La future élection présidentielle : une exigence de sortie de crise pour instaurer une réelle bonne gouvernance ou un recyclage du système ?

Par Contribution | 10 Septembre 2019 | 21:49

Depuis le  Vendredi 22 février 2019, on est au 29ème Vendredi de revendication  citoyenne, de manifestation pacifique, de demande, voire de l’exigence du départ des figures de l’ère corruptrice du Président de la République déchu, de la fin du  système de prédation financier et économique et du transfert en toute illégalité de capitaux vers de nombreux pays dont la France, la Belgique, la Suisse, le Canada, les USA et les Emirats Arabes Unis.

Les algériennes, les algériens, le peuple, ont découvert l’ampleur de la corruption et de la dilapidation des biens de la collectivité par des politiques, des hommes d’affaires, des hauts fonctionnaires de l’Etat, des militaires, qui étaient censés œuvrer pour le bien être du peuple et pour l’essor économique et social du pays.

Depuis le 22 février 219, six (06) mois et vingt (20) jours se sont écoulés, la situation politique est toujours bloquée. La situation économique n’est guère reluisante. La situation sociale est en ébullition.

La voix des manifestants, la voix du peuple n’a pas été et n’est toujours pas entendue. 

L’Algérie, notre pays  est à la croisée des chemins, soit il entre dans une ère démocratique, de droits et de libertés, où la volonté populaire est source de tout pouvoir, où l’Etat est au service exclusif du peuple, où les fonctions et les mandats au service des institutions de l’Etat ne peuvent constituer une source d’enrichissement, ni un moyen de servir des intérêts privés, où l’Etat n’est l’otage d’aucune personne ou famille ; soit il va s’enfoncer, encore plus, dans la corruption, la gabegie et la déliquescence par le recyclage de pseudo-responsables, sans honneur et sans dignité, qui excellent dans la délinquance en col blanc et dans les pratiques dolosives et criminelles, par la perpétuation du même système avec de nouveaux noms, de nouvelles figures, des personnes serviles et soumises dont l’allégeance est envers une personne et non  le peuple, le nation, l’Etat, l’Algérie.

Ces nouveaux maitres de l’Algérie vont entrer dans une course effrénée de prédation des richesses nationales. Ces pseudo-responsables vont se lier et s’allier avec de nouveaux  aigrefins pour piller, de nouveau, l’Algérie et son peuple.

Je rêve du jour où l’Algérie va trouver dans ses fils, des hérauts de la liberté, de l’unité et du progrès en même temps que des bâtisseurs d’un Etat démocratique et prospère, et où l’Algérie, mon pays, notre pays, serait dotée d’institutions réellement et effectivement fondées sur la participation des citoyens à la gestion des affaires publiques et qui réalisent la justice sociale, l’égalité et la liberté de chacun et de tous, dans un Etat démocratique et républicain, dans un Etat de droit.

Cette Algérie, on peut l’atteindre, on peut la fonder ou plutôt le refonder par une élection présidentielle transparente et libre, par une élection présidentielle crédible, régulière et sincère, sans fraude, par une élection «  librement consentie » et non imposée, par une élection d’un véritable Président de la République et non d’un Président potiche ou vassal qui va exécuter les ordres de ses chefs et sponsors, et qui ne se soucie guère du bien être  et des aspirations du peuple, des algériennes et des algériens.

Une élection présidentielle honnête, transparente et libre ne peut aucunement s’accommoder d’injonctions et de décisions unilatérales, contraires à la volonté du peuple, à l’exigence des citoyens, des citoyennes, des algériens et des algériennes.

Le peuple s’est déjà exprimé et s’exprime chaque Vendredi, chaque Mardi, depuis le 22 février 2019, sur les conditions  objectives et réalistes de la tenue de la prochaine élection présidentielle. Les exigences du peuple sont simples et objectives :

1-le départ du gouvernement en place, le gouvernement du l’ex-Conseiller et frère du Président de la République déchu.

Ce gouvernement a été nommé le 31 mars 2019 par le Président de la République, lequel a été sommé  l’après-midi du 02 avril 2019 par un « conseil de guerre » de remettre sa démission. Il s’est exécuté le même jour, en remettant sa démission au Président du Conseil Constitutionnel

De plus, lors de cette réunion, le Vice-ministre de la Défense Nationale a été explicite : « …nous confirmons que toute décision prise en dehors du cadre constitutionnel est considérée comme nulle et non avenue », et a été, également, catégorique en soulignant que « des entités non constitutionnelles et non habilitées » sont derrière le communiqué publié le 1er avril 2019 et attribué au Président de la République (démettre le Vice-ministre de la Défense Nationale, Chef d’Etat-Major de l’Armée Nationale Populaire  de ses fonctions).

Ces mêmes entités étaient derrière la nomination des membres du gouvernement actuel. Seul, le Vice-ministre de la Défense Nationale, Chef d’Etat-Major de l’Armée Nationale Populaire n’entrait plus dans les visées et les desseins de la bande. C’est pourquoi, ces entités non constitutionnelles et non habilitées ont essayé de le neutraliser.

A contrario, tous les autres membres du gouvernement, ainsi nommés, étaient censés entrer dans la logique machiavélique de la bande, y compris le Premier ministre.

2-le départ du Premier ministre a été et est, chaque fois, demandé, voire exigé par le peuple. Les raisons ne manquent pas, en plus de ce qui a été relevé ci-dessus, pour qu’il présente sa démission et celle de son gouvernement au Chef de l’Etat :

a)les faits infractionnels relevés à l’encontre de l’ex-DGSN et de certains walis, notamment en ce qui concerne le foncier, devraient éclabousser le Premier ministre.

L’ex-DGSN et les walis mis en cause étaient directement rattachés à l’autorité hiérarchique du ministre en charge de l’intérieur, fonction exercée durant cette période par le Premier ministre.

Les walis informent le ministre de l’intérieur de toute demande ou autre sollicitation de personnalités de l’Etat, dont l’ex-DGSN, de bénéfice de quoi que ce soit, notamment de terrains à vocation agricole ou industrielle, et n’agissent qu’après avoir obtenu son accord, sous quelque forme que ce soit.

b)le marché d’acquisition de véhicules de type Creta, de la marque Hyundai, dont le propriétaire le sieur Takhout Mahieddine fait actuellement l’objet de poursuites judiciaires,  au profit des 1541 communes d’Algérie. Pourquoi le choix de ce type de véhicule ? Pourquoi le recours à un contrat-cadre? Un appel d’offres a-t-il été lancé comportant les caractéristiques du véhicule voulu ? Ce marché fait-il suite à une demande exprimée par les communes d’Algérie (service de l’hygiène et de la santé) ? Existait-il une nécessité absolue de doter les 1541 communes de ce  type de matériel roulant ?

En contrepartie de la conclusion de ce marché d’environ 480 milliards de centimes, est-ce que des tierces personnes ont bénéficié de commissions, à titre indicatif 1% de ce montant est égal à environ 4 milliards et 800 millions de centimes, ou de véhicules haut de gamme de cette marque ou d’une autre marque prestigieuse, au su ou à l’insu,  du ministre de l’intérieur ?

Je ne veux pas m’étaler, encore plus, sur ce marché qui aurait été résilié, suspendu ou gelé  au mois d’Avril 2019. Ce qui serait en soi, un aveu de culpabilité ou du moins l’expression d’une légèreté inqualifiable du ministère de l’intérieur dans la conclusion de ce marché d’une valeur avoisinant les 480 milliards de centimes.

c)les élections organisées durant la période où le Premier ministre exerçait les responsabilités de ministre de l’intérieur ont été décriées pour avoir été manipulées. Même le Premier ministre de l’époque, Ahmed Ouyahia, les avait critiqué  et s’est plaint de ces élections qualifiées de « transparentes et crédibles ».

d) le Premier ministre  a été un soutien indéfectible du Président de la République déchu et de son Conseiller et frère, Said Bouteflika. Il a déclaré le 08 avril 2019 à Lahdada/Souk-Ahras, lorsqu’il exerçait les fonctions de ministre de l’intérieur, que : «  Ces élections (du 18 avril 2019) constituent une autre étape dans la préservation de la stabilité et de la sécurité dont jouit l’Algérie sous la direction éclairée du Président de la République, Abdelaziz Bouteflika ».

 Il a ajouté : « les prochaines élections renforceront les grandes avancées franchies sur la voie du développement », et a qualifié l’élection présidentielle du 18 avril 2019 de « fête de l’Algérie libre et indépendante qui a réalisé des acquis importants ».

Le 23 janvier 2019, à Alger, lors  de l’ouverture des travaux du conseil de la session ordinaire de l’ex-Haute Instance Indépendante de Surveillance des Elections, il a déclaré que la convocation par le Président de la République, du corps électoral pour la prochaine présidentielle : « consacre une nouvelle fois sa volonté d’asseoir la démocratie au sein de la société, de l’Etat et de ses institutions ».

Au lieu de la démocratie, le peuple a été spolié de ses richesses nationales et de ses capitaux par un Etat délinquant, un Etat mafieux, instauré par – Son Excellence le Président de la République, Monsieur Abdelaziz Bouteflika -, et auquel ont participé, comme si on avait sonné l’hallali sur cette Algérie dont le peuple a versé  son sang pour assumer son destin collectif ;  des hommes politiques, des hauts cadres de l’Etat, des patrons d’entreprise, des militaires…etc.

Par ailleurs, la suggestion  du Vice-ministre de la Défense Nationale, Chef d’Etat-Major de l’Armée Nationale Populaire, de considérer comme étant « opportun de convoquer le corps électoral le 15 du mois de septembre courant … », a été interprété comme étant une intrusion dans le processus électoral, en violation des dispositions de l’article 136 de la loi 16-10 du 25 aout 2016 relative au régime électoral.

En effet, le corps électoral est convoqué par décret présidentiel, et, en conséquence, seul le Président de la République, actuellement, le Chef de l’Etat, peut décider de la date du scrutin et convoqué le corps électoral quatre-vingt-dix (90) jours avant ledit scrutin.

Il serait étonnant, c’est le moins qu’on puisse dire, que le Chef de l’Etat n’acquiesce pas à cette suggestion de ce membre du gouvernement, numéro 2 dans le rang protocolaire, mais néanmoins, l’homme fort du pays et le puissant du moment.

Mais au-delà de la nature des relations entretenues entre le Chef de l’Etat  et le Vice-ministre de la Défense Nationale, Chef d’Etat-Major de l’Armée Nationale Populaire  ainsi que du contraste de leurs caractères, cette demande enrobée sous une forme de suggestion a été comprise, à tort ou à raison, par le peuple comme étant la preuve de la volonté d’imposition d’une personne, déjà choisie et adoubée par le système, pour devenir le prochain Président de la République.

De plus, comment peut-on décider de la date de la convocation du corps électoral, donc de la date du scrutin –le corps électoral est convoqué 90 jours avant la date du scrutin- sans que les textes législatifs (projet de loi sur l’autorité devant prendre en charge les élections et le projet de loi organique modifiant la loi organique relative au régime électoral) ainsi que les textes règlementaires d’application, ne soient adoptés. 

Pourquoi cette hâte, cette précipitation. On a perdu du temps. Certes. Mais, la faute incombe au pouvoir en place. Il n’a pas voulu et ne veut point écouter le peuple.

Une élection présidentielle, dans de telles conditions, ne peut y avoir lieu, à moins de vouloir disposer d’un Président de la République mal élu, sans aucune volonté,  qui va décrédibiliser , encore plus, l’institution présidentielle, et qui sera un simple exécutant ou de courir le risque d’une exacerbation de la situation actuelle, par un passage en force, qui pourrait déboucher sur des troubles et le sang des algériennes et des algériens. 

Une élection présidentielle libre, transparente, crédible et régulière peut se dérouler dans le calme et le respect de la volonté populaire par  la démission du gouvernement actuellement en place, qui a perdu tout crédit, toute confiance auprès du peuple. Cette perte de confiance est irrémédiable.

En effet, sans le départ de ce gouvernement décrié, départ demandé, voire exigé par les manifestants, par le peuple, depuis le 02 avril 2019, les élections présidentielles ne seront ni transparentes, ni crédibles. L’ombre de la fraude y sera omniprésente. 

Et, le futur président qui sera élu dans de telles circonstances, n’aura pas la légitimité voulue pour qu’il puisse exercer effectivement l’ensemble de ses pouvoirs et prérogatives prévus par la Constitution. Un pareil Président sera obligé, voire forcé à composer avec d’autres personnes. Et, l’Algérie stagnera encore pour de longues années dans la médiocrité.

Le gouvernement doit démissionner, il appartiendra au Chef de l’Etat de designer un Premier ministre, parmi les membres de la société civile proches des manifestants et  connus pour leur probité, droiture et expertise, qui aura toute latitude à choisir, seul et en toute indépendance, les membres de son gouvernement.

Il va de soi que le Général de Corps d’Armée Ahmed Gaid Salah, Vice- ministre de la défense nationale, Chef d’Etat- Major de l’Armée Nationale Populaire continuera dans ce nouveau gouvernement à assumer les mêmes responsabilités, avec le même rang protocolaire. 

C’est ce gouvernement légitime, car voulu par la majorité des algériennes et des algériens qui va s’impliquer dans la mise en place d’une véritable autorité indépendante devant organiser, superviser et surveiller les élections ainsi que proclamer les résultats provisoires, et concrétiser, ainsi, les propositions du Panel.

C’est ce gouvernement qui va prendre les mesures énergiques  et pragmatiques pour empêcher quiconque d’interférer, par tous moyens y compris techniques, dans les élections et d’altérer, voire d’annihiler la volonté populaire.

C’est ce gouvernement en phase avec les manifestants, avec le peuple, qui va concrétiser les aspirations et les attentes des algériennes et des algériens pour un déroulement serein, franc, régulier et surtout dénué de toute entrave ou entourloupe de la future élection présidentielle qui pourrait se dérouler en décembre 2019 ou janvier 2020. Ce sera la mission essentielle de ce gouvernement.

L’Algérie est à la croisée des chemins. Soit, notre pays sombre, encore plus, dans la médiocrité, soit le monde va découvrir une Algérie fière et altière dont les véritables et dignes filles et fils vont s’atteler, jour et nuit, heure par heure, à assurer son épanouissement et son développement dans tous les domaines.

La voie de sortie de cette crise politique réside dans l’exécution des revendications des manifestants, du peuple, notamment la démission du gouvernement en place et la désignation d’un gouvernement présidé par un membre de la société civile, qui aura pour mission de réussir la future élection présidentielle. 

Colonel à la retraite ZERROUK Ahmed,

ex-cadre/MDN

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