Offensive turque contre les kurdes supplétifs des américains

Offensive turque contre les kurdes supplétifs des américains
Médias | 20 Janvier 2018 | 22:08

Le président turc Recep Tayyip Erdogan  s'est prononcé sur l’offensive  terrestre lancée ce samedi par son armée contre les supplétifs des américains, la milice kurde syrienne des YPG, dans la région de Afrine, dans le nord de la Syrie.

« L’opération Afrine a commencé de facto sur le terrain », a déclaré M. Erdogan dans un discours télévisé. « Ensuite, ce sera Minbej », a-t-il ajouté, en référence à une autre ville syrienne sous contrôle kurde située plus à l’est. « Plus tard, étape par étape, nous débarrasserons notre pays jusqu’à la frontière irakienne de cette croûte de terreur qui essaye de nous assiéger », a-t-il promis.

L’armée turque a procédé vendredi et samedi à des frappes contre des positions des YPG en Syrie et massé des centaines de soldats et des dizaines de blindés le long de la frontière, menaçant de passer à l’offensive avec l’aide de rebelles syriens pro-Ankara. Des correspondants de l’AFP dans la ville frontalière de Reyhanli, dans la province turque de Hatay, ont vu samedi plusieurs nouveaux véhicules militaires se diriger vers la frontière.

Selon Press TV, des sources locales dans la province d’Alep ont rapporté, ce samedi 20 janvier, qu’environ 400 éléments de l’opération «Bouclier de l’Euphrate » étaient entrés vendredi en Turquie pour assister l’armée turque dans son intervention terrestre à Afrine. Il s’agit d’éléments de la milice de l’Armée syrienne libre (ASL)

Les YPG, supplétifs des USA

Afrine est une enclave tenue par les Unités de protection du peuple (YPG).

Ankara l’accuse  d’être la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une rébellion dans le sud-est de la Turquie depuis plus de trente ans et est considéré par Ankara et ses alliés occidentaux comme une organisation terroriste.

Mais les YPG sont les alliés incontournables des Etats-Unis en Syrie. Ayant combattu Daech avec l’aide de la Coalition internationale, elles ont permis à l’armée américaine de s’implanter dans le nord syrien, où elle a édifié quelque 14 bases.

Aval russe ?

Les analystes estiment qu’aucune offensive majeure ne peut être lancée en Syrie sans l’aval de la Russie, présente militairement dans la région et qui entretient de bonnes relations avec les YPG.
Le chef de l’armée turque, le général Hulusi Akar, et celui des services de renseignement Hakan Fridan se sont rendus à Moscou jeudi pour des entretiens.
« La Turquie ne lancera pas une offensive terrestre et aérienne totale sans la bénédiction de Moscou », a pronostiqué Anthony Skinner, analyste du cabinet de consultants en risques Verisk Maplecroft.

La Russie accuse les Etats-Unis

Quelques heures après le lancement par la Turquie de l’offensive contre la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple  (YPG) dans la ville de Afrine au nord de la Syrie, les forces russes ont annoncé s’être retirées de la zone concernée.

Le commandement des forces russes stationnées en Syrie a pris des mesures pour assurer la sécurité des militaires à Afrine, a annoncé le ministère russe de la Défense, rapporte l’agence russe Sputnik.

«Pour prévenir d’éventuelles provocations et éviter tout risque pour la vie et la santé des militaires russes, le groupe opérationnel du Centre pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie et de la police militaire a été transféré dans la région de Tell Adjar, de la zone de désescalade de Tell Rifaat», a indiqué le ministère.

Cette zone avait été créée dans la région de Tal Rifaat en septembre pour « empêcher les provocations et de possibles accrochages entre les unités de l’Armée syrienne libre et les combattants kurdes », selon l’armée russe.

Plus tôt dans la journée, l’état-major interarmées turc a annoncé le lancement de l’opération baptisée « Rameau d’olivier » contre les groupes paramilitaires kurdes stationnés dans la zone d’Afrine, dans le nord de la Syrie. Le président turcs Recep Tayyip Erdogan a pour sa part indiqué qu’elle se poursuivra jusqu’à Manbij puis jusqu’aux frontières est avec l’Irak.

Moscou a indiqué suivre de près les développements à Afrine tout en se déclarant préoccupé par la situation sur le terrain et en appelant les parties à faire preuve de retenue. Dans son communiqué le ministère russe a accusé les Etats-Unis d’avoir contribué à tendre la situation au nord-ouest de la Syrie. « Les facteurs essentiels qui ont contribué à tendre la situation dans cette partie de la Syrie sont les provocations des Etats-Unis destinées à isoler les zones de présence dense des Kurdes », a précisé le ministère.

Et de poursuivre : «  la contribution du Pentagone en fournissant des armes modernes aux formations pro-Etats-Unis au nord de la Syrie, dont des anti aériens, selon les sources disponibles, a contribué à hausse des tensions dans la région ce qui a poussé les forces turques à lancer leur opération militaire», rapporte la version arabophone de Sputnik.

A noter que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait dans un premier moment nié les informations médiatiques turques sur le retrait des forces russes de Afrine.

Inquiétude américaine

En revanche, du côté américain, Washington affiche une position inquiète. « Nous ne pensons pas qu’une opération militaire (…) aille dans le sens de la stabilité régionale, de la stabilité de la Syrie, ou de l’apaisement des craintes de la Turquie pour la sécurité de sa frontière », a averti vendredi un haut responsable du Département d’Etat.

Lorsque le président Erdogan a réagi avec colère, cette semaine, à l’annonce d’un plan pour constituer une force de 30.000 hommes, provenant en partie des YPG, sous l’égide des Etats-Unis pour protéger la frontière nord de la Syrie, le qualifiant de force d' »armée de la terreur », le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a répondu que « la totalité de la situation a été mal rapportée, mal décrite », tout en admettant « devoir des explications » à la Turquie.

Damas condamne

Damas a formellement démenti les déclarations turques selon lesquelles elle a été informée de l’offensive lancée par Ankara contre la ville de Afrine, occupée par la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple, au nord de la Syrie.

« La Syrie nie en gros et en détails les allégations du régime turc de l’avoir informée de l’opération militaire », a confié une source du ministère syrien des Affaires étrangères sous le couvert de l’anonymat, rapporte l’agence syrienne officielle Sana .

Ce samedi, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a argué avoir informé la Syrie par écrit de l’opération baptisée «Rameau d’olivier », lancée contre Afrine, avec pour motif affiché de combattre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) qu’elle accuse de faire parti du parti kurde turc séparatiste le PKK.

Plus tard, le ministère syrien des Affaires étrangères a violemment  dénoncé cette offensive sous les termes : « La Syrie dénonce avec virulence l’agression turque contre la ville de Afrine, qui est une partie intégrante des territoires syriens ». Et de poursuivre : «  l’offensive turque constitue la démarche la plus récente des agressions turques contre la souveraineté de la Syrie ».

Auparavant, le conseil des notables des clans syriens de Hassaké avait condamné l’offensive turque, appelant les Kurdes à rompre leur alliance avec les Etats-Unis et à coordonner avec l’armée syrienne. « Afrine, Manbaj et tout le nord syrien fait partie intégrante des territoires de la Syrie une et unifiée », a affirmé le conseil dans un communiqué publié a l’issue de leur réunion, a rapporté al-Mayadeen TV.

Jeudi 18 janvier, le vice-ministre syrien des AE Fayçal al-Mekdad a mis en garde Ankara contre toute offensive contre Afrine, menaçant de bombarder les cibles aériennes turques qui survolent le ciel syrien.

La Turquie, fortement impliquée dans la guerre en Syrie, en fournissant toutes sortes d’aides aux groupes terroristes, n’en est pas à sa première intervention armée en Syrie. Elle intervient actuellement au nord de la province d’Idleb. Elle avait auparavant, lors de son offensive Bouclier de l’Euphrate en 2016, occupé 5000 km2 dans la province nord d’Alep où sont désormais installées les milices qu’elle soutient.(Avec agences)

Mots-clés :
Catégories : Focus International

Lire tous les articles de la rubrique Focus