Le jeûne permet-il de détoxifier l'organisme ?

Le jeûne permet-il de détoxifier l'organisme ?
La Rédaction | 07 Janvier 2017 | 12:49

Faire un jeûne est une pratique redevenue en vogue. Mais permet-elle vraiment de se détoxifier, de maigrir, d'être en meilleure santé ? On fait le point.

Cesser de s’alimenter pendant plusieurs heures ou jours : si l’idée n’est pas nouvelle – on jeûne depuis l’Antiquité pour différents motifs, sanitaire, spirituel ou religieux –, elle connaît aujourd’hui un regain d’intérêt, notamment au sein de la communauté scientifique. Ainsi, en France, certains nutritionnistes, comme les Drs Frédéric Saldmann et Jean-Michel Cohen recommandent le jeûne court (16 à 20 heures sans manger) et intermittent (une fois par semaine, quinzaine, ou mois...). Alors, est-il réellement intéressant d’offrir un break alimentaire à son corps ?

Le jeûne permet-il de détoxifier l'organisme ?

Dans le cas d'un jeûne court

« Se priver de nourriture durant 12 à 16 heures offre une pause bienfaisante à l’organisme, explique le Dr Frédéric Saldmann. Digérer nécessite, en effet, beaucoup d’énergie ! Un jeûne court laisse le temps aux organes digestifs de traiter et d’éliminer le contenu des repas précédents. Du coup, on se sent tout de suite plus léger et plus en forme, le teint s’éclaircit et les paramètres sanguins (glycémie, triglycérides...) s’améliorent. »

Autre bienfait : évacuer un éventuel excès d’eau dû à une surconsommation de sel, sans perturber profondément le fonctionnement de l’organisme : en l’absence de ravitail­lement énergétique, il utilise comme carburant le glucose présent dans le sang, puis celui stocké dans le foie sous forme de glycogène. Ces réserves lui permettent de tenir aisément une journée complète sans manger.

Dans le cas d'un jeûne prolongé

« Que l’on mange ou non, cela ne change rien au renouvellement cellulaire : l’organisme s’autorégénère en produisant chaque seconde des millions de cellules pour remplacer celles mortes ou usagées », explique le Pr Jean-François Toussaint, physiologiste à l’université Paris Descartes.

Concernant l’élimination des toxines émanant de l’environnement (additifs, pesticides, polluants aériens...), rien ne démontre l’efficacité d’un jeûne : « Ces indésirables sont mis en réserve par l’organisme dans le tissu adipeux, continue le Pr Toussaint. Il est peu probable que jeûner, même de manière prolongée, puisse les évacuer complètement. »

Loin d’être détoxifiante, une privation durable de nourriture peut, au contraire, favoriser la production et l’accumulation dans le sang de substances potentiellement toxiques : les corps cétoniques, fabriqués par le foie et les reins, que le cerveau utilise comme molécules de substitution au glucose dès le cinquième jour de jeûne.

Le jeûne permet-il de maigrir ?

Dans le cas d'un jeûne court

Les études existantes concernant la répétition de périodes courtes de privation de nourriture semblent montrer un réel effet sur le contrôle du poids et la lutte contre l’obésité.

« Le jeûne intermittent peut trouver sa place au sein d’une stratégie d’équilibre entre les apports et les dépenses énergétiques, souligne le physiologiste. Dans nos sociétés de surconsommation alimentaire, sauter régulièrement un ou deux repas peut servir non seulement à abaisser globalement le nombre de calories consommées mais aussi à réguler les différentes sécrétions hormonales agissant directement sur le stockage (insuline, hormones thyroïdiennes...) et les sensations de faim et de satiété (ghréline et leptine). De plus, durant un jeûne court, l’organisme mobilise beaucoup ses graisses (stockées dans le tissu adipeux), et non ses protéines (stockées dans les muscles), ce qui est l’effet recherché pour maigrir. »

Dans le cas d'un jeûne prolongé

Arrêter de manger durant plusieurs jours fait forcément perdre du poids, puisque l’organisme pioche dans le tissu adipeux afin de trouver l’énergie nécessaire à son fonctionnement. « Le jeûne long est même une stratégie utilisée à l’étranger de façon encadrée, dans certains hôpitaux, pour déclencher une perte de poids importante chez des personnes atteintes d’obésité morbide », explique le Dr Saldmann.

Mais, à long terme, cela s’avère contreproductif car, en plus d’utiliser ses graisses de réserve, le corps se sert dans ses muscles dont il transforme les protéines en énergie. En plus de déstocker du gras, on perd de la masse musculaire, alors même que cette dernière dépense de l’énergie pour se renouveler.

Mais ce n’est pas tout. « L’organisme se met en situation d’épargne : il se protège en abaissant ses dépenses énergétiques, notamment par la réduction des sécrétions hormonales thyroïdiennes », détaille Jean-François Toussaint. Du coup, tout ce que l’on va consommer après la période de jeûne prolongé va se retrouver plus facilement stocké. À moins de procéder à un rééquilibrage de l’alimentation, on reprend les kilos perdus, voire davantage. La nature reprend ainsi ses droits !

Le jeûne permet-il d'être en meilleure santé ?

Dans le cas d'un jeûne court

« Plusieurs publications consensuelles indiquent des effets significatifs sur la diminution du taux de CRP, un marqueur de l’inflammation, dit Frédéric Saldmann. Pratiqué régulièrement, le jeûne court et intermittent pourrait lutter contre de nombreuses maladies inflammatoires, comme l’asthme, les allergies ou les rhumatismes. »

Il aurait aussi un effet préventif sur le diabète, les pathologies cardiovasculaires et les cancers, dans la mesure où il contribue notamment à l’amaigrissement chez des populations en surpoids, dont on connaît l’impact néfaste sur la santé. Toutefois, la prudence s’impose. « Peu d’études existent et elles sont difficiles à mener, met en garde le Pr Toussaint. On ne peut, à l’heure actuelle, tirer aucune conclusion quant à l’effet du jeûne court dans la prise en charge des cancers. »

Dans le cas d'un jeûne prolongé

Passé les premières heures de jeûne, le fonctionnement de l’organisme est progressivement bouleversé : les filières énergétiques se modifient, certaines sécrétions hormonales s’effondrent. En dehors d’un certain bien-être psychologique, ces modifications ne semblent pas présenter d’intérêt pour la santé. « Et, contrairement à un jeûne court, celui de longue durée ne peut pas être pratiqué par intermittence, conclut le Dr Saldmann. Or, c’est en partie la répétition de périodes de jeûne qui en fait le bénéfice. »

Les dangers du jeûne prolongé

Si la pratique du jeûne encadré au sein d’une structure médicalisée semble peu dangereuse, de sérieux risques existent si elle se fait de façon indépendante. Le jeûne peut provoquer des maux de tête importants, des étourdissements, voire des malaises. Au-delà de deux semaines, il peut générer des anémies par carence en fer, des inflammations et fibroses au niveau hépatique et une dégradation du capital osseux. Plus grave, il peut entraîner des troubles du rythme cardiaque pouvant dans certains cas conduire au décès. Le jeûne prolongé est déconseillé chez les femmes enceintes ou allaitantes, les enfants ou ados, les personnes âgées, les sportifs.)

(santemagazine)

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