Sid Ahmed Bestaoui, journal d’un Boussouf boy

Sid Ahmed Bestaoui, journal d’un Boussouf boy
Par Amine Bouali | 28 Octobre 2020 | 17:44

Témoignage recueilli par Amine Bouali 

Sidi Mohammed (dit Sid Ahmed) Bestaoui, même s’il confond parfois un peu les dates, se souvient des moindres détails des événements petits et grands qui ont jalonné, durant la deuxième moitié des années 1950 et jusqu’à l’indépendance de l’Algérie, son engagement pour la libération de son pays. Malgré les sollicitations, cet homme âgé aujourd’hui de 86 ans, est resté d’une discrétion absolue et n’a accepté de témoigner qu’après maintes réticences. «Très jeune, nous confie-t-il, j’ai connu le chahid colonel Lotfi (de son vrai nom Benali Dghine Boudghene). Nous avions passé ensemble notre certificat d’études à Tlemcen puis j’ai quitté le collège pour aider mon père dans sa boutique, rue d’El-Kissaria. J’ai débuté mon engagement politique dans les rangs du MTLD, le parti de Messali Hadj. Mohammed Mamchaoui , le numéro 2 de ce parti, accompagné de mon beau-frère Ghaouti Mamcha qui était aussi un de ses responsables locaux, passaient souvent dans notre magasin. Je vendais le journal du parti, «L’Algérie libre». Benali Dghine Boudghene venait lui aussi au magasin, on se voyait souvent. C’est durant cette période, qui a immédiatement précédé Novembre 1954, qu’il y a eu la scission au niveau du MTLD, la création du CRUA (23 mars 1954) puis la fondation du FLN et de l’ALN. 

Au début de l’année 1955, Benali Dghine a pris le maquis dans la region de Béni Snous (à une quarantaine de km au sud-ouest de Tlemcen) sans m’avertir, après avoir écrit une lettre à sa famille pour la prévenir. De temps à autre, un émissaire (notamment Salah Nehari) me contactait de sa part et je lui faisais parvenir des couvertures ou une paire de pataugas. A Tlemcen, le docteur Benaouda Benzerdjeb s’était engagé à fond au service de la Révolution. Il se procura clandestinement une ronéo et l’achemina à Béni Snous pour être utilisée par les moudjahidines (affaire pour laquelle il a été arrêté puis tué par l’armée coloniale le 16 janvier 1956 au douar ould Hlima, près de Sebdou). Je peux dire que c’est sur sollicitation de Benali Dghine que peu de temps avant ce triste événement je suis rentré au FLN. Je me rappelle d’une anecdote qui s’est déroulée le jour prévu de l’enterrement du martyr docteur Benzerdjeb. Je m’étais rendu au cimetière mais les autorités coloniales n’ont pas voulu rendre à la famille le corps du défunt ce jour-là. Les nombreuses personnes présentes ont commencé à manifester leur colère. Devant la portée d’entrée, des militants messalistes ont commencé alors à crier «Vive Messali». Furieux, des camarades m’ont soulevé sur leurs épaules et j’ai crié de mon côté «Vive le FLN, vive l’ALN ». (Le corps sans vie du docteur Benzerdjeb ne sera mis en terre qu’une douzaine de jours après son décès, dans une douloureuse solitude). 

Le lendemain de cet événement au cimetière, j’ai constaté qu’un policier des Renseignements généraux n’arrêtait pas d’aller et venir devant notre boutique d’El-Kissaria. Je compris alors que j’étais surveillé. A la date du quarantième jour du décès du docteur Benzerdjeb, j’ai reçu des tracts que j’ai remis aussitôt à Boumédiène Dib (un grand militant qui avait fait son service militaire dans les transmissions), Habib Boukhalfa et Amar Touimer (un bachelier très cultivé). Mais ce dernier a été surpris par des policiers en train de distribuer ces tracts et il a été arrêté. Nous avons alors décidé, Boumédiène Dib et moi, de rejoindre le maquis du côté de Maghnia. Nous avons pris le train jusqu’à cette ville. C’était le 20 février 1956 exactement. Je suis retourné cependant le lendemain à Tlemcen car les responsables au maquis m’ont appris que je n’étais pas recherché, au contraire de Boumédiène Dib.

Une fois rentré à la maison, un voisin, Rédouane Kissi, est venu m’avertir que tout notre quartier d’El-Kâala était encerclé. J’ai pu m’enfuir en sautant de terrasse en terrasse et, après une nuit passée dans la maison d’un ami de confiance au quartier d’El-Medress, je me suis réfugié au village voisin de Aïn El-Hout pendant 3 jours. De là, mon hôte, un militant du FLN, m’a conduit cahin-caha sur sa moto jusqu’à Maghnia. Une fois sur place, il a fait demi tour pour retourner à Tlemcen. Je suis rentré dans un café pour me désaltérer. Soudain j’ai aperçu au comptoir le dénommé Lachkar, le patron de la police des Renseignements généraux (PRG) de Tlemcen. J’ai cru une seconde qu’il allait me tirer dessus ou m’arrêter. Mais à ma grande surprise, il quitta les lieux. Je suis sorti à mon tour et j’ai marché une bonne demi-heure avant de passer devant un pont sous lequel je décidais de m’abriter. Une fois la nuit tombée, je me suis rendu chez une connaissance, un militant du FLN, qui m’a pris dans sa voiture jusqu’à un lieu situé à environ une dizaine de km de Maghnia. Là, mes hôtes m’ont servi à manger. Une demi-heure plus tard, ils sont venus me voir pour m’annoncer que «el-djeïch» venait d’arriver. Je me suis levé et j’ai rejoint le groupe d’une trentaine de moudjahidines. J’ai su par la suite que Benali Dghine les avait informé de ma présence et sur ma personne. On m’a remis un pistolet 9 millimètres. Nous nous déplacions et changions de refuge tous les jours, cela a duré plusieurs semaines.

Ce n’est que lorsque j’entendis des djounouds de notre groupe prononcer les noms de Si Mabrouk et Si Boumédiène en s’adressant à deux de nos compagnons que je compris que j’étais en présence de Abdelhafid Boussouf (qui sera nommé quelques mois plus tard, en septembre 1956, chef de la wilaya V) et Houari Boumédiène (son adjoint militaire au niveau de cette même wilaya), deux hommes que je n’avais jamais rencontré jusque-là. J’avais d’abord pris Boumédiène qui avait les cheveux clairs pour un Français et j’avais été très étonné par le fait qu’un djoundi puisse porter des lunettes mais c’était Abdelhafid Boussouf. J’appris ensuite que notre but était de traverser la frontière et rejoindre le Maroc. Boumédiène et Boussouf allait régulièrement à Oujda pour de courtes missions qu’ils gardaient secrètes. L’ALN avait besoin de cette ville comme base arrière pour la lutte de Libération. Boussouf à qui j’avais confié que j’étais monté au maquis avec Boumédiène Dib l’a fait venir parmi nous, ayant été mis au courant de ses compétences dans le domaine des transmissions. Il me donnait aussi parfois des nouvelles de Sid Ahmed Inal qui avait rejoint le maquis du côté de la localité de Béni Hedyel, auprès du commandant Faradj (dit Abdelmoumen). Le 13 juin 1956 a été une journée sombre pour moi : mon père venait d’être assassiné par l’armée coloniale à Tlemcen. 

Puis arriva le jour où nous sommes rentrés à Oujda. Notre groupe se dispersa et je suis resté avec Houari Boumédiène, Abdelhafid Boussouf, Boumédiène Dib et un certain Si Moussa. Benali Dghine venait souvent nous rejoindre et il était d’une grande utilité car il avait vécu auparavant deux ans à Oujda pour faire des études et il connaissait les familles algériennes établies dans cette ville qui pouvaient nous offrir un soutien. Dans nos refuges à chaque fois provisoires, nous avons alors commencé à fabriquer des tracts à l’aide d’une ronéo, qu’on acheminait aussitôt de l’autre côté de la frontière. Qu’elle ne fut pas ma surprise lorsqu’un jour Boussouf me révéla que cette ronéo était celle que le docteur Benzerdjeb avait fait parvenir au maquis à Béni Snous et qui avait été ensuite transférée au Maroc.

Nous changions souvent d’habitations. Un jour, nous sommes allés nous installer dans la demeure de Zaoui Abdelkrim qui était un responsable important du FLN au Maroc et qui avait un magasin d’alimentation en gros. Puis nous nous sommes réfugiés, grâce à lui, chez son voisin Si Lahbib Derdak. Nous sommes restés là pendant presque un mois, sur le qui-vive, Houari Boumédiène, Abdelhafid Boussouf, Si Moussa et moi. Parfois un ou deux djoundis nous rejoignaient. Abdelkrim Zaoui nous ramenait à manger midi et soir. C’est là que nous avons commencé à fabriquer des bombes explosives artisanales, une dizaine par jour. Abdelkrim Zaoui (entre autres) nous ramenait la matière première, l’essence, le TNT. Puis nous sommes allés dans une maison plus grande. D’autres djounouds nous ont rejoints et nous pouvions fabriquer alors jusqu’à 50 à 100 bombes explosives par 24 heures. Il y a eu malheureusement plusieurs accidents.

Un jour, en juin 1956, une explosion dans une maison a fait une vingtaine de morts parmi nos djounouds. Cet événement tragique n’a pas compromis nos activités secrètes à Oujda. Plus tard, nous nous sommes réfugiés dans la maison d’un ophtalmologue marocain installé à Casablanca et qui avait loué sa résidence d’Oujda (qui était située dans le faubourg excentré de Lazaré) à un militant, Si Larbi Lâaoudj, qui l’avait mise à la disposition de l’ALN. Nous y sommes restés environ deux années. Nous nous retrouvions parfois jusqu’à une trentaine de djounouds à fabriquer des bombes explosives que venaient chercher, tous les deux ou trois jours, des militants pour les faire parvenir aux moudjahidines de l’autre côté de la frontière. Houari Boumédiène et Abdelhafid Boussouf passaient régulièrement dans la maison de Lazaré. Parfois des traitres y ont été «liquidés». 

Sur ordre de Boussouf, j’ai effectué plusieurs missions dangereuses, notamment lorsque j’ai accompagné, avec le militant Hadj Berkani, 70 déserteurs de l’armée marocaine qui était stationnés à Kenitra (au centre-ouest du Maroc) d’Oujda jusqu’à un endroit appelé «Gâadète el-djeïch», au lieu-dit Tazamourète, à Béni Snous, sur les monts de Tlemcen. Début novembre 1956, la triste nouvelle de l’arrestation et l’assassinat de Sid Ahmed Inal, après d’atroces supplices, nous est parvenue. Quelque temps auparavant, j’avais suggéré à Boussouf de le faire venir à Oujda pour délimiter les contours des zones de la wilaya V. Et c’est aussi durant cette période que j’ai eu connaissance du différent sérieux qui existait entre Benali Dghine et Ogb Ellil, le chef du secteur 5 de la région ouest (qui s’étendait de Sabra jusqu’à El-Bouihi dans la wilaya de Tlemcen). Ce dernier tenait des propos très durs contre Benali.

J’ai été témoin personnellement de leur mésentente lors d’une mission pendant laquelle on a fait une halte dans une maison que les moudjahidines avaient surnommé «Kâdar Rebbi». Elle était située près de Béni Snous et son vieux propriétaire l’avait mise à la disposition de l’ALN. Il avait l’habitude de dire, à tout bout de champs, «kâdar Rebbi», d’où l’appellation de sa demeure. Sans l’intervention du vieil homme qui a calmé la situation, nous étions, Boudghene Dghine et moi d’un côté et Ogb Ellil de l’autre, à deux doigts d’en découdre. D’après moi la discorde entre Benali Dghine et Ogb Ellil avait notamment pour origine la volonté de ce dernier de n’avoir aucun concurrent dans les responsabilités au niveau de la zone de Tlemcen. Il lui était reproché aussi de faire cavalier seul et il fut tué par des hommes de Boussouf, au troisième trimestre de 1956 aux environs d’Oujda. 

Un jour, lors d’une réunion de l’Etat-major de la wilaya V, au lieu-dit «Dar Miloud ould el-caïd» près de l’aéroport d’Oujda, Houari Boumédiène et Abdelhafid Boussouf sont venus me voir en compagnie d’un certain Si Mohammed que je rencontrais alors pour la première fois. Ce dernier s’adressa à moi en me disant «Vous les jeunes, vous devez vous battre pour vos droits!». De temps en temps il regardait Boumediene en hochant la tête. Y avait-il une discorde entre ces deux hommes ? J’ai appris par la suite que ce dénommé Si Mohammed était en réalité Larbi Ben Mhidi en personne. Début 1958, j’ai effectué une mission au camps de Kabdana, situé à 60 km environ de Nador. Une tension était survenue avec des officiers déserteurs de l’armée française- les fameux DAF- (notamment le capitaine Zerguini, le lieutenant Chabou, Slimane Hoffmann, Hamid Latreche) qui avaient rejoints l’ALN et qui étaient devenus des instructeurs dans ce camps qui était occupé auparavant par l’armée espagnole et que le roi du Maroc Mohammed V avait mis à la disposition de l’ALN. Ils voulaient prendre la responsabilité du camps et on n’était pas d’accord. Alerté, Houari Boumédiène arriva rapidement et il a organisé une réunion. Finalement Zerguini fit marche arrière et déclara que ce n’était qu’un malentendu. Mais il se proposa quand même pour diriger le camps, suscitant l’amusement de Boumédiène. Quelque temps après, ces transfuges de l’armée française furent rappelés au niveau d’Oujda et un nouveau responsable du camps fut nommé. 

A Oujda, en 1959, après avoir été affecté aux services des finances, une rumeur a circulé insinuant que je portais des habits luxueux et donc que je devais puiser forcément dans la caisse du FLN. Ma famille m’avait envoyé un pardessus dont je prenais soin. On m’a envoyé alors un vérificateur et il a trouvé un déficit de 6 millions. On m’a demandé de m’expliquer et menacé carrément d’exécution. J’étais très troublé, c’était la fin de la journée. Je suis allé me reposer dans une maison où se trouvait le dénommé «Kadour-photographe» dont le travail habituel consistait à prendre des photos de tous les djounouds se trouvant à Oujda dans un but d’identification. À demi endormi, j’ai eu comme un flash et je me suis soudain rappelé que j’avais donné 6 millions à Si Lahbib Benyekhlef, un professeur d’arabe qui avait mis à la disposition de l’ALN sa villa qui servait de centre d’enseignement pour les djounouds. Il devait distribuer ces 6 millions aux réfugiés.

A peine le jour levé, je suis sorti, et vers 8 heures je suis allé chez Lahbib Benyekhlef qui, après m’avoir salué, m’a dit qu’il n’avait pas encore préparé les reçus pour les 6 millions et qu’il allait me les ramener vers 11 h. J’ai poussé un grand ouf de soulagement. Boumédiène et Benali Dghine suivaient de très près l’affaire. Alors une fois celle-ci réglée, ils se sentaient un peu confus et m’ont donné une permission d’une vingtaine de jours à Tanger. Lorsque je suis revenu à Oujda, Benali m’a annoncé que j’allais monter en grade mais j’ai refusé et demandé ma démobilisation. Je suis parti enseigner dans un village près d’Oujda. 20 jours plus tard, Benali a écrit une lettre que lui a dictée Boumédiène pour demander ma réintégration ainsi qu’une promotion en ma faveur, lettre qui est toujours en ma possession. J’ai été nommé alors à Rabat comme responsable du ministère de l’armement et des liaisons générales (MALG) pour tout le Maroc oriental. 

Début 1960, Benali m’annonça que je devais me préparer pour partir à Tunis. Muni d’un passeport marocain au nom de Badaoui Abderrahmane, je m’envolais pour la capitale tunisienne le 17 juillet 1960. J’ai pris rapidement mes fonctions au niveau du siège du ministère de l’armement et des liaisons générales, 14 rue Parmentier, au quartier du Belvédère. Mon bureau jouxtait celui de Boussouf et d’une grande salle de conférence où se tenaient les réunions du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne). Le 19 septembre 1958, l’annonce officielle de sa constitution eut lieu simultanément au Caire et à Tunis. Son premier président, Ferhat Abbas, céda sa place à Benyoucef Benkhedda, le 9 août 1961. Je descendais régulièrement à Ghardimaou au sud de la Tunisie où était installé l’Etat-major pour rencontrer Si Boumédiène. Lors d’une visite, j’ai été surpris par la présence à Ghardimaou des officiers déserteurs de l’armée française, en grand complet, à qui j’ai eu affaire dans la caserne de Kabdana au Maroc, deux ans plus tôt. Les derniers jours de mars 1960, Boussouf m’accosta dans un couloir, rue Parmentier, et me présenta ses condoléances. J’ai pensé d’abord que c’était ma mère qui venait de décéder mais c’était Benali Dhigne qui était tombé la veille, près de Béchar, soit le 27 mars 1960, dans une embuscade tendue par l’armée coloniale alors qu’il avait décidé de rentrer en Algérie se battre aux côtés de ses frères moudjahidines. 

Fin juin 1960, des négociations entre le FLN et la France se déroulèrent à Melun mais ont tourné vite court. Boussouf expliqua cet échec par le fait que «les Français soutenaient que c’était un point et nous, on disait que c’était un point-virgule !». Je me rappelle que plus tard, pendant les négociations à Evian qui ont duré 11 jours, Boumédiène m’interpella vivement : «Alors, nous, nous n’avons pas le droit d’assister à ces négociations ? Car nous dirons à Louis Joxe (le chef de la délégation française) que nous ne sommes pas prêts de déposer les armes». Boussouf, Lakhdar Bentobal, Krim Belkacem, Mohammed Sedik Benyahia sont descendus le voir à Ghardimaou mais il n’a pas voulu les recevoir. Finalement des membres de l’Etat-major ont été associés à ces négociations d’Evian. Le 17 mars 1962, j’ai été chargé d’une mission un peu spéciale. J’ai pris l’avion Tunis-Genève puis j’ai rejoint Evian-Les-Bains par route. Une fois sur place, j’ai récupéré deux enveloppes. Je suis retourné le lendemain à Tunis où je suis arrivé à 18h. A l’aéroport, j’ai remis une enveloppe aux envoyés de Bourguiba, le président de la Tunisie, et l’autre à ceux de Benkhedda, le président du GPRA. A 18h 30, sur radio-Tunis, Bourguiba et Benkhedda ont fait un discours et annoncé le cessez-le-feu en Algérie pour le lendemain, 19 mars, à midi. J’étais encore à l’aéroport quand des dizaines de milliers de Tunisois et de réfugiés algériens sont descendus dans les rues de Tunis pour fêter l’événement jusqu’au petit matin. 

Le lendemain, j’ai rejoint normalement mon bureau, rue Parmentier. Le 30 juin, après avoir longtemps tergiversé, Benkhedda décida de révoquer Boumediène et ses deux adjoints, les commandants Kaïd Ahmed et Ali Mendjli. De leur côté, des hommes du MALG dont Laroussi Khelifa, directeur du cabinet de Boussouf, Kasdi Merbah, Noureddine Zerhouni, commandant Abdelkrim Hassani, responsable-adjoint des transmissions ont pris position pour Boumédiène, s’éloignant de leur chef direct, Abdelhafid Boussouf. Boumédiène était reparti à Oujda. 

Le 3 juillet, Bourguiba et Benkhedda firent chacun un discours au stade d’El-Menzah à Tunis devant une foule en liesse. Ce dernier annonça alors la proclamation de l’indépendance de l’Algérie pour le 5 juillet. J’ai appris par la suite que Boumédiène avait envoyé chez Abdelkrim Hassani, commandant de la base nationale de la documentation et de la recherche, dite base «Didouche», qui se trouvait à une dizaine de km de Tripoli (Libye) 5 camions et qu’ils avaient emporté toute la documentation de la Révolution, du 1er Novembre 1954 jusqu’à son terme. Moi j’étais presque livré à moi-même, rue Parmentier. Je ne suis rentré en Algérie que le mois d’octobre 1962 en passant par Oujda, via Rome, Madrid et Casablanca. Un mois plus tôt, le 9 septembre, l'armée des frontières- et le clan d’Oujda- dirigés tous les deux par Boumédiène, sont entrés dans Alger. Je suis retourné à la vie civile et l’anonymat sans aucun regret, même si, durant les presque 60 années qui vont venir, j’aurai parfois très mal pour mon cher pays». 

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