La presse féminine en Algérie loin du compte

La presse féminine en Algérie loin du compte
La Rédaction | 08 Mars 2011 | 14:27

Célébrée et choyée le 8 mars de chaque année, la femme algérienne n'en reste pas moins privée de supports médiatiques capables de défendre ses droits et de relayer ses choix et ses préoccupations. Malgré l'ouverture relative du champ médiatique depuis au moins deux décennies, différentes expériences éditoriales en faveur de la femme ont été avortées à l'état embryonnaire, relève-t-on dans les milieux spécialisés.

Une petite virée chez les buralistes de la capitale permet de constater que les publications locales consacrées à la femme se réduisent à trois revues exactement, deux d'expression française et un mensuel bilingue. Avec à la Une des portraits de femmes en vogue soutenus par de gros titres attractifs sur la mode, l'art et la décoration, l'éducation des enfants ou encore la sexualité, les rares périodiques féminins conçus en Algérie restent fondamentalement d'obédience jeune, c'est-à-dire branché sur tout ce qui est "tendance" du moment, sinon un tantinet "racoleurs".

Ces publications ouvrent leurs espaces à la femme citadine "moderne et indépendante" sans le moindre filet pour la femme rurale pourtant de plus en plus ouverte sur l'extérieur et sur le monde. Ahlam, journaliste au magazine "Ounoutha" (féminité) confirme et admet que la presse féminine "manque dans son agenda de référence claires à la cause de la femme" pour plus de liberté et d'égalité, et se résume souvent aux "thèmes en relation avec la mode, la haute couture ou la cuisine".

Les journaux féminins ciblent toutes les catégories d'âge, de 17 à 70 ans, et proposent différents thèmes pouvant intéresser chacune de ces catégories, se défend pour sa part, Manal Gheddab, rédactrice en chef de la version arabe de "Dzeriet", première revue mensuelle féminine en Algérie avec 50.000 exemplaires dans le deux langues. Dur métier La presse féminine a-t-elle les moyens de survivre aux conditions d'exercice du métier pas toujours favorables? Pour Nafissa Lahreche, ancienne responsable de la publication de la revue "Ounoutha" qui a cessé de paraître en 2008 faute de revenus publicitaires suffisants, il s'agit souvent pour ce genre de revues d'un "combat pour la survie".

Outre le manque de publicité, elle pointe du doigt les circuits de distribution et se demande si la dégradation du secteur de la distribution de la presse féminine en Algérie est due à "la mauvaise gestion ou à une méconnaissance des besoins du secteur". Contrairement aux revues spécialisées dans le sport, l'économie ou l'immobilier et aux quotidiens d'informations générales qui prolifèrent, la presse féminine souffre pour ainsi dire de plusieurs "vides" qu'il faudra un jour combler, soutient encore cet ancienne responsable de presse.

S'agissant de l'état de la presse féminine en Algérie par rapport à ses pairs arabes, Mme Lahrache pense qu'en Algérie, "les choses sont différentes de par la quantité, la qualité et la production" en raison d'un "manque d'intérêt pour ce type de presse" aussi bien de la part du lectorat potentiel que des centres de décision. "Il n'y a pas lieu de comparer avec le reste du monde arabe", assène-t-elle. Dans le monde arabe et plus précisément dans les pays du Golfe et du Maghreb (Tunisie et Maroc), plusieurs titres sont destinés à la femme et entrent même en concurrence du fait de l'importance des thèmes abordés.

Aussi, a-t-elle souligné, la plupart de ces publications relèvent-ils dans ces Etats de grands groupes de presse disposant de gros moyens financiers. Mme Lahrache souhaite une relance de ce segment médiatique en Algérie par des soutiens moraux et matériels aux investisseurs dans ce domaine, soulignant l'impératif de revoir la politique de distribution et de publication, y compris l'octroi rapide d'autorisations pour le lancement de nouvelles publication féminines. A ce sujet, il n'a pas été possible de connaître le nombre exact de dossiers déposés au niveau du ministère de la Communication pour l'obtention d'une autorisation de publication de nouveaux supports. "La question reste d'ordre administratif et il n'est pas question de dévoiler le nombre de demandes d'autorisation de parution tant qu'une décision définitive n'a pas été arrêtée pour chaque dossier", a-t-on répondu au ministère.

 

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