Les Grands Hommes de l’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika : Abdelkader Bousselham : Une double passion (15ème partie)

 Les Grands Hommes de l’Ecole diplomatique d’Abdelaziz Bouteflika : Abdelkader Bousselham : Une double passion  (15ème partie)
Contribution | 26 Décembre 2018 | 13:55

 Par Mohamed Ould El Bachir 

Pour les anciens diplomates, la disparition de l’ambassadeur Abdelkader Bousselham  le 25 décembre 2010  a été un choc et non pas un simple fait divers, car l’homme était d’abord un historique de la guerre d'indépendance de l’Algérie, qui a eu  le rare privilège, après un honorable parcours diplomatique, de pouvoir à un âge fort avancé poursuivre jusqu’à ses derniers jours une activité intellectuelle, en s’attelant à sa tache professorale, la formation des cadres de la nation et la publication de plusieurs ouvrages sur la diplomatie algérienne.

Né le  3 octobre 1924, cet originaire de Nédroma était proche des pionniers du ministère de l'Armement et des Liaisons générales (MALG), pendant la guerre de libération nationale, en secondant, à Rabat, cheikh Mohamed Kheiredine, premier représentant du FLN auprès du Royaume du Maroc.

Adjoint de Chawki Mostefaï, le chef de la mission diplomatique du GPRA auprès du Maroc entre 1960 et 1962, Abdelkader Bousselham prend donc part aux négociations et à la mise en œuvre de la convention algéro-marocaine, codifiant les conditions de séjour et d'activités des organisations algériennes, l'ALN (Armée de libération nationale) aux frontières, et l'organisation du FLN à l'intérieur du territoire. 

L’expérience marocaine de Bousselham sert aussi dans les pourparlers avec les autorités marocaines, à Rabat, au printemps 1961,  à l’issue desquels ils aboutissent enfin à l'engagement de la non-immixtion réciproque dans la solution de leur conflit avec les puissances occupantes d'où l'abandon du projet du "Sahara des Riverains" et la reconnaissance par la France du Sahara algérien, partie intégrante de l'Algérie, ouvrant ainsi la porte aux accords d'Evian.

Avec d'autres diplomates, il avait eu l'occasion de travailler auprès de notre mission à Rabat durant la difficile période de tension due au conflit frontalier et de mener sur place une action de clarification auprès des missions et presse étrangère pour expliquer et mettre à nu les manœuvres marocaines contre notre pays.

Après avoir été tour à tour instituteur, professeur de lycée puis maître de conférences à la faculté des Lettres de Rabat, tout a commencé pour lui au ministère des Affaires étrangères  le 1er octobre 1962, en assurant d’abord l’intérim de l'ambassade d'Algérie au Maroc, avec le grade de ministre plénipotentiaire, pour être rappelé à Alger en Août 1963 pour être nommé  au Cabinet  de M. le Ministre des Affaires étrangères.

 Une nomination qui lui assurait une place éminente non seulement dans la gestion des grands dossiers politiques, mais aussi sur le plan relationnel. 

De part sa proximité avec le centre décisionnel, il n’hésitait pas à jeter dans la balance le poids de son influence personnelle chaque fois qu’il le jugeait nécessaire, au seul profit des intérêts du pays et qui a porté haut sa voix dans tous les fora. Aussi peut-on dire que ses anciens amis se remémorent  toujours  les moments de fierté passés en compagnie de l’homme, de l’intellectuel et du diplomate. 

« L'action de l'Algérie sur ce plan, ne se contentait pas des seules proclamations de soutien mais se traduisait par une solidarité active et concrète au profit des mouvements de libération chose personnellement vécue lorsqu'il avait fallu suivre à partir du Congo Brazzaville et de la Guinée, l'acheminement d'armes destinées aux combattants du MPLA en lutte en Angola et à ceux du PAIGC à Bissau », écrit Bousselham. 

Une période féconde également, puisqu’elle est marquée par sa nomination en 1964 en qualité de directeur du protocole au ministère des affaires étrangères durant la présidence de feu Ahmed Ben Bella, puis successivement chargé d’affaires à Washington  de 1969 à 1974 et ambassadeur en cote d’ivoire de 1974 à 1977, avec  un retour à la centrale  en septembre 1977 pour être nommé  Directeur Général des affaires politiques  au Ministère des Affaires étrangères, avant d’être invité à faire valoir ses droits à la retraite dès 1982.

L’élection en 1999 de son cher ami et compagnon de lutte politique et diplomatique, Abdelaziz Bouteflika, à la magistrature suprême le réconforta. 

Conseiller à la présidence de la république, il s’attela à l’écriture  qui a jalonné son riche parcours diplomatique et intellectuel.

Il est l’auteur de « regards sur la diplomatie algérienne » publié aux Éditions Casbah, en 2005, dans lequel il livre, à l'adresse, notamment, des jeunes diplomates son analyse sur la diplomatie algérienne, sans complaisance, réaliste et enrichissante. Il est également l’auteur de « la diplomatie de la guerre d’indépendance (1954-1962), publié aux éditions Mansouria en 2011.

Aussi s’efforça-t-il de donner toujours l’impression d’une correction et d’une franchise scrupuleuses et d’éviter les  finasseries. Il eut aussi à cœur d’offrir tout son savoir aux jeunes diplomates. C’est ainsi qu’il sut gagner l’estime de tous.

S'agissant tout particulièrement de l'appareil diplomatique algérien à la centrale comme dans les postes extérieurs (ambassades et consulats), et pour d'innombrables hauts cadres de la diplomatie algérienne, Abdelkader Bousselham  était parmi les bons exemples à suivre qui ont ravivé l'âme de notre corps diplomatique national tout au long de son parcours. 

Un haut cadre du Ministère des Affaires étrangères souligne qu’il fut parmi les témoins privilégiés de l'évolution de l’appareil diplomatique à partir du service du protocole qu'il a effectivement organisé et dirigé.

Bousselham  venait en fait des services du GPRA et  s'employât  à faire de ce ministère un outil efficace au service de l'Etat. 

De son séjour en Côte d'Ivoire, à la fin des années 70, Hamid Bousselham raconte que son père avait gardé quelques-uns des souvenirs les plus agréables de sa carrière de diplomate, notamment sa complicité avec le président Houphouët Boigny.  Et c'est ainsi qu'en quelques années, la Côte d'Ivoire est devenue la 3e importateur de vin algérien dans le monde. En échange et sans jamais recourir au troc ni au clearing, notre pays est devenu le premier partenaire africain de La Côte d'Ivoire. La banane, le café, le cacao de la Côte d'ivoire arrivaient par bateaux entiers dans nos ports. Sans trop dispenser pratiquement puisque les recettes pour le vin couvraient en grande partie les factures de ces produits.

Et d’ajouter que c'est le président Houphouët Boigny qui suivait personnellement les progrès de cette coopération et qui cherchait à l'étendre à d'autres domaines et tout particulièrement au matériel agricole, aux produits de la pétrochimie algérienne et au matériel de sport, trois domaines dans lesquels la jeune industrie algérienne venait tout juste de faire une entrée remarquée.

Dans ses écrits, il n’a pas manqué de rendre hommage à l'intelligence politique du président Houphouët Boigny, à son habilité et à sa loyauté.

 La plupart des missions  de l’ambassadeur Bousselham sont évoquées dans son premier  ouvrage sur la diplomatie algérienne et qui peuvent par conséquent être utilement explicitées aux jeunes diplomates , dans le cadre des cours sur l’histoire de la diplomatie algérienne, que le Ministre Abdelkader Messahel s’efforce d’institutionnaliser dans les programmes de l’IDRI. 

 L’Histoire de la diplomatie algérienne lui tiendra compte d’avoir servi son pays avec conscience et dignité dans toute la mesure de ses moyens et d’avoir contribué à hisser haut et fort le drapeau algérien parmi les nations.

 Au terme d'une carrière diplomatique particulièrement féconde Abdelkader Bousselham est resté fidèle à cette double passion et au-delà des enseignements sur la diplomatie algérienne  ou sur les charges de ses services consulaires, il reste parmi les rares  mémoires à privilégier, tout particulièrement pour mieux comprendre une partie de cette grande histoire du FLN et des algériens du Maroc  et pour l’histoire de la diplomatie au cours de la période où le destin de l’Algérie et son rang sur la scène internationale ont pris forme.

Mohamed Ould El Bachir 

     (universitaire)

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