Arrestation des hommes d’affaires : les travailleurs doivent-ils payer ?

  Arrestation des hommes d’affaires : les travailleurs doivent-ils payer ?
Par Hakim Megatli | 10 Juin 2019 | 16:48

La grève déclenchée ce lundi par les chauffeurs des bus de transport universitaire appartenant à l’homme d’affaire, Mahiéddine Tahkout, mis sous mandat de dépôt dimanche, a gravement impacté les étudiants au point ou des examens de fin d’année ont été tout bonnement reportés dans plusieurs facultés !

Le fait est assez grave pour ne pas être souligné. La direction des œuvres sociales universitaires a d’ailleurs décidé de saisir en référé la justice pour dénoncer le groupe Tahkout ayant ainsi failli à ses obligations contractuelles.

Mais au-delà de cette intervention à posteriori, alors que les étudiants ont raté leurs examens du jour à cause de la grève des personnels du transporteur qui a le monopole de ce créneau juteux, se pose la question de la gestion des dossiers liés à la corruption.

Si la majorité des algériens qui battent le pavé depuis le 22 février a sûrement apprécié à sa juste valeur la traduction des hommes d’affaires et des responsables véreux devant la justice voire leur emprisonnement, il n’est pas sûr qu‘ils goûtent la façon dont cette opération «main propre» se fait.

Les cas d’Ali Haddad et de Mahiédine Tahkout laissent en effet craindre des dérapages.  

De gros risques de désintégration menacent le groupe ETRHB de l’ex patron du FCE incarcéré depuis 2 avril à la prison d’El Harrach pour une sombre histoire de double passeport.

Ses différents chantiers qui emploient des milliers de travailleurs sont au ralenti voire presque à l’arrêt dans les quatre coins du pays et les salaires n’ont pas été versés depuis quelques mois.

Des rassemblements sont régulièrement organisés par les malheureux travailleurs qui craignent de subir les dommages collatéraux maintenant que les commandes publiques sont réduites à néant.

De même que le groupe médiatique des frères Haddad subit de plein fouet l’emprisonnement de son patron Ali, et s’apprête à subir une cure d’amaigrissement avec la fermeture de la chaine Dzair news, le 25 juin prochain.

Pendant ce temps, la saignée des journalistes et des techniciens se poursuit au grand dam d’un personnel qui a la peur au ventre face à des lendemains incertains.

Last but not least, les deux journaux, Le Temps d’Algérie et Wakt al Jazair viennent pour la première d’être privés du moindre encart publicitaire de l’agence publique ANEP.

Le bébé et l’eau du bain…

Est-ce le résultat d’un simple manque d’annonceurs publics ou alors une mesure de rétorsion contre deux journaux qui ont le malheur d’appartenir à Ali Haddad aujourd’hui hors circuit et hors-jeu ?

Les journalistes et les techniciens ont toutes les raisons de s’inquiéter contre une probable volonté de réduire à néant tout le groupe médiatique pour lequel ils se sont sacrifiés pendant une dizaine d’années pour certains.

Le même constat vaut aussi pour le groupe de Tahkout dont la famille a été presque décimée par décision de justice.

Du coup, les managers des différentes filiales du groupe ne savent plus de quoi sera fait demain avec des milliers de travailleurs sur les bras.

Et ce n’est pas fini puisque on annonce que d’autres hommes d’affaires seraient prochainement coffrés et envoyés en taule.

Certes nul n’est au-dessus de la loi et que ces patrons de pacotille fabriqués de toutes pièces par le système Bouteflika et abreuvés copieusement à la mamelle du Trésor    public, doivent répondre de leurs actes anti économiques.   

Pour autant, la justice doit faire honnêtement son travail et ne pas céder à la tentation du règlement de compte auquel semblent s’apparenter ces arrestations spectaculaires.

Il faut surtout éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain. Les milliers d’employés de Haddad, Tahkout et d’autres, ainsi que leurs familles ne doivent pas payer les pots cassés.

L’Etat se doit d’être fort mais surtout juste, à fortiori dans le contexte actuel marqué par une impasse politique intégrale où la prise de décision n’est pour le moins que l’on puisse dire, pas au-dessus de tout soupçon.    

Il y va de la paix civile qui est censée être la seule vraie ligne rouge à ne pas franchir.

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