Crise politique : Gaid Salah veut un dialogue « avec les institutions de l’Etat »

Crise politique : Gaid Salah veut un dialogue « avec les institutions de l’Etat »
Par Nabil Semyane | 01 Mai 2019 | 14:40

Ahmed Gaid Salah multiplie la cadence de ses prises de parole publique, certainement pour mieux marteler son message, qui pour le moment, a bien du mal à passer la rampe.

Après son allocution de mardi, dans laquelle il défendait la tenue de la présidentielle « dans les meilleurs délais », comme solution raisonnable à la sortie de crise, l’homme fort du moment a remis le couvert en ce mercredi premier mai, dans un discours de la même veine que celui de la vieille, pour prôner les vertus du dialogue politique avec « les institutions de l’Etat ».

« Je demeure entièrement convaincu qu’adopter le dialogue constructif avec les institutions de l’Etat, est l’unique moyen pour sortir de la crise, étant conscient que le dialogue est l’un des moyens les plus civilisés et les plus nobles dans les relations humaines et la voie la plus judicieuse pour présenter des propositions constructives, rapprocher les points de vue et atteindre un consensus autour des solutions disponibles. », a-t-il défendu dans un discours prononcé à la cinquième région militaire

Mais de quelles institutions de l’Etat parle Ahmed Gaid Salah ? Si c’est de l’institution militaire  qu’il s’agit dans son propos, à la bonne heure, car il y a un très large consensus, voire même une unanimité quant au rôle qu'elle doit jouer dans l’accompagnement et l’encadrement du processus transitionnel.

Ce n’est pas trahir un secret d’état  de dire que l’ombre tutélaire de l’Armée a toujours pesé sur le jeu politique en Algérie, à plus forte raison durant les périodes de crises, comme celle que nous vivons actuellement, depuis la chute prévisible  de Bouteflika et sa smala.

Mais si le chef de l’Armée entend par institutions de l’Etat, la présidence de la République, et ça semble être le cas dans son discours, puisque il salue « l’adhésion de nombreuses personnalités et partis à l’idée de l’importance d’adopter le principe de dialogue, qui doit aboutir à des mécanismes raisonnables de sortie de crise. », c’est une autre paire de manche.

La majorité de la classe politique, les représentants de l’expression citoyenne  les universitaires, en écho aux revendications du peuple qui réclame le départ des deux autres « B »,  à savoir Bensalah et Bedoui, refuse  de s’inscrire dans l’agenda politique du pouvoir qui veut une élection présidentiel hic et nunc pour refiler la patate chaude au futur président de la République.

Les adversaires d’une présidentielle, à n’importe quel prix, avant l’expiration du mandat provisoire de Bensalah sont absolument fondés à soutenir le contraire étant donné l’impossibilité , voire même le risque potentiel d’une présidentielle avec le même dispositif juridique et administratif actuel, qui s’est soldé par le passé par des  parodiés électorales.

Gaid Salah a beau salué « l’adhésion de nombreuse personnalités et de partis » à la démarche qui a ses faveurs, force est de reconnaiîre que les personnalités dont il parle, s’il s’agit de celles reçues déjà par Bensalah, (Miloud Bahimi, Abdélaziz Bélaid, Belkacem Salahi, Filali ,Ghouni), ne sont pas représentatives.

« Notre insistance, à maintes reprises, quant à la pertinence de l’adoption de cette voie sage par toutes les franges de notre vaillant peuple, loin des intérêts personnels étroits, en faisant prévaloir les intérêts suprêmes de la Nation, est la preuve manifeste que nous veillons à la sécurité et la stabilité du pays et de son unité territoriale et populaire, notamment dans un contexte régional tendu. »

Le patron de l’Armée ne croit pas si bien dire en insistant sur cette « voie sage » par « toutes » les franges de notre vaillent peuple » , mais encore que ce franges qui défilent depuis dix vendredis voient leur parole porter au prés des instituions par des personnes crédibles et représentatives.

Il y a une vérité en politique : c’est qu’on ne  choisit pas ses interlocuteurs  pour engager un dialogue, le  tout est de créer un climat psychologique et politique  à un échange « pour aboutir à des mécanismes raisonnables de sortie de crise. », comme le souligne Gaid Salah.

Et pour le coup neutraliser également  ces « parties qui rejettent toutes les initiatives proposées, et œuvrent à semer les graines de la discorde en conformité avec leurs intérêts étroits et ceux de leurs commanditaires. »

Ce n’est pas faire montre de naïveté politique de reconnaître, avec le patron de l’Armée, que ces « parties », existent et œuvrent  faire déraper la révolution citoyenne.      

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