Tokyo et Pékin se disputent les îles Senkaku

Tokyo et Pékin se disputent les îles Senkaku
Par Abbès Zineb | 20 Aout 2012 | 07:55

Le Japon, qui a fêté la fin de la Seconde Guerre mondiale mercredi, se rapproche d'un conflit direct avec la Chine. Cœur de la polémique: les îles Senkaku.

Dimanche, dix activistes japonais ont débarqué sur Uotsuri, partie principale de ce minuscule archipel situé en mer de Chine, pour y planter un drapeau.

Ils avaient été précédés, quelques jours plus tôt, par une escouade folklorique de Chinois du continent et de Taïwan, pour une fois unis, venus revendiquer l'appartenance des Senkaku à la sphère chinoise.

Ces derniers ont été expulsés manu militari sans autre procès, Tokyo craignant le pourrissement de la situation. Depuis 2007, les incidents de ce type se multiplient entre les deux pays autour de ces îlots.

Les Senkaku sont un enjeu économique secondaire pour les deux puissances. Leurs eaux sont riches en poisson et ses fonds marins recèlent des gisements d'hydrocarbures «assez importants pour déclencher une crise, pas une guerre», estime David Hewitt, chercheur spécialiste de l'énergie en Asie.

Selon la compagnie chinoise CNOOC, qui a commencé à explorer lesdits gisements marins, les réserves représentent 22 millions de barils de pétrole et 67 millions de barils (équivalents) de gaz naturel. Une goutte d'or noir, à l'échelle des réserves chinoises (1 % des réserves pétrolières et 7 % des réserves gazières de la CNOOC), mais une manne substantielle à celle des réserves japonaises.

En revanche, les Senkaku sont politiquement et stratégiquement hautement sensibles. «Bien au-delà de l'économie, les îles sont terre sacrée dans un pays (le Japon) où prospère le mythe d'un seul peuple et d'un seul territoire», explique l'historien Christian Kessler. Selon les Japonais, les Senkaku font partie de la préfecture d'Okinawa, rétrocédée par les Américains à l'Archipel en 1972.

Si Washington, en position d'arbitre dans cette zone, refuse de se prononcer sur leur souveraineté, le département d'État a concédé récemment que ces îles sont incluses dans le périmètre du traité de sécurité nippo-américain. Toute attaque contre elles serait casus belli pour les Américains. «Les revendications de la Chine restent donc symboliques», explique Christian Kessler.

Tête de pont

Pékin, de son côté, argue que les Senkaku lui ont été subtilisées en 1895, à la fin de la guerre sino-japonaise. Les Senkaku permettraient à la Chine d'offrir à sa marine une tête de pont dans le Pacifique, contestant la suprématie de la marine japonaise, première de la région malgré sa nature défensive.

Pendant ce temps, sur la terre ferme, les esprits s'échauffent. À Pékin et Tokyo, les dirigeants sont à couteaux tirés, mais ils réagissent à leurs opinions publiques respectives, beaucoup plus va-t-en-guerre qu'eux.

Des manifestations anti-japonaises ont agité les grandes métro­poles chinoises samedi et dimanche, tournant parfois au vandalisme, sous l'œil bienveillant de la police locale.

Au Japon, quelques hommes politiques populistes, au nombre desquels figure le maire de Tokyo, Shintaro Ishihara, alimentent ce remue-ménage. Ce dernier a lancé un grand emprunt privé pour racheter trois des cinq îles Senkaku.(Le Figaro)

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