Les Grands Hommes de l’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika: Abdelkader Messahel : le diplomate patriote (14ème partie)

Les Grands Hommes de l’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika: Abdelkader Messahel : le diplomate patriote (14ème partie)
Contribution | 28 Novembre 2018 | 17:11

Par Mohamed Ould El Bachir 

Écrire l’histoire de l’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika, c’est se lancer, comme nous l’avons indiqué, depuis le début,  à la recherche de la mémoire de tous ceux qui ont contribué à hisser haut et fort le drapeau algérien parmi les nations. Parmi eux, nous évoquons dans cette partie le parcours exceptionnel du Ministre  Abdelkader Messahel.

Diplomate de carrière, il intègre le Ministère des Affaires étrangères en 1971 où  il dirige la section des  «Mouvements de libération nationale» , jusqu’en 1979 , date à laquelle il est affecté à la mission permanente à New York, où il sera chargé entre autres du dossier africain. 

« Il ne le quittera plus », disent les connaisseurs. Pendant 47 ans, il marquera du sceau de sa personnalité la gestion de ce dossier. Il s’illustre alors par une connaissance approfondie en la matière  et défend avec fougue les intérêts de son pays. 

En intégrant le Ministère des Affaires étrangères et après avoir gravi tous les échelonsles acronymes s’enchaînent et sa carrière est tracée, puisqu’il est promu Directeur Afrique en 1986, puis successivement ambassadeur au Burkina Faso en 1988 et au Royaume des Pays - Bas en 1997, avec  un retour à Alger en 1993 pour être nommé  au  ministère Ambassadeur Conseiller auprès de M. le Ministre des Affaires étrangères, chargé des questions africaines.

Cet homme engagé, originaire d’El Bayadh, né à Tlemcen  le 11juillet 1949, est doté d’un sens aigu de la communication et représente à ce titre un excellent atout pour la diplomatie algérienne. Déjà en 1970, il se distinguait en tant qu’éditorialiste et brillant chroniqueur au journal « La République ». 

En 2013, il est nommé Ministre de la Communication, un secteur qu’il connait bien puisqu’il a œuvré très rapidement à parachever le cadre juridique par la loi sur l’audiovisuel, la carte du journaliste, ainsi que la nécessité de hisser le niveau de la formation.

Fin négociateur et maitre dans l’art de la réconciliation, il fût envoyé spécial du Président de la République, en République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs, (1999) et  en tant que Ministre des Affaires africaines, il n’a eu de cesse de renforcer les liens d’amitié entre l’Algérie et l’Afrique et à ce titre son expertise du continent demeure connue et reconnue.

Il publie plusieurs  essais remarqués, dont notamment « l’Algérie et la dé-radicalisation : Une expérience à partager (Alger, septembre 2015) ; « le rôle de la démocratie dans la lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme (Alger, décembre 2016), dans lesquels il fait la promotion des thèmes de dimension fondamentale de la démarche de paix prônée et mise en œuvre avec détermination par le Président Abdelaziz Bouteflika.

Un spécialiste des crises régionales précisait qu'avec M. Messahel, il ne s’agit pas seulement de concepts, mais de praxis. «Je l'ai vu négocier des ententes avec des libyens pour faire aboutir un consensus national autour de l’impératif d’une solution politique qui préserverait la souveraineté et l’intégrité territoriale de ce pays voisin ». « Il faut dire que sous l’autorité du Président Abdelaziz Bouteflika, une bonne partie des idées onusiennes sur la crise libyenne ont été relayées par lui, avec un grand un sens de la répartie.»

L’ascension de Messahel continue et en 2015, le poste de Ministre des Affaires maghrébines, de l’union africaine et de la Ligue des Etats arabes lui est  confié. Sa nomination en tant que Ministre des Affaires étrangères en 2017 est perçu par les observateurs comme le couronnement d’un itinéraire exceptionnel.

Travailleur infatigable, il a sillonné les pays en crise, incarnant l’engagement de l’Algérie en faveur de  la promotion de la paix, conformément aux orientations et à la sagesse du Président Abdelaziz Bouteflika. 

Sa persévérance le conduit en  Syrie, en Irak et en Libye pour réaffirmer les valeurs du dialogue et de la réconciliation nationale comme unique solution aux conflits agitant ces pays et rappelant par la même les principes de non-ingérence et d’appropriation pour faire face aux défis auxquels est confrontée la région arabe. 

Au sujet de la Libye, un grand journal écrit à son sujet: « Le ministre Abdelkader Messahel s’est efforcé de fédérer tous les Etats africains autour du principe d’une négociation directe avec toutes les parties prenantes, sans recourir à une intervention étrangère comme ce fut le cas en Syrie. Un discours de plus en plus séduisant auprès des libyens qui craignent pour l’avenir de leur pays. Aux diverses factions libyennes, Messahel n’a cessé d’expliquer qu’il n’est pas trop tard pour que leur pays ne devienne pas un (ring de combat) où les grandes puissances règlent leurs comptes ».

Remarquable par sa droiture, il souligne à chaque fois que la cause de la paix a mobilisé avec succès, les efforts, les ressources et la créativité de la diplomatie algérienne fondée sur les principes de la non-ingérence, de l’équidistance et de l’appropriation.

Il s’est notamment investi dans la promotion et le partage de l’expérience algérienne dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, considérant que « l’Algérie est un exemple de réussite en matière de dé- radicalisation et l’approche algérienne concernant la réconciliation nationale a été approuvée et reconnue à l’échelle internationale pour devenir une référence dans la résolution des conflits » 

Animé d’une profonde conviction sur la nécessité de tolérance et de l’acceptation de l’autre,  il se fait le chantre des valeurs culturelles algériennes et c’est en ce sens que l’Algérie parraine en décembre 2017 une résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies faisant du 16 mai de chaque année la journée internationale du vivre ensemble en paix.

Classé par la presse nationale parmi les dix personnalités politiques algériennes qui ont marqué l’année 2017, il est également désigné en février 2018 par le magazine « New African », parmi les personnalités les plus influentes d’Afrique. Il est, sans nul doute, selon plusieurs observateurs, le ministre le plus représenté et le plus médiatisé. 

On retiendra cependant de ce portrait, qui n’est qu’un aperçu du parcours de cet homme d’exception, que le leadership naturel du ministre Abdelkader Messahel lui a permis d’imprimer sa touche personnelle au Ministère des Affaires étrangères d’où ressort un travail d’équipe et où il a notamment encouragé la promotion des femmes et des jeunes au sein de l’administration centrale et des postes diplomatiques et consulaires. Il fait montre d’un sens profond du devoir institutionnel allié à une grande capacité de travail et sait trancher dans la diversité, en prenant des décisions sagement muries.

Pour la majorité  des diplomates, Abdelkader Messahel  est connu pour sa proximité citoyenne. Ceux qui le connaissent le savent pour cet homme à l’esprit vif et à la perspicacité avérée : « c’est l’Algérie avant tout ». 

En terminant ce portrait,  je pense à mon professeur feu Boualem Bessaih, qui l’a vu naitre et grandir et qui avait bien raison en disant : « Messahel est la parfaite synthèse de la subtilité  des gens du Sud, ce Sud qu'il aimait tant, et le raffinement de Tlemcen, cette autre source d’inspiration».

Mohamed Ould El Bachir 

     (universitaire)

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