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Algérie/Économie : une nouvelle gouvernance pour éviter les déclarations utopiques et la cacophonie

01-05-2021 15:54  Pr Abderrahmane Mebtoul

«Pas de bonne économie sans vraie démocratie» (Pr, Sen, A.K., Prix Nobel d’économie)

Avec l’ère d’internet où le monde est devenu une grande maison de verre, la Cité ne peut plus être gérée comme par le passé. La  bonne gouvernance fondée sur la moralisation doit être la priorité des gouvernants. Pour le cas Algérie, il ne faut pas être utopique, sans bonne gouvernance induisant la moralisation surtout des dirigeants qui doivent donner l'exemple par un langage de vérité, et la stabilité politique, l’on ne peut parler de développement entre /2020/2025, tous les discours  étant des slogans politiques auxquels la population algérienne n'y croit plus. 

1.  L’effritement du système d’information et  des déclarations contradictoires nuisant à la crédibilité interne/externe de l’Algérie

Sans être exhaustif, la coordination faisant cruellement défaut, un pilotage à vue, constatant malheureusement que cela s’applique à bien d’autres secteurs, comme celui de la santé où existent des discours contradictoires entre les différents membres du conseil  scientifique, celui du ministère de la santé et des industries pharmaceutiques, malgré les directives du président de la république, n’ayant pas à ce jour le bilan des vaccinations première et deuxième dose, les déclarations des responsables tant du Ministère du commerce, des finances sur une appréciation du dinar et la maitrise de l’inflation, alors que la Banque d’Algérie fin avril 2021, continue de déprécier le dinar et que les marchés connaissent une inflation sans précédent, du ministère de l’agriculture sur une augmentation des exportations agricoles de plus de 1,1 milliard de dollars en 2020 ( les statistiques douanières donnent pour 2020 environ 350 millions de dollars), du Ministère de l’Energie et de la direction générale de Sonatrach sur l’augmentation des exportations, indiquant que « le  groupe Sonatrach a pu réaliser un chiffre d'affaires de 6,8 mds dollars durant le premier trimestre de l'année en cours avec une production de l'ordre de 46,7 millions tonnes équivalent pétrole (TEP) dont 24 millions tonnes destinées à l'export, alors que le reste est dédié à la consommation locale ».

Les statistiques toujours douanières donnant fin avril 2021 un autre montant beaucoup plus faibleComme s’impose une précision du  ministre des Finances, qui a déclaré le 29 avril 2021, que les crédits bancaires accordés par les établissements financiers en 2020, s’élevaient à 9500 milliards de dinars ( 73 milliards de dollars), que 75% de ces crédits ont été destinés pour le financement des investissements, soit 54,80 milliards de dollars, montant énorme, sans préciser la structure, les destinataires ni la part devises et la part dinars,  montant qui est en contradiction avec le taux de croissance négatif de moins de 6% en 2020 avec une prévision de 2,3% en 2021. Le  28 avril 2021 un organisme public chargé de répertorier les importations et exportations, les statistiques douanières, repris par l’APS donne des éclairages  sur la structure des exportations , démontrant  des discours en déphasage par rapport à la réalité et de  l’urgence d’un organisme indépendant de l’exécutif  chargé de l’information statistique, afin d’éviter  les données contradictoires et les manipulations des données qui nuisent  tant à la cohérence de la politique socio-économique qu’à l’attrait  de l’investissement national et étranger qui exige  une visibilité. Les déclarations précédentes viennent d’être contredites par un organe officiel relevant de de l’Etat à savoir les statistiques douanières du 28 avril 2021. Ainsi pour les deux premiers mois de 2021, janvier et février 2021, le montant global des exportations de l’Algérie a atteint 4,3 milliards de dollars (USD), dont, 3,898 milliards de dollars hydrocarbures malgré un cours ayant fluctué entre 62/66 dollars le Brent. Nous avons 402 millions USD hors hydrocarbures, une légère augmentation par rapport aux deux premiers mois de 2020 où le montant était de 339 millions USD. Mais une analyse structurelle fait ressortir que  les engrais représentent 33,1 % du montant global des exportations hors hydrocarbures suivis par les produits chimiques inorganiques pour  17,0 %  et  6,7 % pour le  fer et l’acier  soit au total 56,8% pour un montant de 2,283 milliards  de dollars,  , 19,8% étant réalisés par l’exportation d’autres produits que les statistiques ne définissent pas.  Concernant l’agriculture dont bon nombre d’inputs sont importés en devises, le cas  de la pénurie  d’aliment de bétail pour le poulet ayant été une exemple frappant ,  le  sucre et les préparations à base de sucre et de miel représentent  16,2% et les fruits et légumes 7,1% soit au total  23,3%  donnant  99 millions de dollars.   

Les exportations ont donc connu une régression de 22,7% par rapport aux deux premiers mois  de 2020 où l’économie mondiale a connu une crise inégalée  où le montant  était de 5,6 milliards USD. La raison est que selon les organisations patronales entre 50/70% % de l’appareil productif, selon les secteurs, est en léthargie et que la structure productive du pays  n’a pas changé, les entraves bureaucratiques freinant toujours l’investissement productif. Cela    rend presque impossible  les extrapolations d’exportation de 5 milliards de dollars entre 2021/2022 comme je l’ai mis en relief  l’interview donnée au quotidien El Khabar le 27 avril 2021. En effet, si on prend la même tendance  nous aurons une  valeur des exportations fin 2021  de 25,8 milliards de dollars dont les  hydrocarbures 23,4 milliards pour les hydrocarbures  et contrairement à ce qu’ a avancé le ministre  de l’agriculture  lors de son audition par le Sénat , pour le segment fruits et légumes nous aurons 305 millions de dollars   et  le secteur agricole  dans sa globalité  un montant de 600 millions de dollars en 2021, presque le même qu’entre 2018/2020.  Précisons que  les données précédentes ne concernent que la balance commerciale alors que le document significatif est la balance des paiements  incluant les sorties de devises des services  qui ont fluctué entre 10/11 milliards de dollars par  an entre 2010/2019  accroissant les tensions financières , l’Algérie possédant pas à ce jour de véritables bureaux d’études pluridisciplinaires complexes, renvoyant à l’exode de cerveaux  où une dernière enquête internationale d’avril 2021 est inquiétante, plus de 80% des compétences désirant s’expatrier. Comment dès lors asseoir une économie diversifiée, souvent pour  les nominations  ayant  privilégié le régionalisme et  les relations de clientèles au lieu des compétences.  Comme les années passées   les hydrocarbures avec les dérivées  en 2021  et certainement en 2022, représenteront encore  environ 98% des recettes en devises du pays.

2.-Manque de cohérence  et  changement  perpétuel de cadre juridique

Il est important  d’éviter les promesses utopiques, cette cacophonie devant cesser,   face aux tensions géostratégiques et budgétaires avec la baisse drastique des réserves de change qui   risquent de terminer à  environ 20 milliards de dollars fin 2021,  de vives tensions sociales, d’un discours de vérité impliquant une vision stratégique fondée   sur une nouvelle gouvernance ( lutte contre la corruption et la mauvaise gestion), la valorisation de l’économie de la connaissance et la nécessaire cohésion sociale par un sacrifice partagé face à la spirale inflationniste qui induit la  détérioration du pouvoir d’achat , si l‘on veut un cadre social apaisé et  dynamiser les segments hors rente.  Depuis l’indépendance politique à nos jours, l’économie algérienne a connu différentes formes d’organisation des entreprises publiques. Avant 1965, la forme d’autogestion était privilégiée ; de 1965 à 1980, nous avons de grandes sociétés nationales et de 1980 à 1988, nous assistons à une première restructuration découpant les grandes sociétés nationales. Comme conséquence de la crise de 1986 qui a vu le cours du pétrole s’effondrer, des réformes timides sont entamées en 1988 : l’Etat crée 8 fonds de participation qui étaient chargés de gérer les portefeuilles de l’Etat. Comme conséquence de la cessation de paiement en 1994 (avec le rééchelonnement), en 1996, l ‘Etat crée 11 holdings en plus des 5 régionaux avec un Conseil national des privatisations ; en 2000, nous assistons à leur fusion en 5 Mega- holdings et la suppression du Conseil national des privatisations ; en 2001, nouvelle organisation et l’on crée 28 sociétés de gestions des participation de l’Etat (SGP) en plus des grandes entreprises considérées comme stratégiques et en 2004, ces SGP sont regroupées en 11 et 4 régionaux. Lors de différents Conseils de gouvernements tenus durant toute l’année 2007, une nouvelle organisation est proposée par le ministère de la Promotion de l’Investissement, ( les deux grandes sociétés hydrocarbures Sonatrach et Sonelgaz, régies par des lois spécifiques n’étant pas concerné), articulée autour de quatre grands segments : des sociétés de développement économique qui relèvent de la gestion exclusive de l’Etat gestionnaire ; des sociétés de promotion et de développement en favorisant le partenariat avec le secteur privé international et national ; des sociétés de participation de l’Etat appelées à être privatisées à terme ; et enfin, une société chargée de la liquidation des entreprises structurellement déficitaires. Courant février 2008, cette proposition d’organisation, qui n’a pas fait l’unanimité au sein du gouvernement et certainement au niveau de différentes sphères du pouvoir, est abandonnée. Une commission  est créée pour déterminer l’organisation du secteur public économique entre 2011/2016  avec des groupes industriels et entre 2017/2020 aucun éclaircissement  sur  l’avenir du secteur public dont des segments sont nécessité des dizaines de milliards de dollars d’assainissement ,  plus de 70% étant revenus à la case de départ, montrant que ce n’est pas uniquement une question de capital-argent. Ces changements d’organisation périodiques démobilisent les cadres du secteur économique public, et même les investisseurs locaux et étrangers montrant clairement la dominance de la démarche administrative et bureaucratique au détriment de la démarche opérationnelle économique assistant à un gaspillage des ressources financières et à un renforcement de la dynamique rentière et bloque tout transfert de technologie. Cela renvoie  notamment à la sphère politique décisionnelle où les enjeux futurs étant essentiellement économiques, base de tout pouvoir, et comme dans tous les pays en transition la société algérienne se trouve naturellement confrontée à deux tendances lourdes, avec au milieu une majorité « le marais » qui ne comprend pas les enjeux, qui seront entre 2021/2030 essentiellement économiques, entre les acteurs défavorables et les acteurs favorables aux réformes. Aussi, la tendance rentière consiste à gérer le dossier des réformes selon une vision bureaucratique à partir d’injonctions administratives reposant sur des relais administratifs – le bureau, nécessaire dans toute société, mais à la différence des pays développés analysés par Max weber, étant nocif produisant la sphère informelle et  la  corruption.  Le bilan dressé à partir des documents officiels, largement diffusés, montre les limites de cette démarche qui ne peut que conduire à un échec programmé, du fait que, pour masquer cet échec, l’on vote encore des lois ,vision juridique administrative , souvent loin du  fonctionnement de la société, produisant la sphère informelle ,  et  des replâtrages organisationnels ,au  moment où les entreprises grandes et PMI/PME au niveau mondial s’organisent en réseaux maitrisant les hautes technologies.

Quelle conclusion?  Des politiques d’adaptation s’imposent tenant compte tant des mutations internes que mondiales étant à l’aube de la quatrième révolution économique mondiale qui préfigure un bouleversement mondial. Force est de reconnaître en ce mois de fin avril  2021, malgré toutes ses potentialités, et elles sont énormes, la prédominance de la rente des hydrocarbures qui irrigue toute l’économie et le corps social : Sonatrach, c’est l’Algérie et l’Algérie, c’est SonatrachSur le plan géostratégique, la  région du sahel connait  un véritable bouleversement géostratégique sans précédent  sans compter les nouvelles reconfigurations   au Moyent, en Afrique  et dans d’autres contrées du monde. L’Algérie devrait connaitre de vives tensions budgétaires entre 2021/2022 avec le risque de l’épuisement des réserves de change , d’où l’urgence un Front social interne solide, tenant compte des différentes sensibilités, grâce à un dialogue productif pour relever les défis du nouveau monde, surtout revaloriser les compétences humaines, richesse bien plus importante que toutes les réserves d’hydrocarbures.  Concilier l’efficacité économique et une profonde justice sociale dans le cadre d’une économie ouverte, la maîtrise du temps étant le principal défi des gouvernants au XXIème siècle, constitue en fin de parcours, le défi principal de l’Algérie, entre 2021/2030. Le passage de l’Etat de « soutien contre la rente » à l’Etat de droit « basé sur le travail et l’intelligence » est un pari politique majeur car il implique tout simplement un nouveau contrat social et un nouveau contrat politique entre la Nation et l’Etat, posant la problématique de la refondation de l’Etat. Cependant, l’Etat de droit,  n’est pas un Etat fonctionnaire, qui gère un consensus de conjoncture, mais un Etat fonctionnel qui fonde son autorité à partir d’une certaine philosophie du droit d’un côté, et à partir d’une assimilation consciente des besoins présents de la communauté et d’une vision future de ses perspectives. 

ademmebtoul@gmail.com

Abderrahmane MEBTOUL, auteur de 20 ouvrages et de plus de 700 conférences nationales et internationales- haut magistrat premier conseiller, directeur général des études économiques la Cour des comptes 1980/1983- Président du Conseil  national des privatisations 1996/1999- directeur d’Etudes Industrie-Energie 1974/1979-1990/1995-2000/2007- 2013/2015 - Docteur d’Etat  en  Sciences Economiques (1974- ) diplômé  d’expertise comptable de l’Institut supérieur de Gestion de Lille , membre de plusieurs organisations internationales Europe -USA expert au Conseil Economique et Social CNES 1995/2007 – 

Références -Intervention du Pr Mebtoul colloque international  « Réseaux sociaux au Maghreb et au Moyen-Orient: quel impact sur les transitions politiques dans la région » les 28/29 janvier 2020 IMDEP/MDN au Cercle National de l’Armée, Beni Messous – Alger,  « L’Algérie face à la quatrième révolution mondiale : maitriser les nouvelles technologies,  facteur déterminant de  la  sécurité collective  et  du développement ».  Voir l’audit réalisée sous ma direction assisté de 15 experts tous algériens pour le Premier Ministère (10 volumes 890 pages) , en  janvier 2014 avec    19 propositions   rentrant dans le cadre de la nouvelle stratégie du développement socio-économique,   où chaque  proposition a fait l’objet d’une étude particulière par les experts,  résolutions  mis  dans un placard qui n’ont pas  été appliquées que certains redécouvrent  actuellement., en  2021.

Proposition 1 : les axes stratégiques des nouvelles mutations mondiales. -Proposition 2 : Etat de droit, instituons démocratiques et société participative.- Proposition 3 : réorganisation des institutions gouvernementales et locales fondé sur une réelle décentralisation autour de grands poles régionaux - Proposition 4 : axes pour l’amélioration de  l’efficacité des politiques publiques et   la dépense publique dont l’habitat et les infrastructures -. Proposition 5 : création de technopoles- décentralisation par de grands pôles régionaux et nouvelle politique industrielle tenant compte des besoins du marché intérieur et pour l’exportation des filières  internationalisées.- Proposition 6 : lutte contre la bureaucratie : intégrer la sphère informelle et réorganiser les corps de l’Etat. Proposition 7 : contrôle transparent- adaptation au droit international et allègement des procédures administratives – Proposition 8 : revoir la gestion des caisses de sécurité sociale conciliant système par répartition et système par capitalisation, équité et efficacité.- Propositions 9 : mise à niveau ciblé pour dynamiser le tissu productif en déclin par les  nouvelles technologies et encourager   entrepreneuriat féminin. -Propositions 10 : Les huit mesures pour dynamiser les PMI/PME.- Proposition 11 – l’économie de la connaissance pilier du développement .- Proposition 12 :  les axes de la transition énergétique de l’Algérie,.    Proposition 13 : dynamiser l’agriculture liée à une nouvelle politique de l’eau , le tourisme intimement lié à l’artisanat.- Proposition 14 : création d’entreprises à partir du recyclage des déchets.- Propositions 15: création d’une industrie de médicament.-  Proposition 16 : actions pour dynamiser le système financier et la Bourse d’Alger et différents modes de financement ( finance classique, finance islamique, micro- crédits) .- Proposition  17: dynamiser des instituions stratégiques en léthargie, la Conseil  Economique et social, le Conseil national de l’Energie, la Cour des comptes et le Conseil de la concurrence.- Proposition 18: revoir le fonctionnement de notre diplomatie pour l’adapter à l’environnement internet et international.-  Proposition 19 : adapter notre système de défense/sécurité aux nouveaux enjeux géostratégiques : tensions régionales  et   cybercriminalité.



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