20ème Tripartite le 06 mars 2017 à Annaba

20ème Tripartite le 06 mars 2017 à Annaba
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 22 Février 2017 | 10:26

20ème Tripartite  le 06 mars 2017 à Annaba : le dialogue social doit tenir  compte de la métamorphose du monde, afin de   favoriser une économie hors hydrocarbures concurrentielle.    

Je tiens d’abord vivement à remercier Monsieur  le Premier ministre, Mr  Abdelmalek Sellal,  de m’avoir invité en tant qu’expert indépendant à la  20ème Tripartite (gouvernement, syndicats et patronat) qui se tiendra à Annaba le 06 mars 2017. Elle    fait  suite à la 19ème et certainement  sera consacrée, grâce au dialogue social, à l'étude des moyens de dynamiser et d'améliorer l'économie nationale   dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau modèle économique 2017-2020. Il s’agira de déboucher sur des actions concrètes afin de réhabiliter la bonne gouvernance, l’économie de la connaissance et l’entreprise créatrice de richesses, publiques et privées locales/internationales  comme le stipule la nouvelle Constitution, sans distinction, face à un cours des hydrocarbures faible qui risque de durer dans le temps

1.-Le monde a profondément changé avec la révolution des télécommunications et Internet  nécessitant également de changer notre mode de pensée  et les critères de dialogue social liés au mode de représentativité utilisés aujourd’hui qui  sont peu adaptés à la réalité actuelle. Lorsqu’un pouvoir agit bureaucratiquement, sans concertation réelle, sans tenir compte de la réelle composante sociale et de la nouvelle transformation du monde , la société enfante ses propres règles qui lui permettent de fonctionner en dehors de l’Etat officiel, qui a force de Droit par des règles informelles du fait que  sphère informelle représente  plus de 50% de la superficie économique ce qui  se traduit alors par un divorce  Etat/citoyens.   Les deux critères traditionnels, activité du syndicat en termes d’ampleur et d’efficacité d’une part, et influence du syndicat d’autre part, c’est-à-dire sa capacité à mobiliser les salariés,  n’ont pas permis de surmonter les difficultés. Aussi, il s’agit  de s’adapter aux nouvelles technologies pour initier un nouveau dialogue  et de fonder la représentativité syndicale sur le seul critère de l’élection et  l’audience électorale doit devenir le critère incontournable de la représentativité.  Une meilleure représentativité passe par un choix entre représentation uniforme et représentation multiple. Cette révision des règles de représentativité doit s’accompagner d’une transparence accrue en matière de financement et de certification des comptes des fédérations et confédérations patronales.  L’objectif  est de renvoyer l’essentiel des décisions sociales à la négociation en modernisant les règles de représentativité et de financement  des organisations syndicales et patronales et de  faire de la négociation collective le moyen privilégié de la transformation du droit du travail et de la maîtrise des évolutions  socio-économiques des entreprises. Le dialogue est la seule voie pour trouver un véritable consensus, ce qui ne signifie nullement unanimisme, signe de décadence de toute société afin d’anticiper tout conflit préjudiciable aux intérêts supérieurs du pays avec des coûts faramineux. Pour une meilleure représentativité, les organisations patronales privées doivent avoir un cadre unifié et inclure d’autres organisations non présentes, parfois plus représentatives. Pour paraphraser le langage militaire qui différencie tactiques et stratégie, le gouvernement, et c’est sa mission essentielle, est d’agir sur la conjoncture à partir d’une vison stratégique et non de tactiques conjoncturelles.

2.- Le gouvernement doit éviter quatre écueils s’il veut apporter des solutions positives face à la crise financière que traverse le pays et susciter l’adhésion à la nécessaire nouvelle politique économique.

Premièrement, . Pour un véritable dialogue social, il serait souhaitable de convier d’autres organisations syndicales autonomes avec lesquelles notamment les ministres du Travail, de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Santé sont déjà en contacts permanents. C’est que l’environnement économique et social algérien a profondément changé, car d’autres forces sociales et économiques sont apparues depuis, devant en tenir compte, faute de quoi cela s’apparenterait à un monologue du pouvoir avec lui-même, sans impact pour la résolution concrète des problèmes économiques et sociaux. Reconnaissons toutefois que le gouvernement ne peut pas inviter toutes les organisations syndicales qui doivent se regrouper pour avoir du poids ainsi que toutes les organisations patronales. Lors de la 19ème Tripartie  une initiative positive du  gouvernement qui  a invité  d’autres organisations syndicales agréées et des experts indépendants, un pas important pour mieux cerner la morphologie sociale et économique.

Deuxièmement, le gouvernement doit se démarquer d’une vision culturelle largement dépassée des années 1970, tant sur le plan politique, économique qu’en matière diplomatique. Nous sommes en 2017 avec des mutations géostratégiques considérables entre 2017/2020/2030 qui préfigurent de profonds bouleversements géostratégiques.

Troisièmement, éviter que la Tripartite soit un lieu de redistribution de la rente (parts de marché et avantages divers supportés par le Trésor public de ceux présents via la dépense publique) en fonction d’intérêts étroits.

Quatrièmement, on ne relance pas l’activité économique par décret ou des lois d’investissement sans objectifs stratégiques et une nette volonté politique, (combien de codes d’investissement depuis l’indépendance politique) ou par le volontarisme étatique, vision de la mentalité bureaucratique rentière. C’est l’entreprise libérée de toutes les contraintes d’environnement (la liberté d’entreprendre avec un  rôle stratégique à l’Etat régulateur fort, mais fort  de sa moralité), et son fondement, le savoir, au sein d’une économie de plus en plus mondialisée à travers des stratégies de segments de filières internationalisées que l’Algérie peut créer une économie productive à forte valeur ajoutée. L’on ne doit pas, en ce XXIe siècle avoir une vison matérielle, (l’ère strictement   mécanique  étant dépassée) mais inscrire l’ensemble des segments économiques industrie/agriculture/tourisme, y compris la culture, tenant compte des nouvelles technologies qui révolutionnent tant le management politique qu’économique, au sein de nouvelles filières qui s’internationalisent de plus en plus, étant à l’ère de la mondialisation qui est une réalité concrète et non une utopie.

3.- Le tissu industriel algérien, sur lequel  le  gouvernement souhaite fonder la relance économique est en réalité insignifiant : environ  83% de la superficie économique  est constituée de petits commerce/services, la sphère informelle notamment marchande accaparant plus de 50% de la superficie économique et le secteur industriel pèse moins de 5% du produit intérieur brut (PIB). Les entreprises publiques en majorité sont empêtrées dans de graves difficultés financières et managériales. Plus de 95 %  des entreprises sont  des PMI/PME, à majorité à organisations familiales personnelles ou de petites Sarl selon les  données  du registre du commerce (plus de 96%), les sociétés par actions étant presque nulles, ne maîtrisant pas le management stratégique, éprouvant d’énormes difficultés à se maintenir en vie, souvent endettés vis-à-vis des banques. Tout en reconnaissant l’émergence récente de véritables entreprenants, mais soumis à d’innombrables contraintes bureaucratiques. Il faudrait plus de deux millions de PMI/PME concurrentielles en termes de couts/qualité dans le cadre des valeurs internationales. Dans ce cadre, force est de constater que les différentes Tripartite depuis plus de  deux décennies  ont apporté peu d’éclaircissements et de solutions opérationnelles sur la stratégie de développement à moyen et long terme de l’Algérie. Toujours 98% d’exportation directement et indirectement (via la dépense publique) provenant des hydrocarbures dont 3% de dérivées et 70% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15% provient de l’extérieur. Les entreprises privées contribuent à moins de 1% des exportations totales en devises. La raison principe est l’environnement contraignant du monde des affaires, bureaucratie, système financier, système socio-éducatif et le foncier qui entravent la liberté d’entreprendre. Le développement dans la majorité des pays développés repose sur les PMI-PME, selon les déclarations officielles tant européennes qu’américaines, la règle des 49/51% est l’obstacle majeur pour un partenariat gagnant-gagnant  avec les opérateurs locaux des PMI-PME. Cette règle qui peut être appliquée aux segments stratégiques, qu’il s‘agit de définir et faire un bilan objectif de cette règle instaurée depuis 2009, mais généralisée, l’Algérie supporte tous les surcoûts et permet, sous un faux discours nationaliste, en fait pour  sauvegarder des intérêts de rente. Aussi, espérons des solutions opérationnelles lors  de la prochaine Tripartie, devant  privilégier les réformes structurelles dans un  cadre d’objectifs stratégiques datés, loin  des discours et des luttes pour le partage  de la rente  qui ne peut que conduire, avec la baisse du cours des hydrocarbures, qui sera de longue durée, au suicide collectif.  Aussi, en cas de non réorientation de la politique économique actuelle fondée sur l’économie de la connaissance et l’entreprise, devant démystifier l’entreprise privée nationale et internationale, encouragée même en Chine et la Russie, fondateurs du communisme, les réserves de change après l’épuisement du  fonds de régulation des recettes risquent de tendre vers zéro vers 2018/2019. Face à cette situation socio-économique,  au -delà de l’État, l’ensemble des acteurs de la société  doit être mobilisé si l’Algérie veut renouer avec une croissance durable hors hydrocarbures. Mais cela suppose la conjugaison de différents facteurs avec un dénominateur commun, le développement DES LIBERTES: dédioboliser le secteur privé créateur de richesses ainsi que le secteur d’Etat performant,  développer le savoir et le gout du risque et introduire des innovations technologiques sans cesse actualisés, le combat contre toute forme de monopole néfaste, une concurrence efficace, un système financier rénové capable d’attirer du capital et  une ouverture à l’étranger. Ces réformes passent fondamentalement  par une démocratie vivante, une stabilité des règles juridiques et l’équité, les politiques parleront de justice sociale. 

4.- C’est que L’Algérie possède d’importantes potentialités de sortie de crise comme je viens de le  souligner dans une contribution parue  un grand quotidien financier  français la Tribune.Fr en date du 19 février 2017. Contrairement aux discours de sinistrose, l’Algérie n’est pas en faillite,(réserves de change au 31/12/2016 de 114 milliards de dollars e une dette extérieure inférieure à 4 milliards de dollars) , tout en reconnaissant qu’elle traverse une situation difficile.  Elle peut  réussir  sa transition économique  dans un délai raisonnable,  le monde ne nous attendant pas et toute Nation qui n’avance pas recule forcément. Retarder les réformes ne peut que conduire à la désintégration lente, à l’appauvrissement, une perte de confiance en l’avenir puisqu’ avec l’épuisement  de la rente des hydrocarbures.  L’Algérie n’aura plus alors les moyens de  préparer ces réformes et vivra sous l’emprise de la peur, voyant partout des menaces où les autres voient des chances. Pour s’inscrire dans la croissance mondiale, l’Algérie  doit d’abord mettre en place une véritable économie de la connaissance, faciliter la concurrence, la création par la mise en place de moyens modernes de financement, revoir le code de travail conciliant flexibilité et sécurité, favoriser l’épanouissement de nouveaux secteurs clés, dont  le numérique, la santé, la biotechnologie, les industries de l’environnement, les services à la personne avec le vieillissement de la population. Pour mener à bien ces réformes, l’État et les collectivités locales doivent être très largement réformés. A ce titre, lors de différents conseil des ministres, il a été recommandé que les membres du gouvernement et l’ensemble des pouvoirs publics doivent utiliser le nouveau système de communication, tenir un langage de vérité  et expliquer davantage à la population la gravité de la conjoncture financière que traverse notre pays ainsi que le caractère unique au monde des  dépenses publiques d’investissements et des subventions et transferts sociaux. Car c’est grâce à une parfaite compréhension de la situation que le  peuple algérien adhérera aux efforts nécessaires pour préserver l’indépendance de décision économique du pays, laquelle est indispensable à la poursuite d’une politique conforme à nos valeurs de justice sociale réelle et de solidarité nationale effective. Pour réaliser ces objectifs nobles, personne n’ayant le monopole du nationalisme, un minimum de consensus social, ne signifiant nullement unanimisme signe de la décadence de toute  société, est fondamental surtout en ces moments de grands bouleversements géostratégiques  au niveau de la région qui devrait  inciter non pas au statut quo mais à plus de réformes structurelles. A ce titre, je me désole avec de nombreux amis, hommes politiques responsables tant dans le pouvoir que dans l’opposition, entrepreneurs privés et publics, intellectuels, de toutes les régions du pays, Est-Centre-Sud Ouest, de voir des querelles étalées en plein jour, sans débats productifs, mais tournant autour de discours malsains avec des attaques personnalisées, qu’on aurait pu éviter tant par le dialogue, outil privilégié de la bonne gouvernance, portant un large préjudice tant à l’économie qu’à l’image de l’Algérie qui a besoin de rassembler et non de diviser autour d’un large Front National tenant compte des différentes sensibilités. En  bref,  Loin des méthodes  des années 1970/1990 périmées, le mode de  dialogue politique, économique  et social doit tenir  compte de la métamorphose du monde ,qui est devenu une maison de verre, ave les  réseaux sociaux,  s’il veut avoir un réel impact. 


ademmebtoul@gmail.com

 

(1) Membre du conseil scientifique du Forum mondial du développement durable, le Professeur Abderrahmane Mebtoul expert international  lors de la rencontre de sa 15ème session présentera une contribution à Paris  le 13 mars 2017 sur le thème- «  Face à la quatrième révolution économique mondiale 2017/2030, quelle transition énergétique pour l'Algérie » . Parallèlement lors de l'importante rencontre sur les assises industrielles qui regroupera opérateurs et experts  avec une prévision de 2000 participants , qui se tiendra  à la salle des conférences Club des Pins Alger les 28/29 mars 2017, il donner aune conférence sur le thème «  Face à la   nouvelle révolution technologique mondiale , comment  développer le tissu industriel  en Algérie  à travers   la dynamisation des PMI/PME » 


- voir interview du professeur Abderrahmane Mebtoul " réunion de la tripartie à Annaba -les vertus du dialogue social comme solution à la crise  in ChoroukTV  21/02/2017 -20h30

Voir tous les articles de l'éclairage éco