Benjamin Stora : les crimes contre l'humanité incluent les massacres de masse perpétrés en Algérie

 Benjamin Stora : les crimes contre l'humanité incluent les massacres de masse perpétrés en Algérie
Par Djamil Mesrer | 17 Février 2017 | 16:37

"Les crimes contre l’humanité incluent aussi bien des génocides comme la Shoah ou celui des Arméniens que des massacres de masse comme ceux qui ont été perpétrés en Afrique ou en Algérie", a précisé le spécialiste de l'histoire de la colonisation française, Benjamin store, dans une interview au quotidien français "Le Parisien", indiquant que cela fait longtemps que les historiens en ont apporté la preuve.

L'historien était interrogé par "Le Parisien" au lendemain des déclarations du candidat à l'élection présidentielle française, Emmanuel Macron lors de sa visite à Alger.

Deux millions de paysans déplacés

"(...) Cela fait très longtemps que les historiens ont apporté la preuve de massacres, de crimes, de tortures durant la longue période de la colonisation", a indiqué Benjamin Stora, rappelant qu'en 1959, Michel Rocard publiait un rapport concluant à des déplacements de 2 millions de paysans en Algérie.

Mais, relève l'historien, la France a construit un système juridique "qui fait qu'aucune plainte ne peut aboutir et que cette période ne peut être jugée", expliquant qu'en raison des lois d'amnistie votées dans les années 1960, "aucune plainte ne peut aboutir".

Pour lui, seules des poursuites devant des tribunaux internationaux "pourraient débloquer le processus".

Quasiment interdit d'évoquer les crimes de la France

Il a relevé qu'en France, "dès que l'on prononce les mots +crimes contre l'humanité+, le débat se clôt ou se politise", soulignant qu'il est "quasiment interdit" d'évoquer tout acte de violence commis par la France pendant la colonisation.

Il a indiqué, dans ce contexte, qu'en matière de colonisation, "la France a bâti un faux modèle républicain : elle a proclamé le principe d'égalité mais ne l'a que rarement mis en pratique", soutenant que la colonisation est devenue un "marqueur identitaire" comme l'esclavage pour les Noirs. "C'est une question historique aux conséquences politiques très vivaces", a-t-il conclu.

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