L’Andalousie, terre du Vivre Ensemble : Séminaire et congrès international organisés par l'ONG AISA à Murcie

L’Andalousie, terre du Vivre Ensemble : Séminaire et congrès international organisés par l'ONG AISA à Murcie
Par Khidr Ali | 06 Janvier 2019 | 10:46

À l’occasion du 800e anniversaire du grand maître spirituel soufi Abu al-Abbas al Mûrsi (1219-1281) natif de la ville de Murcia (Espagne), l’ONG Association Internationale Soufie Alawwiyya (AISA), a organisé dans cette même ville les 30 et 31 décembre 2018,  un Congrès international intitulé : « L’ANDALOUSIE, TERRE DU VIVRE ENSEMBLE : ENTRE MYTHE ET RÉALITÉ ».

En préambule de ce congrès, un séminaire destiné exclusivement aux jeunes de 14 à 21 ans a débuté à partir du 26 décembre jusqu'au 29 décembre inclus.

Ce congrès annuel, organisé sous l’égide du Cheikh Khaled Bentounès, président d'honneur de l'ONG Internationale AISA et guide spirituel de la Tariqa Alawiyya et initiateur de la Journée Internationale du Vivre Ensemble en Paix, adoptée à l'unanimité des 193 pays constituant l'Organisation des Nations-Unies (ONU), a été l’occasion de revisiter l’histoire - encore trop peu connue du jeune public - du Vivre Ensemble en terre d’Andalousie médiévale.

Ateliers, conférences et débats se sont succédés autour d'un thème central : le Vivre ensemble en paix. Il s'agissait également de retracer l’histoire et connaître la vie des enfants célèbres de cette terre andalouse, ouvrir un débat sur l’histoire sur les pratiques interreligieuses et interculturelles qui prévalaient à l’époque. En effet, au-delà de sa simple expression, souvent galvaudée de nos jours, le Vivre Ensemble entre les diverses communautés culturelles et cultuelles andalouses a été une réalité concrète, riche d’enseignements, durant de nombreux siècles.

"Ce regard sur l'histoire peut nous aider dans le monde, aujourd’hui en pleine mutation, à surmonter les crises identitaires, sociétales, migratoires, qui risquent d’aggraver et de nourrir les antagonismes, facteurs de violence et générateurs de peurs" soulignera le Cheikh Khaled Bentounès.

La transmission de ce patrimoine historique et culturel aux jeunes générations en particulier "s’avère indispensable dans une époque dominée par des discours idéologiques de tous bords, incitant à la violence et au rejet de l’autre. Elle leur permet de raviver l’esprit et les modalités concrètes du Vivre Ensemble andalou et de puiser, dans ces références historiques, leurs propres inspirations et solutions citoyennes pour aller de l’avant et construire un monde meilleur" ajoute Cheikh Bentounes..

Et d'indiquer que "Ce temps de réflexion fraternel partagé fortifiera la conviction de toutes celles et tous ceux qui veulent œuvrer ensemble à la réconciliation de la famille humaine et à la promotion de la culture de paix".

Un séminaire ouvert à la jeunesse 

AISA ONG Internationale, qui a placé la thématique du Vivre Ensemble au cœur des séminaires interactifs qu’elle propose aux jeunes âgés de 14 à 21 ans, vise à promouvoir la Culture de Paix auprès d’une jeunesse souvent en perte de repères et/ou en quête de sens. En effet, ce séminaire a permis d’échanger pour apprendre à se connaître, à respecter l’autre dans ses différences, et à "construire un avenir commun les uns avec les autres, et non pas les uns contre les autres" pour reprendre la célèbre formule du Cheikh Khaled Bentounès.

Au travers de conférences, ateliers de travail, tables rondes, expositions et temps d’échanges basés sur l’outil du Cercle d’éveil aux Vertus et aux Qualités, les organisateurs ont offert à chaque participant-e la possibilité de réfléchir sur la place qui lui revient dans la société.

L’atelier « Andalousie ou l’islam européen » a retracé l’histoire de l’Andalousie, qui devint, sous le règne arabo-musulman, un haut lieu de culture, de savoir et de cohabitation pacifique, au sein de toute l’Europe médiévale. Il a mis en lumière les principes et les valeurs propres à cet âge d’or du multiculturalisme et de la tolérance religieuse, qui permit aux juifs, chrétiens et musulmans de vivre en bonne harmonie. Cet atelier a permis d'encourager les jeunes à s’approprier, voire à s’investir dans l’étude de cet héritage andalou, pour réfléchir et bâtir un Vivre Ensemble adapté à leur réalité de terrain, où se côtoient aujourd’hui diverses communautés, religieuses comme non religieuses.

L’atelier « Médias, communication et le message du Vivre Ensemble » a, quant à lui, permis de comprendre le monde moderne des médias et les techniques qu’il recèle pour mieux communiquer sur la promotion du Vivre Ensemble en Paix. Il encourage à délaisser le rôle passif de consommateur de l’information, au profit d’un rôle citoyen proactif et responsable, en invitant à être attentif et vigilant à l’égard des informations reçues et à discerner l’information respectueuse d’une éthique exigeante de celle des « fake news » et des théories du complot.

Inauguration de la Maison de la Paix

Le jeudi 27 décembre 2018, Cheikh Khaled Bentounès, accompagné des congressistes, et des Fokaras (disciples) de Roldan, près de Murcia, a inauguré Dar Assalam (la Maison de la Paix).

Pour l'occasion, dans la joie et la bonne humeur, des arbustes ont été plantés par les présents tout autour de cette zaouia des foqaras de la région de Murcie.

Ce qui a fait dire au Cheikh Bentounès que "Le hasard a voulu que c’est dans cet endroit-là, dans cette humble demeure où nous sommes aujourd’hui, qui nous rappelle qu’il fut un temps où cette terre d’Andalousie, cette terre d’Espagne a donné naissance à des hommes de haute spiritualité, de haute humanité, qui ont construit ou su construire, édifier une société du vivre ensemble avant l’heure, composée de la diversité des religions, des traditions et des cultures, et que cette société a bel et bien vécu pendant des siècles.

"La vérité c’est que l’humanité est une, et que tous les hommes sont frères par Adam et Eve, frères et sœurs, dans l’ensemble de ce que la terre peut porter d’êtres humains. Alors agissons, travaillons, cultivons cette Culture de Paix dans notre cœur, dans nos consciences et à travers nos enfants".

Visite culturelle guidée au Palais de l’Alhambra (Grenade)

Une visite guidée du mythique Palais de Alhambra ( Grenade) a permis aux quelque 300 personnes qui se sont déplacées dans trois bus, de découvrir « al-Qal’a Al-Hamrā » (la forteresse rouge). En effet, l'Alhambra est une ville fortifiée, ou medina, qui occupe la majeure partie de la colline La Sabika. La Grenade musulmane avait son propre système de fortification; ainsi l’Alhambra pouvait fonctionner de manière autonome par rapport à la ville. Tous les services nécessaires pour la population résidente s’y trouvaient : le Palais royal, mosquées, écoles, ateliers... La visite était édifiante à plus d'un titre. 

Dans les allées de l'hôtel Gavionas qui a accueilli les 540 congressistes avec l'autre hôtel Delfines, des oeuvres calligraphiques d’Attef DELLA, artiste syrien, réfugié à Mostaganem (Algérie), ont été exposés à l'occasion. Ces œuvres ont été ensuite vendues au profit des réfugiés syriens.

Dans le hall de l'hotel Gavionas une exposition intitulée « Lettres du sud de al-Andalus » du Centro Andaluz de las lettras, Junta de Andalucia, a attiré l'attention des présents en sens qu'elle retrace la vie dans l'Andalousie musulmane.

Durant ce Congrès, le groupe El Amel  (Espoir), de l’école de musique traditionnelle de la Fondation méditerranéenne du développement durable « Djanatu al Arif » à Mostaganem (Algérie), a animé la soirée du 30 décembre. Durant plus de deux heures l'ensemble El Amel, conciliant le chant à la musique a bercé les présents dans ce genre musical né en Andalousie, au XIe siècle, où ce style connut son âge d’or. Le Maghreb en est aujourd’hui l’héritier, principalement dans les grandes cités telles qu’Alger, Constantine, Tlemcen, Tétouan, Fès ou Tunis.

Le Congrès international les 30 et 31 décembre 2018 

La restitution, en séance plénière, des travaux des ateliers interactifs et du reportage, réalisé par les jeunes, sur la visite de l’Alhambra, a eu lieu le 30 décembre 2018.

Des tables rondes et des conférences ont ponctué le programme de ces deux dernières journées. Celles-ci ont porté  sur les thèmes suivants :

- « Andalousie, terre du Vivre Ensemble »

- « Médiation et Vivre Ensemble » 
- « Pédagogie de la Culture de Paix » 
- « Le corps, unité du Vivre Ensemble » 

- « Abu al-Abbas al-Mûrsi et le Vivre Ensemble » 
- « Le Vivre Ensemble : de l’évènement à l’avènement ».

Diverses activités artistiques et culturelles (expositions, concert, ...) ont également été proposées au cours de ces deux journées.

Le Congrès s'est clôturée par une veillée spirituelle qui a réuni  les cœurs dans un moment de communion fraternelle pour terminer l’année 2018 et débuter l’année 2019 dans un esprit de paix, d’unité et porteur de voeux de réconciliation de la famille humaine.

Les ratés de l'ambassade d'Espagne à Alger

Nous terminons ce dossier malheureusement sur une fausse note. En effet, contrairement aux affirmations de l'ambassadeur d'Espagne en Algérie, les services consulaires basés à Alger et à Oran se sont montrés bizarrement très intransigeants vis à vis des demandes de visa pour les algériens membres de l'ONG internationale AISA. Non seulement ces services consulaires ont refusé de délivrer des visas à 150 demandeurs sur 223 mais ont eu une attitude humiliante envers les algériens en n'octroyant que 7 (sept) jours pour les demandeurs d'Alger et 15 (quinze) jours pour ceux d'Oran et qui plus est en notant que le visa ne concerne pas Shengen mais uniquement l'Espagne.

Des jeunes qui devaient participer avec leurs parents à ce Congrès international, se sont vus refuser le visa alors qu'il avait été accordé à leurs parents. Imaginer un peu la grande déception de ces enfants qui s'étaient préparés à participer au séminaire des jeunes. 40 jeunes ont vu ainsi leurs demandes rejetées. Aucune humanité, aucune faveur ni aucune prise en charge sérieuse de ce dossier alors que pour le congrès de l'année dernière à Cannes, les consulats français avaient accordé à l'ensemble des participants un visa Schengen d'une année. Le pire ce sont les assurances de l'ambassadeur, formulées lors de la béatification des martyrs catholiques à Oran le 8 décembre 2018, qui avait promis d'intervenir personnellement pour l'attribution de ces fameux visas. Il n'en a été rien puisque ses services consulaires ont été d'une extrême sévérité. Cette attitude de l'ambassadeur démontre d'une manière on ne peut plus clair que l'Islam de Paix n'est pas le bienvenu en Espagne, ce pays qui fut jadis une terre du Vivre Ensemble.

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