Algérie : Les défis géostratégiques, sécuritaires et économiques à l'horizon 2020/2030

Algérie : Les défis géostratégiques, sécuritaires et économiques à l'horizon 2020/2030
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 31 Juillet 2018 | 16:00

 En attendant qu’un processus démocratique tenant compte de notre authenticité se mettent en place  seule solution pour le devenir de l'Algérie,  deux institutions en 2018 garantissent la sécurité nationale : l’ANP , toutes les forces de sécurité, la seule force organisée,  devant éviter de l’impliquer dans les conflits politiques et  sur le plan économique, Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach et encore pour bien longtemps, procurant directement et indirectement 98% des recettes en devises. Faute de vision stratégique de la transformation du nouveau monde, et nouveaux mécanismes qui régissent  la production et le commerce international en perpétuelle évolution,  ( concurrence et dominance de l’intelligence artificielle entre 2020/2030), toutes   les rencontres nationales et internationales sur les exportations hors hydrocarbures ( de l’activisme)  ont  eu des résultats très mitigés.  Pour preuve on annonce récemment des exportations de ciment ou de textile en tonnes sans jamais donner la valeur réelle  monétaire des entrées nettes en devises pour l’Algérie ( balance devises)  eu égard à l’investissement réalisé. Des potentialités de sortie de crise existent  car en ce mois de fin juillet 2018, l’Algérie n’est pas au bord de l’effondrement contrairement aux vues de sinistrose. Mais il faut  être réaliste et ne pas verser dans la démagogie. La situation pourrait prendre une autre dimension et s’aggraver sans un changement sérieux dans le système de gouvernance s'adaptant tant aux nouvelles mutations  internes et mondiales. 

1.-Le nombre de partis approche selon certaines sources les 60, souvent avec des alliances contre nature alors que dans les pays démocratiques, ces alliances se font par affinité idéologique et sur un programme clair. Aussi, excepté une dizaine, le reste manifeste sa présence d’une manière formelle et ostentatoire lors des élections meublant le vide, impuissant presque toujours à agir sur le cours des choses et à formuler clairement les préoccupations et les aspirations de la société réelle. En raison des crises internes qui les secouent périodiquement, du discrédit qui frappent la majorité d’entre elles, de la défiance nourrie à leur égard et à l’endroit du militantisme partisan, les formations politiques actuelles ont une faible capacité aujourd’hui de faire un travail de mobilisation et d’encadrement efficient, de contribuer significativement à la socialisation politique et donc d’apporter une contribution efficace à l’œuvre de redressement national. Aussi,  la question stratégique est la suivante : Ira-t-on vers un réel changement salutaire en réorganisant la société, du fait des bouleversements géostratégiques mondiaux annoncés entre 2018/2030, ou simplement du replâtrage différant les tensions sociales inévitables à terme grâce à la distribution passive de la rente. Ce sont là des raisons suffisamment importantes pour envisager sérieusement de réorganiser le système partisan pour qu’il puisse remplir la fonction qui est la sienne dans tout système politique démocratique. D’où l’urgence de sa restructuration loin des injonctions administratives. En effet, le discrédit qui frappe les formations politiques doit laisser la place à des formations crédibles non crées artificiellement supposant une appréciation objective du statut et du rôle qui doivent être les leurs dans une société qui ambitionne de rejoindre le rang des sociétés démocratiques et afin de mobiliser la société d’autant plus que pour les années à venir, les réformes différées pour une paix sociale fictive, transitoire, seront très douloureuses. 

2.-Quant à la société civile force est de constater qu’elle est éclatée y compris certaines confréries religieuses et certaines organisations syndicales  qui avec la désintégration sociale et une jeunesse parabolée ont de moins en moins d’impacts sur la société, contrairement à une vision du passé. Pour preuve, elles ont demandé aux dernières élections aux citoyens d’aller voter avec le résultat dérisoire  Comme pour les partis, excepté quelques unes  se manifestent, la majorité vivant du transfert de la rente et non sur la base des cotisations de leurs adhérents. C’est que la confusion qui prévaut actuellement dans le mouvement associatif national rend malaisée l’élaboration d’une stratégie visant à sa prise en charge et à sa mobilisation. Sa diversité, les courants politico-idéologiques qui la traverse et sa relation complexe à la société et à l’Etat ajoutent à cette confusion et rendent impératif une réflexion qui dépasse le simple cadre de cette contribution. En raison de la jeunesse très grande de la société civile, des conditions historiques qui ont présidé à sa naissance et des évènements tragiques qu’a connus notre pays et auxquels elle a été directement ou indirectement associée, la question qui touche à sa mobilisation doit être traitée avec une attention et une vigilance soutenues. Héritière, dans une certaine mesure, des anciennes organisations de masses du parti unique – puisqu’elle y puisera une partie substantielle de ses cadres et de ses militants – elle va littéralement exploser dans les tous premiers mois qui ont suivi l’avènement du multipartisme. Paradoxe : malgré un contexte sécuritaire particulièrement difficile et dissuasif, dans les années 1990, elle va connaître, à l’instar du système des partis, un développement intensif et débridé durant la décennie écoulée. Constituée dans la foulée des luttes politiques qui ont dominé les premières années de l’ouverture démocratique, elle reflétera les grandes fractures survenues dans le système politique national Ainsi la verra-t-on rapidement se scinder en quatre sociétés civiles fondamentalement différentes trois au niveau de la sphère réelle et une dominante dans la sphère informelle. Le plus gros segment, interlocuteur privilégié et souvent l’unique des pouvoir publics sont des sociétés civiles appendice du pouvoir se trouvant à la périphérie des partis du pouvoir où les responsables sont parfois députés, sénateurs, vivant en grande partie du transfert de la rente. Nous avons une société civile ancrée franchement dans la mouvance islamiste, certains segments étant l’appendice de partis islamiques légaux. Nous avons une société civile se réclamant de la mouvance démocratique, faiblement structurée, en dépit du nombre relativement important des associations qui la composent, et minée par des contradictions en rapport, entre autres, avec la question du leadership. Pour ces trois premières société civiles, leurs impacts pour le taux de participation aux dernières élections locales et législatives, malgré leur adhésion, a été relativement faible. Et enfin nous avons une société civile informelle, inorganisée, totalement atomisée qui est de loin la plus active et la plus importante avec des codifications précises formant un maillage dense. Sans l’intégration intelligente de la sphère informelle, non par des mesures bureaucratiques autoritaires, mais par l’implication de la société elle même, il ne faut pas compter sur une réelle dynamisation de la société civile. Car lorsqu’un Etat veut imposer ses propres règles déconnectées par rapport aux pratiques sociales, la société, enfante ses propres règles qui lui permettent de fonctionner avec ses propres organisations. La dynamisation de la société civile afin d’en faire un instrument efficace d’encadrement de forces vives et un levier puissant de leur mobilisation en vue de leur implication active dans la société n’a de chance de réussir que si le mouvement associatif qui le compose ne soit pas au service d’ambitions personnelles inavouables et parfois douteuses. Pour preuve de cette déconnexion des partis et de la société civile des préoccupations des citoyens la cartographie sociale des dernières élections législatives est inquiétante.

3.Je ne saurais trop insister sur l’urgence d’un Etat de droit, avec l’implication des citoyens à travers la société civile, une véritable opposition sur le plan politique, une véritable indépendance de la justice, tout cela accompagné par un renouveau de la gouvernance au niveau global afin de délimiter clairement les responsabilités. Du fait des ajustements sociaux douloureux à venir, j’insiste depuis de longues années  sur la mobilisation de tous les acteurs politiques, sociaux et économiques qui  devient impérative autour d’un large front national, devant privilégier uniquement les intérêts supérieurs de l’AlgérieLe 04 mai 2017, pour le   taux de participation global aux élections législatives,  le Conseil constitutionnel a relevé dans un communiqué, que le taux de participation s'était établi à 35,37%, avec 8.225.223 votants sur 23.251.503 électeurs inscrits, alors que les suffrages exprimés s'élèvent à 6.468.180, tandis que les bulletins nuls sont de 1.757.043. Cela  donnant plus de 70%  des inscrits qui ne font pas confiance à la classe politique  contre environ 65% en 2012. Le taux de participation est faible devant tenir compte dans   les calculs également  de la population réelle en âge de voter,  donc de ceux qui ne se sont pas inscrits. L’on  doit en  tirer toutes les  conséquences et surtout agir pour remédier au divorce Etat-citoyens par l'implication de la société civile  Il y va de la crédibilité nationale et internationale de l'Algérie.  Il existe des lois universelles  tout monopole politique, social et économique est source  de surcouts et d’inefficacité. La concurrence dans les domaines  politiques (contrepoids politiques) social (pluralité  à syndicale, développement des associations nationales et locales avec la  participation de la femme signe de la vitalité  de toue société)  et économique permet le développement multidimensionnel de  toute société   conciliant   efficacité économique et justice sociale par  une participation citoyenne. En Algérie, existent   des liens dialectiques  entre la logique rentière,  le monopole politique, social  et économique avec l’extension  de la sphère informelle (monopoleurs informels notamment dans la sphère marchande. Personne n’a le monopole du nationalisme,   l’Algérie étant appelée à évoluer au sein d’ne économie ouverte  et  donc  éviter d’être assisté, en exigeant des transferts de rente. Mais attention aux désinformations. L’économie de marché ne saurait signifier la fin de l’Etat. Bien au contraire.  L’Etat doit concilier les couts sociaux et les couts privés, et jouer  un rôle important dans les orientations stratégiques mais ne substituant jamais aux opérateurs publics ou privés et ce en levant les contraintes d’environnement et donc de le rendre plus efficient. Car la création de richesses permet d’accroitre  la fiscalité source du fonctionnement  de l’Etat.  C’est que la conception passée sur une superposition forte entre secteur public, entreprise publique, monopole, activité limitée du territoire national doit faire place à l’efficacité de gestion, à la concurrence. La nouvelle politique socio- économique en Algérie devra être marquée en ce début du XXI ème  siècle par l’innovation, mais également éviter qu’une économie qui produit la richesse ne détruise les liens sociaux dans un univers où la plupart des structures d’encadrements, (familles, religion, syndicats) sont faibles surtout en Algérie où bon nombre d’organisations sont des appendices bureaucratiques sans impacts de mobilisation , monnayant leurs soutiens contre une fraction de la rente pétrolière et gazière. L’étatisme à outrance – en cas de malaise social, cristallise le mécontentement populaire sur le pouvoir d’Etat et aboutit à un affrontement direct entre la puissance publique et l’opinion sans qu’intervienne la moindre médiation. En fait, l’objectif stratégique est de redonner confiance à la population algérienne en instaurant un Etat de Droit, base du retour â la confiance passant par des actions concrètes de luttes contre la corruption, le favoritisme, le régionalisme, les relations de clientèles occultes qui ont remplacé les relations contractuelles transparentes, l’application de la règle de Piter qui fait que l’on gravite dans la hiérarchie en fonction de sa servitude et de son degré d’incompétence. Aussi, la dynamisation  du secteur privé  est tributaire  d’une politique socio-économique cohérente, plus de visibilité dans la démarche du gouvernement  évitant les replâtrages  conjoncturels  et le changement perpétuel de cadres juridiques. Cela implique la mise en place de mécanismes nouveaux dans le domaine politique, économique et social afin de lier l’efficacité économique, loin de tout monopole public ou privé, et l’équité pour garantir la cohésion sociale, loin de tout populisme. 

En résumé, le cours tant du pétrole que du gaz conventionnel sur le marché international, échappant à la décision interne sera déterminant pour la couverture des besoins économiques et  sociaux. Les plus hautes autorités   doivent analyser avec lucidité les perspectives de l’économie algérienne  en fonction des contraintes internes et externes et ne plus naviguer à vue si elles veulent éviter l’épuisement des réserves de change horizon 2022 et le retour au FMI. La mobilisation de tous devient nécessaire impliquant le retour à la confiance Etat-citoyens, car tout pouvoir a besoin à la fois du soutien de la population  et d ‘une opposition crédible, organisée avec des propositions productives pour se corriger, devant l’associer dans les grandes décisions qui engagent l’avenir du pays et non d’une opposition soucieuse du partage de la  rente à travers l’attribution de postes de ministres. L’Algérie a besoin pour éviter la léthargie et la stérilité que tous ses enfants dans leur diversité, par la tolérance des idées d’autrui, se regroupent au sein d’un même objectif à savoir le développement économique et social tenant compte de la dure réalité mondiale où toute Nation qui n’avance pas recule forcément. En bref, les Algériens veulent vivre leurs différences dans la communion et non dans la confrontation. L’Algérie qui traverse une phase cruciale de son histoire a besoin qu’un regard critique et juste soit posé sur sa situation sur ce qui a déjà été accompli et sur ce qu’il s’agit d’accomplir encore au profit exclusif d’une patrie qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d’une même ambition et d’une même espérance : un développement harmonieux conciliant efficacité économique et une profonde justice sociale -ademmebtoul@gmail.com

Références

NB- cette contribution est une réactualisation de l’ouvrage d’une brulante actualité réalisé sous ma direction «  l’Algérie face aux défis de la mondialisation 2 volumes 500 pages Casbah Editions Alger 2005 regroupant -juristes-politologues- sociologues et économistes. Ce thème a été débattu lors d’une conférence à l’Ecole nationale d’Administration Alger- 2007. Et par la suite  le  23 avril 2017 , à l’émission « l’Invité de la rédaction de la chaine »  pour y commenter le modèle de croissance économique Algérie ainsi que l’interview  du /27  avril  2017   du professeur Abderrahmane Mebtoul chaine 3 de la  radio Algérienne    sur le rôle des parlements dans le monde  et le cas Algérie dont  les résultats des élections législatives du 04 mai 2017.

-Voir toutes nos contributions l'éclairage du Pr Abderrahmane Mebtoul sur le site www.algerie1.com ('2016/2018)

Dr Abderrahmane Mebtoul à El  Moudjahid plusieurs interventions : « élaborer une stratégie compatible avec la situation actuelle »26 aout 2017  -Révision de la loi sur les hydrocarbures : Les Cinq propositions du Pr Abderrahmane Mebtoul 04 mars 2018  - M. Abderrahmane Mebtoul, Expert International : « Nécessité de dynamiser le système financier national » 29 mai 2018 - M. Abderrahmane Mebtoul, expert international, à propos du ciblage des subventions : « Une Chambre nationale de compensation indépendante est nécessaire » 07 juillet 2018

.-Sous le   haut  patronage  de  sonExcellence  Monsieur  le  président  de  la  République 1er CONGRES  SUR  LA SECURITE ENERGETIQUE – SECURITE  ALIMENTAIRE  ET  LA  PROBLEMATIQUE  DE  L’EAU  EN ALGERIE DU 01 AU 03 AVRIL   2018-CIC Alger- 2.-Face aux nouvelles mutations énergétiques mondiales :pour un nouveau mangement stratégique  le 19 avril 2018  Professeur des universités, expert international, sous  le Haut Parrainage de son Excellence,  Monsieur le Président de la République des 11è-me journées du JST   de Sonatrach  Oran du 16 au 19 avril  2018  - 3.-L’Algérie face aux trafics et au terrorisme   au niveau de la  région sahélienne Ministère de la défense nationale -Institut  de Documentation, d’Evaluation et  de  Prospective trafic des frontières et la sécurité au Sahel sous le patronage de Monsieur Ahmed GAID SALAH  vice ministre de la défense nationale, chef d’Etat major de l’ANP.- 4--Etude du professeur Abderrahmane MEBTOUL  parue à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI Paris France) » la coopération Maghreb Europe face aux enjeux géostratégiques » (novembre 2011)- chapitre III- « la stratégie de l’OTAN face aux enjeux géostratégiques en Méditerranée » 

-Egalement sur la géostratégie Intervention du professeur Abderrahmane Mebtoul à l’invitation de « L’Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique (ARGA) » constituée d’importants acteurs africains et non africains)), qui a organisé une grande rencontre internationale entre le 26/30 janvier 2014 sur le thème « l’Afrique doit réinventer son économie », « face aux enjeux géostratégiques, le développement et la sécurité de l’Afrique doivent se fonder sur l’Etat de Droit et la bonne gouvernance ».   Intervention du Professeur Abderrahmane Mebtoul invité d’honneur du Professeur Jean-Pierre Chevènement, président de l’Association Algérie-France et de la fondation Res Publica qui a organisé une rencontre avec d’importantes personnalités des deux rives de la Méditerranée en partenariat avec l‘Union européenne le 17 février 2014 à Paris sur le thème : « Face aux enjeux géostratégiques pour un co-partenariat entre le Maghreb et l’Europe, facteur de stabilité de la région ». - Pr Abderrahmane Mebtoul « l'Algérie a un répit de seulement trois ans pour changer de cap » quotidien international financier français latribune.fr  19 /09 2017- American Herald Tribune 28/12 2016- « Bilan 193/2015 et perspectives de l’économie algérienne horizon 2020/2030- ((dossier de 45 pages) sous le titre toute déstabilisation de l'Algérie aurait des répercussions géostratégiques sur tout l'espace méditerranéen et africain »  -Voir contributions sur les contraintes de financement de l’économie algérienne  du Pr A. Mebtoul  au niveau international en anglais site Mena Forum(Bruxelles-Londres) « How to Energize the Algiers Bourse ? » by Dr A. Mebtoul | May  2018-

Contribution au quotidien chaab 12 janvier 2018 sur  les défis de l’Algérie 2030
يومية الشعب الجزائرية - آفـــاق الجزائـر 2018 / 2020 / 2025

 


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