Les Grands Hommes de l’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika : Redha Malek l’Homme d’Etat éclairé (7ème partie)

Les Grands Hommes de l’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika : Redha Malek l’Homme d’Etat éclairé  (7ème partie)
Contribution | 19 Aout 2018 | 10:56

Par Mohamed Ould El Bachir

On imagine mal une saga des grands hommes de la diplomatie algérienne, au cours des trente ou quarante années passées, qui n’inclurait pas le nom de Redha Malek, qui était à la fois le patriote, le moudjahid, le journaliste, l’intellectuel  et le diplomate, dont la voix résonnera à jamais dans l’histoire de la diplomatie algérienne.

Pour le  Président  Abdelaziz Bouteflika,  Redha Malek  est ‘’ l’un des hommes émérites’’  ‘’l’ami de tous’’, qui a œuvré  dans la discrétion et en silence, au rayonnement des valeurs nationales. 

Originaire de Kabylie,  mais né le 21 décembre 1931, à Batna, dans les Aurès,  Redha Malek était un homme  dont le destin se confondit   avec celui de l’Algérie combattante. Sa vie de labeur et d'honnêteté intellectuelle m’a été en grande partie contée par mon ami Hachem Malek, son frère cadet, et par son ancien conseiller Moubarak Amazouz, au cours de nos nombreuses discussions au café CCA, sis à la rue du 1er novembre à Alger, au début de ma carrière en tant que professeur à l’université d’Alger, dans les années 90.  C’est donc peu à peu et presque malgré moi que j’ai appris à connaitre  et apprécier les qualités et la valeur de Si Redha.

Si de Mostefa Lacheraf, je connais surtout le classique " Algérie, nation et société ", de Redha Malek, j’ai retenu surtout l’image de l’homme qui a négocié en tant que porte parole de la délégation du FLN le texte historique des accords d’Evian puis, l'année suivante, les entretiens des Rousses, qui mirent fin à la guerre d’Algérie. 

Tout en préparant, à Alger puis à Paris, des licences de lettres et de philosophie, il adhère à l'UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens) bien avant la célèbre grève des étudiants algériens de 1957 et devient une des chevilles ouvrières de la révolution algérienne. Cette année-là, en effet, il travaille à Tunis,  aux côtés de Pierre Chaulet et Franz Fanon, comme directeur d'El Moudjahid, organe du F.L.N., qui jouât  un rôle majeur sur le double plan de la doctrine et de la formation politique.

Tour à tour ambassadeur à Belgrade (1963), à Paris (1965), à Moscou (1970), Il devient, en 1977, ministre de l'information et de la culture dans le dernier gouvernement du président Houari Boumediène, avant d'être chargé, par son successeur, de représenter l'Algérie à Washington.

Si l'homme a écrit beaucoup (L'Empreinte des jours, Essais, Casbah éditions, 2013 ; Guerre de libération et révolution démocratique : écrits d’hier et d'aujourd’hui, Casbah éditions, 2010 ; L'Algérie à Evian : histoire des négociations secrètes, 1956-1962, Editions Dahlab, 1995 ; Arrêt du processus électoral, enjeux et démocratie ; Tradition et révolution ; Le véritable enjeu : l'enjeu de la modernité en Algérie et dans l'islam) , intervenant sur les débats politiques et culturels et rédigeant aux côtés entre autres de Mustapha Lacheraf, les textes idéologiques comme le programme Tripoli ou plus tard la Charte nationale de 1976, il a été constamment en première ligne dans les grandes négociations connues par la diplomatie algérienne, notamment en sa qualité d’ambassadeur d'Algérie à Washington et dont les conseils techniques ont été précieux, à cet égard. 

L’aura de l’Algérie jointe au savoir-faire de la technostructure du ministère des Affaires étrangères, dénoua d’une façon apaisée, à la satisfaction des deux parties (Iran et Etats- Unis), la crise. 

Il est vrai, disent les historiens, qu’il a joué  un rôle crucial dans la libération des 52 otages de l’ambassade américaine à Téhéran en 1981, ce qui lui a valu un respect immense des chancelleries occidentales et un capital symbolique  de dimension internationale.

Une diplomatie active héritière de l’aura de la Révolution qui faisait que la voix de l’Algérie portait aux quatre coins du monde et naturellement en Afrique, en Asie et en Amérique latine. 

Sur un autre plan, Rédha Malek fait partie du cercle très restreint des hommes politiques doublés d’intellectuels qui ne rechignent pas à s’engager dans les combats idéologiques, symbolisant ainsi l’enracinement profond de ses valeurs dans l’histoire du pays. 

Il présidera le CCN jusqu’en juillet 1992 où il sera appelé à remplacer Mohamed Boudiaf au Haut Comité d’Etat. Entre aout 1993 et avril 1994, il sera ministre des Affaires étrangères, puis chef du gouvernement dans un des pires moments de l’histoire du pays. 

Dans son ouvrage ‘’L’Algérie à Evian’’, véritable mine d’informations et d’anecdotes, Redha Malek raconte comment ‘’ les négociations furent difficiles – qui n’ont rien à voir avec celles ayant amené à l’indépendance du Maroc et de la Tunisie, voire de la dizaine de pays africains qui le furent d’un coup avec des négociateurs français rompus aux arcanes de la diplomatie et des diplomates algériens qui, pour certains, étaient trentenaires, purent tenir la distance’’. 

Pour  le Ministre Abdelkader Messahel,  qui travaille depuis déjà un certain temps,   à introduire l’histoire diplomatique comme  une discipline à part entière dans le cycle de formation des jeunes diplomates à l’IDRI, Redha Malek et les autres figures de proue de l’Ecole d’Abdelaziz Bouteflika sont des « grands témoins de leur siècle».

Mohamed Ould El Bachir (Universitaire)

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