales, politiques et économiques devant privilégier avant tout les intérêts supérieurs de l’Algérie face à la crise. Comme je l'annonçais à l'ex gouvernement au cours d'une conférence  au Club des Pins (Alger) le 28 novembre 2014,  l’Algérie reste encore une économie rentière  et  la baisse du cours des hydrocarbures sera de longue durée. Des stratégies d’adaptation deviennent urgentes, devant éviter l’illusion tant d’un modèle de consommation énergétique  linéaire. que des modèles périmés des années 1970/1980 reposant sur le matériel (mécanique)  et du fameux slogan quant le bâtiment va tout va alors que nous sommes à l’aube de la quatrième révolution économique 2020/2030/8040 ou domineront l’immatériel et  l’intelligence artificielle  ( voir le dernier rapport 2016 de  World Economic Forum « « The Impact of the Fourth Industrial Revolution»). Il faut impérativement  recadrer le débat, éviter les utopies du passé et s’adapter au nouveau monde, par un langage de vérité  et de s’attaquer  à l’essence et non aux apparences. Comme je l’ai démontré récemment dans un long interview au quotidien Américain American Herald Tribune  du 28/12/2016  et  au  quotidien financier français La Tribune  FR du 07 mai 2017, je tiens à considérer que la stabilité de l’Algérie, acteur stratégique  de la stabilité de toute la région, qui ne saurait signifier statut quo,  mais mener des réformes dans un mouvement historique positif, est un passage obligé vers la reconquête de notre cohésion nationale et la construction d´un front intérieur solide et durable en faveur des réformes politiques et socio-économiques face aux enjeux des nouvelles mutations mondiales dans les domaines militaires, sécuritaires, politiques, économiques, sociales  et culturelles  dont le pivot est la bonne gouvernance  et la réforme de l´école tenant compte du fondement du développement ère du XXIe siècle basée sur le savoir.    L’objectif stratégique doit concilier la modernité et notre  authenticité, l’efficacité économique et une profonde justice sociale si l’on veut à terme éviter la marginalisation de l’Algérie au sein de la société mondiale avec d’importances incidences géostratégiques.

 ademmebtoul@gmail.com

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