Scolarisation des enfants de réfugiés en Algérie : Une réalité sous le signe du vivre ensemble

 Scolarisation des enfants de réfugiés en Algérie : Une réalité sous le signe du vivre ensemble
Contribution | 17 Mai 2018 | 12:06

Par Djazia Safta

Après un début plutôt difficile, les enfants des familles de réfugiés sont enfin scolarisés en 2015. Mieux vaut tard que jamais, la scolarisation de cette catégorie de migrants se déroule dans de bonnes conditions malgré certaines lacunes et difficultés liées à l’intégration.

Quelle est la situation des enfants réfugiés en Algérie ? Se sont-ils intégrés dans la société ? Vont-ils à l’école ? Comment vivent-ils leur quotidien ? Espèrent-ils, un jour, retourner vers leur pays d’origine ? Autant de questions posées dans ce reportage sur l’épineux dossier des réfugiés.

S’il est vrai que des calculs politiques ont toujours prévalu dans le traitement du phénomène, il n’en reste pas moins que l’Algérie a déployé des efforts considérables en vue de prendre en charge les réfugiés fuyant la guerre dans leurs pays. Les conséquences du « Printemps Arabe » et de la déstabilisation de la bande sahélienne continuent d’affecter des populations entières qui ont choisi le chemin de l’exil pour rester en vie.

L’Algérie a été l’une des destinations des réfugiés de certains pays. N’ayant pas été préparée à ce genre de situation, l’Algérie a, dû gérer dans l’urgence le flux migratoire en provenance de l’Afrique Subsaharienne. Si certains médias ont seulement focalisé leurs comptes rendus de presse sur les opérations de rapatriements des étrangers en situation irrégulière vers leurs pays d’origine, il n’en demeure pas moins que l’Algérie a considérablement amélioré les conditions d’accueils des familles des réfugiés et de la scolarisation de leurs enfants. Mieux, ce sont quelques 14 000 enfants subsahariens qui ont été sauvés de la mendicité par les autorités Algériennes soucieuses d’offrir les meilleures conditions d’accueil pour les migrants et les réfugiés.

Dans le cadre de notre reportage, nous nous sommes intéressés au volet de la scolarité et surtout du niveau d’intégration des enfants au sein de la société. Nous avons également pris attache avec le Croissant Rouge Algérien, Médecins du Monde et le réseau NADA (réseau  algérien pour la défense des droits de l’enfant) afin de mieux comprendre la réalité du terrain.

La lente intégration des enfants scolarisés :

« La situation s’améliore et les élèves commencent à nous accepter», relate Ely, un enfant Congolais de 10 ans réfugié en Algérie depuis  6 ans. Pour Ely, les débuts étaient très difficiles. « Je suis inscrit dans une école publique à Belcourt. A mon arrivée, personne ne me parlait et on m’appelait kahlouch (NDLR, noir). Mais aujourd’hui je me suis fait trois amis algériens » Sous son air joviale est blagueur, Ely ne veut pas en rester là et affiche sa volonté de s’intégrer davantage non seulement à l’école mais également dans la société.

Même sens de cloche chez Monica âgée de 16 ans et scolarisée au Lycée Descartes à El Mouradia.  Pour cette jeune Centrafricaine, tout n’est pas rose à l’école.  « C’est vrai que je me suis faite des amis algériens, mais beaucoup de parents interdisent encore à leurs enfants de me parler », souligne-t-elle, avant d’ajouter « ce n’est pas grave, je me suis habituée ». Pour cette adolescente arrivée en Algérie en 2014 et ne pouvant rejoindre les bancs de l’école qu’une année plus tard, le souci majeur résidait dans sa réussite. « Le plus dure pour moi est de suivre les cours. J’ai du mal à m’adapter aux méthodes d’enseignements en Algérie et je n’arrive toujours pas à améliorer ma moyenne», regrette-t-elle.

Pour la maman de Susan, une fillette de  6 ans et originaire du Congo démocratique,  tout se passe bien pour les enfants. Ces derniers arrivent à s’adapter sans problème. « Ma fille aime son école. Elle est vraiment heureuse », assure-t-elle. 

Pour rendre la scolarisation des enfants des familles réfugiés possible en Algérie un grand travail de concertation a été fait entre le mouvement associatif et les pouvoirs publics. Il est vrai que l’Etat algérien assure la scolarisation pour tous les enfants en âge d’aller à l’école, soit à 6 ans, mais le retard dans la prise en charge des enfants des réfugiés était dû au manque d’information les concernant.

Un dispositif spécifique mis en branle :

Après plusieurs démarches entreprises par des associations, à l’instar du réseau Nada et de Médecins du Monde France, Mission Algérie, un bon nombre d’enfants ont réussi à intégrer les établissements scolaires.

Selon Saida Benhabyles, présidente du Croissant Rouge Algérien (CRA), l’Algérie assure une scolarisation gratuite pour les enfants de migrants et de réfugiés au même niveau que ses propres enfants. 

« Nous avons supprimé tout le dossier d’inscription que doit fournir les parents d’élèves en temps normal et nous l’avons réduit à une simple déclaration sur l’honneur de la part des parents d’enfants, migrants ou réfugiés, sur le niveau de scolarité de leurs petits. En plus de cela, le Croissant Rouge Algérien offre le trousseau scolaire aux enfants », nous déclare la première responsable du CRA. Et d’ajouter : « depuis l’instauration de cette démarche, beaucoup d’enfants syriens ont été inscris dans les établissements publics, et que certains ont même réussi leurs examens de fin de cycle »

Pour Mme Benhabyles, « le problème se pose pour les subsahariens à cause de leur mobilité ». Dans ce cadre, elle a précisé que « les centres d’accueils sont ouverts, car l’Algérie respecte la liberté de mouvement des populations »     

De son coté, Sofia Torche, coordinatrice générale de Médecins du Monde, mission Algérie, la scolarisation des enfants de réfugiés « n’est pas une mince affaire ». Car d’après elle, les établissements scolaires exigent des parents des extraits de naissance. « Outre la déclaration sur l’honneur, les parents doivent fournir des photos d’identités et des extraits de naissance. Ce dernier pose problème pour beaucoup de familles surtout celles dont les enfants sont nés sur le sol algérien», précise Mme, Torche, tout en admettant que la procédure « n’est pas compliquée ». Selon la coordinatrice, la scolarisation des enfants est possible, mais les obstacles liés à la langue et à l’évaluation des niveaux scolaires constituant de sérieux handicaps pour les enfants anglophones. « La scolarisation des plus jeunes se passe mieux que pour les autres, car il est très difficile pour des enfants qui ont suivi un cursus francophone ou anglophone de s’adapter au programme arabophone », a-t-elle encore souligné avant d’expliquer qu’en raison « de la difficulté de la langue, plusieurs enfants se trouvent sous classés au-delà de l’incompréhension que cela peut générer à l’école ».

Pour Mme Torche, « cette situation pousse plusieurs parents à interrompre la scolarisation de leurs enfants » avant d’ajouter que le « mouvement migratoire des parents ne facilite pas également le suivi de la scolarisation des enfants ». 

Mais quoi qu’il en soit, malgré les obstacles auxquels font face les enfants, leur scolarisation a pu se faire grâce aux efforts fournis par le réseau NADA en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) et le Ministère de l’Education nationale.

Tout un programme d’intégration

Le réseau NADA et le UNHCR se battent depuis 2009 pour la protection et la promotion des droits des enfants, adolescents et jeunes réfugiés en mettant en place un programme d’accompagnement des enfants réfugiés en Algérie. Selon la coordinatrice du projet, Amani Madani, « le programme a pour objectif d’améliorer les conditions de vie de ces enfants et d’assurer un accès de qualité à l’éducation, à la formation et à la protection sociale et juridique et ce en étroite collaboration avec le Ministère de l’Education nationale, les établissements scolaires et les centres de formation professionnelle ».

« Grace à ce programme, 21 enfants réfugiés  et demandeurs d’asile de diverses nationalités ont pu être scolarisé et 15 autres ont bénéficié d’une formation professionnelle », a attesté Mme. Madani qui tire un bilan plutôt positif du dispositif mis en place.

En plus de la scolarisation, le programme ambitionne à améliorer les performances scolaires des enfants réfugiés,  la prise en charge des enfants âgées entre 3 et 5 ans dans les structures d’accueils de la petite enfance ainsi que la sensibilisation et l’information de l’opinion publique sur les droits d’asile et l’insertion sociale des enfants et jeunes réfugiés.

A cet effet, le réseau NADA a organisé, le samedi 12 mai dernier à Tipaza une rencontre conviviale entre des familles algériennes et des familles des réfugiés subsahariens, à l’occasion de la journée Mondiale de la diversité culturelle sous le slogan « du vivre ensemble »

Une occasion pour chaque communauté de faire connaître ses traditions us et coutumes et faciliter la compréhension et l’acceptation de l’autre. C’est une opportunité à saluer et à encourager afin de permettre une meilleure intégration des réfugiés dans la société algérienne connue pour ses traditions d’accueils et d’hospitalité de par le monde.

Djazia Safta

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