Annaba : Peur sur la ville

Annaba : Peur sur la ville
Par Khidr Ali | 29 Aout 2012 | 17:36

La ville de Annaba appelée la coquette a peur et fait peur. Depuis quelques jours, les familles Annabies se terrent chez elles, ne sortent que si c'est nécessaire, l'insécurité qui est une caractéristique de cette ville, semble être devenue la principale préoccupation des habitants depuis que des bandes de voyous terrorisent la population.

L'insécurité, la violence et son corollaire la délinquance sont devenues les  principaux sujets de conversations des Annabis. Nul n'est à l'abri, ni dans le chef lieu de wilaya, ni dans les quartiers périphériques comme Sidi Salem, El Bouni, Sidi Amar...

Les bagarres rangées entre voyous de quartiers rivaux, où une cinquantaine d'individus sont engagés dans chaque camp, sont des choses devenues banales. La dernière en date, qui a eu lieu la veille de l'Aid El Fitr, retient l'attention, parce qu' elle a été particulièrement sanglante puisque elle a causé la mort de trois d'entre-eux et occasionné une vingtaine de blessés.

Une autre bagarre, durant ce dernier Ramadhan, entre deux bandes s'est déplacée dans une mosquée à l'heure du Sobh où il a été constaté la mort par arme banche d'un fidèle et la blessure d'une dizaine d'autres. Les rixes sont devenues monnaie courante dans la rue, dans les bus, dans les taxis, les marchés, les places publiques...

Il y a quelques temps, une bande encagoulée avait créé une psychose dans la ville, en s'attaquant aux citoyens. Ceux qui ont eu affaire à ce gang ont raconté avoir vécu des moments cauchemardesques.

Les agressions des femmes et des jeunes filles ne se comptent plus, c'est la partie la plus faible de la population donc la plus vulnérable, bijoux, téléphones portables, sacs arrachés, le plus souvent sous la menace de couteaux de boucherie et de bombes lacrymogènes.

Retirer son argent relève de la témérité

Se rendre à la poste ou dans une banque pour un dépôt ou un retrait d’argent relève de la témérité parce que ce sont les lieux de prédilection des malfaiteurs qui n'hésiteront pas une seconde à vous poignarder sans l'ombre d'un remord. D'ailleurs les assassinats sont devenus légion, chaque jour une à deux personnes sont assassinées, le dernier en date est un jeune de 26 ans habitant le quartier des lauriers roses ( ne vous fiez pas au nom, c'est une hideuse cité) alors que les blessés arrivent tous les jours par dizaines dans les structures hospitalières où même les agents des hôpitaux et des centres de santé sont violentés par ces voyous.

Les citoyens sont agressés et dépouillés de leurs véhicules en plein jour et en pleine rue. Les appartements et les villas sont cambriolés alors que leurs occupants se trouvent à l'intérieur chez eux. Rien n’arrête ces malfrats, même pas les policiers qui sont attaqués dans leur commissariat, c'est dire que l'impunité a atteint des sommets.

Le dernier incident qui a secoué la ville et créé un traumatisme général, ce sont les "représailles" engagées par une cinquantaine d'individus à la suite de l'arrestation d'un des leurs, un délinquant notoire. Ses complices, armés jusqu'aux dents, de sabres, couteaux, barres de fer, gourdins, bombes lacrymogènes... venant de la vieille ville, dénommée Place d'Armes, ont déferlé sur le Cours de la Révolution (photo) situé en contre-bas.

Les dizaines de familles attablées à déguster des glaces, les fameux créponnets (sorbets), ont été agressées sauvagement, dépouillées de leurs sacs, bijoux, argent, montres, frappées, bousculées, blessées par les armes blanches dans une indescriptible cohue. Non contents de s'en prendre aux paisibles citoyens, ces voyous se sont acharnés sur les dizaines de véhicules en stationnement qu"ils ont saccagés dans un déchaînement de violence assez prévisible du reste tant l'impunité était grande. Un choc qu'ont subi ces familles sur la principale place de Annaba, connue dans tout le pays et même à l'étranger.

Ces mêmes voyous, après leur triste besogne se sont attaqués au commissariat de police de la deuxième sûreté urbaine pour...libérer leur complice.

1500 graciés retournent en prison depuis le 5 juillet

Il est vrai que depuis le 5 juillet, les prisons ont été grandes ouvertes suite à la grâce présidentielle qui a remis dans le circuit de la délinquance des milliers de criminels sans foi ni loi, prêts à vous trucider pour un dinar. D'ailleurs dans cette ville, jadis un havre de paix où il faisait bon vivre, les habitants fulminent contre le président de la république traité de tous les noms d'oiseaux à cause de ces grâces à répétition.

Pour rappel, depuis le 5 juillet dernier au 25 août, 1.500 graciés sont retournés en prison toutes wilayas confondues.

Les biens et les personnes ne sont plus protégés à Annaba, la ville est livrée à elle même, les forces de l'ordre se plaignent elles aussi d'un manque de moyens et d'effectifs et des lois trop procédurières qui font qu'aussitot arrêtés les délinquant sont aussitot relâchés. Même dans les prétoires, les voyous sont sans peur ni crainte. Souvent, avec arrogance, ils s'en prennent aux magistrats, souvent des femmes, qu'ils insultent ou profèrent des menaces du genre, "nous savons où vous habitez" !

Des camps de travail

De toutes les façons, ces malfrats n'ont aucune appréhension d'aller ou de retourner en prison. Dès qu'ils sont en milieu carcéral, (la plus part des prisons se situent en centre ville ou pas loin),  leurs familles leur concoctent les meilleurs plats, les meilleurs gâteaux, leur remettent de l'argent pour se procurer en prison tout ce qu'ils veulent grâce aux différentes complicités,  téléphones portables, drogue, cigarettes, télévision etc...Tant que l'Etat choie, bichonne, cajole,  dorlote et gâte ses "invités" il n'y a aucune raison pour que ces voyous reviennent à de meilleurs sentiments.

Tant que l'idée de construire des camps de travail, dans le Sahara et dans les hauts plateaux, ne se concrétise pas, là où ces marginaux se doivent de réapprendre à se réinsérer par le TRAVAIL (routes, barrages, reboisement etc...), il n'y aura aucun espoir d'une reprise en main de la sécurité des biens et des personnes dans notre pays. Tant qu'aussi que le président de la république continue à déverser, tous les six mois, ces hordes de voyous sur la société, ce problème de l'insécurité ira en s'aggravant et nous aurons dans quelque temps des quartiers entiers et des villes entières qui ne seront plus accessibles aux forces de sécurité comme au Brésil, où les favelas sont contrôlées par des gangs armés de fusils mitrailleurs, grenades, mines...

Mots-clés :
Catégories : Actualité Société A la une

Voir tous les articles de la catégorie 'Société'