Abdelmadjid Tebboune, un président qui offre une assurance tous risques

 Abdelmadjid Tebboune, un président qui offre une assurance tous risques
Par Hakim Megati | 13 Décembre 2019 | 13:37

Abdelmadjid Tebboune élu président dès le premier tour. Est ce vraiment une surprise ? Si l’on s’en tient au tapage fait ces derniers jours sur les chances prêtées à Azzedine Mihoubi donné pratiquement vainqueur, oui ç’en est une.  

Mais à y voir de près, l’ex Premier ministre paraissaitt le mieux placé pour succéder à Abdelaziz Bouteflika dont il avait juré un jour de poursuivre le programme.

Enfant du système par excellence et commis de l’Etat depuis sa prime jeunesse en tant que Wali, Abdelmadjid Tebboune est un président qui garantit à priori une assurance tous risques à tout le monde.

Avec lui, les décideurs n’auront pas de soucis à se faire quant à des décisions qui pourraient provoquer des schismes à l’intérieur du sérail. Pour avoir fréquenté pendant  près d’un demi siècle les allées du système, Tebboune connait assez bien les lignes rouges et les lignes de fractures. A ce titre, avec lui, le pays est en quelque sorte entre de «bonnes mains» selon la doxa officielle.

En revanche, un Ali Benflis empli de rancœurs et de rancunes de ses échecs passés, aurait été un facteur aggravant y compris pour le système compte tenu de l’ampleur de ses conflits avec nombre de décideurs.

En termes simples, Ali Benflis est un homme tellement clivant que le pouvoir n’a pas osé prendre le risque avec lui malgré ses sollicitations et ses offres de services.

Pour les autres, Abdelkader Bengrina malgré l’aspect sympathique et parfois même guignolesque qu’il dégage, reste un redoutable islamiste pur jus, capable de renverser la table de la république à tout moment.

Son score inattendu (17, 38%) est là pour servir de révélateur que le danger islamiste n’est jamais loin.

Sans doute qu’il a bénéficié en sous main des voix du MSP et du mouvement ADALA de Djaballah bien qu’ils n’aient pas donné de consignes de vote officiellement. 

Reste les deux «jeunes» du hit parade de cette présidentielle, Azzedine Mihoubi et Abdelaziz Belaid.

En ne récoltant que 14% environ des suffrages exprimés, ils se classent bons derniers d’une course à la magistrature suprême plus que jamais réservé aux septuagénaires.

De ce point de vue là, l’Algérie n’a pas vraiment changé au grand dam du Hirak qui réclame depuis dix mois la rajeunissement du personnel politique.

Bien qu’ils soient des enfants légitimes du système, Mihoubi et Belaid ne sont pas dans les bonnes grâces du régime et même des électeurs. Il faut reconnaitre tout de même que ces deux là, n’ont pas vraiment la carrure d’hommes d’Etat.

Les algériens ont eu tout le temps de voir à l’œuvre Azzedine Mihoubi en tant que ministre. Effacé et un peu timide, il ne pouvait raisonnablement  se glisser  dans le costume de président de la république qui lui, suppose un charisme et de la poigne.

Quand à Belaid Abdelaziz, il parait le moins outillé pour la fonction du fait qu’il n’a jamais été aux commandes ne serait ce que d’une petite administration.

Au final, Abdelmadjid Tebboune parait être le président le moins mauvais des cinq et peut être celui qui correspond le mieux à la période que vit le pays.  

Mais il sait qu’il est attendu au tournant par un mouvement populaire qui ne va pas rentrer à la maison de si tôt. Tebboune sait désormais ce qu’il doit faire pour retisser le lien entre l’Algérie d’en haut qui gouverne et celle d’en bas qui crie.   

Voir tous les articles de la catégorie 'Politique'