Contre la "civilisation du couteau et de l’insulte" !

Par Amine Bouali | 27 Juillet 2020 | 17:53

Quelques événements dramatiques récents ont particulièrement ému et scandalisé l’opinion algérienne et alerté encore une fois quant au phénomène de la violence qui mine de longue date notre société. Ainsi, lundi 6 juillet, dans la wilaya de Bouira, une avocate de 28 ans a été froidement assassinée dans son véhicule tandis qu’un membre de sa famille qui l’accompagnait a été grièvement blessé. Samedi 18 juillet, dans le quartier de Canastel, à Oran, le jeune Karim, âgé de 17 ans, a été agressé et tué d’un coup de couteau en plein cœur par deux jeunes zombies qui voulaient lui voler son téléphone portable. (Dans ces deux cas, la police a arrêté les coupables présumés). 

Mais il ne se passe pas de semaines malheureusement sans qu’un nouveau drame impliquant la sinistre «corporation du couteau» ne survienne dans notre pays. Le mois d’avril dernier a été, si on peut dire, spécialement favorable à cette dernière. Voici quelques titres glanés dans différents journaux nationaux qui illustrent certains de ses lugubres méfaits pour ce mois d’avril : «Tebessa, un jeune homme tue son voisin à coups de couteau», «Quartier de Ras El Aïoun à Batna, un homme tué à coups de couteau», «Localité de Ammi Moussa (Relizane), un jeune tue son frère à coups de couteau» ou encore «Un jeune homme tué d’un coup de couteau à Sidi Lahcene (Sidi Bel-Abbes)». 

Cette facilité à passer à l’acte et à donner la mort, parfois pour des broutilles, sans en mesurer les conséquences qui peuvent être terribles pour soi-même et pour les autres, désarçonne et fait peur. Il y a certainement, pour des raisons multiples, des individus plus violents que d’autres, et il existe des situations sociales, économiques, psychologiques et politiques particulières qui favorisent la violence dans toutes ses formes, y compris celle qui se manifeste par l’écrit et le verbe, comme l’ont constaté ceux qui ont eu l’occasion par exemple de regarder certaines émissions de télévision ou écouter les discours de certains activistes et hommes politiques ou certains prêches d’imams en particulier durant la période révolue de l’ex-FIS. 

Comme dans une famille, la mésentente, la divergence des opinions et des intérêts, la friction entre des sensibilités opposées, peuvent conduire des êtres, et c’est naturel même si cela n’est pas souhaitable, au désaccord, à la brouille et même à la rupture. Mais aucun individu sensé et aucune société ne peuvent admettre, comme méthode de règlement des conflits, la loi de la jungle !

Les jeunes gens qui sortent dans nos villes, armés de leur rage et de leur couteau, sont souvent le résultat d’un double échec, personnel et collectif. Il est impératif de leur proposer, notamment par l’accès au travail et grâce à une ambition et une cohérence nationales renouvelées dans lesquelles ils peuvent s’identifier, une alternative à la culture de la violence et de la haine qui leur tient lieu actuellement d’identité. 

Car la loi du couteau, la «civilisation» de l’insulte et de l’agression sous toutes ses formes, c’est le retour à la barbarie ! C’est faire le choix de la guerre plutôt que celui du dialogue et de la justice, c’est privilégier l’injure par rapport à la critique constructive, c’est placer la prédation avant la bonté. La civilisation du couteau et de l’insulte, c’est diaboliser tous ceux qui ne sont pas d’accord avec nous et abattre tous ceux qui ne nous plaisent pas, parce que nous sommes plus armé, plus croyant, plus désespéré ou parce que nous savons tuer !

Un couteau n’est pas une sorte de jouet qu’on sort de sa poche pour amuser la galerie, et l’insulte n’est pas une figure de réthorique qui enrichit notre langage. Ce n’est pas un problème de morale que nous soulevons ici, mais une simple question de bon sens et de survie.

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