Rejetée par le peuple et les magistrats : présidentielle du 4 juillet, comment et avec qui ?

Rejetée par le peuple et les magistrats :  présidentielle du 4 juillet, comment et avec qui ?
Par Hakim Megatli | 14 Avril 2019 | 13:50

L’option d’une élection présidentielle pour le 4 juillet prochain conformément à la Constitution relève à priori de l’impossible ou presque.    

Rejeté massivement par le peuple vendredi dernier comme clé de sortie de crise, ce scrutin est déclaré hors la loi par les hommes… de loi. Lors d’un sit-in devant le ministère de la justice, les magistrats se sont engagés devant le peuple qu’ils ne superviseront pas les opérations électorales.

Comment alors organiser une élection présidentielle sans ce corps censé garantir la transparence et la légalité du processus électoral ?

Facteur aggravant, les présidents d’Assemblées communales issus de l’opposition sont en train de se concerter pour annoncer eux aussi le boycott de toutes les opérations y compris les inscription et radiations sur les listes.

De fait, l’on s’achemine droit vers une forme de «désobéissance institutionnelle » visant à désactiver concrètement l’option d’une élection présidentielle annoncée et assumée politiquement par le nouveau chef d’Etat par intérim et soutenu par le chef d’état-major de l’armée.

On voit mal en effet par quel moyen pourront-ils organiser un tel scrutin sans les administrations locales, sans les magistrats et par-dessus tout, sans le peuple.

Et ce n’est peut-être pas fini. D’autres secteurs directement concernés par l’organisation du scrutin risquent de rejoindre la protestation et mettre les nouveaux décideurs devant le fait accompli.

Pour cause, dans tout le pays, le départ des trois «B» est devenu une quatrième constante nationale.

Une élection sans… électeurs

Des voix s’élèvent même au sein des partis proches du pouvoir pour réclamer leurs têtes à l’instar du sénateur du PFLN,  Abdelouahed Benzaim qui vient d’adresser une lettre au président du Conseil constitutionnel  pour lui demander de présenter sa démission et permettre ainsi l’ouverture de nouvelles perspectives en vue  de dépasser l’impasse politique actuelle. 

 «Vous assumez une responsabilité politique et constitutionnelle dans un moment où l’Algérie traverse une grande crise politique. Le destin veut que vous soyez la clé qui permettra au peuple de retrouver sa sérénité », a écrit le jeune sénateur du parti FLN.

C’est-à-dire à quel point le maintien des trois «B» pèse sur le moral national et peut être (qu’à Dieu ne plaise) sur l’avenir du pays.

Le gouvernement de Noureddine Bedoui est lui aussi rejeté par le peuple. Les trois ministres (de l’intérieur, des ressources en eau et de l’habitat) qui avaient tenté samedi une échappée belle à Taghit à Béchar ont été copieusement «arrosés» par la jeunesse locale et l’ont échappé…belle, à coups de «dégagez !»

Et ce sera sûrement le même «accueil» qui sera réservé à n’importe quel ministre du cabinet de Bedoui et dans n’importe quelle ville du pays tant les algériens sont sur la même longueur d’ondes… de choc.

Jamais avec les trois «B»

Les nouveaux décideurs ne doivent donc pas tourner le dos au peuple qu’ils prétendent représenter au nom d’un juridisme pour le moins douteux.  

Gouverner c’est prévoir, et le chef de l’armée qui est de fait, le patron du pays à l’heure actuelle est fortement interpellé pour tirer rapidement la seule conclusion qui vaille : actionner le bouton rouge de l’article 7 qui rend la souveraineté au peuple et inviter les trois hommes responsables indésirables à déposer leurs démissions.

C’est comme cela, et comme cela seulement que la tension baissera et le pays reprendra sa quiétude en se mettant sur la voie du renouveau national.  

Il ne sert à rien de jouer sur les nerfs des algériens et entretenir une atmosphère crisogène qui risque de provoquer des dérapages incontrôlables.

Le chef d’état-major de l’armée qui ne cesse de mettre en garde contre le risque d’insécurité et d’instabilité qui pourrait profiter aux «ennemis étrangers» sait ce qu’il lui reste à faire pour éviter ce funeste présage.

Le peuple qui est dans la rue depuis le 22 février dans tout le pays, et les partis politiques qui l’invitent solennellement à déclencher le plan «dégage» contre les «indus occupants» des hautes institutions.

Le général Gaid Salah a le soutien populaire et politique mais aussi un exposé des motifs et des arguties juridiques permettant de sortir le pays de l’imbroglio constitutionnel dans lequel l’ancien président l’a mis.

Et plus vite ce sera fait mieux ce sera pour le pays qui doit faire face à des échéances qui supposent un gouvernement casse-cou qui va urgemment retrousser les manches pour «gérer», entre autres le mois de Ramadan et les examens de fin d’année.

La situation est très délicate pour se permettre de jouer la montre. Le pays n’a plus le temps et le peuple attend l’oracle… de Gaid Salah.

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