Terrorisme: les Etats-Unis appellent la communauté internationale au refus du paiement de rançons

Terrorisme: les Etats-Unis appellent la communauté internationale au refus du paiement de rançons
Par Abbès Zineb | 09 Février 2013 | 08:09

Les Etats-Unis ont réitéré vendredi leur appel à la communauté internationale à s’abstenir de verser toute rançon aux groupes terroristes contre la libération d’otages, tout en relevant l’importance de mettre fin à cette ''tactique particulière'' comme source de financement du terrorisme.

Cet appel a été lancé par la porte-parole du département d’Etat, Mme Victoria Nuland, lors de son briefing quotidien au cours duquel elle a été interrogée sur les déclarations faites par l'ex-ambassadrice américaine au Mali, Vicki Huddleston, à une chaîne de télévision française selon lesquelles la France avait versé des millions de dollars pour obtenir la libération de ses otages au Sahel. Pour Mme Nuland, ''l’inquiétude de l’ambassadrice Huddleston reflète une préoccupation que nous partageons au sujet de l’AQMI et d'autres groupes qui utilisent les otages comme source principale de financement''.

Une politique de tolérance zéro

A ce propos, elle a fait savoir que les Etats-Unis ''continuent à encourager tous leurs partenaires et alliés de la communauté internationale à refuser absolument de coopérer avec les preneurs d'otages et à avoir une politique de tolérance zéro dans le cadre de cet effort''. Sinon, a prévenu clairement la porte-parole du département d’Etat, ''nous ne faisons qu’alimenter les coffres des terroristes''.

Mme Nuland a aussi précisé que ce sujet faisait l’objet ''de discussions continues avec les alliés et les partenaires des Etats-Unis quant à l'importance de tarir cette tactique particulière et cette technique comme source de financement du terrorisme''. Questionnée encore sur la véracité des propos de Mme Huddleston quant au versement par la France de rançons aux groupes terroristes, Mme Nuland a souligné qu’elle refusait de citer un pays particulier mais a précisé subtilement: ''l’AQMI continue à essayer de soutirer les rançons et nous croyons qu'il a trop souvent réussi à les obtenir''.

Rejoignant la position doctrinale de l’Algérie qui consiste à rejeter catégoriquement le paiement de rançons, les Etats-Unis, rappelle-t-on, ont constamment fait part de leur opposition au versement de rançons contre libération des otages par les groupes terroristes. Outre le Coordonnateur américain de la lutte anti-terroriste, M. Daniel Benjamin, le sous-secrétaire américain au Trésor pour la lutte contre le financement du terrorisme, M. David Cohen, a appelé, à plusieurs reprises, à l'urgence de briser ce qu’il appelle le "cercle vicieux" des enlèvements contre rançon, considérant cette pratique comme "la plus grande menace". A cet effet, il avait effectué, il y a quelques mois, une tournée en Europe où il s'était réuni avec plusieurs hauts responsables en France, en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni, dans le but de développer une approche unifiée face à cette forme de financement du terrorisme.

Enlèvements contre rançons

Face aux responsables européens, M. Cohen leur avait alors affirmé que si la communauté internationale a, certes, obtenu des succès pour contrecarrer les méthodes traditionnelles de financement du terrorisme et affaiblir la capacité d'El-Qaïda dans la collecte de fonds, "ses groupes affiliés au Sahel et au Yémen font mieux financièrement, en levant d'énormes sommes d'argent à travers les enlèvements contre rançon".

Selon les chiffres qu'il avait avancés, les organisations terroristes auraient collecté plus de 120 millions de dollars en paiements de rançons au cours des 8 dernières années, observant que l’AQMI est la branche d'El-Qaïda qui a profité le plus des enlèvements contre rançon, en récoltant des dizaines de millions de dollars. Constatant, avec inquiétude, l'augmentation continue des montants des rançons exigées, le patron américain de la lutte contre le financement du terrorisme a précisé que le montant moyen d'une rançon par otage payée à AQMI est passé de 4,5 millions de dollars en 2010 à 5,4 millions de dollars en 2011.

Ceux qui versent et ceux qui refusent

L’autre fait important relevé par ce haut responsable américain, est que les preneurs d'otages font, généralement, la distinction entre les gouvernements qui acceptent de verser des rançons et ceux qui refusent de s'y plier, constatant que l’AQMI cible principalement les Européens du fait, a-t-il dit, que des gouvernements européens payent les rançons demandées. Par ailleurs, l’Assemblée générale de l’ONU avait adopté, en décembre dernier, une résolution dans laquelle elle a exhorté les Etats membres de s’abstenir de financer ou de soutenir les activités terroristes.

Aux termes de cette résolution intitulée ''Mesures visant à éliminer le terrorisme international'', l’Assemblée générale s’est dite ''inquiète de voir augmenter le nombre d’enlèvements et de prises d’otages donnant lieu à des demandes de rançons ou de concessions politiques par les groupes terroristes, et considère qu’il faut s’attaquer à ce problème''. En conséquence, elle a exhorté les pays ''de faire en sorte que leurs ressortissants et les autres personnes ou entités se trouvant sur leur territoire qui fournissent ou recueillent délibérément des fonds dans l’intérêt de personnes ou d’entités qui commettent ou tentent de commettre des actes terroristes, ou facilitent la perpétration d’actes terroristes ou y participent, soient passibles de peines à la mesure de la gravité de ces actes''. (Aps)

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